Chp 16 - Le Démon

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Je me réveille encore une fois avec une énorme gaule. Je vais finir par attraper le syndrome des couilles bleues, si ça continue… Meg est tout contre moi, et son cul divin touche ma bite. J’aimerais rester là, peut-être me frotter un peu plus, voire la caresser. Mais je me retiens et roule sur le dos pour ne pas la perturber. Ce n’est pas encore le moment. Surtout, elle dort.

Je me lève, sort rapidement Némésis pour un pipi rapide, puis reviens avec des croissants. Hier, j’ai vu qu’elle avait balancé ceux que je lui avais apporté à la poubelle, avec la rose… que j’ai récupérée et mis dans un verre d’eau. Quant aux croissants… aujourd’hui, elle va les manger.

Meg se réveille au moment où je fais couler le café. Elle me regarde en silence, puis ses yeux tombent sur la fleur, un peu fanée.

— C’est une rose noire, lui dis-je. Celles qu’a commandé mon père pour la bacchanale. Je voulais te les montrer. Il va en mettre partout.

— J’ai cru un moment que c’était une tentative pathétique et malvenue pour être romantique, et j’ai presqu’eu pitié, plaisante-t-elle, caustique. Mais si ça vient de ton père, j’ai bien fait de la mettre à la poubelle. Enlève ça de ma vue.

Je pousse le verre derrière le micro-onde. Dans ce studio, il n’y a qu’une seule pièce, et tout est à portée de main.

— Faut que j’y retourne aujourd’hui, la prévins-je. Chez le fleuriste. On peut y aller ensemble, à moto.

— T’es sûr que ton père n’y sera pas ?

— Archi-sûr. Michail non plus. Ils font autre chose, tous les deux.

Réceptionner, et installer les putes des Balkans recrutées par Dimitri. Mon père leur offre un séjour en France tous frais payés. Ce qu’il veut, surtout, c’est les trier : je sais déjà qu’il ne va garder que les plus belles, celles avec les jambes les plus longues, le cul le plus ferme, la bouche la plus pulpeuse et les seins les plus rebondis. Peut-être en niquer une ou deux, pour les essayer. Puis il les installera au château, chacune dans une chambre. Je me demande s’il va les enfermer, ou les retenir autrement… mais en tout cas, il sera trop occupé pour débarquer chez le fleuriste, une partie du travail, qui typiquement, le fait chier.

— C’est pas loin d’Albi, dis-je à Meg. On pourrait visiter le musée Toulouse-Lautrec et voir les peintures du Jugement Dernier dans la cathédrale.

Megane relève un regard froid sur moi. Ses yeux vert absinthe me scrutent, méfiants.

— Un musée ? Sérieusement, Kyanos ? Avec toi ? Et y aller en m’accrochant à ta taille sur ta grosse bécane, en plus ?

— Je sais que t’aime bien, argumenté-je en haussant les épaules. Et comme t’as toujours voulu voir ces fresques…

— J’ai jamais dit ça, crache-t-elle. T’as rêvé !

Je me tais immédiatement, conscient de ma gaffe. Bien sûr. À moi, elle ne l’a jamais dit. Et elle ne sait pas à quel point je suis au courant de ses goûts, de sa vie. En tout cas, de ceux qu’elle avait avant.

— Je vois pas ce qu’un démon en cuir noir comme toi irait faire dans une église, grogne-t-elle. Le curé te jettera une bouteille d’eau bénite à la figure, et il aurait raison. De toute façon, est-ce que Dionysos te laisserait te fourvoyer dans un autre temple que le sien ? T’es un païen.

Je me mets à rire.

— C’est pas comme ça que ça marche. Les dieux grecs ne sont pas jaloux… et j’aime bien les bâtiments religieux, moi.

Comme toi, à une époque.

Mais ce n’était pas avec moi qu’elle y allait. Et maintenant, c’est une autre femme.

— Non, refuse-t-elle en relevant son petit visage dur. Si tu tiens vraiment à me sortir, proposes-moi une autre activité. Un truc ni romantique ni culturel, et n’impliquant pas que je me colle à toi sur ta foutue moto. Je te rappelle que je ne suis pas ta copine, que je n’ai pas envie de me vautrer dans un champ de roses ou d’aller au resto en ta compagnie, que je traîne avec toi par nécessité, et que je te tuerai dès que ta foutue famille sera retournée d’où ils n’auraient jamais dû sortir, en Enfer !

Qu’elle croit. J’ai d’autres plans pour nous, bien sûr… mais je la laisse dire.

Bien sûr qu’on ira au resto, toi et moi. Les meilleures tables qui existent. Et on visitera des monuments. Pour notre voyage de noces, je t’emmènerai voir les sept merveilles du monde, et on passera la nuit à faire l’amour dans les draps de soie des plus grands hôtels. Puis je te demanderai en mariage à genoux devant le Parthénon, au coucher du soleil. Et tu seras la plus heureuse des femmes.

Je me rapproche de cet objectif merveilleux. Petit à petit, un pas après l’autre. Patience et ruse. Douceur, aussi. Et savoir céder.

Je lui offre mon meilleur sourire. Celui qui me vaut un croissant supplémentaire tous les matins à la boulangerie.

— Bon… un petit sparring sur les bords de la Garonne, alors ? Ça fait longtemps que tu ne t’es pas entrainée. Comme ça, je pourrais vérifier si t’as vraiment une chance de t’en sortir contre mon père et mon frère.

L’œil de Megane se rallume. La baston, ça, ça parle à la nouvelle Meg.

— Est-ce que j’aurais le droit de te cogner ?

— Oui. Enfin, si t’y arrives.

Mon petit sourire narquois la décide : elle se lève d’une seule détente.

— Très bien. Donne-moi vingt minutes, et je suis dehors. Pendant ce temps-là, donne à manger à Némésis : on l’emmène, déclare-t-elle en attrapant un croissant dans le sachet sur la table.

Je cache mon sourire. Megane est tellement mignonne, avec son armure pleine de failles, qui recouvre tant bien que mal une chair si vulnérable. Je suis sans cesse obligé de me retenir pour ne pas la serrer très fort, la protéger ouvertement. Elle pense ne pas me supporter, mais elle a besoin de moi. Tout comme j’ai besoin d’elle. Bientôt, elle va ouvrir les yeux, et réaliser que nous sommes faits l’un pour l’autre.

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