Chp 26 - Le Démon

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Je la possède enfin. La sensation de plénitude, lorsque j’ai glissé ma queue en elle… j’aurais pu mourir, après ça. Mais ça ne s’est pas arrêté là. Megane m’a ramené chez elle, et elle n’a même pas attendu que la porte soit fermée pour me jeter sur le lit. Quelle passion, quel feu, chez elle ! Elle m’a arraché mes fringues comme une tigresse en chaleur, puis elle s’est empalée sur ma bite et ma chevauché comme la furie qu’elle est. J’ai joui en elle, pour la première fois aujourd’hui. Deux fois. Je l’ai marqué comme mienne. C’est mon odeur, qu’elle porte sur elle, désormais. Non plus la sienne. La prochaine fois qu’il la verra, il comprendra que Megane m’appartient. Et que je suis prêt à me battre, à tuer pour elle.

Mais chaque chose en son temps. Megan s’est écroulée au bout du deuxième orgasme, et je n’ai pu faire l’amour avec elle que deux fois : une fois au club, dans ces chiottes de merde, et la seconde, chez elle, dans l’urgence. Ça n’a pas duré longtemps. J’aurais voulu plus, bien sûr, mais je dois me montrer prudent, avec elle. Ne pas la brusquer. Et effacer, petite touche par petite touche, la mémoire que son corps a de mon père. Il a encore une emprise certaine sur elle. Et ça me rend fou… de tous les requins qui lui tournent autour, c’est lui, le pire. Parce qu’elle a appris à aimer se faire baiser par lui. Je dois rectifier ça. Doucement, d’abord. Puis plus énergiquement, par la suite, quand elle sera prête. Une fois que la dernière phase de mon plan aura abouti… qu’il ne sera plus un obstacle, juste un mauvais rêve, que j’aurais extirpé du cerveau de ma femme. Et si je dois la baiser fort pour ça, je le ferais.

Pour l’instant, elle repose dans mes bras, repue de plaisir et à moitié endormie, sa flamboyante chevelure rouge sang – cette manne de feu qui appelle le sexe – étalée sur ma peau. Je la respire à pleins poumons, me délecte de son parfum. Une lourde odeur de stupre flotte dans la chambre, mais elle est dominée par ce parfum subtil et si excitant qui s’élève de son jardin secret, de ce paradis de délices qu’elle a entre les jambes. Mon père, cet enfoiré, sait repérer les femmes d’exception. Megane en est l’exemple parfait. Sauf que je l’avais repérée – et choisie – avant lui… et il va payer cher son erreur, celle d’avoir voulu me la voler, comme il l’a fait avec ma mère.

— Je te trouve bien grave, après le sexe, baille Megane en relevant les yeux vers moi, ses petits poings serrés devant son adorable visage. Tu penses à quoi ? Au plan pour tuer ton père ?

— Je pense à toi. À nous.

Elle se redresse légèrement.

— Comment ça ?

Je lui jette un regard en coin. Megane vient de céder à ces pulsions, mais je ne sais pas si elle a bien accepté l’idée que c’est moi, l’homme de sa vie. Et pas un Chris, un Vassili, un goth dans un club ou un Tom.

Je t’aime. Je t’ai toujours aimé. Avant de te voir, je ne savais pas ce que le verbe « aimer » voulait dire. Et je veux t’épouser, vivre avec toi loin du monde, dans le calme, fonder une famille. Te faire l’amour tous les jours. Te faire un enfant. Me baigner dans la mer avec toi, voir le soleil se coucher et se lever. Te voir rire. Vivre. Manger. Danser. Jouir. Voilà à quoi je pense, tous les jours.

Évidemment, je garde tout ça pour moi. Megane n’est pas prête. Pas encore.

*

Je suis réveillé par une claque. Megane brandit mon téléphone, qu’elle agite sous mon nez.

— C’est quoi, ça ? rugit-elle en me montrant la vidéo-surveillance de sa chambre.

Je me redresse, baille et me frotte la joue.

— Mon téléphone. Comment t’as réussi à le déverrouiller ?

Megane croise les bras.

— Rien de plus facile. Ton mot de passe, c’est ma date de naissance !

— Une fâcheuse coïncidence, souris-je.

— Arrête avec tes traits d’esprits pourris ! Tu as piraté mes caméras… et tu as enregistré ce qu’on a fait hier soir !

— C’est vrai. Je voulais un souvenir, pour pouvoir me remémorer cette nuit mémorable chaque fois que je serais loin de toi. Ça t’embête ?

— C’est surtout inutile. Tu seras tout le temps avec moi, jusqu’au jour de ta mort.

— Tout le temps tout le temps ? Chaque minute séparé de toi m’est intolérable, et c’est pour ça que j’ai besoin de cette vidéo. Tu n’enlèverais pas ça à un homme condamné !

Elle lève les yeux au ciel.

— Putain, Kyanos… tu es incorrigible. Voilà, effacé ! Si tu veux te branler, payes-toi un abonnement à Pornhub : t’as largement les moyens.

Je fais semblant d’être peiné. En fait, tout le contenu de mon téléphone est dupliqué sur un cloud : je vais pouvoir récupérer la vidéo de notre baise d’hier soir, et mater tant que je veux son jeter de cheveux si bandant et la façon dont ses seins rebondissent pendant que je la pilonne.

— Je sors, grogne-t-elle. Ça me plairait que tu sois chez toi quand je reviens.

— Tu m’utilises, puis tu me fous dehors comme un objet ? lancé-je avec un demi-sourire incrédule.

Quelle femme. Elle sait se montrer salope, quand elle veut.

— Exactement. Tu es mon outil, Damian, tu t’en souviens ? C’est toi qui a proposé de jouer ce rôle. Je t’ai pris au mot.

— Je m’en souviens plus, mens-je. Tu vas où ?

— Courir.

— Toute seule ?

— Non. Avec un pote.

Ma bonne humeur disparait immédiatement.

— Un pote ? Quel pote ?

Je les connais tous. Elle en a pas.

— Mon coach. Et je ne veux pas que tu viennes ! Sors Némésis avant de partir, dit-elle avant de claquer de la porte.

*

Je sors sa chienne, la ramène, puis rentre chez moi prendre une douche. L’appartement me paraît froid, impersonnel. C’est parce que Megane n’y a jamais été. Tout cela changera quand on habitera ensemble.

Je vais en moto à la gare Matabiau, récupérer le colis aux casiers automatiques. Mon nouveau flingue. J’hésite à l’emmener pour ce que j’ai prévu de faire ce soir. Finalement, je le ramène pour le planquer chez moi, puis sors manger au snack Cappadoce, le seul de la ville à savoir à peu près faire un gyros. Je discute un peu avec lui, en turc. Il me raconte qu’il y a des Albanais en ville, ce que je sais déjà. Puis je vais courir, moi aussi, et fais quelques tractions et autres exercices sur les installations au bord du canal, en compagnie d’autres gars comme moi, des mecs en jogging pas vraiment de la ville. Le temps s’étire, long et morne. Et enfin, le soir tombe.

C’est le moment.

Le type, en train de fermer la salle, a l’air surpris de me revoir. Ou alors, c’est la capuche. L’écharpe remontée sur mon nez. Pourtant, il me reconnait immédiatement.

— Ah ! Tiens. Je me demandais si t’allais revenir. Tu vas t’inscrire, alors ?

— Non. Je suis juste venu de dire d’arrêter de tourner autour de ma femme.

Il lève un sourcil, en fronce un autre.

— Ta femme ?

— Tu la connais. La jolie rousse que t’aimerait bien sauter.

Il fronce les sourcils.

— Megaira ?

Entendre ce nom dans la bouche d’un autre me rend irritable.

— Donc, tu admets que tu veux la sauter, dis-je avec un mauvais sourire.

— Si c’était le cas, ça ferait quoi ? répond le gars en croisant les bras.

Son ton de petit coq de merde me fout les nerfs en boule. Au départ, j’étais venu le voir en tout amitié, le prévenir. Mais s’il le prend comme ça…

— C’est moi qui la saute, désormais. La place est prise. C’est ce que je suis venu te dire.

Je pensais que ça suffirait, mais Tom ne se laisse pas impressionner. Il gonfle les pectoraux, roule des épaules et se repositionne en face de moi, les bras croisés.

— C’est donc toi, la raison pour laquelle elle ne vient plus s’entraîner ? J’aurais dû me douter de quelque chose, ce soir-là, quand t’es venu à la salle. Tu l’avais repérée. Comme ces sales types que j’ai dû dégager !

— Arrête de l’appeler, oublie son numéro, menacé-je. Ou tu finiras comme eux.

Le visage de Tom change du tout au tout. Il doit sentir que quelque chose ne va pas, ou savoir que trois corps décapités ont été repêchés dans la Garonne, non loin de sa salle. Et s’il est malin, il a peut-être même fait le rapprochement avec ces fameux mecs qu’il a « dégagé ».

Mais c’est trop tard. Je lui ai donné sa chance. Il ne l’a pas prise : tant pis pour lui.

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