Chp 34 - La Furie
La chambre est remplie de roses noires. Il y en a partout, sur le tapis, les guéridons, le canapé et la table basse. Et sur l’immense lit à baldaquin est entouré de miroirs, qui reflètent à l’infini ce paysage sombre et fantasmagorique. Partout. Sans tige ni épines, mutilées, comme les filles du Manoir.
Mais ce sont les jappements de joie de Némésis que je remarque en premier. Pas les roses. Je me précipite vers elle, la rassure, sauf qu’il y a un gros cadenas sur la cage qui m’empêche de l’ouvrir. Elle est visiblement en bonne santé, et ne semble pas avoir été blessée ou maltraitée. Hadès lui a mis un nouveau collier : un truc en or, avec des diamants en guise de pics.
— J’espère que ce nouveau collier te plaira, dit-il. Un cadeau pour me faire pardonner mes mauvaises manières en enlevant ta belle amie. J’en ai un pour toi aussi, sur la table. Va l’ouvrir.
Je savais que Damian était fou, Michail froid et un poil sadique. Mais je pensais Vassili juste pervers. En fait, il est complètement cinglé.
Il me laisse là, au milieu de la pièce monumentale, pour aller refermer doucement la porte. J’entends la serrure qui se verrouille, la clé qui glisse dans sa poche.
OK. C’est donc là que je vais devoir la récupérer.
Je m’avance prudemment vers la table au centre sur un épais tapis aussi ancien que luxueux. Prend le paquet, soigneusement emballé. Et l’ouvre.
— Mets-le, m’ordonne Hadès. Je veux te voir avec quand on passera au lit.
— Je vais donc devoir passer par la case « baise » pour obtenir la libération de Némésis ?
Hadès, qui m’a rejoint, me relève doucement le menton.
— Voyons, ma beauté, sourit-il. Tu sais que tu en as envie autant que moi. Mon fils t’a remise un peu dans le bain, en te préparant pour moi. Mais maintenant, fini de jouer. C’est ma grosse queue bien dure dont tu as besoin, et tu vas l’avoir.
Je relève vers lui un regard que j’espère dégoulinant de haine. Mais la manière dont il me contemple… il dégage toujours cette même autorité, cette présence, ce magnétisme. Et je sens immédiatement mon entrejambe s’humidifier.
Pourquoi… mais pourquoi, merde…
— J’attendais une femme comme toi, depuis des décennies, m’annonce-t-il. Déterminée, belle, sexy. Intelligente. Mon fils t’a bien choisie. Champagne ? C’est du Dom Perignon.
Je prends la coupe qu’il me tend, trinque avec lui. Pas le choix Et comme il a ouvert la bouteille devant moi… en outre, je sais qu’il n’aime pas les produits chimiques. Comme je l’ai entendu dire une fois, il n’a pas besoin de ça pour subjuguer une femme.
— Attends, je vais t’aider, dit-il en reposant son verre, alors que je tente d’ouvrir le collier.
Je vais le garder, après l’avoir tué. Ça me fera un souvenir, et une garantie supplémentaire au cas où je perdrais mon job. Je n’ai pas répondu aux derniers mails d’Erica, ni donné de signe de vie depuis plus d’une semaine. De toute façon, je ne compte pas continuer. Ce job ne me servait que pour pouvoir traquer les Kyanos. Je vais faire autre chose.
Les longues mains calleuses d’Hadès effleurent mon cou, alors qu’il passe derrière moi. Il le caresse en prenant son temps, et pendant un court moment, je crains qu’il ne tente de m’étrangler. Il adorait me faire suffoquer, pendant qu’il me baisait. C’était l’un de ses kinks, avec la sodo, le fouet et les menottes de contention aux mains et aux chevilles. Mais bientôt, la sensation de ses doigts est remplacée par celle du métal froid. Il le visse sur ma nuque, et avec un cliquetis sec, le collier se met en place. Il épouse parfaitement ma gorge.
— Une autre clé que je garde pour toi, dit-il en me montrant une petite clé en or, qui disparait aussi dans sa poche.
Le connard. C’est donc trois clés que je vais devoir lui prendre. Celle de Némésis, celle de mon collier, et celle de ma chambre. Qu’à cela ne tienne : j’accepte le défi. Quand il sera mort, ce sera plus facile.
Hadès reprend sa flûte et boit son champagne en silence, tout en me regardant. Puis il s’allume un cigarillo et se cale dans le canapé.
— Enlève ta robe – très jolie, d’ailleurs, je te félicite. C’est quand même de meilleur goût que ce que mon fils avait trouvé pour toi. Il me surprend parfois, comme lorsqu’il s’obstine avec ses tenues de sport noires…
— Damian est timide, au fond, dis-je durement. Il fait ça pour passer inaperçu, pour se cacher. Je pense que tu l’as écrasé.
Et que tu es un père de merde, contrairement à ce que tu crois.
Hadès manque de s’étrangler sur son ricanement.
— Passer inaperçu ? Avec le physique de jeune dieu qu’il a ? Il y a une statue de Dionysos dans l’atrium, chez nous, en Grèce. Tu la verras quand on ira y préparer le mariage de Damian. C’est son portrait craché. Cette statue est superbe, c’est ma femme qui l’a trouvée dans la mer Égée lors d’une plongée, et je lui ai rachetée pour son anniversaire – puisqu’on doit d’abord donner les trouvailles de ce type aux musées. Mais face à un gros chèque, et un peu de persuasion…
— Tu as utilisé l’hypnose contre eux ?
Nouveau rire caverneux.
— « L’hypnose ». Quel mot vulgaire pour désigner mon pouvoir héréditaire, celui que je tiens de mes prestigieux ancêtres… mais trêves de bavardages : tu auras bien l’occasion d’apprendre l’histoire de la famille quand tu donneras un fils à Damian, après qu’Afrëdita ai fini de jouer son rôle. Déshabille-toi : je dois vérifier que tu ne caches aucune surprise avant de te conduire dans notre lit nuptial.
Je lui jette un regard meurtrier, puis fais glisser la robe en chaînette dorée le long de ma peau. Je me retrouve nue devant lui, ne portant plus qu’un string noir et deux épaisses jarretières de la même couleur.
— Tourne-toi, que je vois ton cul. Et dégage-moi ce string. Ça, c’est Damian qui l’a choisi, il n’y a aucun doute.
Je ravale mon fiel et fais comme il me dit, obligée, bien évidemment, de me pencher. Hadès ne perd pas une miette du spectacle. Je l’entends souffler sa fumée, se racler la gorge.
— Un cul comme ça, dis-toi que ça fait dix ans que je n’en avais plus vu, commente-t-il, appréciateur. Allez, au lit, ma belle.
Je lui balance une œillade par-dessus mon épaule.
— Les jarretières ?
— Garde-les. Par contre, vire-moi cette perruque vulgaire, et libère ta crinière.
J’obéis. Ouf. Il m’a permis de garder les jarretières… dans lesquelles j’ai planqué le scalpel de Michail. Ce n’est pas le poignard malais, mais c’est mieux que rien. Et je sais que les lames de Thanatos coupent bien.
Je marche vers le lit, Hadès derrière moi. Au moment où je pose un genou dessus, il pose ses mains sur mes hanches par derrière, et se penche pour embrasser mon épaule.
— Installe-toi confortablement pendant que je me désape, ma biche, murmure-t-il. Y a du lubrifiant dans le tiroir à droite, si tu veux. Mais à vue de nez, comme ça, je dirais que tu n’en as pas besoin ?
Du lubrifiant. Il n’en a utilisé que le premier jour, avec moi. Parce qu’il portait un préservatif. Après, il m’a toujours prise à sec, disant préférer les « fluides naturels ».
Je me couche sur le lit, de côté, les jambes légèrement repliées, en appuyant ma tête sur ma main pour ne rien perdre du spectacle. J’espère le mettre mal à l’aise, mais il se débarrasse de sa veste de costard en me regardant, puis déboutonne lentement sa chemise noire – enfin, les trois dernier boutons, vu qu’elle est déjà largement ouverte sur sa chaîne en argent et son torse musclé. Il la jette sur le côté, et, sans cesser de me regarder, il déboucle sa ceinture. Je sens ma gorge se nouer en le regardant faire. Le premier jour, il m’a fouettée avec, et ensuite, il s’en servait souvent pour me bâillonner, attacher mes mains, mes chevilles, ou la boucler autour de mon cou. Mais aujourd’hui, il se contente de la jeter par terre. Ses chaussures italiennes pointues et cirées sont expédiées de deux gestes sûrs et rapides, sans les mains, démontrant une longue expérience en la matière. Puis c’est le pantalon. Il ne porte pas de caleçon en-dessous… sa bite se dresse devant moi, triomphante, sur son corps, il faut l’avouer, plus que convenable pour un homme de son âge.
Vassili se passe la main dans les cheveux, faisant retomber ses boucles brunes sur ses épaules. Il porte encore sa grosse montre en or, et sa chaîne.
— Ça te plait, de me mater ? sourit-il en me montrant ses canines.
J’aimerais trouver une faille dans ce que je vois. Mais il n’y en a aucune. Ce serait moins dur s’il avait été laid, bedonnant, avec une calvitie naissante et un petit sexe. Mais il est parfait. Une parfaite représentation d’Hadès, comme si le marbre avait pris chair.
— Je te regarde pour imprimer ton image dans ma mémoire, réponds-je. Comme ces touristes américains dans la savane, avant la chasse au gros.
Son rire grave retentit.
— Voilà ce que j’aime chez toi. Allez, écarte les jambes. Je sais que mon fils va finir par débarquer, et je voudrais en profiter un peu avant son arrivée.
Damian. Je l’avais presque oublié.
— Tu comptes le faire participer ?
— Peut-être, murmure Hadès en se penchant vers moi. S’il est sage.
Ses mains remontent le long de mes cuisses, et je tressaille, craignant qu’il ne découvre le scalpel. Mais il ne s’y attarde pas. Il les cale sur mes genoux, me forçant à les ouvrir en grand, puis sa main droite me lâche pour venir effleurer ma fente. Je réprime un soupir en sentant deux doigts se glisser en moi. Deux aller-retours, pas plus. Les prélis, ça n’a jamais été son truc. Il a d’autres armes, qui ne nécessitent aucune toucher.
— Hmm… tu es redevenue bien étroite, constate-t-il. On m’avait dit que tu n’avais eu aucun autre homme… mais je n’en étais pas sûr à cent pour cent. Je suis flatté, Megane. Que plus aucun autre, si ce n’est mon propre fils, n’ait eut l’honneur de visiter cet antre des délices qui m’était réservé.
Parce que tu m’as brisée, salopard, ai-je envie de lui dire. Mais il s’est déjà penché sur mes pointes de sein, qu’il titille langoureusement de sa langue. Sa main, elle, a migré sur mon clitoris. La façon dont on index m’effleure, pile au bon endroit… je me tortille, au supplice.
— Une fois à la maison, on te remettra l’anneau. Il te donnait beaucoup de plaisir, tu te souviens ? Surtout pendant la sodo. Quoique si je me remémore nos dernières séances, tu n’en avais plus vraiment besoin…
L’évocation de ces atroces souvenirs devrait me raidir, m’assécher. Mais je constate avec horreur qu’elle ne fait qu’ajouter à mon excitation. Hadès le sent, il le sait. Il joue de mon appréhension, sachant que je redoute autant que je désire la rencontre avec sa queue. Et quand il positionne enfin l’extrémité de sa verge épaisse sur mon entrée, je halète bruyamment, de peur et de désir.
Les deux mélangés. Eros et Thanatos… c’est ce qu’il offre, ce à quoi il m’a dressée.
La poussée est intense. Hadès plaque mes mains sur le lit, et me fixe dans les yeux pendant qu’il me besogne lentement. Le rythme est mesuré, les pénétrations profondes.
— Si tu savais comme j’avais hâte de sentir à nouveau ta petite chatte pulser autour de ma queue… murmure-t-il de sa voix sombre et râpeuse. Un vrai bonheur.
Je ferme les paupières, incapable de prendre la vague sans gémir. Je l’entends ricaner doucement, fier de lui, de son pouvoir. Le plaisir que je prends avec lui dans ce lit me dégoûte. Mais cette sensation de vertige, de perte de contrôle et de puissance, tout ça à la fois… oh, comme ça me manquait !
Hadès se retire, me relève dos contre lui, me fait changer de position. Je ne suis qu’un pantin sans volonté entre ses mains. Il écarte mes jambes en me positionnant devant le miroir, alors qu’il va et vient lentement en moi.
— Tu t’en sors bien, ma belle… regarde comme je te fais du bien, susurre-t-il en me regardant, une lueur dure et calculatrice dans les yeux.
Je papillonne des paupières devant ma silhouette écartelée pour lui, vois sa queue énorme glisser en moi. Alors qu’il me pénètre par derrière, il soulève ma cuisse pour dévoiler la marque… sa marque. Je voudrais la cacher, l’empêcher de constater que je l’ai toujours. Mais c’est vain. Il sourit, l’effleure de sa main, trace les contours de ce qu’il y a d’écrit : « Propriété d’Hadès Kyanos. »
— Je sais qui tu es, souffle-t-il dans mon oreille, son regard brûlant fixé sur moi à travers le miroir. Tu m’appartiendras toujours, que tu le veuilles ou non, et quoi que tu fasses, tu ne pourras jamais m’oublier. Tu seras à moi à jamais, car je t’ai marquée dans ta chair et dans ton esprit, à ma mesure. C’est ma queue qui t’a façonnée. Tu le sais, car c’est moi qui t’ai appris la jouissance dans la douleur, et que tu es devenue incapable de prendre ton plaisir autrement.
Ses poussées se font encore plus lentes, mais aussi plus intenses. Il me baise comme un dieu, putain. Ce salopard…
Mais je dois reconnaitre qu’il dit vrai. Je lui appartiens, même maintenant. Il hante mes rêves comme mes cauchemars. Et tout cela doit finir.
Alors, tout en continuant à onduler du cul contre lui en gémissant, mes mains glissent le long de ma cuisse déjà trempée, sortant le scalpel volé à Michail, qui était toujours planqué dans l’élastique épais de ma jarretière. Cet accessoire qu’Hadès ne voulait pas me faire enlever. Il voulait me prendre comme ça, saucissonnée dans des vêtements faisant de moi un énième objet sexuel, et il va le regretter.
Je me retourne d’un coup et l’attaque, brandissant la courte lame acérée. Je croise son regard, ses pupilles fendues, réduites au maximum. L’acier luit, puis se plante dans son épaule gauche, ratant sa carotide de peu.
Hadès, d’abord surpris, éclate de rire. Puis il saisit mon poignet, et arrache l’arme comme s’il s’agissait d’un simple cure-dent.
— Megane, ma petite perle… tu n’as toujours pas compris que tu ne pourras jamais me tuer ? Pas seulement à cause de ce que Dionysos m’a offert, ou du sang spécial qui coule dans mes veines et me rend plus rapide, plus fort, plus endurant et plus intelligent que la moyenne des mortels. Mais surtout parce que tu n’auras JAMAIS la force morale de me tuer. Tu aimes trop coulisser en gémissant sur ma queue.
— Espèce d’enfoiré, grogné-je, toutes griffes dehors. Je vais te l’arracher, cette « queue » dont tu es si fier !
— Non, tu vas la vénérer, comme tu le faisais avant. Et moi, généreusement, je te la donnerais de temps en temps, comme une récompense pour une bonne chienne, en attendant que tu sois prête pour mon fils. Il doit épouser une héritière de la mafia albanaise, mais quand il aura pris le pouvoir, il pourra prendre une concubine, et ce sera toi. Je veux que tu lui donnes un fils, que tu mêles ton sang au nôtre. Tu sais que j’ai hésité à t’initier, à l’époque ? J’étais à deux doigts de craquer. La mise à mort finale était un test, pour que tu renaisses en tant que Maîtresse. Je t’aurais ensuite offerte à Damian, comme il le voulait tant au départ. Bien sûr, j’aurais continué à te baiser, pour parfaire ton éducation. Avoue que j’ai été un bon maître pour toi, plein d’enseignements. Tu suces comme une déesse, tu es capable d’envoûter n’importe quel homme, et d’endurer les punitions et les baises les plus hard. Je t’aurais juste demandé de sacrifier une victime, comme Damian et Michail l’ont fait. Et c’est tout. Tu serais devenue puissante, et tu aurais vécu avec nous, dans le monde entier. C’est ce que je te propose encore aujourd’hui. Il n’appartient qu’à toi de dire oui, Megane.
— C’est faux, grincé-je. C’est encore une ruse pour me faire baisser ma garde ! Je sais que tu veux ma mort.
— Pas du tout, répond Hadès d’un air presque peiné. Je veux juste que tu te soumettes, comme tu le faisais si bien. Ça fait partie de l’initiation. Mais tu nous as montré de quoi tu étais capable. Rejoins le Cercle, et tu seras notre déesse et notre amante, à tous les trois : moi, et mes deux fils. Michail ne te touchera probablement pas, il a d’autres… appétits. Mais tu apprécies Damian, n’est-ce pas ? Lui t’aime beaucoup. Plus tard, il sera exactement comme moi. J’étais comme lui à son âge, tu sais. Dans quelques années, quand il aura accepté ce qu’il est réellement, la bête qui dort au fond de lui… il te prendra aussi fort et aussi intensément que je le fais, moi. C’est ça que tu veux, n’est-ce pas ?
— Je sais tout ça, avoué-je, les dents serrées à m’en éclater l’émail. Je sais comment est Damian au fond. Et que c’est pour ça, avant tout, que c’est impossible AUSSI avec lui ! Je ne peux pas vous laisser gagner. Vous êtes des criminels !
— Oh, tu me déçois. D’où tire-tu ce jugement moral ? D’un vieux fond mal digéré d’éducation chrétienne ? Les Anciens ne pensaient pas comme ça : tu le sais bien. Ni bien, ni mal. Au-delà. Affranchis de toutes les lois… voilà ce que nous sommes. La race des vainqueurs, des chasseurs. Je sais que tu n’es pas une brebis, Megane. Tu nous l’as prouvé. Alors rejoins le Cercle. Fais ton offrande à Dionysos, et vois la nuit comme nous la voyons.
Un sacrifice. Il veut que je commette un meurtre…
— Tiens, je vais te faciliter la tâche… tu te souviens de Bambou, la belle eurasienne que je t’ai présentée ? Une magnifique soumise, docile à souhait. Mais elle n’est pas comme toi. Tu vas la sacrifier, avec le couteau de cérémonie. Devant moi, dès maintenant. Ça devrait être facile, vu la jalousie qui a fait flamber tes beaux yeux de panthère quand je te l’ai présentée. Tu l’as haïe, n’est-ce pas ? Eh bien la voilà. Prête à tomber sous ta lame.
Je suis la direction de son bras. Une alcôve, que je n’avais pas vue en entrant, car elle était cachée de ce côté-ci de la pièce. Il fallait être au lit pour la voir… Une croix de St André, sur laquelle la fille qu’il m’a présentée en bas est attachée dos à nous, bâillonnée, nue, en larmes, la peau zébrée de coups de fouets et le cul ensanglanté.
Vassili n’a pas changé. Absolument pas. C’est resté le même. Pire que Barbe-Bleue, Gilles de Rais.
Il sort du lit, jette le scalpel ensanglanté sur le tapis et, enfin, sort son fameux kriss malais. Le poignard sacrificiel à la lame ondulée, en os humain, avec lequel il a failli me tuer… celui qui sert à exciser les cœurs. Il me le tend, par la lame.
— Va, Megaira, nouvelle initiée du Cercle de daimones. Montre à quel point tu mérites ton nom. Offre ton sacrifice aux anciens dieux, fais-leur part de ta résolution. Et entre dans ce nouveau monde avec nous. Celui des maîtres, des puissants.
Mes doigts se referment sur l’arme, lentement, tous tremblants. Cet objet est maudit : il a servi à massacrer horriblement d’innombrables innocents. Mais aujourd’hui, c’est un sang noir et impie qu’il va faire couler. Le sacrifice ultime.
Hadès se tourne vers le poteau de tortures. La fille sanglote de plus belle, tente de gémir. Je m’aperçois alors, au bruit de ses borborygmes, qu’Hadès ne s’est pas contenté de la bâillonner. Il lui a coupé la langue.
— Allez. Fais ce qui doit être fait. Je vais t’aider.
Je m’avance vers elle. De toute façon, elle est foutue. L’éliminer maintenant, ça veut dire sauver ma peau.
Hadès détache les mains de la fille, la positionne de façon à ce qu’elle soit face à moi. Il la tient par les bras lui-même, et me regarde, un sourcil levé, avec l’air légèrement impatient du maître d’école, de l’instructeur. Il est toujours nu, et il bande toujours. Évidemment. Rien de plus excitant qu’une tuerie entre deux femmes à poils et ficelées, pour lui ?
Je brandis le couteau au-dessus de ma tête, bien haut, comme je l’ai vu faire au Manoir.
C’est le moment de vérité.

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