Chp 35 - La Furie
Les yeux terrifiés de la pauvre fille – Bambou – sont fixés sur moi, écarquillés. Je sais ce qu’elle voit. Je l’ai vécu, moi aussi. La peur. Le sentiment amer de la trahison. Car moi aussi, je l’aimais, ce salaud. Les psys appellent ça le syndrome de Stockholm… les excuses que l’on trouve à son bourreau, le sentiment extrême de dépendance que l’on ressent pour celui qui tient entre ses mains cruelles notre douleur, notre confort, notre mort et notre vie. Elle a cru aux paroles douces-amères d’Hadès, elle aussi. Aux mots suaves qu’il lui chuchotait à l’oreille, tout en ondulant derrière elle, alors que la dague acérée de son sexe la transperçait sans répit ni pitié. Elle a supporté les morsures, les tortures, le claquement sec du fouet. Pour ça pour se faire aimer de lui, paraître importante à ses yeux. Faire partie de l’ « élite » : ceux et celles qui avaient été choisis par Vassili Kyanos. Un cercle d’initiés riches, beaux, aux pouvoirs surnaturels, qui se permettent tout, et le font impunément. Jusqu’au moment où elle s’est rendu compte qu’elle n’était rien du tout, un jouet cassé et disposable de plus, facilement remplaçable.
Moi, ces mensonges, je n’y crois plus. Je n’y croirais plus jamais.
Au dernier moment, ma main dévie. Et au lieu d’enfoncer la vicieuse lame ondulée dans la frèle cage thoracique de Bambou, ma main s’abat sur la poitrine dénudée d’Hadès.
— Meurs, espèce de salaud ! grondé-je.
Pour Kitty, Lydie, Roxie… et toutes les autres. Pour Chris. Et surtout, pour moi.
Le kriss s’enfonce dans son muscle pectoral avec une étonnante facilité. Vassili relève ses yeux gris sur moi, et j’espère y lire une sorte de terreur, de tristesse, d’incompréhension. Qu’une fois, une seule, il soit pris au dépourvu… mais il ne cherche même pas esquiver mon coup. Et il me sourit. Un rictus large, denté, presque lumineux. Et, une fois de plus, triomphant.
Putain de merde.
— Tu sais que c’est comme ça que je voulais mourir ? murmure-t-il de son timbre râpeux, si séduisant. De la main d’une très belle femme. Même si j’aurais préféré être encore à l’intérieur de toi au moment fatidique…
Sa paume se lève pour caresser ma joue. Et, brusquement, il me saisit, et me serre contre son corps dur. La poignée du couteau sacrificiel, un haut de fémur humain paraît-il, appuie douloureusement sur mon sein. Surtout, en restant en place, il empêche le sang de couler de sa plaie en emportant sa vie. J’essaie de le récupérer, mais Vassili me l’interdit, me gardant étroitement contre lui.
— Lâche-moi, espèce de taré… grincé-je en une supplique aigue.
Je le hais tellement. Tout le mal qu’il m’a fait, au-delà des crimes innommables qu’il a commis ! À faire, sans cesse, souffler le chaud et le froid. Les tortures, la brutalité, c’était une chose. Mais la manipulation insidieuse, les mensonges. L’incertitude permanente. Il m’a tout appris : la douleur, la rage, l’amour, le sentiment d’inutilité et de finitude. L’impression d’être la plus importante femme du monde, une élue entre toutes, mais aussi, une chose ayant encore moins de valeur qu’un déchet. Tout cela, je l’ai expérimenté avec lui, dans ses bras, sous ses coups, ses baisers, ses coups de fouet et de butoir. Je le hais. Jamais, jamais je ne lui pardonnerai.
Je parviens à glisser ma main contre son torse dur, à saisir le manche du poignard. Je tourne et retourne le couteau, pour lui infliger le plus de souffrance possible, mais il ne meure pas, ne supplie pas, ne gémit pas. Un filet de sang carmin coule de sa narine, et c’est tout.
— Megaira. Ma furie, murmure-t-il en se penchant sur moi.
— Non ! hurlé-je.
Mais sa bouche ensanglantée s’abat sur la mienne. Je glisse au sol, les yeux roulant dans mes orbites, alors que sa langue au goût métallique envahit ma bouche. Il m’impose un long baiser, et, avec une horreur teintée d’incrédulité, je sens sa main farfouiller en bas, saisir son sexe encore conquérant, qu’il enfonce en moi.
Ce type n’est pas humain. C’est un monstre, un véritable démon des Enfers.
Je l’ai frappé en plein cœur et il est encore capable de me violer… jusqu’au bout, il me dominera !
La lutte entre nous, et ce coït morbide avec un cadavre en sursis m’a amené aux rebords de la terreur, sur les rives du Styx, sur le pas même de la neuvième porte de l’au-delà. Je me débats contre ce vampire qui suce ma bouche et remue des hanches entre mes cuisses, hystérique. Des innombrables viols qu’il m’a imposés, c’est le pire de tous. Et lorsque je sens sa semence déjà froide jaillir dans le fond de mon ventre, je hurle, comme je n’ai jamais hurlé. À m’en péter les cordes vocales.
Non. NON !
— J’espère que les graines que j’ai plantées en toi donnerons de beaux fruits, a-t-il encore la force de susurrer au creux de mon cou. Si c’est le cas, tu ne pourras jamais savoir qui est le père : Damian, ou moi… mais je veux te laisser un dernier souvenir avant de partir, ma beauté.
Ses lèvres trouvent mon épaule, et sans crier gare, ses dents s’enfoncent vicieusement dans ma chair. Mon hurlement de bête blessée se change en cri d’agonie. Mon cœur bat comme un tambour de guerre, rythmique et puissant :
Boum.
Boum.
BOUM !
Et c’est l’explosion. Le craquement du mur de la réalité qui s’effondre dans mon esprit.
Une ombre surgit, étendant ses ailes noires au-dessus de moi. J’ai l’impression de voir double, comme si j’avais devant moi Janus à deux visages : celui, extatique et déterminé, d’Hadès, puis une version plus jeune et figée par la haine, les dents serrées. Damian. Il attrape son père par les épaules, et, sans la moindre hésitation, lui plante son poignard de chasse dans la jugulaire, puis l’égorge d’une oreille à l’autre, si fort que la tête se détache presque. Le sang gicle, éclaboussant mon visage.
— Plus jamais tu ne foutras tes sales pattes sur MA femme ! rugit Damian en tirant d’un coup sec sur la longue chevelure noire de son père, lui arrachant la tête dans le même mouvement.
Le corps de Vassili, décapité, reste au-dessus de moi, et pendant d’interminables secondes, et ses mains cherchent dans le vide, s’ouvrant et se refermant, alors que le sang gicle comme un geyser. Je me recroqueville, n’ayant qu’une seule peur : qu’il parvienne à m’attraper. Mais il finit par s’écrouler, sur moi. Je hurle à nouveau.
Damian ne perd pas de temps. Il se précipite sur le corps de son père, le jette sur le côté, dos au sol, sans m’accorder un seul regard. Puis il saisit la garde du poignard malais, le sort et le fait rentrer à nouveau dans le pectoral de son père, s’en servant pour lui inciser la poitrine. Enfin, il saisit son cœur, encore chaud. Le brandit. Je l’entends marmonner quelque chose en grec…
— À moi tous les pouvoirs !
… puis il ouvre la bouche, et sous mes yeux horrifiés, referme ses dents sur l’organe.
Il bouffe le cœur de son père. Méthodiquement, en mâchant bien fort. Avec sa bouche sanglante et la grimace qu’il fait, ses yeux fous, on dirait un animal sauvage. Dans un sursaut de lucidité, je tente de l’arrêter – qu’il ne bouffe surtout pas cette saloperie -, mais il me repousse violemment, comme un chien dérangé pendant son repas. Enfin, il avale le dernier quart d’une seule bouchée avide. Et s’empare de la main de son père, lui arrache sa chevalière et l’enfile.
Il m’a volé ma vengeance. Il se l’est appropriée.
Puis il se tourne vers moi.
Je recule. Damian n’est plus le même. Dans ses pupilles noires, énormes, brûle un feu diabolique, comme s’il était possédé.
— Megane, dit-il enfin d’une voix rauque. Rejoins-moi. Je veux faire de toi ma femme. À nous deux, maintenant, on va détruire les Kelmendi. Venger mon frère. Le clan que nous formerons gouvernera les Balkans, et même toute l’Europe ! Tu seras la reine sombre sur le trône d’Hadès, la grande pythie qui règnera avec moi sur l’empire que nous bâtirons !
Que… quoi ? Qu’est-ce qu’il me raconte ? J’en peux plus de leurs délires !
Némésis, par ses aboiements furieux – bénie soit-elle ! – me ramène sur terre. Je me relève.
— T’es un grand malade, Damian… tu viens de… de… bouffer ton père !
— Je l’ai fait pour nous. Je suis désormais le Maître du Cercle, le seul élu de Dionysos. J’ai besoin de ses pouvoirs indivisés pour te guérir. Ce sera le seul objectif de la prochaine bacchanale, la toute dernière : effacer de ton esprit toute trace de l’ogre, enlever toutes les souillures qu’il a imposé à ton corps, rendre ton cœur pur et heureux à nouveau.
C’était donc ça, son « grand plan »… refaire les mêmes conneries meurtrières que son père.
— Qui tu comptes sacrifier ? demandé-je, avisant du coin de l’œil la cage de Némésis, qui nous regarde tous les deux, debout, en bougeant frénétiquement son moignon de queue.
— Ma fiancée. Afrëdita Kelmendi, balance-t-il sans ciller.
— Ta fiancée…
Il est fiancé. Putain. Ça aussi, il me l’avait caché.
— T’inquiète pas, je ne la toucherai pas. Tu ne croyais quand même pas que j’allais choisir une autre femme que toi ! lâche Damian avec un sourire incrédule. Je t’aime, Megane. Depuis toujours. Tu es la seule femme que j’ai jamais aimé, et jamais je n’en aimerai une autre que toi.
Tandis qu’il parle, je m’accroupis pour prendre la veste de Vassili. J’y récupère les clés de la cage et celle de mon collier.
— Je ne pense même pas l’épouser, m’annonce Damian en essuyant sur son pan de chemise la lame souillée de sang du kriss. Ce serait trop humiliant pour toi. Mon plan, c’est l’enlever – y a cette coutume en Albanie, alors ses frères n’interviendront pas -, la sacrifier, obtenir ta guérison puis revenir les tuer ensuite pour venger Michail. Y a tout un arsenal à la maison, tu verras. Et la maison n’est accessible que par la mer. Je laisserai des hommes sur place pour te protéger, ne t’en fais pas.
— Génial, marmonné-je, le regard absent. Quel super plan.
Mes doigts s’affairent sur la cage. Némésis gémit.
Mais je l’ai à peine libérée que Damian la siffle.
— Au pied, ma chienne, ordonne-t-il.
Elle lui obéit. Putain, elle lui obéit, à lui !
— Némésis… insisté-je, les larmes me montant aux yeux. Viens, ma belle. On s’en va.
Damian pose sa main sur la tête de ma chienne, assise à droite, à l’écoute.
— Inutile de te fatiguer. Je viens de te dire que j’avais hérité de tous les pouvoirs de mon père… dont le charisme absolu. Les animaux m’écoutent… Désolé.
— Espèce de salaud… sangloté-je. Tu comptes donc tout me voler ?
Damian hausse les sourcils, l’air franchement étonné.
— Non, Megane. Némésis restera avec nous… elle attend que tu viennes la rejoindre. Là où tu as raison, c’est qu’il faut se barrer d’ici. Les flics ne vont pas tarder à arriver… mais je voudrais qu’on efface les preuves avant. On va prendre le corps de mon frère, sortir les chiens de mon père, foutre le feu et se barrer d’ici. L’avion de mon père est encore à Blagnac. Si on se dépêche, on sera à la maison avant demain matin. Je voudrais que tu voies le soleil se lever sur la mer Égée, c’est vraiment magnifique…
Ce mec est dingue. Complètement dingue… il vient de BOUFFER SON PÈRE, putain de bordel de merde, et il me parle du lever de soleil sur la méditerranée !
Je regarde Némésis. Je vais devoir l’abandonner à ce psychopathe… mais elle a fait son choix, elle aussi. Ça me fend le cœur, mais c’est comme ça.
J’irais te chercher plus tard, ma belle.
Mais en attendant… je dois battre en retraite. La façon dont les yeux de Damian brillent, sur son visage ensanglanté, ne me dit rien qui vaille. Et il tient encore le poignard rituel, qu’il tourne et retourne dans sa main comme si c’était un foutu jouet.
Diversion. Faut que je fasse diversion.
— Et Bambou ? Qu’est-ce que tu comptes faire d’elle ?
Damian se retourne alors, apercevant Bambou pour la première fois. Lorsqu’elle le voit, elle se recroqueville sur la croix, comme si elle voulait rentrer dans le bois.
— Ah, je l’avais oublié, celle-là… c’est un témoin direct : faut la finir. Je m’en occupe, dit-il, serrant le couteau avec une nouvelle détermination.
La « finir ». Putain… il compte la tuer !
— Attends, Damian, intervins-je. Je vais le faire. Toi, va t’occuper des chiens. Ils ne me connaissent pas.
Il hoche la tête.
— C’est vrai. Je les mets dans la voiture avec Némésis, puis je m’occupe de Michail.
Une ombre passe sur son visage, brièvement. Il a parlé de son « corps », tout à l’heure… d’une façon ou d’une autre, Thanatos a dû mourir.
Il ne reste plus que Daimon. Le dernier de la liste.
Sauf que c’est pas le moment.
Je suis encore sous le choc du cauchemar final qu’Hadès m’a fait subir. Je suis nue, désarmée. Et je dois m’assurer que cette pauvre fille s’en sorte. Si je peux en sauver au moins une… je dormirais mieux la nuit.
Damian s’approche. Il me sourit, brièvement.
— Je suis tellement heureux qu’on soit enfin ensemble, Meg, murmure-t-il en tendant la main vers moi.
Il caresse ma joue, comme le faisait son père. Je le vois hésiter.
— Je peux t’embrasser ? Tu es tellement belle.
Nue, couverte de sang, une vilaine morsure humaine sur l’épaule et du sperme encore frais de son père dégoulinant le long de mes cuisses. Évidemment. Je n’ai jamais été aussi si belle.
— Bien sûr, Damian, réponds-je avec un bref sourire. Viens.
Il me prend dans ses bras, soupire de bonheur. Il a l’air tellement heureux… Ses lèvres froides – mouillés de sang, elles aussi – se posent sur les miennes. Puis sa langue pousse dans ma bouche, d’abord timidement, et un peu plus fort ensuite. Elle a le goût ferrugineux du sang noir de son père.
C’est lui qui lâche le premier.
— Bon. On aura tout le temps de s’embrasser après (il relève ses yeux bleus vers moi, et j’y discerne une lueur de convoitise) … et même plus. Mais faut se grouiller. Je te laisse Bambou, alors ? À moins que tu n’aies besoin d’aide ?
Je secoue la tête.
— Non, tout va bien, Damian. Je vais prendre le scalpel de ton frère : il coupe super bien.
— T’as raison. Faut que je range le kriss : on en aura besoin pour le sacrifice final. On se retrouve en bas !
Et, sur un dernier regard dans ma direction, il disparait.
Comme le faux sourire que j’affichais.
Je ramasse le scalpel sur le tapis par terre, puis m’avance vers Bambou. Elle se recroqueville, secoue la tête dans tous les sens.
— Du calme ! Je veux juste te détacher.
C’est fait en deux coups. Les lames de Thanatos coupent vraiment bien.
— Fuis par le parc derrière, lui dis-je. Ne te retourne pas.
Elle file sans demander son reste. Pas un merci – plus de langue -, ni un regard. Et elle a raison. C’est comme ça que j’ai fui, il y a dix ans. Sans me retourner.
Je regarde par la fenêtre la forme blanche et frêle de Bambou disparaitre dans le jardin, comme un fantôme nocturne. Puis je descends à sa suite après avoir passé une serviette mouillée sur mon corps pour effacer le sang et enfilé une robe en soie verte trouvée dans le placard de Vassili. Dans le grand hall vide, la haute silhouette de Damian apparait, son costume noir déchiré, taché d’hémoglobine, la crosse de son semi-automatique dépassant de sa ceinture comme un foutu mafioso. Il pose deux gros bidons d’essence sur le sol marbré de l’entrée.
— Ça y est. J’ai chargé les chiens dans l’Audi, et Michail dans le coffre. Je me change, et on dégage, annonce-t-il, la voix aussi grave et posée que s’il revenait de coucher les enfants après une petite fête sympathique.
— Oui. Ça vaudrait mieux, si on doit croiser la maréchaussée.
Je ne sais pas ce que les flics diront en voyant une Audi noire immatriculée dans un pays des Balkans, conduite par un type couvert de sang, avec une femme nue et tatouée à la place du passager, quatre molosses aux colliers en or sur la banquette arrière et un cadavre dans le coffre. Sans parler du poignard à lame ondulée et du Glock 19 de Damian. Avec un peu de chance, ils l’arrêteront, et tout ce que j’aurais à faire, c’est commanditer son assassinat en prison.
Non. Tu sais que ça ne se passera pas comme ça. Déjà, il faudra que tu lui dises, pour Chris, pour le journal. Que tu l’as lu, et que tu sais qu’il l’a tué sciemment, qu’il t’a livré à son sadique de père, en toute connaissance de cause… tout ça par dépit amoureux.
Je me souviens de ce jour-là, à la bibliothèque. J’avais adoré l’odeur de ce parfum, et je comptais demander ce que c’était. J’ignorais alors que c’était l’une des fragrances les plus onéreuses au monde, fabriquée aux Émirats Arabes Unis avec des produits d’une rareté indécente, sans le moindre composé artificiel, dans un flacon serti de diamants 18 carats et qu’il était porté par un psychopathe meurtrier appelé Vassili Kyanos, qui s’en mettait consciencieusement quelques gouttes au creux du cou et des poignets avant de sortir séduire une proie. Mais ce que je sais, c’est que si un grand type aux yeux bleus et aux cheveux noirs comme le jais, avec une moue boudeuse et de longs cils rêveurs était venu me proposer un ciné, c’est moi qui aurais bégayé et parlé avec un accent grec. Est-ce que Damian aurait gardé au fond de son cœur ses tendances sociopathiques, si j’étais sortie avec lui au lieu de Chris ? Est-ce qu’il aurait été doux au lit, gentil ? Est-ce que son père se serait conduit comme un beau-père respectueux et responsable ? Probablement non. La folie congénitale des Kyanos aurait fini par éclater au grand jour, sûrement au moment où je m’y serais le moins attendu. Et j’aurais connu le même sort que leur mère, Katarina, brisée par le remord après m’être rendue complice d’innombrables meurtres.
Alors, je laisse Damian faire le tour du château avec ses bidons d’essence et ses allumettes. Je sors sur le parvis. J’essaie une dernière fois d’appeler ma chienne, de la faire sortir de ce corbillard gardé par Cerbère, qui me gronde doucement dessus. Elle ne bouge pas, les yeux fixés sur la demeure, attendant patiemment le retour de son nouveau maître. Et lorsque les flammes s’élèvent derrière moi, hautes et rugissantes, je m’éloigne sans me retourner.
Comme il y a dix ans.

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