Chapitre 2.0 : Le pays d'Atlantis

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Natali LONSKAIA:

Cela fait trois ans que je sers le président Atlas. J’ai été formée depuis mon adolescence dans le pays d’Atlantis pour devenir garde du corps, instruite dans différents arts martiaux ainsi que dans la maîtrise des armes à feu et des armes blanches. J’ai également suivi une formation politique complète, afin d’accompagner le président comme son ombre et de le conseiller sur les enjeux internationaux. Nous n’étions qu’une poignée à son service, mais nous représentions l’élite du pays. Certains de mes camarades étaient envoyés en mission top secrète pour observer les conflits ou infiltrer des instances politiques étrangères. Notre groupe d’élite était connu sous le nom de LADA, un nom respecté et redouté, à l’instar du GIGN français ou du Spetsnaz russe.

Je recevais régulièrement des rapports de mes frères et sœurs d’armes répartis dans le monde entier, mais deux d’entre eux m’ont fait douter au point que j’ai dû les relire à deux reprises. Le premier faisait état d’un vaisseau volant non identifié, capable d’atteindre une vitesse extrême, ayant survolé plusieurs monuments historiques tout en lâchant des tracts renvoyant à plusieurs diffusions en direct sur diverses plateformes. Si c’était une plaisanterie de nos agents, elle était de très mauvais goût. Pourtant, les réseaux sociaux confirmaient ces informations.

Le brouhaha se faisait sentir dans la salle d’opérations où une trentaine d’opérateurs travaillaient ardemment devant leurs écrans. Je supervisais leurs actions depuis la passerelle supérieure, observant les trois niveaux d’opérateurs disposés en arc de cercle.

« Avez-vous pu confirmer le contenu de ces rapports ? Êtes-vous certains qu’il ne s’agit pas d’un canular ou d’un montage vidéo ? »Je balayai la salle du regard. Tous étaient concentrés.

Opérateur 13 :« Oui, Madame. Plusieurs analystes ont confirmé qu’il ne s’agissait ni d’un montage vidéo, ni d’une photo truquée. Les personnes ayant publié ces images sont de simples civils, et nous avons identifié un seul pilote à bord du vaisseau. De plus, nous avons localisé le lien du direct, dont le lancement est prévu dans une trentaine de minutes. »

Opérateur 28 :« Madame, après la réquisition de deux satellites et le suivi de son itinéraire, nous avons retracé son vol depuis la Porte de Brandebourg. Nos satellites le suivent actuellement, et selon la trajectoire, il se dirigerait vers Moscou. »

« Très bien. Vous avez l’autorisation de mobiliser trois satellites supplémentaires pour ne pas le perdre de vue. Et qu’en est-il de l’appareil repéré à Paris ? »

Opérateur 28 :« Après analyse des données de vol, une vitesse de Mach 4 a été enregistrée. Il semblerait qu’il s’agisse du même appareil, capable de parcourir la distance Paris-Berlin en moins de trente minutes. »

Je fronçai les sourcils.« Mach 4 ? Et il volerait en continu depuis Paris sans aucun ravitaillement ? »

Opérateur 28 :« Nous avons observé un vol stationnaire d’environ dix minutes au-dessus de la mer du Nord, mais rien qui laisse supposer un arrêt ou un ravitaillement. Il aurait parcouru près de 1 850 kilomètres depuis Paris. »

Je pris une profonde inspiration.« Donc, si je résume : nous avons affaire à un vaisseau nommé Liberty, capable de voler à Mach 4, avec une autonomie inconnue et une technologie qui surpasse déjà nos meilleurs avions. Piloté par une seule personne. À mon retour, je veux un dossier complet sur ce vaisseau et sur le pays auquel il pourrait appartenir. »

Opérateurs :« Oui, Madame ! »

En quittant la salle d’opérations, je ne pouvais m’empêcher de réfléchir à ces rapports. Quel pouvait bien être le but d’une telle démonstration ? Chercher à attirer l’attention du monde entier ? Une manœuvre médiatique d’un pays étranger ? Non… traverser autant de frontières sans interception réelle relevait presque de l’impossible. Aucun gouvernement n’aurait pris un tel risque.Tant de questions, et si peu de réponses à présenter au président Atlas.

Je pris la direction du bureau présidentiel pour lui faire part de ces informations. Je frappai à la porte, qu’un garde ouvrit avant de me saluer d’un signe respectueux. J’entrai et marquai un arrêt à cinq pas du bureau. À ma gauche, se trouvaient les bustes des cinq anciens présidents, ainsi qu’un petit salon de thé aux chaises blanches nacrées. À ma droite, un divan faisait face à un tableau de la Renaissance représentant la montagne Nayramadlin Orgil.

Le président Atlas, assis derrière son large bureau, leva les yeux vers moi. Sa carrure imposante rappelait celle d’un militaire plus que d’un politicien. Pourtant, son costume trois pièces, sa barbe soignée et ses cheveux bruns impeccablement peignés lui donnaient l’élégance d’un homme d’affaires. Derrière lui se dressait le drapeau d’Atlantis, composé de deux bandes horizontales bleu et blanc, avec une montagne noire stylisée en son centre. La lumière des grandes fenêtres baignait la pièce d’une clarté presque solennelle.Il me fit signe d’approcher.

« Repos, soldat. »Je me mis au garde-à-vous avant de relâcher ma posture, tenant le dossier dans la main gauche.« Vous pouvez nous laisser », ordonna-t-il aux gardes présents. Une fois la porte refermée, il se leva et m’invita à le rejoindre dans le salon de thé. La vapeur du thé s’élevait doucement de la théière. J’attendis qu’il s’assoie avant de prendre place à mon tour.

« Natali, nous sommes entre nous. Oublie les formalités, je t’en prie. »

« Très bien, préside… »Son regard perçant me coupa.« Oui, mon oncle. »

Atlas me connaissait depuis mon enfance. Il avait été le meilleur ami de mon père, tous deux servant dans le même régiment. Après la mort de mon père au cours d’une mission secrète — que même lui considérait comme suicidaire —, il m’avait prise sous son aile. Je le voyais comme un membre de ma famille. Cette mission l’avait profondément marqué : il avait quitté l’armée et s’était lancé en politique, avant de me faire intégrer la formation du groupe LADA.

Depuis, Atlas n’était plus le même. Beaucoup d’informations sur cette mission avaient été effacées, comme si l’histoire elle-même voulait l’oublier. Il était devenu plus froid, plus méfiant. Seules quelques personnes, triées sur le volet, avaient encore sa confiance. J’avais la chance de faire partie de ce cercle restreint. Sous ses airs d’homme d’État, il restait un soldat brisé, mais profondément humain.

« Je voulais te parler des rapports inhabituels que nous avons reçus aujourd’hui. Ces événements étranges, ces vidéos, ce vaisseau… c’est préoccupant. »

Tout en lui exposant le rapport et mes observations, je guettais ses réactions. Le président Atlas acquiesça lentement, une lueur de préoccupation dans ses yeux.

« Je suis conscient de la situation, Natali, mais ce vaisseau n’est pas notre ennemi », dit-il en prenant une gorgée de thé.

Je le regardai, intriguée.
« Que voulez-vous dire par là ? Nous ne savons presque rien. Nous surveillons de près sa trajectoire, mais il est difficile de comprendre ses intentions. Il pourrait être dangereux, mais également porteur d’une technologie nouvelle et potentiellement bénéfique pour notre pays. »

Atlas posa calmement sa tasse.
« Je comprends ta préoccupation, Natali. Je crains que cela ne devienne rapidement une affaire délicate sur la scène internationale. Mais nous devons soutenir ce vaisseau avant toute chose. C’est un signe que j’attendais avec impatience. »

Je restai muette. Comment pouvait-il être aussi sûr de lui ?
« Seriez-vous au courant de quelque chose que j’ignore ? »

« En partie. Mais je ne peux pas te révéler mes sources. »
« Cela ne m’aide pas beaucoup, mon oncle. »

« Ce que je peux te confirmer, c’est que ce vaisseau vient en paix. J’ai eu un entretien avec le président russe juste avant ta venue, et nous nous sommes mis d’accord sur le fait qu’il ne fallait pas restreindre les mouvements de cet appareil, mais l’escorter. Dans cinq minutes, une réunion internationale aura lieu par visioconférence afin de discuter de la procédure à adopter. Certains pays voient d’un très mauvais œil le passage de ce vaisseau au-dessus de leur territoire. Je vais de ce pas à la salle de conférence pour négocier un contrat de non-agression. »

Atlas se leva et ajouta d’un ton solennel :
« Agent Natali, je vous confie la surveillance de ce vaisseau ainsi qu’une partie de sa protection, dans la mesure du possible et avec la plus grande discrétion. Vous pouvez utiliser toutes les ressources nécessaires pour accomplir votre mission. »

Je me redressai aussitôt, adoptant une position droite.
« Oui, mon oncle. Sa protection nécessitera des ressources précises… je vais devoir contacter mes anciens camarades. »

« Très bien. Je compte sur toi. D’après ton rapport, un live aura lieu d’ici peu. Tu devrais y assister si tu veux en savoir plus. Que dirais-tu de m’accompagner pour l’ouverture de la conférence avant cela ? »

« Ce sera avec plaisir. Mais connaissez-vous le pilote pour lui accorder une telle protection ? »Atlas esquissa un léger sourire.

« Disons que nous avons un intermédiaire en commun. »Je fronçai légèrement les sourcils. Un intermédiaire ? Qui cela pourrait-il bien être ?

« et comment s'appelle le pilote du vaisseau ? »

« Il s’appelle Jérémy Chapi… mais notre intermédiaire l’appelle autrement. »
« Et comment l’appelle-t-il ? » demandai-je sans détour.

Atlas esquissa un sourire énigmatique.

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