Chapitre 26 - L'archonte de Valleska
Note 1 : ce chapitre contient de nombreux mots inventés spécifiques à l'univers Tlalli. Il vous est loisible d'en retrouver la description dans le glossaire disponible dans les appendices.
Note 2 : vous qui lisez ce roman d'aventure, je vous saurais gré de m'aider à le peaufiner et à le corriger. Ainsi je serais ravi de lire vos commentaires et de pouvoir corriger les fautes d'orthographe et de grammaire que vous y trouverez. Bonne lecture.
— Rédactrice, par ici.
La cinquième opératrice l’appela. Avant d’être propulsée dans ce lieu, Claire avait eu le temps d’estimer que la femme assise à sa droite approchait de la quarantaine. Ni belle, ni laide, le temps était passé sur elle sans compromis. Cela dit, dans son maintient, ses gestes précis, son regard, survenait une aisance stupéfiante ; une autorité naturelle.
— Je suis l'opératrice en chef du Pungus. Si vous avez une question, une hésitations, un problème, venez à moi. D'accord ?
Le sourire discret, le ton sec mais bienveillant.
— D... D'accord, madame. Merci.
L'opératrice s'adressa à l'assemblée :
— Protocole 1-12-24. Passage en temps yulmeren... maintenant.
— Valleska, ici Pungus. Besoin de validation pour intervention, dit le Superviseur Maeron d'une voix haute et claire.
Quelques secondes passèrent et la réponse vint comme celle de Pungus : de partout et de nulle part. Une voix cristalline, presque froide. Et toujours aussi désincarnée.
— Pungus, ici Valleska. Archonte cible ?
— Euréka Vallederak.
Encore quelques instants. Claire nota que Fenrir et l'Opératrice continuaient à travailler sur les données de l'incident. Leurs mains et leurs doigts bougeaient sans cesse sur des pupitres vaporeux, déplacant des curseur lumineux et des repères sur de vastes cercles de lumière. Des portraits apparurent à la périphérie de la vision de Claire. Elle tourna la tête. Des hommes et des femmes aux visages fatigués, des regards insolents, provocateurs, les Chiens Gris.
— Archonte synchronisé, dit la voix de Valleska.
— Bonjour Pungus, frère Solmund, que se passe-t-il qui réclame mon approbation ?
Une femme se matérialisa quelques mètres devant Claire. Plus grande que les hommes présents, fine et élégante, elle imposait sa présence sans effort et captait immédiatement l’attention. Sertis dans un visage rose et diaphane, ses yeux verts émeraude étaient délicatement soulignés de fards discrets, accentuant la profondeur d'un regard habité ; des cheveux blancs, relevés en un chignon impeccable à la dernière mode. Elle ne se présentait pas dans la tenue impersonnelle qui habillait les opérateur, mais dans un tailleur stricte, taillé dans une coupe contemporaine soulignant des formes généreuses. On aurait dit une hôtesse de l’air, mais dans une version luxueuse et sophistiquée, bottes et gants venant parfaire l’allure.
Claire fut intriguée par les couleurs de sa tenue : un camaïeu d'ocres pâles parsemé de points argentés brillants. On aurait dit qu’elle portait une eau d’été, capturée dans l’éclat du soleil et figée au cœur du tissu. Une petite cape dans des tons ocres jaunes reposait sur ses épaule, retenue par une fibule d'où une cordelette vert sombre, épaisse et légèrement torsadée, lui barrait la poitrine. Un code plus qu'une esthétique : Euréka ne venait pas écouter, elle venait trancher.
Evoluer aux côté de l'archonte, fut-ce une projection mentale, était une expérience en soi. Ce qui frappait de prime abord n'était pas tant sa beauté de déesse olympienne, ni sa grâce surnaturelle. Non, ce qui frappait était de l'ordre de l'intime, du primordial. C'était un mouvement du sang, un sensation physique mesurable à laquelle s'ajoutait une prise de conscience irréversible ; comme contempler les évidences de son être profond, une mise à nu. Sa présence était pénétrante, transcendante ; elle nettoyait l'âme. La brute s'en trouvait affaiblie, le stupide plus malin, l'arrogant begayait et le timide se redressait.
Euréka Vallederak comprit très tôt que son nom la précéderait partout. Elle naquit à Valleska au tournant du siècle. Ses parents, déjà, se revendiquaient d'une lignée dont la pureté du thralhun se transmettait sans rupture depuis des millénaires. A l'instar des grandes familles Valledrak, Vehlkar ou Dranth, cette filiation de pureté thralique, si il elle était marquante aux yeux de la grande majorité des valskaris - les habitants de Valleska -, n'était pourtant pas déterminante. Elle pouvait même devenir un poids, une charge, comme une redevance due aux simples. Si elle avait la chance d'être aussi pure, alors elle devait être exemplaire et dans le regard des autres, elle lisait moins de la curiosité que de l’attente, parfois même une forme de dévotion.
Côté clan tonahuac, Euréka n'était pas en reste. Membre du clan de l’Ours, l’un des plus anciens et des plus respectés, elle portait cet héritage comme on porte une couronne : avec honneur et une once de fierté. Peu représenté en Europe, ce clan était originaire du continent américain où il était plus implanté et dominant. A Valleska, l'Ours était la pièce rapportée, la cinquième roue du chariot. Enfant Kharûn, la Novice du clan, elle apprit d’abord la retenue ; l’Ours enseignait la stabilité, la responsabilité silencieuse et la protection du vivant. Par nature, cette posture la plaçait à distance des clans plus démonstratifs, comme l'Arc ou le Cerf.
Quand elle fit son entrée au Collège Tonahuac de Valleska, on ne lui parla pas comme aux autres jeunes de son âge, mais comme à un héritage vivant, à la continuité incarnée d’une lignée pure, intacte, presque sacrée et d'un clan respecté, rare et ancien. Cette fascination la mit mal à l’aise ; elle sentait confusément que cette double admiration fondée sur le clan et le sang portait en elle une violence sourde, celle qui nie l’individu au profit d’un récit rassurant. Plus on la hissait sur ce double piédestal, plus elle éprouvait le besoin d’en descendre.
C'est lors de l'intégration au Lycée Tonahuac de Valleska, que l'eugénisme valskaris la frappa de plein fouet. En ces première décennies du XXe siècle, les idées eugénistes des nalhuns eurent un échos à Valleska. Quelques idéalistes, tels que le parlementaire rephaïm Serkan Valteo ou l'artiste plasticien Corvessa, répendirent largement cette doctrine qui consistait à sauvegarder les qualités d’une lignée par le contrôle des mariages. Ils appuyèrent celle-ci par les mots d'un grec antique : Platon, qui écrivit dans son dialogue La République : Il faut que, le plus souvent possible, ce soit l’élite des hommes qui ait commerce avec l’élite des femmes, et, au contraire, le rebut avec le rebut ; que les rejetons des premiers soient élevés, non ceux des seconds, si l’on veut que le troupeau garde sa qualité éminente ; et, en outre, que toutes ces dispositions, quand on les prend, soient ignorées de tout le monde sauf des Magistrats.
Euréka rejetait avec une clarté croissante l’idée même d’eugénisme. Elle y voyait une paresse morale, une tentation dangereuse de substituer la naissance au choix, le potentiel à l’acte. Pour elle, être née d’une lignée inaltérée au sein d'un clan ancestral, ne lui conférait aucun droit particulier, encore moins une légitimité à guider ou dominer. Ce qui la révoltait n’était pas tant l’existence de lignées anciennes que l’usage idéologique qu’on en faisait. Cette volonté de figer le monde dans une hiérarchie du thra et du sang allait à contre-sens de ses valeurs intimes. Dans cette Europe qui venait de vivre un guerre mondiale, persistaient des tensions dues aux traités de paix. Et les nations nalhunes, profondément marquées par ce cataclysme, se redessinaient avec la complicité très discrète des embassadeurs tonahuacs. Le monde se rétrécissait, des mouvements autoritaires nacquirent et l'eugénisme avait bonne presse auprès d'une certaine population.
Ce constat, d’abord silencieux, trouva sa forme la plus aboutie quelques années plus tard, lorsqu’elle choisit de faire de l’eugénisme le cœur même de sa thèse doctorale à la Sorbonne. Devant un jury attentif, elle démonta avec rigueur les mécanismes sociaux, politiques et symboliques qui transforment une prétendue optimisation de l’humain en outil d’exclusion et de domination, soulignant combien toute société qui sacralise l’héritage au détriment de la responsabilité individuelle prépare sa propre dérive. En soutenant que la valeur d’un être ne se mesurait ni au sang ni à la puissance, mais à l’usage éthique de ce qui lui avait été transmis, Euréka scella une conviction qui ne la quitterait plus : jamais elle ne laisserait cette logique s’installer sans résistance.
C’est dans ce refus intime, silencieux mais inflexible, que prit racine sa vocation politique. Euréka comprit que l’équilibre de l'humanité et du mariage secret des nalhuns et des tonahuacs ne se préserverait pas par la glorification des héritages, mais par la responsabilité de ceux qui détenaient le pouvoir de dire non. Dès lors, devenir archonte s'imposa comme une conséquence, pas un désire ; la seule manière d’opposer à la fascination du pur une gouvernance fondée sur la mesure, la justice et l’éthique. Elle chercha les plus hautes charges pour s’assurer qu’aucune d’entre elles ne puisse jamais se croire au-dessus des autres par un quelconque lignage.
Elle gravit les cercles de gouvernance sans éclat inutile, imposant le respect par la justesse de ses décisions plutôt que par la démonstration de sa puissance ; la force de l’ours ne se proclame pas, elle se constate. Lorsque l’âge et l’expérience lui ouvrirent légitimement l’accès à une charge au sein du clan de l’Ours, jusqu’au rang de maître, elle déclina. Le geste pouvait sembler égoïste ; il relevait en réalité d’une lucidité rare. Le clan était stable et solide sans elle. Cette époque, en revanche, plongeait dans les atrocités de la Seconde Guerre mondiale, dominée par des constructions idéologiques obsédées par la pureté du sang, qui prospéraient sur la déliquescence morale et la faillite des consciences. Pour Euréka, ce n'était plus une coïncidence, ni un choix personnel : c’était un destin inscrit en lettres d’or. Elle fut happée par des enjeux plus vastes et décisifs que la conduite de son clan. Dès lors, il ne s’agissait plus de choix personnels ni de confort moral, mais d’une trajectoire à assumer, avec lucidité et fermeté, au cœur même des forces qui façonnaient son temps.
Après guerre, lorsqu’elle accéda à la charge d’archonte pour l’Europe, elle accepta la fonction comme on accepte une dette : avec lucidité, discipline et une exigence morale inflexible. Sa maîtrise du thra, évaluée à un Tsi 5 de troisième échelon, fut un levier silencieux au service de l’équilibre social.
Dans l’exercice de ses fonctions, Euréka Vallederak faisait usage d’un champ de pouvoir rare, capable de révéler les fractures invisibles qui menaçaient la cohésion entre clans tonahuacs et communautés nalhunes. Elle inventa l’ishkal de la Trame Claire, par lequel les causes profondes d’un conflit se donnaient à voir sans violer l’esprit ni l’intime, éclairant les oppositions, forçant chacun à affronter sa part de responsabilité. Ni prêtresse ni souveraine, elle refusa toujours l’illusion du divin, affirmant que le thra n’élevait pas les siens au-dessus des hommes, mais les liait à eux par une obligation plus sévère encore. Ainsi gouvernait-elle : implacable mais sans fureur, convaincue que la vraie puissance résidait moins dans la force que dans la capacité à maintenir le monde debout.
À l’automne de son existence, le bilan s’imposait : son parcours avait pesé sur les sociétés nalhuns et tonahuacs par la somme de décisions conscientes, d’actes posés et de renoncements assumés. Autrement dit, elle était la preuve que l’origine n’est qu’un point de départ, jamais une justification morale ou politique. Sa trajectoire validait son combat contre l’eugénisme et la pureté du sang. Elle prouvait par sa trajectoire de vie que ce sont les actes, la responsabilité et l’engagement qui produisent l’Histoire, pas le clan ou le thralhun.
A la suite des quatre opérateurs, Claire salua l'apparition de cette haute dignitaire d'une révérence timide. Solmund prit la parole.
— Archonte Vallederak, nous sommes dans le secteur Fenrir, Belgique, une accumulation sur la ville de Bruges. Nous pensons aux Chiens Gris.
— Ils disparaîtront lorsque nous aurons compris et accepté que nous en sommes la cause, souffla l'archonte.
Fenrir prit la parole.
— Les premiers incidents ont été détectées en juin près de Bruxelles. Ils se sont déplacés sur Gent en juillet et Bruges début août. J'ai demandé un repérage discret sur place.
— Le Clan qui opère ?
— De Nachtensagen. Un clan flamand discret et efficace. Les voici...
Fenrir opéra quelques gestes et des écrans montrèrent plusieurs individus ainsi qu'un compte-rendu exhaustif du repérage par le clan. Fenrir continua :
— Implantés en Flandre occientale autour de Gand, Bruges, Alost et le Pajottenland. Totem, Le kludde. Une créature des légendes flamandes, changeante, malicieuse et inquiétante. Un clan neutre mais plutôt de sympathies anakim. Très attachés aux traditions orales. Ils ont été très efficaces et ont transmis ces données.
Fenrir fit apparaître des listes de noms, d'objets et de lieux, et chaque fois avec des images à l'appui.
— Parfait. Que dit leur rapport ?
Fenrir effectua plusieurs mouvements. Les portraits et informations sur De Nachtensagen glissèrent en s'effacant, remplacés par de nouvelles données, des graphiques et des portraits en relief. L'un d'eux s'agrandit qui représentait un homme dans la quarantaine sèche, regard dur, le poil abondant.
— Alpha actuel : Pierre Doutrelepont, Belge, Tsi 2 spécialisé en influence sensorielle brute. A rompu avec le clan local de la Pierre Noire, Ardennes, Hautes-Fagnes, à la fin des années 40 après plusieurs sanctions disciplinaires ; sanctions liées au bris de plusieurs serments, dont celui du Nân. Doutrelepont était bûcheron ; avec sa petite amie, ils ont rejoint les Chiens Gris il y a une dizaine d'années. Il ne croit en rien et agit par détesation pure des structures ; tout ce qui tient debout l'insupporte... d'où son premier métier. Il est très dangereux, a tué au moins une fois, peut-être deux.
Claire notait l'essentiel, les opérateurs écoutaient. Doutrelepont laissa la place à une femme trentenaire, abîmée, hirsute.
— Second couteau et petite amie de Doutrelepont : Christine Gohy, Belge Tsi 1. Clan de la Pierre Noire également. Caissière dans une grande surface, elle a quitté ce travail nonnête pour suivre Doutrelepont. Gohy est méthodique, implacable, froide. Contrairement à Doutrelepont, elle aime la violence gratuite. Pas de trace de meutre mais multiples vols avec violence sur nalhuns.
La femme s'effaça et un troisième portrait fut présenté. Un homme dans la trentaine, des lunettes, barbe de trois jours.
— Vincent, patronyme inconnu, sans doute Français, Tsi 1, ancien instituteur. Clan inconnu. Il est surnommé le Charognard, spécialisé dans la récupération et le pillage. Aucun talent stratégique mais une intuition presque animale pour repérer ce qui peut être volé. Il sert de rabatteur pour la meute.
Le portrait diminua et un plan vecteurs et en relief de Bruges se matérialisa. On reconnaissait immédiatement l'ancien fleuve, la Reie, qui encrclait le quartier historique. Puis la foret de clochers dominants le paysage plat. Fenrir opéra un zoom sur le quartier Sint-Anna, dans l'est du Vieux Bruges. Les vecteurs d'un hotel particulier s'illuminèrent en doré.
— L’hôtel particulier Van der Maele abrite la fondation privée du même nom, une institution philanthropique fondée au XVIIIᵉ siècle et dédiée à la conservation d’objets liés à la musique. Il y a vingt-quatre heures, ce musée, accessible uniquement sur rendez-vous, a été cambriolé en pleine journée. Monsieur Hendrik Van der Maele, président de la fondation et descendant direct de son fondateur, qui assurait lui-même la visite guidée, a été retrouvé par son épouse environ une heure après les faits. Hospitalisé pour coups et blessures, il ne conserve aucun souvenir de l’agression. Le rapport de police fait état de la disparition d’un seul objet, issu de la collection dite des Instruments Anormaux.
Surplombant le plan, apparu un étrange objet et son coffret. Fenrir en lut la description :
— Le Diapason du Diable. Objet métallique d'une longueur de vingt-sept centimètres. Forme caractéristique, bifide, du diapason acoustique. Réalisé d’une seule pièce. Métal de teinte gris sombre, à reflets bleutés variables selon l’angle de lumière - du sylthar. Surface non polie, ni oxydée, présentant une texture uniforme. Les deux branches ne sont pas parfaitement parallèles. L’écart est faible mais mesurable. La face interne de la fourche présente de fins sillons gravés, réguliers, orientés en spirale. Aucune inscription, symbole ou marque identifiable. Le diapason est présenté dans un coffret. Une boîte rectangulaire en bois sombre, patiné et sans ornementation. Deux charnières métalliques ternies et un fermoir simple. Intérieur tapissé de feutre gris foncé. Empreinte moulée correspondant exactement à la forme de l’objet. Aucun autre compartiment ou accessoire.
— Qu'est-ce qu'il a de particulier, ce... Diapason du Diable ? demande l'Archonte.
— L’objet est un artefact tonahuac fabriqué au Moyen-Âge, je n'ai pas encore trouvé le fabriquant ni le clan. Mais cet objet est potentiellement dangereux. Il est activé par simple pression manuelle à sa base. Il n'émait pas de son, pas de mouvement, juste une onde subtile et intraçable. Une fois actif, l’objet perturbe la cohérence mentale collective dans son environnement proche. Les individus exposés présentent une augmentation progressive de leurs désaccords tout en augmentant le degré d'hésitation général. Après quelques minutes, la confusion est telle que tout consensus est impossible à maintenir. Conclusion : l’objet constitue un moyen de déstabilisation stratégique majeur non traçable, opérant sans violence apparente.
— Où sont-ils à présent ?
— Le dernier pic d'accumulation à été repéré dans le quartir Tenberg, au n°148 de la Pastinakenstraat à Asse, un village à l'ouest de Bruxelles.
— Que font-ils là ? Et que cherchent-ils à faire avec cet objet ?
Le Superviseur Maeron prit la parole :
— Une piste crédible a été identifiée. Tous ces éléments, le clan renégat, l'objet volé et les lieux, indiquent que la cible réelle pourrait être la nouvelle construction européenne, la CEE. Ses bureaux sont implantés à Bruxelles, non loin de Bruges et à proximité immédiate de l’ambassade tonahuac de Valleska. Il est hautement probable que les Chiens Gris cherchent à positionner l’objet dans un point stratégique jouxtant ces deux sites. Dans ce scénario, l’ensemble des réunions des dirigeants nalhuns deviendrait rapidement dysfonctionnel, tandis que l’ambassadeur valleski serait lui-même exposé à une instabilité croissante. Les effets à long terme de l’objet sur le psychisme tonahuac et sur l’intégrité des ishkals ne sont pas encore établis. Toutefois, les premières projections indiquent un risque systémique majeur. Le potentiel de déstabilisation est jugé critique. Il ne peut, en aucun cas, être sous-estimé.
— Mais comment un tel objet a-t-il pu nous échapper pendant tout ce temps ?
Solmund ne répondit pas immédiatement.
— Parce qu’il nous a toujours échappé. Archonte, vous savez comme moi que de nombreux artefacts tonahuacs, anciens ou récents, demeurent hors de notre champ de contrôle. Le Diapason du Diable en fait partie.
Il marqua une pause.
— Le travail du clan De Nachtensagende et de Fenrir dans l’Aënka a été déterminant. Leur persévérance nous permet aujourd’hui d’identifier la menace… et d’y répondre.
Claire acheva de noter. Le silence s'installa parmis les opérateurs. L'archonte croisa les bras et pencha la tête. Après un moment de réflexion, elle annonça :
— Pungus, nous avons un problème.
— Oui, archonte Valledrak, quels sont vos ordres ?
— Pour neutraliser quelques chiots récalcitrants, rien de tel qu'un mâle alpha. Pungus, activez la Meute.

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