Chp 31 : Rika : revues cochonnes

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Quelque part dans la Bordure Extérieure, République de l'Holos


On dit la Bordure si dangereuse qu'en général, peu de nautes apprécient les rencontres qu'ils y font. Surtout après la rencontre avec les orcanides... Mais voir la longue silhouette d'un vaisseau de l'Holos apparaître sur la baie fit bondir mon cœur dans ma poitrine. Le bâtiment en question était un gros-porteur structuré en anneaux, du type de ceux qu'on utilise pour le transport de colonies. Nul doute que leur bord regorgeait de denrées humaines délicieuses et de nouvelles fraîches de l'humanité. Profitant de l'absence du reste de l'équipage dans la salle des commandes – c'était mon tour de quart – je leur envoyai un signal sur une fréquence républicaine.

Ils me répondirent immédiatement.

— Ici le bâtiment de terraforming Astartes, identification T37845637. Capitaine Louis Wu. À vous ?

— Ici l'Elbereth, bâtiment militaire sans identification. Je suis le capitaine Rika Srsen. Est-ce qu'on peut vous docker ?

J'entendis un petit cliquètement dans mon micro. J'avais bricolé ce système moi-même pour pouvoir communiquer sans passer par Elbereth ou Dea, de manière plus « manuelle » et maniable. Comme c'était artisanal, il y avait peut être un couac.

— Vous êtes un vaisseau ældien ? me demanda de confirmer ce Louis Wu.

Je poussai un soupir découragé.

— Écoutez, je suis une citoyenne de l'Holos. Une partie de l'équipage est ældien, mais ils ne vont pas vous manger ! Nous sommes pacifiques. Ignorez l'autre vaisseau, en revanche.

— Celui qui est derrière vous, avec l'immense baie ?

Je confirmai, et leur demandai de préparer l'amarrage.

Je procédai à quelques réglages moi-même, positionnai le sas de l'Elbereth devant le leur, verrouillai la jointure puis enfilai ma combinaison de sortie. Les petits étaient là, dans leur panier : ils étaient restés avec moi pendant tout le temps de mon quart. Depuis quelques jours, ils étaient plus vifs et moins demandeurs de lait. La petite, en particulier, avait l'air très éveillée : elle avait même prononcé son premier mot deux jours auparavant.

Namë ? demanda-t-elle en me voyant me préparer.

« Maman ». Elle ne savait dire que ça, mais elle le disait déjà de façon variée, exprimant plein de nuances différentes.

— Allez, viens, lui dis-je en la faisant monter dans mon sac à dos.

Ses deux frères, qui étaient toujours dans son ombre – visiblement, le formatage des mâles ældiens commençait dès le panier – montèrent eux aussi. Je rentrai leur petites queues dans le sac et glissai vers le haut la fermeture éclair, en faisant attention de ne pas les coincer dedans. Puis, toute guillerette, je le chargeai sur mes épaules et me dirigeai vers la sortie.

Mais Ren veillait au grain. En le voyant dans le sas, tout prêt à m'interdire quelque chose, je me dis qu'il devait probablement me surveiller depuis de nombreuses heures, tapi dans l'ombre.

— Tu sais à quoi ça sert, un tour de quart ? lui demandai-je avec un demi-sourire. À permettre à tout l'équipage de bénéficier d'un peu de sommeil sans relâcher la surveillance. Quelle en est l'utilité si toi, tu restes debout toute la nuit à superviser celui des autres ?

En voyant qu'il s'apprêtait à répondre, je tendis un doigt impérieux devant lui.

— Attends ! Je dois te prévenir d'abord : interdiction de prononcer les mots inquiétude, danger, angoisse, attaque, ennemis, et hostile. D'accord ?

— Je voulais juste te donner une liste de courses, répliqua-t-il avec une mauvaise foi évidente.

Je lui souris franchement.

— Mais bien sûr. Alors, cette liste de courses ?

— Elle est dans ma tête. Je viens avec toi.

Comment allaient réagir les humains en le voyant ? Mais Ren ne voulait pas lâcher l'affaire.

— Prends une caisse de transport, alors, soupirai-je.

Ren attrapa l'un des shinawil qui étaient accrochés dans le sas, le passa sur sa combinaison et sortit une caisse à sustentation magnétique. Il posa son doigt sur le bouton de démarrage et la fit partir d'une petite poussée du pied, la laissant flotter à environ dix centimètres du sol. Aussitôt, les autres caisses de la série s'allumèrent et se placèrent derrière en convoi.

— On pourra sans doute leur acheter des chips militaires, proposai-je en traversant le sas.

Ren acquiesça.

— De nouvelles sauvegardes imprimées et de nouveaux holofilms, aussi.

— Je ne sais pas si nous aurons affaire à des antiquaires, Ren, le mis-je en garde pour modérer ses attentes.

Il ne fallait pas qu'il soit déçu.

De l'autre côté du sas, trois humains nous attendaient, collisionneur passé en bandoulière, sécurité enclenchée. Ils n'avaient pas la tête à transporter des vieilleries terriennes pour les aficionados ældiens. L'un d'eux, dont le physique dénotait une souche génétique commune à la mienne, se présenta comme le capitaine. C'était Louis Wu.

— Rika Srsen, me présentai-je en lui serrant la main.

— Gustavo Doa, se présenta un autre.

— Gesto Doa.

Son frère, de toute évidence.

Discrètement, je poussai Ren, qui restait derrière, visiblement décidé à ne pas parler.

Les trois hommes lui jetèrent un regard rapide, puis ramenèrent les yeux à mon niveau, cherchant sur mon visage un genre d'explication. En tant que femme jeune, j'étais peu accoutumée à une telle considération : jusqu'ici, les nautes comme les clients m'ignoraient au profit du porteur de chromosome Y de l'équipage. Mais là, c'était différent : Ren n'était pas humain, et il faisait peur à ces hommes. Son silence total n'arrangeait rien.

— Dis quelque chose, lui susurrai-je en ældarin entre mes dents.

Ren se décida enfin à tendre sa longue main noire.

— Ar-waën Elaig Silivren, dit-il en Commun. Commandant de l'Elbereth.

Aucun des membres de l'équipage de l'Astartes n'osa la toucher. Finalement, après avoir échangé un bref coup d'œil avec moi, Louis Wu se jeta à l'eau, imité par les frères Doa.

— Bon... finit par dire Louis Wu, mal à l'aise. Vous voulez entrer boire un verre ?

— Ce ne serait pas de refus, oui, concédai-je.

— On aimerait vous acheter quelques denrées, si c'est possible, ajouta Ren.

Les trois hommes se regardèrent à nouveau.

— Faut voir... Avec quoi vous payez ?

Ren sortit de sa poche l'uranocircite magique, accompagnée de deux autres cailloux, un argenté d'une brillance qui faisait presque mal aux yeux, et un autre cristallin et iridescent.

Les trois comparses se penchèrent sur sa main obsidienne, parfaitement adaptée à la présentation commerciale d'échantillons luminescents tels que ceux là. Louis Wu sortit de sa poche un petit radiomètre, et passa le rayon ultraviolet sur les pierres.

— Du mithrine et de l'iridium, confirma-t-il avec un large sourire. Avec ça, vous pouvez bien nous acheter tout le vaisseau ! Enfin, en nous laissant la barge... Combien vous en avez ?

— Dépendamment de ce que vous me donnerez, je peux vous fournir plusieurs dizaines de kilos de chaque. Mais en échange, il me faudra plusieurs tonnes de carbone en barre, le même poids en denrées et en objets divers.

Louis Wu émit un sifflement qui me laissa penser qu'il n'appréciait pas le deal, pourtant très avantageux.

— Plusieurs dizaines de kilos de mithrine ! Vous êtes propriétaire d'une mine, ou quoi ?

— De trois mines, pour être honnête, répondit Ren.

— Où ça ?

Ren sourit.

— Cela, je ne peux pas vous le dire.

Sa réponse fit rire les trois hommes, et l'atmosphère se détendit nettement.

— Allez, venez, nous pressa aimablement Louis Wu. On ne va pas faire nos comptes debout dans le sas, sans rien à boire !

Rassurée, je me tournai vers Ren, qui répondit à mon sourire en me montrant ses belles canines.

— Alors, cette mine de mithrine ? tenta à nouveau Louis Wu après quelques whiskies vidés. Elle est où ? On cherche une planète à terraformer en vue d'y fonder une colonie. Si elle pouvait nous apporter la fortune par-dessus le marché !

Ren reposa son verre.

— Elle se trouvait dans le système d'Ultar, leur apprit-il, sur la planète Ærung. Tout cela n'existe plus, désormais.

— Et vous ? embrayai-je rapidement. Que faites vous si loin du centre de l'Holos ?

— On passe par là pour éviter de se retrouver pris entre les tirs croisés de la flotte et des indépendantistes, nous apprit Louis Wu en se resservant du whisky. Les hérétiques, y sont partout, alors on s'est dit tant qu'à faire, autant passer par des coins moins fréquentés... C'est dangereux, mais au moins, on n'a pas les cosmo-légionnaires ni les terroristes.

— On a croisé un vaisseau exogène il y a cent soixante-douze heures de ça, intervint alors Geisto Doa. Un croiseur de guerre. On a réussi à se planquer derrière une petite planète avant qu'ils nous remarquent, mais faut quand même faire gaffe.

— On en voit de plus en plus dans le bras de Persée, renchérit Louis Wu. Eux, et les Desséchés... Ça craint vraiment.

Je jetai un coup d'œil discret à Ren. Les paupières baissées, celui-ci regardait son verre en silence.

Louis Wu embraya sur des nouvelles un peu moins inquiétantes, puis Ren et lui commencèrent à discuter des marchandises à échanger. Pendant ce temps-là, je sortis les enfants du sac à dos et les posais sur le rebord de la table. Le regard aigu que Ren lança dans leur direction ne m'échappa pas : la tension était devenue coupante, tout d'un coup.

— Oh ! Les adorables petits ! s'exclama Louis Wu. Qu'est-ce que c'est comme créature ? Gouzi gouzi gouzi !

Il tendit la main pour caresser Nínim, aussitôt intercepté par Ren qui le prit dans ses bras.

— Ce sont nos enfants, rectifiai-je. Ce ne sont pas des créatures, mais des perædhil, des semi-ældiens.

Louis Wu me jeta un regard bovin, la bouche entrouverte.

— Vos enfants.... Oh.

Ses yeux tombèrent sur Ren, puis il tourna la tête.

— Bon, reprit ce dernier, son fils toujours dans les bras. Et si on reparlait de la marchandise ?

Déconcentré, Louis Wu lâcha les grands yeux d'opale de Cerin pour se tourner vers Ren à nouveau. Caël avait déjà disparu sous la table. Des trois, c'était le plus dissipé.

— Euh, oui... Vous voulez le tiers de notre récolte hydroponique, c'est ça ?

— En plus de tout le reste, confirma Ren. Et est-ce que vous avez des livres et des cds ?

Louis Wu le regarda comme s'il avait proféré une énormité.

— Des livres et des cds... c'est quoi ?

— Des médias antiques de Terra, datant de l'âge pré-technologique, précisai-je pour filer un coup de main à Ren. Vous n'en avez pas ?

— J'ai de vieilles revues cochonnes qu'on n'a pas fini de mettre sur support holographique, admit Louis Wu en se grattant l'arrière du crâne. Humaines et plus vieilles encore que ce vaisseau, alors je doute que ça vous intéresse...

Le capitaine de l'Astartes termina sa sortie par un raclement de gorge gêné, de toute évidence feint. Les frères Doa s'échangèrent un regard.

Ren fit semblant de n'avoir rien entendu, très occupé avec Nínim qu'il dorlotait ostensiblement.

— Et qu'est-ce que vous avez d'autre ? demanda-t-il en relevant les yeux.

— Bah on a que ça, avoua Louis Wu en haussant les épaules. Quoique, attendez... y a bien ces caisses qu'on a récupéré sur une épave en rade, récemment... je vous avoue qu'on les a pas encore ouvertes. Mais ça avait l'air d'être des trucs du même genre, des vieilleries sans valeur marchande.

Ren continua à papouiller son fils quelques secondes, puis il se décida :

— Bon, mettez-moi vos vieilleries et une caisse de ces revues cochonnes, asséna-t-il à mon grand désarroi.

— 'evues cochonnes ! l'imita Nínim, qui produisait là le premier mot de sa jeune vie.

Je fixai Ren, atterrée.

— Ren, tu sais ce que ça veut dire, revues cochonnes ? lui demandai-je en ældarin.

Mon intervention dans une langue étrangère, comprise de mon seul conjoint, amusa les trois hommes.

— Eh, faut pas en vouloir à vot'mari, capitaine Srsen ! Un type a besoin de distractions dans l'espace. Même un non-humain !

Et ils s'esclaffèrent.

Ren leur fit un bref sourire, histoire de ne pas perdre la face. Du reste, apercevoir la taille de ses canines calma aussitôt les trois hommes.

— Bon, on va vous préparer ça, décidèrent-ils de concert. En attendant, vous êtes libres de visiter notre bord. Allez voir les plantations en hydroponique, ça vaut le détour ! Notre IA de bord, Gaspard, va vous accompagner.

Ce vaisseau, configuré pour des missions de terraformation en espace lointain, était en effet lourd d'enseignements. Guidé par une IA guindée à l'apparence de grand blond athlétique (qui aurait pu être le frère de Dea), nous déambulâmes, Ren et moi, dans les immenses travées des anneaux du vaisseau. L'écho produit par nos bottes sur les passerelles en acier résonnait au-dessus d'un vide de plusieurs centaines de mètres, couvrant le ronronnement des machines qui entretenaient les cultures. Portant toujours Nínim dans les bras, Ren s'arrêta devant des épis dorés.

— Vous pouvez en prendre un, je vous en prie, proposa Gaspard, les bras croisés derrière son uniforme immaculé.

Ren en cueillit un épi et le montra à Nínim. Évidemment, après l'avoir rapidement reniflé et même léché, ce dernier le fourra tout entier dans sa bouche.

— Quel vorace, celui-là ! soupirai-je en lui retirant l'épi piquant, alors qu'il toussait et faisait la grimace. Qu'est-ce que c'est que cette plante ?

Ren me répondit avant Gaspard : « Du blé » fit-il avec un sourire qui me sembla provoqué par des souvenirs très lointains.

— C'est exact. Il s'agit de blé. Une plante terrienne qui avait disparu après la grande calamité, mais qu'on a recréé sur certaines colonies. Pour l'instant, on la réserve au terraforming, à titre expérimental. Mais on espère la commercialiser largement très bientôt.

Je me tournai vers Ren.

— Tu en as acheté ?

Il hocha la tête.

— Oui. J'ai même pris des souches. On pourra en planter dans l'Elbereth.

— Bonne idée.

Gaspard nous amena vers une autre passerelle.

— Là-bas, nous avons aussi du riz, du millet, du maïs, du quinoa, de l'épeautre et du sarrasin...

Impressionnée, je regardai se déployer les travées à l'infini. On allait y passer des heures.

— Ren, fis-je en me rapprochant de ce dernier, on devrait peut être retourner à bord de l'Elbereth.

Je n'aimais pas l'idée de laisser un navire sans personne à la barre, dans une région où croisaient des vaisseaux exogènes.

Ren acquiesça.

— Tu as raison.

Il se tourna vers Gaspard.

— Merci pour cette visite très instructive, Gaspard, remercia-t-il aimablement. Mais je pense que les caisses sont prêtes, et nous avons à faire.

— Certes. Merci beaucoup, madame, monsieur. Ce fut un plaisir de vous guider sur l'Astartes. En espérant vous revoir !

Son amabilité me rappela douloureusement l'ancienne Dea. Mais maintenant, Dea ne parlait plus que de tactique, de mesures de sécurité et de collisionneurs à neutrons.

Cette petite visite impromptue – et surtout, je le devinais, le contact avec des humains – m'avait fait beaucoup de bien. Après avoir déposé les enfants dans leur panier, car il fallait bien qu'ils dorment un peu, j'allais aider Ren à décharger les caisses que nous avions fait amener sur l'Elbereth. La wyrm et Dea se trouvaient déjà là pour l'inventaire, ainsi que Tanit.

— Vous êtes montés sur un autre vaisseau ? me demanda cette dernière, sourcils froncés. Vous auriez pu me prévenir.

— Je doute que cela ait constitué un évènement digne d'être transformé en chant épique, soupirai-je. En boutade, peut-être, quand Ren a accepté une pleine caisse de revues cochonnes...

— 'evues cochonnes ! brailla Nínim, qui m'avait suivi.

Je me retournai et baissai les yeux. La queue en tire-bouchon, Nínim était là, me regardant fièrement. Il était tout content de réussir à parler ! Je le pris sous les bras et le soulevai.

— Qu'est-ce que tu fais là, toi ? Allez, on retourne vite se coucher !

Je notai le regard appuyé de Tanit sur mon fils.

— Il est beau, fit-elle en caressant sa joue d'un air pensif. Je me demande ce que ça fait, d'être mère...

Le cœur serré, je me remémorai les raisons pour lesquelles Ren s'était montré réticent à prendre Tanit sur l'Elbereth : il disait qu'en tant que jeune femelle, elle allait forcément vouloir s'accoupler et avoir une portée.

— C'est infernal, lui appris-je rapidement. Après l'enfer des nombreux cycles avec un sac rempli de boules de bowling dans le ventre et la torture de l'accouchement, commence la véritable punition : la présence continuelle et horripilante de braillards toujours affamés. Plus de temps pour soi, plus le temps de dormir, de se reposer, de se laver... Mais si tu es prête à signer pour ce pensum, tu rencontreras sûrement un mâle volontaire, puisqu'il paraît qu'il y a des ædhil dans la Voie.

Tanit releva son regard azur sur moi.

— Des dorśari et des orcneas, grimaça-t-elle. Je ne peux décemment pas prendre le risque de transmettre des gènes impurs à mes enfants... !

Bien que choquée par tant de snobisme, je me hâtai d'acquiescer.

— Tu as raison. Tu as une si belle robe, ce serait dommage que ta descendance n'en profite pas ! Je crois que la robe sil-illythiiri est un gène dominant : Ren l'a transmise à presque tous ses enfants ! Seule Pas Douée a la peau blanche, et il paraît qu'elle est le portrait craché de la mère de Ren, qui était une dorśari pure race.

— Parce que la mère de sa première portée est sil-illythiiri elle-même, répondit Tanit. Mais regarde tes petits : leur peau est aussi blanche que la mienne. Pourtant, ta peau à toi n'est pas si pâle...

Je grimaçai, commençant à trouver le terrain marécageux :

— Tu sais, la peau de Ren est vraiment très sombre. Je pense que le blanc vient de la part humaine, dans cette portée. Mais avec une ædhel, c'est quasiment sûr que Ren produira des petits sil-illythiiri. C'est Mana qui me l'a dit, et elle a fait des études poussées sur le sujet, ajoutai-je pour ajouter une caution solide à mon histoire.

J'espérai que cette mention un peu exagérée de la couleur de Ren allait dégoûter Tanit, qui semblait particulièrement rebutée par cette caractéristique. La barde se contenta de soupirer, et je considérai le problème clos. Je descendis dans la soute de stockage pour aller voir ce que contenaient les « vieilleries » de Louis Wu. Mieux valait contrôler...

Ren s'y trouvait déjà, avec sa fille Angraema, toujours curieuse de tout. Ils étaient figés devant l'une des caisses surprises de Louis Wu, celle qu'il avait, selon ses propres dires, récupéré sur une épave.

— Qu'est-ce qui vous arrive ? On dirait que vous avez vu un fantôme.

Pas Douée releva ses yeux noirs vers moi.

— C'est le cas. Regarde...

Je me déplaçai à côté d'eux, de façon à voir le contenu de la caisse. Ce que je vis m'ôta la voix.

Une grande boite en verre, qui ressemblait à un cercueil. Et qui contenait une personne. Une fille, endormie, flottant dans une matière liquide.

Une droïde de plaisir, songeai-je d'abord, la nuque hérissée. Qu'est-ce que Louis Wu nous avait refilé ??

Mais en me rapprochant, je discernai une écriture inconnue sur la caisse, en lieu et place du logo de la manufacture de corps artificiels. Ce container n'était pas de fabrication humaine, même si son contenu, lui, l'était.

— Ce que ces humains ont récupéré, dit alors Ren en posant son regard miroitant sur moi, faisait partie d'une cargaison de captifs destinés à la vente. Regarde ce glyphe sur le bras de cette fille : c'est du dorśari. C'est le symbole d'une guilde de chasse.

Mon Dieu. Je relevai la tête vers Ren, horrifiée.

— Une guilde de chasse ?

— Un équipage de pirates, si tu préfères.

— Ren, qu'est-ce qu'il y a marqué ?

— Lathelennil Niśven, 3ème prince d'Ombre, répondit Ren sombrement.

— Et cette fille est vivante ?

— Il semblerait bien.

J'échangeai un regard avec Pas Doué.

— Elbereth va encore grincer des dents, dis-je lentement. Nous avons écopé d'un nouveau chaton abandonné.

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