5 - Jean et le détecteur

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Le lendemain, nous nous retrouvâmes comme convenu en visio, seul Jacky n'est pas présent.

Jean (enthousiaste, poursuivant sa démonstration) :

« Vous voyez, pour percevoir les fréquences, il faut un détecteur. En électronique, on utilise des circuits non-linéaires. Ils convertissent une information électrique en un signal audible ou visuel. C’est comme traduire une vibration en lumière ou en son. »

Mathieu :

« Donc sans instrument, impossible de mesurer ? »

Jean (sourire en coin) :

« Pas forcément. Certains animaux sont de véritables détecteurs de fréquence. »

Les chauves-souris, les dauphins, même certains oiseaux. Ils perçoivent des gammes de fréquences que nous ne pouvons même pas imaginer.

Marie :

« Tu veux dire que des peuples anciens auraient pu s’inspirer de ces animaux ? »

Jean :

« Ou mieux : ils vivaient en symbiose avec eux. Imagine une civilisation qui utilise les chants d’oiseaux pour détecter des résonances dans la pierre. Ou qui observe les réactions des animaux à certaines vibrations pour comprendre leur environnement. »

Jean-Luc (intrigué malgré lui) :

« Et tu crois qu’ils pouvaient faire des calculs avec ça ? »

Jean (avec intensité) :

« Pas des calculs comme nous. Mais des interprétations. Des modulations. Des harmoniques. Ils n’avaient pas besoin de chiffres, ils avaient les ondes. »

Mathieu (pensif) :

« C'est une forme différente d'intelligence. Une autre manière de lire le monde. »

Marie (doucement) :

« Et peut-être plus proche du vivant. »

Jean (sourit) :

« Exactement. »

Il se lève, marche lentement vers le tableau, griffonne un serpent dans une ampoule stylisée.

Il poursuit, quand je suis allé dans le temple d’Hathor à Dendérah, j’ai vu ces reliefs. Des figures tenant ce qui ressemble à des ampoules géantes. À l’intérieur, un serpent. À côté, un pilier Djed.

Mathieu :

« Le symbole de stabilité. »

Jean :

« Oui. Mais les serpents… ce sont des détecteurs biologiques de fréquence. Ils réagissent aux sons graves, aux vibrations subtiles. Ils perçoivent ce que nous ignorons, car nous ne les percevons pas. »

Marie :

« Tu veux dire qu’ils captent les sons ou les ondes ? »

Jean :

« Le serpent capte les sons de fréquences comprises entre 0 et 150 Hz par le sol et les fréquences de 150 à 400 Hz (qualifié de son aérien) sans doute par les écailles, car ils n'ont pas d'oreilles externes.
Les ondes électromagnétiques rien n’est moins sûr.

Imagine… dans une ampoule conçue pour amplifier les vibrations, le serpent capte, puis retranscrit les ondes. Comme un message venu de très loin. »

Marie (sous le charme) :

« Jean, tu repousses les limites sans effort ; ta façon de comprendre le monde surprend encore, même ceux qui pensaient ne plus pouvoir être émerveillés. »

Mathieu (sourit, sceptique) :

« Tu rêves un peu. »

Jean (regard fixe) :

« Peut-être. Mais les rêves sont parfois des souvenirs d’un savoir oublié. »

Tard le soir tout le monde a éteint son ordinateur, la tête remplie de rêves.

Laboratoire, nuit tombée.

Le silence est dense, presque liquide. Les néons du plafond vibrent faiblement, comme s’ils hésitaient à troubler la concentration de Jean.

Il repense aux mots de Marie.

Ils tournent en lui comme une onde lente, persistante.

« … même ceux qui pensaient ne plus pouvoir être émerveillés. »

Il ne sait pas pourquoi cette phrase l’a touché autant. Peut-être parce qu’elle venait d’elle.
Peut-être parce qu’elle disait vrai.

Sur la paillasse, le serpent repose dans son terrarium, immobile, paisible.

Autour de lui :

– un vieux générateur de fréquences,

– deux oscillateurs rafistolés,

– un micro amplificateur dont la diode pulse faiblement, comme un cœur électronique.

Jean (à voix basse) :

— On va voir si tu entends ce que moi je ne peux pas.

Je règle l’appareil sur une fréquence de 18 Hz, infrasonore. Rien. Le serpent reste immobile.

Je tente 22 Hz. Puis 30. ensuite 40. Toujours rien.

Jean (frustré) :

Rien. Toujours rien. Il s’approche du terrarium, observe le serpent.

— Tu dors ? Ou tu attends quelque chose que je ne sais pas formuler ?

— Mathieu a sans doute raison. Peut-être que je rêve.

Je m’assoit et regarde le serpent. Silence. Puis, sans réfléchir, je pose ma main sur le générateur.

Un léger grésillement. Une décharge statique.

Le serpent lève la tête. Précautionneusement. Je me fige.

— Attends… ce n’était pas la fréquence. C’était… moi ?

Je recommence. Cette fois, je parle doucement, presque comme une incantation.
Le serpent se fige, tourne sa tête vers moi.

Jean (émerveillé) :

— Ce n’est pas une machine qu’il écoute. C’est une intention. Une modulation vivante.

Il note tout. Mais il sait que ce n’est pas reproductible par des chiffres.

Jean murmure, presque pour lui-même :

— Si tu captes vraiment ce que je crois… Alors Marie avait raison. Il reste encore des choses capables de nous émerveiller.

Il devra convaincre Mathieu et Marie… avec autre chose.

Une fois réuni, à nouveau.

Je refais l’expérience…

Mathieu (soudain, les yeux plissés) :

« Attends… ça me rappelle quelque chose. Un vieux papier de l’université.
Un chercheur parlait de bio-résonance. »

Jean (intrigué) :

« Bio-résonance ? »

Mathieu :

« Oui. L’idée que certains organismes vivants peuvent entrer en résonance avec des fréquences spécifiques. Pas juste les entendre, les intégrer. Les serpents, effectivement, étaient mentionnés. »

Marie :

« Tu te souviens du nom du chercheur ? »

Mathieu (hésite) :

« Pas sûr… mais je me rappelle d’un schéma. Une sorte de spirale vibratoire, comme un serpent lové autour d’un axe. Un double huit. »

Jean (frappé par l’image) :

« Comme le pilier Djed. »

Un silence s’installe. Puis, un léger bruit. Un bourdonnement grave, presque inaudible, emplit la pièce. Marie fronce les sourcils.

Marie :

« Vous entendez ça ? »

Jean (tend l’oreille) :

« C’est une fréquence infime. Très basse. »

Mathieu (regarde son téléphone) :

« Ce n’est pas nous. C’est externe. »

Jean (s’approche de la cage où dort le serpent, utilisé pour des tests biologiques) :

« Regardez. Il bouge. Il réagit. »

Le serpent se redresse lentement, sa langue fouettant l’air. Il se tourne vers le mur nord, comme attiré.

Jean (chuchote) :

« Il capte quelque chose. »

Marie :

« Et s’il recevait un message ? »

Mathieu (à voix basse) :

« Ou un appel. »

Un silence tendu s’installe. Le serpent reste figé, tourné vers le mur nord.

Puis, un bip aigu, presque ridicule, retentit. Un son électronique, désuet. Le bipeur d’une personne âgée, oublié sur une étagère, se déclenche sans raison apparente.

Mathieu (surpris) :

« C’est le vieux bipeur de ma tante. Il ne fonctionne plus depuis longtemps. »

Jean (s’approche) :

« Il vient de s’activer. Et regarde… »

Davantage dressé, le serpent agite sa langue dans l'air avec vigueur. Il se déplace vers le son, comme attiré.

Marie (à voix basse) :

« Ce n’est pas le son. C’est la fréquence. Quelque chose dans ce signal… »

Jean :

« Une modulation oubliée. Un appel codé dans une technologie obsolète. »

Mathieu (froncement de sourcils) :

« Tu crois que ce vieux bipeur a capté… autre chose ? »

Jean :

« Je crois qu’il a répondu.

Non, la réponse est là sous nos yeux, mais nous sommes aveugles cartésien. Je dois réfléchir.

Je dois être seul, vous voulez bien, je me déconnecte à demain. »

Jean est seul. La pièce est silencieuse, presque trop. Il regarde autour de lui :

• Un générateur

• Un amplificateur

• Des oscillateurs

• Un vieux générateur de fréquences

• Un micro amplificateur

• Le bipeur (pas celui qui se trouve chez Mathieu)

• Et le serpent, lové dans son terrarium

Il soupire. Rien ne fonctionne comme prévu. Les appareils sont là, mais ils ne communiquent pas. Ils émettent, mais n’écoutent pas.

Jean (à voix basse) :

— Il manque quelque chose. Une interface. Un traducteur.

Je regarde le serpent. Pas comme un cobaye. Comme un transmetteur.

Et là, une idée folle, mais logique, surgit :

Et si le serpent n’était pas le récepteur… mais l’émetteur ? Et si ses réactions modulaient les ondes ? Et si, en présence de certains champs vibratoires, il devenait l’élément actif, celui qui relie les appareils ?

Jean branche le micro amplificateur, le relie au bipeur. Il place le serpent à proximité. Il règle le générateur sur une fréquence neutre — 0 modulation.

Rien.

Jean ajuste le micro amplificateur. Il règle le gain. Il attend.

Le serpent reste immobile. Le bipeur, silencieux. Le générateur, stable.

— Trop neutre. Trop lisse. Il modifie légèrement la fréquence. Un souffle. Un frémissement dans l’air.

Le serpent bouge. Pas brusquement. Comme s’il s’accordait.

Jean (note) :

— Fréquence 0. 7 Hz. Modulation minimale. Mais… réponse biologique.

Il relie le bipeur à un enregistreur.

— Si tu transmets, il faut que je capte, si tu vibres, je dois entendre.

Le bipeur clignote. Une lumière faible. Puis un son, pas un bip, un souffle. Comme un soupir électronique.

Jean (frappé) :

— Ce n’est pas un signal. C’est une réponse.

Il observe le serpent. Puis le bipeur. Enfin ses mains.

Et il comprend. Ce n’est pas la machine. Ce n’est pas l’animal. C’est l’interface vivante. L’intention. La présence.

Jean (chuchote.) :

— Et si les anciens avaient compris ça ? Pas la technologie. Mais la médiation. Un être vivant comme traducteur entre les mondes.

Il reste là, longtemps. Dans le silence. Dans la vibration.

Puis il parle. Pas fort. Pas pour le serpent. Pour l’espace.

Le serpent bouge. Le bipeur clignote. Le micro amplificateur capte une variation.

Jean vérifie. Ce n’est pas le son. C’est le champ. Le serpent a modifié l’environnement vibratoire.

— Il utilise les moyens. Il ne les subit pas.

Puis il écrit une phrase dans son carnet :

Ce n’est pas la fréquence qui parle. C’est celui qui l’écoute.

Expérience : Jean et le serpent, fréquence de 40 Hz

Je m’installe. Je règle les oscillateurs sur 40 Hz, fréquence gamma. Je sais que cette périodicité est liée à la synchronisation neuronale, à la conscience élargie.

Je ne cherche pas à contrôler. Je m’ouvre.

Le serpent est là, immobile. Puis il bouge, lentement. Je sens une stimulation subtile, comme une vibration dans le crâne. Pas douloureuse. Juste… Présente.

Je ferme les yeux. Et les images viennent. Pas pensées. Pas de souvenirs. Autre chose :

• Une souris

• Des cailloux

• Un chemin

• De l’herbe

• Le soleil

• Un trou

• Une mue de serpent

• La liberté

Je ne sais pas si c’est une hallucination ou une transmission. Mais je comprends.

Le serpent demande sa liberté. Pas par des mots. Par une vision.

J’ouvre les yeux. Je regarde le serpent. Je ne peux pas le garder prisonnier. Ce n’est pas un simple animal.

Pour moi, Albert Einstein avait raison quand il dit :

« l’imagination est plus importante que le savoir. »

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