12 - Cuzco
Dans la vallée sacrée, les signes se multiplient. Une cohérence trouble apparaît, comme si tout les poussait vers un même point.
Ils quittent l’île sans un mot. Ce n’est pas une décision : c’est une réponse.
De retour à Paris. Nous avons mis au propre toutes les données en notre possession et les relisons fréquemment afin de bien les maîtriser ; hors de question de les transporter avec nous.
Notre prochain lieu est le Machu Picchu, nous ne parlons à personne de notre destination.
Dans leur appartement parisien, Marie et Jean s’entourent d’imprimés, de cartes, et de schémas soigneusement annotés. L’atmosphère est feutrée, avec ce silence propre à ceux qui savent que la vérité attire autant qu’elle expose. Et parfois détruit.
Ils se glissent dans la foule comme deux ombres tranquilles. Pas de photo. Pas de message. Pas d’adieu. Juste deux ombres en partance avec un secret en bandoulière.
Marie referme le carnet des protocoles. Jean vérifie les calibrations. Ils répartissent les appareils — sonomètres, capteurs infrarouges, cartes vibratoires, dans des sacs banals. Aucun badge scientifique. Aucun nom inscrit.
— Marie, tu es prête ?
— Oui. On ne peut plus revenir en arrière, Jean.
Le vol est long. Mais le temps… s’est dissous.
Nous faisons escale à Lima, capitale du Pérou, elle est située à l'ouest de l'Amérique du Sud.
Aujourd’hui, il fait près de 30°C.
Notre correspondance pour Cuzco est dans 2 heures. Après 6 heures de vol, nous allons nous dégourdir les jambes et prendre une collation.
Le ciel est clair. Le vent presque complice. Le disque est resté à Paris, bien caché. Mais ses résonances… voyagent avec nous.
Nous avons observé les passagers, puis l'aéroport, les rues de Lima, nous n'avons rien vu de suspect.
À l'embarquement, tout est normal.
Ils descendent de l’avion à Cuzco, l’air est plus léger… ou est-ce leur cœur qui palpite avec l'altitude et d’anticipation ? Le terminal grouille de vie, mais dans les oreilles de Marie, les vibrations sont déjà là : une fréquence sourde qu’elle ne parvient pas à situer.
— Jean, il y a du bruit... mais pas comme le bruit qu’on entend. C’est plus mystique.
Jean hoche la tête, distrait par un murmure qui semble provenir de la pierre elle-même. Ils sortent du terminal, et Cuzco s’offre à eux : une ville qui vit en strates temporelles, entre les anciens, l’empire des Incas et les klaxons modernes.
Marie propose de consulter un contact local.
Un libraire spécialisé en cosmogonie précolombienne. Il leur remet une page abîmée d’un manuscrit inconnu, avec des symboles géométriques impossibles à décrypter. Une note griffonnée au dos :
“Ce que vous cherchez est plus qu’un son. C’est une mémoire gravée dans la roche.”
— C’est tout ce que je possède, Marie, tu peux le garder. Dit le libraire.
— Qui a pu écrire le message. Demande Marie.
“Ce que vous cherchez est plus qu’un son. C’est une mémoire gravée dans la roche.”
— Je n'en ai aucune idée. Voici une carte pour la vallée sacrée.
Nous avons quitté le libraire, après avoir promis de revenir.
Nous logeons dans un petit hôtel connu de Marie.
Le lendemain, le départ est discret. À l’aube, la vallée sacrée nous accueille comme une promesse suspendue.
Au détour d’un virage, les Salines de Maras se dévoilent. Plus de 4 000 bassins en terrasses, imbriqués, pensés avec une intelligence géométrique que ni les Incas ni les géologues n’expliquent totalement. Situées à plus de 3 000 mètres d’altitude, elles défient les lois de la nature. Ces bassins d’eau salée, perchés à flanc de montagne, sont pour certains le fruit d’une formation naturelle, pour d’autres l’œuvre très ancienne d’un peuple inconnu.
Le sel brille sous le soleil. Les tons varient du blanc éclatant au brun aride.
— Qui a pu imaginer un tel agencement ? demande Jean.
Jean s’approche d’un bassin. Il y plonge la main. Le sel est tiède, presque cristallisé. Marie observe les reflets. Ils ne sont pas naturels. Ils vibrent.
— Ce n’est pas la lumière, dit-elle. C’est une mémoire. Jean sort un capteur. Une fréquence s’élève. 528 Hz.
— La fréquence de la réparation cellulaire, murmure-t-il. Marie ferme les yeux. Elle entend un chant. Lointain. Ancien. Et dans ce chant, une voix : “Vous êtes sur le bon chemin. Mais le sel garde ses secrets...”
— Marie ! Que fais-tu là, je suis trop heureux de te revoir, viens ici que je t’embrasse.
— Bonjour François, contente de te revoir. Voici Jean avec qui je voyage.
Jean serre la main de François, mais le cœur n’y est pas.
Jean observe François. Il y a dans ses gestes une familiarité qui le dérange. Il la touche sans arrêt avec complicité.
Marie, elle, semble flotter dans une joie douce, comme si le passé venait tendrement à elle.
— Tu es toujours dans les livres, François ? Demande-t-elle.
— Plus que jamais. Et je crois que j’ai quelque chose qui pourrait vous intéresser.
Il sort de sa poche un porte-cartes, il l'ouvre et en extrait un papyrus, au milieu d'écritures hiéroglyphiques égyptiennes, il y a un dessin trois cercles concentriques, traversés par une ligne brisée.
Ce dessin... Murmure Jean.
François sourit.
— Alors… Jusqu’où êtes-vous allés dans vos recherches ?
— Justement, nous nous rendons au Machu Picchu, pour vérifier si notre théorie est valable.
répond Marie.
Jean garde le silence. Il sent que quelque chose se joue.
Marie renchérit, presque trop vite. Tu viens avec nous ?
François sourit, mais son regard glisse vers Jean.
— Si vous m’acceptez, bien sûr. Ce symbole… Je l’ai vu ailleurs. Pas seulement en Egypte.
Jean fronce les sourcils.
— Où ça ?
— Dans une grotte, au sud de l’Islande. Gravé dans la roche.
Marie se tourne vers Jean.
— Tu vois ? Ce n’est pas une coïncidence.
Jean acquiesce, mais son cœur reste en retrait.
Nous poursuivons vers Calca.
La petite ville semble posée entre deux géants : les monts Pitusiray et Sawasiray.
Le site de Huchu’y Qosqo me revient à l’esprit. Je l’ai foulé au début de ma carrière. Une maison étrange. Carrée. Fondations très anciennes, massives, sculptées sans joint. Mais au-dessus… un toit de style Inca, plus léger, presque maladroit.
— Pourquoi une telle bâtisse ? murmure Jean, lisant dans mes pensées.
— Je me le suis demandé il y a des années. Et je n’ai jamais eu de réponse.
Les eaux thermales de Machacancha fument dans le matin gris. Les eaux gazeuses de Minasmoqo offrent un silence électrique.
Marie s’arrête. Elle palpe les fondations.
— Ce n’est pas un simple abri. Peut-être une station… un relais. Situé à environ 3 600 mètres. —
— L’édifice semble tronqué. Le haut a disparu. Jean montre les marques d’un étage manquant. Une pierre spéciale aurait pu y être logée.
— Pour émettre, Pour communiquer ?
Jean secoue la tête.
— Nous parlons en matière et outils. Mais eux… je pense qu’ils transmettaient autrement.
François intervient :
— Vous pensez réellement, qu'ils avaient des smartphones.
Marie le regarde avec étonnement.
— C’est toi qui dis ça ?
François rit doucement.
— Vous êtes sérieux ? Des pierres qui parlent ?
Jean ne répond pas tout de suite. Il s’approche d’un mur, pose sa main. Une vibration. Faible. Mais présente.
— Ce mur est un relais. Il ne stocke rien. Il transmet.
Marie regarde François.
— Tu n’as jamais ressenti ça ?
François baisse les yeux.
— Non. Moi, il me faut mon portable pour communiquer.
Jean répond calmement, mais fermement, c'est une technologie vibratoire oubliée, non-matérielle.
— Alors écoute mieux, regarde comme dans un rêve les images viennent seules ou des sons.
— Relâche-toi. — dit Marie...
— Ahhhhhh ! Cri François, il est tout pâle.
J'ai vu un aigle Immense.
Il m'a dit : DÉGAGE. Ses serres… elles voulaient me saisir.
Je suis désolé, je ne peux pas continuer, c'est trop pour moi, je préfère ma bibliothèque.
François nous quitte précipitamment. Il se retourne est nous demande.
— Tenez-moi au courant. A bientôt.
Cette vision… elle donne des réponses. Pas rationnelles, mais cohérentes.
— Marie, nous devons rester seul, personne ne doit savoir.
Ils fouillent. Rien d’autre que le silence. Puis Marie lève les yeux.
Une bâtisse solitaire au sommet d’un sentier brisé.
— Tu ne veux pas vraiment grimper là-haut, hein ? demande Jean.
— Toi, reste là. J’ai besoin de savoir.
Jean regarde Marie s’éloigner.
Elle entame l’ascension.
Chaque pas… une époque. Chaque pierre… une mémoire.
Les roches l’accueillent. L’air s’épaissit.
Marie ressent. Une onde. Marie grimpe, chaque pas résonne comme une note.
Une pulsation, une invitation.
— comme si la construction l’appelait.
Ressaisis-toi, tu as trop d'imagination, le paysage l'environnement te joue des tours, j'approche d'un portique, le sentier est bel et bien une route avec des murs superbes, ce chemin si bien taillé ne peut pas mener nulle part !
Arrivée devant le portique, elle pose la main sur un pilier. Rien ne bouge.
La porte, si je peux l'appeler ainsi à trois niveaux les fondations en pierre, le corps en terre durcie, et le haut en brique d'argile, le tout surmonté d'un petit toit. Elle fait plusieurs fois le tour, se positionne au centre, se baisse et juste devant elle, bien dissimulée, dans une suite logique. Elle se redresse…
— Tu vois bien. Il n'y a rien à voir.
— Tu m'as fait peur imbécile, tu es venu tout de même. Regarde ce que je viens de découvrir.
— Une mine d'or ?
— Soit un peu sérieux. Regarde cette dalle.
Au pied du portique, une dalle rectangulaire légèrement enfoncée. Marie invite Jean à passer sa main sous l’arrête :
Jean se met à genou.
— Tu as trouvé ?
— Oui, il y a une pierre ronde, comme un bouton et alors ?
Tourne là.
— Elle tourne, pas possible ! Jusqu'où ?
— On verra bien.
Jean s’exécute. La pierre tourne sans résistance. Une fois en bout de course, la dalle pivote doucement sur elle-même, dévoilant une cavité sombre sous leurs pieds.
Marie s’esclame :
— Un souterrain.
Un souffle s’élève de la cavité. Ni chaud, ni froid. Mais chargé d'une odeur de renfermé.
Jean recule d’un pas.
— On entre ? demande Marie.
Jean hésite. Il regarde le ciel, puis la dalle.
— Ce chemin si bien taillé… ne menait pas à rien.
Jean toujours aussi prudent dit :
— Je fais un grand tour pour être sûr que nous sommes seul, je reviens de suite.
En effet, quelques minutes après, il est de retour.
— Personne dans les environs, nous pouvons y aller.
Marie, elle, s’accroupit. Elle tend la main, mais ne touche pas. Elle écoute.
— Tu sens ?
— Une pression.
— Non. Une présence. La cavité n’est pas vide. Elle attend. —
Jean allume une lampe torche. Le faisceau glisse sur les parois. Des gravures.
Des cercles. Des spirales. Des formes qui semblent bouger quand on ne les regarde pas.
Marie murmure :
— Ce n’est pas un tombeau.
— Alors quoi ?
Le granit est une pierre naturelle qui présente une meilleure durabilité face au temps que d'autres matériaux. Il est donc idéal pour la fabrication de tombeau.
Jean descend le premier, nous avançons dans un corridor, au toit arrondi, la lampe de Jean éclaire le granit qui reflète comme un miroir. Il aide Marie à descendre. Nous débouchons dans une salle qui a une forme surprenante à la fois simple et très complexe.

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