11- Les Moaï

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Les statues immobiles semblent porter un message. Une direction, peut‑être. Un avertissement, peut‑être, quelque chose qui ne peut plus être ignoré.

Nous avons loué une voiture, rempli les formalités, et commencé à explorer les sites sans plan précis.

Nous arrivons à Ahu Akivi, où sept statues moaï, toutes de même facture, sont alignées. Elles reposent sur un petit muret l’Ahu. Rien de particulier ne s’en dégage.

Nous poursuivons vers Ahu Tongariki. Le site est impressionnant : quinze statues parfaitement disposées sur un long banc de pierre. Ici aussi, les fréquences restent faibles.

Les moaï suivants ont une particularité : une coiffe en pierre volcanique rouge, le pukao.

Marie se souvient : Je revois les images que le disque m’a montrées. Les statues en rangs, adossées à la montagne, toutes tournées vers l’ouest. Vers une route oubliée.

Nous nous dirigeons vers le site qui nous attire le plus : Rano Raraku, à l’est de l’île.

Les statues sont disposées sans aucun ordres précis, lorsqu'on les observe, ce qui frappe le plus, c’est l’expression qui ressort des visages contemplatifs avec une finesse que non pas les premières que nous avons observées.

Elles sont là. Certaines, enfouies jusqu’au cou. D’autres renversées, couchées sur le flanc, ou simplement penchées. Rien de naturel.

Marie contemple la scène. Quelque chose cloche. La colline n’a pas pu produire autant de sédiments. Pas seule. Pas ainsi.

Elle se tourne vers Jean.

— Imagine… Un tsunami. Plusieurs kilomètres de hauteur. Il charrie sable, roches, débris. Il percute l’île. Il renverse tout sur son passage. Les géants sont soit bousculés, soit enterrés. Regarde : même la carrière est recouverte de sédiments.

Jean plisse les yeux, grimace.

— Tu sais ce que ça implique ?

— Que l’histoire qu’on nous a racontée… est incomplète.

Il secoue la tête.

— Marie, on est en plein délire.

— Ou au bord d’une révélation.

Jean soupire.

— Tu as une imagination débordante, Marie. Mais je dois avouer… Ton idée est plausible.

Il regarde autour, les géants couchés, les sédiments trop parfaits, trop présents.

— Et les autres Moaï ?

— Postérieurs. Je pense qu’ils ont été dressés plus tard, en hommage, ou en réponse à ceux qu’on ne comprend plus.

Je m’approche d’un Moaï renversé. La vision du disque revient, des lignes, des silhouettes… et cette distorsion.

— En y regardant de plus près… Il y a une cohérence dans leur disposition. Mais dans la vision, tout semblait… se plier.

Jean fronce les sourcils.

— Se plier ?

— Oui. Comme si l’espace n’était pas stable. Comme si quelque chose avait plié les ondes, déformé la mémoire.

Il reste silencieux.

— Et si les Moaï n’étaient pas des témoins, Marie… Mais des antennes.

Elle le regarde, les pupilles dilatées, elle réfléchit, puis murmure :

— … Ou des émetteurs.

Une onde glacée lui traverse l’échine. Son esprit s’emballe.

— Bien sûr… il y a des fréquences que je ressens. Pas tout le temps, mais ici… maintenant.

Jean se redresse.

— Tu as le matériel ? On pourrait capter quelque chose.

Elle fouille dans son sac. Oscilloscope portable. Sonomètre. Détecteur infrasons.

Un Moaï, très ancien, orienté à contre-sens des autres. Elle approche l'appareil… rien. Puis une vibration très basse. Un souffle.

— Jean, regarde ça. Ce Moaï pulse.

La forme géométrique des statues semble alignée selon une trame invisible.

— Ce n’est pas de la pierre. C’est une mémoire cristalline.

Jean articule lentement :

— … Une onde fossile.

Jean ajuste l'instrument. Le silence du paysage semble résonner avec le bip ténu de l'appareil.

— 963… murmure-t-il.

Marie s’approche, les yeux plissés.

— Tu es sûr ?

— Oui. C’est stable. 963 Hertz.

Un frisson les parcourt. Marie murmure, presque pour elle-même :

— C’est la fréquence de la couronne, Jean… Celle qu’on associe aux états de conscience élevés.

Il la regarde.

— Tu parles de spiritualité ?

— Pas seulement. D’éveil plutôt. Certaines traditions disent que 963 Hz active la glande pinéale, favorise la clarté mentale.

Elle repose l’appareil contre le Moaï. L’écran affiche une pulsation régulière.

— Et si ces statues n’étaient pas des monuments… Mais des transmetteurs de conscience ?

— Une incitation ? Répète Marie.

Jean réfléchit à voix basse :

— Le stimulus agit sur l'organisme… Il modifie quelque chose, quelque part. Une réaction neurochimique ? Une réponse cellulaire ? Et pourquoi ici ? Pourquoi 963 Hz ?

Il tourne lentement autour du Moaï.

— Ce que tu décris… c’est presque une activation. Comme si le corps recevait une instruction.

Jean tourne autour du Moaï. Chaque pas semble moduler la fréquence. Le bip de l’appareil varie légèrement, comme si le champ vibratoire n’était pas uniforme. Comme s’il réagissait à leur présence.

Marie s’accroupit. Elle pose sa main sur la base de la statue. Pas pour analyser. Pour écouter.

Un frisson la traverse. Pas de peur. De résonance.

— Jean…

— Oui ?

— Je crois que ce Moaï est un point d’entrée.

Il s’arrête.

— Tu veux dire… une interface ?

Elle hoche la tête.

— Pas technologique. Sensorielle.

Jean lève les yeux. Le ciel est limpide. Mais l’air… Semble chargé en électricité. Comme s’il portait un message.

Il revient vers Marie.

— Et si 963 Hz n’était pas une fréquence locale… Mais une clé ?

Marie le fixe.

— Une clé pour quoi ?

Jean murmure :

— Pour ouvrir quelque chose. En nous. Ou dans le monde.

Ils restent là, silencieux. Le Moaï pulse. Le paysage semble suspendu. Et dans ce silence, une pensée traverse Marie :

“ Ce n’est pas la pierre qui parle. C’est la mémoire du monde qui cherche une voix, un biais de confirmation.”

Marie ferme les yeux. Le vent s’est levé.

“ une réciprocité. ”

— Et si le disque… ne donne pas des visions au hasard ?

— Il éveille des zones précises. En toi. En moi. Et peut-être dans cette île aussi.

Un silence s’installe. Même les oiseaux se taisent.

Marie rouvre les yeux.

— Tu crois que l'on peut capter cette onde ailleurs ?

Jean ne répond pas tout de suite. Il regarde l’horizon. Les statues. Les alignements.

— Il nous faut une carte. Une triangulation. Et surtout… plus de Moaï.

Marie sourit.

— Alors allons chercher les autres.

Cela fait deux jours que nous cherchons, il faut se rendre à l'évidence, il n'y a pas d'autres Moaï qui interagissent.

Déçu, nous retournons à l'hôtel. En route, les visions me parlent. Les autres sites sont peut-être en connexion.

Le Réseau Invisible.

Une fois à l'hôtel, notre chambre est sens dessus, dessous, quelqu'un cherchait quelque chose.

Jean jette un regard inquiet à la serrure. Rien n’a été forcé. Pourtant… Les coussins éventrés, les tiroirs ouverts, les notes de Marie éparpillées sur le sol.

— Quelqu’un est venu avec un but précis, murmure-t-il. Pas juste du vandalisme. Une recherche. Une fouille méthodique.

Marie s'accroupit et récupère un dessin froissé : le croquis d’un Moaï, relié à trois cercles. Une triangulation... reliée à un autre site ?

— Les visions… elles parlaient de connexions, non ? Des sites sacrés qui résonnent comme les Moaï. Peut-être des temples… des cavités… ou des axes telluriques.

• Les Moaï ne sont pas seuls : leur fréquence pourrait être en résonance avec des sites mégalithiques ailleurs dans le monde.

• L’intrus a peut-être cherché à intercepter ces données avant que Jean et Marie ne comprennent le schéma.

• Et si certaines civilisations anciennes avaient codé leur conscience dans la pierre, à travers des ondes, des matières et des formes géométriques ?

Marie relève la tête, les yeux brillants.

— On doit trouver les points d’interaction. Avant eux.

Jean approuve. Mais une chose est sûre : ils ne sont plus seuls à suivre ce signal.

Marie range les feuilles, les notes, les fragments. Mais elle garde le croquis froissé. Trois cercles. Un Moaï. Un axe.

Jean s’assoit sur le lit, le regard perdu.

— Si quelqu’un cherche à intercepter… alors ce réseau est actif.

— Ou en train de se réactiver, murmure Marie.

Elle ouvre son carnet. Elle trace les trois cercles. Puis elle ajoute un quatrième, intuitivement. Un point en Asie. Un autre en Afrique. Un dernier… en Europe.

Jean s’approche.

— Tu crois que ces lieux sont liés ?

— Pas par la culture. Par la fréquence.

Elle sort son téléphone, cherche les coordonnées.

Le Machu Picchu. Stonehenge. Abu Simbel. Et l’île de Pâques.

Jean murmure :

— Ce ne sont pas des lieux. Ce sont des points d’accord. Des nœuds vibratoires. Des seuils.

Marie hoche la tête.

— Et si le disque… était une clé universelle ? Un décodeur de mémoire ? Un catalyseur ?

Jean se lève. Il regarde la mer. Le vent s’est calmé. Mais l’air reste chargé.

— On doit partir.

— Où ?

— Là où la fréquence nous appelle.

Marie sourit.

— Alors il nous faut une carte. Pas géographique. Des réseaux telluriques.

— Chaque site a sa fréquence, dit Marie. Chaque fréquence... une porte. Mais ouvrir la mauvaise, c’est prendre le risque d’un écho incontrôlé.

Jean hoche la tête en relisant la carte spectrale. Le Machu Picchu, selon leurs hypothèses, pourrait être un nœud énergétique majeur. Non seulement en résonance avec les Moaï, mais amplificateur d’influx telluriques.

Le monde ne s’est pas tu. Il attend qu’on l’écoute.

Ou, plus surprenant encore… Il cherche le dialogue.

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