11 : Monde du savoir
Katoum était une région décharge, soit on y réussit en se rendant utile comme pilote, mécanicien ou agent du savoir, soit il nous faut partir ailleurs. Il y avait des débris de vaisseaux un peu partout. Des cris s’élevaient pour donner des ordres ou des conseils. Des étincelles et de la fumée jaillissaient d’un peu partout. Des morceaux de ferraille jonchaient le sol. Il fallait faire attention où l'on mettait les pieds.
Un module de transport se posa et sa soute s’ouvrit. Un homme seul en sortie et déterminé, il descendit la rampe. Silencieusement, il avançait et ne prêtait guère attention à ce qu'il se passait autour de lui. Tout le monde s’affairait, il avait semble t'il autre chose en tête. Encapuchonné dans un manteau marron, une lame cognant contre son armure presque intégrale qui demeurait en partie visible. Son vêtement était poussiéreux et la peinture de sa cuirasse était blanche écaillée avec de nombreux impacts, il avait dû se battre il y a peu. Il déambulait à travers les carcasses et les modules en réparations vers un but connu de lui seul.
Après un long moment passé à respirer diverses effluves et à envoyer paître des importuns d'un simple mouvement de la main. Il arriva devant une grande entrée encadrée de deux pylônes inclinés sur les côtés. L'ensemble évoquait un livre ouvert avec une invitation à pénétrer. Il n'y avait pas de porte, aussi l'homme s'engouffra dans le passage sans demander son reste. Des lumières se dressaient et un écriteau portant la maxime de l’établissement attirait l'œil des curieux.
“La voix des anges est impénétrable pour les non-initiés. Le savoir est une porte ouverte vers l'éternité. Oser s'y perdre, c'est renoncer à la dureté de la réalité.” L'étranger désormais à l'abri des regards ôta sa capuche pour montrer un visage d'un humain d'âge mûr au regard meurtri. Il défit quelques lanières de son armure. Ses cheveux châtains courts et sa cape étaient soulevés par un petit vent frais. Une grande bouffée, l’homme respirait mieux. Une porte apparut à quelques mètres au-delà. Le combattant posa une paume dessus, inspira et s'engagea dans le bâtiment où l'attendait probablement des réponses.
Un être bossu en tunique verte sombre se trouvait en pleine lumière. Il ressemblait à un être humain glabre de couleur gris aux rares cheveux noirs. Il y avait des dizaines d'étagères remplies de livres, des rayons entiers, quelques chaises et tables à divers endroits. La lueur paraissait aveuglante et donnait l’illusion d’une pièce encore plus immense.
- Bienvenue voyageur, je sais pourquoi vous venez dans la bibliothèque de Catoun. Cela dit, je ne peux vous laisser continuer si vous ne répondez pas à mon énigme. Prononce d’une voix aiguë criarde l'accueillant.
L’interrogé ne dit rien et d'un simple geste de la main, envoya son manteau vers une chaise. L'habit lévita et se posa en douceur sur le dossier. Le guerrier croisa les bras en signe d'attente tout balayant du regard les nombreux rayonnages qui s'étendait autour de lui. Il soupira, l’endroit devait lui rappeler beaucoup de souvenirs.
- Bien, je prends cette absence de réponse pour un accord. En manque de lumière, que faut-il faire ? Lança t-il en se gratouillant son menton sans poil.
- Il ne faut pas s’adonner aux ténèbres ou aux ombres. Répondit simplement l'étranger comme si c'était une évidence.
Une chatte anthropomorphe sortit alors silencieusement d’un recoin de la bibliothèque. Elle avait le pelage roux tigré et portait une large robe violette. Elle rangea un livre dans un rayon et avança vers les deux hommes tout en balançant tranquillement sa queue touffue.
- Gil Lyghter, je me doutais que vous reveniez un jour ici. Les histoires et les légendes contenues dans ces livres doivent vous manquer en tant que mercenaire. Entama t-elle d’une voix mélodieuse et un peu miaulante.
Le bossu ne sentant pas concerné par l’entrevue entreprit de quitter la pièce. Mais la féline leva l’index droit vers le haut et une surface rosée et transparente se matérialisa devant lui.
- Un instant, Borgas. Notre invité va avoir besoin de vos soins, me semble-t-il. Gil si vous voulez bien nous suivre. Nous serions mieux dans mon cabinet. Vous pourriez ainsi me dire le pourquoi de votre venue et bénéficier de la science de mon serviteur pour vous remettre de vos blessures énergétiques.
- Cela faisait en effet longtemps, Madame Bédane la Bibliothécaire. Je constate que vous êtes toujours perspicace et féline. Mon cœur est déjà pris, cependant, je ne dis pas non à vos conseils et aides.
- Un Forcékien qui a une vie de famille, voyez-vous ça. Les temps changent, dirait-on. Mais vous n’avez pas de soucis à vous faire. En tant que Daran pure, je ne mélange pas avec n’importe qui.
Elle frappa deux fois dans ses mains et une salle sombre s’illumina. Borgas ouvrit une porte et entra à l'intérieur pour préparer le poste d’opération.
- Vous retrouverez vos affaires sur un porte-manteau, ce sera plus pratique. Alors voyons, quels dossiers peuvent vous intéresser. Miaula gentiment la féline en passant la main sur une étagère.
Gil observa la pièce d’un air un peu soupçonneux, mais attentif. Son habit était désormais accroché à un piquet dans un coin. Un bureau croulait sous une pile de paperasse. Quelques ornements en pierre et en os traînaient de ci et là. Il y avait deux grandes étagères et un rayon de lumière traversait une fenêtre. Une ampoule fixée au plafond, perdait peu à peu de sa luminosité, laissant le lieu gagner en clarté et réconfort. L’homme avisa un fauteuil sur lequel Borgas avait entrepris de positionner divers tubes et aiguilles.
Le guerrier se frotta le front et posa son arme au sol. C’était une grande lame munie d’un manche sans garde. Tout l’ensemble était en métal et un halo vert clair scintillait sur la lame. Les dernières lanières de son armure abimée se défirent délicatement et les pièces s'entassèrent près du sabre.
L’homme se tient dans le fauteuil, tandis que le bossu s’attelle à préparer diverses aiguilles pour une opération délicate. Le bureau se range tout seul, tandis que la chatte Bédane fouille dans les documents.
- Alors qu'avons-nous là ? Miaula la féline. Elle avait enfin trouvé ce qu'elle cherchait
Le bossu terminait les attaches et proposait de sangler le patient.
- Si ça peut m'éviter, alors soit, mais j'espère ne pas être tombé sur un amateur. Dit fermement l'humain en se mettant à l'aise le mieux possible.
- Si je n'étais pas l'Énergéoy que je prétends, je ne m'occuperais pas de vous, je crois. Je vais relever un peu votre tee-shirt dans le dos pour opérer, rester tranquille et serrez les dents. Les marques que vous n'avez ne sont pas ordinaires. Entonna d'une voix criarde l'étrange personnage voûté.
- Gil peut être torse-nu que ça ne me gêne pas Borgas, Il y a longtemps que le corps humain ne me trouble plus. Le vôtre est un peu difforme, seriez-vous jaloux de celui-ci de notre invité ? Je ne suis pas prude. Ce n'est pas tous les jours que vous aidez un Forcékien a aller mieux.
L'individu assis enleva son haut et l'envoya rejoindre un manteau marron posé sur un piquet dans un coin. La lévitation des objets n'a pas de secret pour lui.
- Vous pouvez faire quelque chose pour mon armure ou vous allez juste vous contenter de me fournir les informations que vous avez envie ?" Reprit Gil en s'enfonçant le fauteuil.
- Ça risque d'être douloureux et si je ne me trompe pas, vous êtes un sang-mêlé. Si ce n'est pas indiscret de quel mélange êtes-vous issus ? Prononça Borgas en plantant tranquillement quelques aiguilles et en nettoyant autour.
- Humf, j'ai une ascendance plutôt humaine, Forcékien par ma mère et sensible à la lumière par mon père. C'est plus une mutation qu'un véritable métissage. Parvint à répondre l'homme entre deux serrages de dents.
- Cela fait quand même de vous, un hybridien. Puisque vous prenez de vos deux parents en matière de dons. Influer sur la lumière n'est pas chose commune. Étant donné la combinaison de vos pouvoirs, une surchauffe énergétique et des cicatrices intérieures s'expliquent, n'est-ce pas ? Questionna la chatte en se léchant le dos de la main. Elle pose des plaquettes en métal sur un bureau mystérieusement devenu en ordre.
- Vous avez raison, ceci explique cela… Gil serra les dents, l’opération venait de débuter.
- Vous revenez de Zedzone sur Désarma, vous avez rencontré trois compagnons, eu des visions étrange et avez affrontez des créatures sans âmes. Commença t-elle en prenant une à une les réceptacles d’informations.
Votre équipe formée à la va-vite était composée d’un colosse du cristal, d’un humain des ombres, d’un guerrier lion des ondes, et de vous, un demi Forcékien de lumière.
Le musclé avait la peau grise et une hache et des tatouages. Sans nul doute un orc et il répondait au nom de Gorgif. Il pouvait manier le Korac, un cristal vivant et constituer toutes sortes de choses dans la même matière.
L’homme était brun et blanc avec un habit de rônin et un sabre. Il s'appelait Oskan et portait une pièce d’armure sur son bras gauche. Il semblait manipuler les ombres et faire de puissantes ondes de choc.
Le félidé anthropomorphe du nom de Léyoko (ou Léo) était un jeune Warfelin. Son espèce était connue pour avoir un lien privilégié avec les ondes et il ne dérogeait pas à la règle. De plus, il avait à la main un glaive dans une peau de bête.
Et puis vous Gil, un humain aux dons psychiques pouvant influer sur la luminosité. Votre lame est intéressante, mais le plus important, c’est votre armure. Elle vous maintient en vie en diminuant les risques de surchauffe. Cependant, l’alléger ne serait pas de trop, vous gagnerez ainsi en déplacement.
- Vous savez vraiment beaucoup de choses, arrangez mon armure comme vous le souhaitez du moment qu’elle reste un peu abîmée ça me va. Vous pourrez garder le surplus de matière comme payement. Que dois-je savoir à propos des visions et fragments que l’équipe a récupéré ?
- Étant issus d’un métissage de Darans Boucliers et Changeurs, rien ne m'échappe. Tout ce que j’ai le droit de vous dire à propos des morceaux, c’est qu’ils sont d’ordre chaotiques. Pour le reste de l’affaire sera à vous et aux autres de le découvrir. Maintenant, vous allez sombrer dans les vapes, tandis Borgas aidera votre organisme à se guérir de votre dernière crise. “Rappelez-vous, toutes les visions sont vraies. Elles ont eu lieu ou ont la forte possibilité de se réaliser”.
*
Trois enfants humains couraient à travers des débris divers de vaisseaux et de tôles. Un petit et fin métis (café au lait) aux cheveux bruns ouvrait le pas.
- Allez dépêchez-vous les gars ! On va rater le départ des pilotes ! Il était agile, se déplaçait aisément et rapidement.
- Oh, doucement Zaki, tout le monde ne peut pas se téléporter comme tu le fais. Dois-je te rappeler qu'il y a un sans pouvoir parmi nous. Dit l'un de ses camarades un peu plus grand et trapu, la peau claire et les cheveux marron. Il aidait le troisième dans l'avancée chaotique.
- Pff, l’handicapé de service vous remercie de l'attendre. Merci de m'entraîner là-dedans les gars, c'est sympa. Merci Gito, toi t'es cool. Prononça le dernier entre deux essoufflements, il avait dû mal à suivre le rythme de ses deux amis. Il était blond, pas trop nourris et de taille moyenne.
- Ne te rabaisse pas Malc, je suis sûr qu'un jour tes efforts porteront leurs fruits. Tu arriveras à nous rattraper d'une manière ou d'une autre. Lui répondit le châtain en lui tendant la main.
- Bon vous avez gagné tous les deux, je vous transporte avec moi ça ira plus vite. Zaki, le meneur, revenait sur ses pas.
- Venant de toi Zaki, ça surprend, à moins que la fille aux cheveux argentés soit derrière ce changement de comportement. S'exclama le blondinet qui finissait de reprendre ses esprits.
- Justement, allons-y. J'ai horreur que l'on prenne des décisions à ma place et par-dessus tout, je déteste rater une démonstration de pilotage. Allez les gars, donnez-moi la main ça va secouer !
Tous les trois disparurent pour réapparaître plus loin. Ensuite, ils se remettent à courir sauf le châtain. Un adulte avec une armure blanche et un manteau avançait tranquillement. Celui-ci s'arrêta et respira une bonne bouffé. Une lame sans garde claquait à sa cuisse.
“Ahh, revoir des souvenir de son passé est plutôt agréable. Mais quelle est la finalité d'en redécouvrir après tout ce temps ?” Se dit le soldat.
Le gamin, lui fait comme un signe la main. Après un nouveau soupir, Gil Lygter pensa tout haut.
“Allez encore un reste de mémoire. Qu'est-ce que mon moi du passé veut bien me montrer ? Qui s'amuse à me troubler ? Je sors à peine d'une épreuve douloureuse. Pff, je me demande ce qu'ils sont devenus, Zaki le téléporte et Malc le sans pouvoir. Souvenirs, s’ils pouvaient revenir."
Comme pour répondre à sa question, les deux autres enfants rejoignent leur camarade et regardèrent vers l’homme. Mais à la place de Zaki, le métis qui se téléportait, se tenait un homme vêtue presque entièrement de noir avec les bras légèrement bleutés. Et à côté, Malc le blond sans-don, était remplacé par un individu recouvert d’une cuirasse grise et marron avec un casque à moitié rouge. Le jeune Gito commençait à doucement se fondre dans le décor comme un fantôme, un mirage.
“Ca faisait longtemps Gito, hein ?” Prononça gentiment le “ninja” avant de s’estomper à son tour.
“Alors, c’est qui l’handicapé désormais ?” Se moqua le soldat de fer tout en s'éclipsant comme les autres.
Une voix miaulante résonna dans la brume : “Rappelez-vous, toutes les visions sont vraies. Elles ont eu lieu ou ont la forte possibilité de se réaliser.”
Une grande fumée, c’en était fini de rêver debout. Gil émergea et se retrouva dans un hangar rempli de vaisseau. Il jeta un coup d’œil à son bras gauche pour vérifier sa position. Il était toujours sur Catoun et un véhicule ovoïde était visible sur le sonar. L’homme leva la tête, un gros bolide gris et doré au réacteur encore fumant venait juste d'atterrir. Déjà, on s’attelle autour, une jeune femme en tenue grise et aux cheveux argentés s’occupe de faire le plein. Un crâne posé sur un anneau lance quelques sarcasmes aux ouvriers qui triment sur les vérifications d’usage. Et une silhouette humaine en noir fait des paramétrages sur le cockpit du module de secours en forme d’aileron. À terre, le guerrier hausse les épaules et s’avance vers eux. Il laisse derrière lui un sillage de fumée et de visions qui prendront sens plus tard. Pour l’instant, il était venue l’heure de quitter l’endroit. Le vaisseau tombait à point nommé.

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