12 : Cristal des Orcs
La plaine Zedzone sur la région Désarma n’était plus qu’un champ de bataille. La terre était rouge sang. Un silence de mort planait alors. Plusieurs corps blanchâtres de sans-âmes jonchaient le sol. Il devait en y avoir une cinquantaine. Quatre individus avançaient entre les cadavres. Ils déambulaient en surveillant les restes et les possibles survivants. Une ombre passa et vient faucher un des êtres étendus qui semblait encore bouger. Partout, il y avait des membres tranchées et des têtes qui traînaient. Du sang coulait des guerriers encore debout. Impossible de savoir si c'était le leur. L’ambiance régnant était ressentie de façons différentes par les combattants.
Venait en tête Léo/Noyok, un lion anthropomorphe avec un glaive. Il était mince, élancé et vêtu simplement d’un bas en peau de bête. Il marchait avec un regard de dégoût. Il avait fait ce qu'il devait. Il essuya sa lame et la rangea dans un fourreau en peau de félin.
Il était suivi par Gorguif, un orc gris avec une énorme hache. Un tatouage d’épaule et des colifichets tribaux ornaient son épaisse et imposante musculature. Il était tors-nue et portait du cuir sur diverses parties de son corps. Une dague de cristal luisait dans une main et dans l’autre, son arme à deux mains raclait la terre humide. Ne jetant même pas un œil aux corps éparpillés, il grognait en soupirant.
A côté, il y avait Gil Lygter, un humain encapuchonné marron avec un sabre lumineux. Il avait la peau blanche et la stature robuste. Il inspectait sa cuirasse blanche écaillée avec de nombreux impacts. Il surveillait aussi les restes sans vie des créatures qu'il a dû tuer. C'était eux ou lui. Il marchait en faisant varier la teinte de sa lame.
Derrière eux en retrait, Oskan le Ronin, un autre sabreur humain arpentait les souillés. Il était habillé de blanc et rouge, des cicatrices parcourent son corps un peu musclé et légèrement mat. Sa lame était enduite d'une masse sombre et étrange. Il ne se reprochait rien et observait attentivement ses camarades.
Il n'y avait aucun bruit, à part quelques croassements lointains. Deux silhouettes, ombres passèrent entre les morts. Un corps chimérique gisait à quelques mètres, il était plus grande que le reste des cadavres. C’était la reine des créatures tuées. Les guerriers s’en rapprochèrent, ils ne sont pas responsables de sa mort. Ils avaient juste constitué à la va-vite leur équipe pour survivre et avaient chargés des ennemis plus nombreux. Le vrai coupable demeurait un mystère des plus glaçant. Les sans-âmes méritaient-ils leur sort ? Gorguif examine la dépouille et découvre un objet d’étranger. On dirait un morceau d’une structure comparable à du cristal rouge sang.
- Je ne pense pas. Pendant le combat, j’ai vue deux silhouettes étranges en train de se battre. J’ai eu l’impressions que les coups se répercutaient sur cette créature. Je pensais que c’était une illusion. Répondit prestement Léo en se raclant la gorge.
- Si tu parles des apparitions spirituelles, je crains que tu n’aies pas rêvé, le lionceau. Ces émanations ont eu un réel impact sur elle. Cependant, il aurait fallu en plus qu’il y ait un autre individu servant de conducteur à la manifestation. Hors on était tous les quatre pris dans la mêlée et je vois mal un des sans-âmes trahir sa maîtresse. Réagi Gorguif d’une voix caverneuse en plantant brutalement sa hache dans le sol trempé.
- Il y avait effectivement un cinquième individu, mais ce fut tellement rapide qu’il m’a été difficile de le repérer. À peine, j’ai senti sa présence qu’il avait déjà disparu. J’ai juste vu un fin éclair en plus des deux créatures esprits ; la reine se prendre une déflagration de plein fouet et puis plus rien. C’est comme si on avait voulu nous aider et que l'allié avait été appelé ailleurs. Jugea Oskan d’une voix posée en appelant les deux ombres à ses côtés.
- Bon, vue que l’on a terminé ce travail, je vais aller mettre le fragment en lieu sûr. Ca ressemble beaucoup à ce qu’il y avait dans la sphère que tu avais amenée, Léyok. Les objets sont liés d’une certaine manière. Vous allez faire quoi vous autre ? Reprit Gorguif sans changer de ton.
- Dans les apparitions, j’ai reconnu deux êtres anthropomorphes comme moi. Il y avait un loup et un félin. Je sais où retrouver ce dernier, un Fauvars du nom de Fland. Je vais contacter mon transport pour aller sur Félonse notre planète natale et régler une affaire personnelle. Informa rapidement Léyok.
- De mon côté, je vais me rendre sur Catoun pour collecter des informations. Le lion et moi, on prendra donc un vaisseau vers nos destinations respectives. Par ailleurs, il faut que je comprenne la nature du flux que nous avait transmit Léo. De plus, je dois me soigner de crises énergétiques. Continua Gil en respirant difficilement.
- Je devrais prendre aussi un vaisseau, mais mon organisme n’est pas en accord avec le fait d’avoir dû tuer des êtres d’origines chaotiques. Cela, je pense ne vous a pas échappé. J'ai en moi un pouvoir de même source. Les ténèbres et les ondes me hantent à mon regret. Mes ombres sont instables et ta dague de cristal a l’air d’avoir des propriétés apaisantes. Je ferai mieux de te suivre le colosse. Répondit Oskan d’un ton presque dépité.
- Si on est tous d’accord, on fait comme cela. Bonne chance à vous deux. Gil, que la lumière t’apporte réponses et soulagements. Léyok, j’espère que tu sais que fais. Pour ce qu’il se trame, on aura besoin de phénomène comme toi et de tes amis quand ils auront réglé leurs différends. Et toi Oskan, tu es le bienvenu chez les Kororcs si tu penses que le contact avec le Korac peux t’aider. Cependant, je te préviens, ils ne sont pas tendres avec les étrangers surtout si c’est des humains. Maugréa Gorguif, avant de rompre l'entente.
*
La tribu des Kororcs, a l’air bestiale, mais tout ce passe bien. C'est un soir de fête, car non seulement l’orc au cristal a réussi son initiation, mais il a aussi débarrassé la plaine d’un fléau grandissant. Il n’y est pas arrivé seul, cependant, ses alliés n'étaient ni de son clan, ni de son espèce. Oskan, Gil et Léo n’auraient donc pas eu le droit aux clameurs. Le rônin s’en fiche, il ne cherche pas la gloire, juste l’équilibre dans sa force étrange.
En effet, son métabolisme est tel qu’il possède un duo de pouvoirs opposés : produire des ondes de choc et manipuler des ombres. Il est partagé entre le cosmos et le chaos avec une tendance pour ce dernier. Peu importe l’espèce d’une créature, seul compte ses actes et son attitude face au combat. Néanmoins, le sabreur sent des regards qui le détaille, lui et les deux silhouettes l'accompagnant. Il remarque parmi eux quelques humains avec des entraves, probablement des esclaves.
Intérieurement, il bout, mais d’une main sur l’épaule, Gorguif lui fait comprendre qu’il ferait mieux de se contenir. Des chamans soulagèrent leur champion du fragment qu’il avait trouvé sur la reine des sans-âmes et l'emmenèrent vers un lieu de sanctuaire : “Source du Korac”.
Des tambours résonnent alors et des chants incompréhensibles envahissent le village. Il y a plusieurs feux et des orcs gris font des démonstrations de leurs habiletés et forces. Le rythme est tantôt rapide, puis lent. De la viande est mise à rôtir par les serviteurs. Des armes sont aiguisées et le son se perd dans la mélopée. Sont organisés des épreuves de bras de fer ou encore de lutte. Les mastodontes grognent sous le regard curieux d’Oskan en tant qu’étranger. Les autochtones sont habillés de peau de bête avec pour certains des masques et des tatouages.
Les bruits et les cris s’intensifient, l'éclat d'un cristal se mêle à la lumière ardente. Des crocs et des yeux d’orcyons scintillent dans la nuit. Les étoiles semblent danser comme les guerriers. Oskan reste pensif, la tribu l'a bien accueilli pour le moment. Il semble s'être fait un ami parmi les individus. D’un autre côté, des semblables sont retenus contre leur grès. La musique continue tandis qu'il rumine et se prête au jeu affûtant son sabre. Les ombres derrière lui demeurent tel des statues. On s’approche doucement de lui, il continue son mouvement et écoute attentivement.
- Le Korac a l’air de t'apaiser un peu, cependant, il ne semble pas changer tes appréhensions. Notre clan est comme ça, tu ne peux rien y faire. Cela dit, si tu restes sur ta lancée, je te comprendrai. Pars donc devant et fait ce que ton cœur te dicte, je vous rejoindrai plus tard, toi et les autres. Je dois m’assurer que le fragment soit bien protéger et inaccessible. Lui glisse Gorguif en mordant dans un morceau de chair cuite.
- Merci pour l'hospitalité, tu as raison, on ne change pas comme ça d’un tintement de lame. Comme dit mon mantra : “J’ai parcouru beaucoup de terres, mais je ne suis qu’un mercenaire. Je vis en rônin, en samouraï, pourtant, mon cœur est sans faille. J’ai survécu dans la pénombre et ma vie était telle une ombre. Ne connaissant pas la lumière, je ne vivais que de la guerre.”
Je reste un homme avec ses tendances chaotiques et du proto-cosmos qui coule dans mes veines. Que la chance nous vienne et que le pardon nous accompagne. Nous ne sommes jugés que par nos actes, au revoir et à bientôt. Sur ses mots, Oskan se leva.
Il disparut dans la masse suivi par ses ombres. Il laisse derrière lui un guerrier et allié songeur. Il faut se rendre à l'évidence, il y a des choses contre lesquelles on ne peut rien.
*
À l’aube, on pénètre activement dans une tente d’un orc. Comme ses congénères, ce-dernier a le sommeil léger et se réveille aussitôt. Un orc de stature imposante se présente à lui. Il est un peu sur les nerfs et vêtu très sobrement avec les cheveux désordonnés.
- Gorguif, mon frère ! L’humain nous a faussé compagnie pendant la nuit. Il a réussi à libérer des esclaves et on n’a pas pu tous les rattraper. Tu n’es pas responsable de ses actes, mais il vaudrait mieux que tu t’éloignes quelque temps de la tribu. Si tu pars de ton plein gré, tu peux être à moitié pardonné. Interpella prestement le congénère.
- Aucun souci Gardot, le devoir doit m’appeler ailleurs de toute façon. Je retrouverai probablement la trace d’Oskan et on s’expliquera. Il savait ce qu’il faisait et a fait son propre choix. N’aie crainte frère de sang, le Korac me guidera et je sais aussi qu’un autre chemin m’attend hors du village. Puisse notre mère la Terre aider ma route et honorer mon dévouement. Répondit Gorguif en s'asseyant sur son lit.
- Vis en orc libre. Quel que sois ta destiné, tu auras toujours la même place dans la famille. Tu fait parti des héritiers d’Horac Crislo dit Cristo Lame, mais c’est toi a été désigné pour suivre ses pas. Ma place est ici et ton Korac est plus pure que le mien. Répondit le nommé Gardot en croisant les bras.
- Sois brave en tout instant, tel est notre adage. Je saurai me montrer digne de notre ancêtre. Qu’il en soit ainsi, je vais y partir sans tarder. On verra bien ce que l’avenir me réserve. Il est toujours flou et mon histoire connaîtra sûrement un tournant imprévu. Déclara Gorguif d’un air résolu et déterminé.
Sans regret, il prend sa hache posée au pied du lit. Il arrache une corde où est suspendue sa dague de Korac et la range à sa taille, dans un étui en peau de bête. Il emporte de la viande séchée et s’en va sans se retourner. Gardot sortit à sa suite, héla son frère de sang et leva sa hache vers le ciel. La lame en Korac tachée de noir en direction de la Lune à peine visible. Un chant mélodieux et mélancolique s’entame. Un guerrier s’en va, mais une nouvelle légende commence.
*
Gorguif regarde le feu doucement brûler. Il fait passer entre ses mains sa dague en cristal. Elle est finement sculptée et son propriétaire a un aspect trop brutal et bestial pour l'avoir extraite et encore moins taillé ainsi. Il inspire fort, dirige l'étrange objet vers les flammes et la fait tourner vers sa poitrine.
“Au fond de toi, tu le sais pourtant. Les orc méritent mieux le Korac que ces imbéciles d'humains qui ravagent tout sur leurs passages. Bien sûr, comme partout, il a des exception à la règle et certains hommes se révèlent différent de leur congénères. Ils sont peu nombreux, mais pensent à leur famille, entourage et à notre mère la Terre. Tous ne sont pas mauvais, cependant, aucun ne le mérite vraiment. Une seule femme a pu prouver le contraire avant de retourner ce précieux cristal vivant là où elle l'avait trouvé.” Il se parle à lui-même tout répétant son manège.
“Elle l'a rendu à la nature avec le reste de la mine, source de Korac. Plus tard, celle-ci devient la propriété des orcs gris de Désarma. Je suis fière d'être de leur tribu, néanmoins, je ne dois cela qu'à ma naissance. Si mon père avait été tué comme les siens par la folie des hommes, je ne serais pas de ce monde...”
Le colosse soupire et range l'objet dans son fourreau. Il inspecte le tranchant de sa hache reposant à ses pieds. Les runes étincellent à la lueur des flammes ardentes. Il lève les yeux au ciel étoilé tout en suivant la montée de la fumée.
La nuit est calme, il sait que l'astre Lunaire et sa mère la Terre veillent sur lui. Les ors sont réputés pour avoir le sommeil léger. Personne ne serait assez idiot pour déranger une de ces créatures. Mais sait-on jamais, les exceptions existent et la brillance d'un cristal comme le Korac attire bien des convoitises. Un léger grondement se fait entendre tandis que luisent les éclats cristallins et les dernières lueurs du feu.

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