13 : Fardeau terrible

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Un vent souffle fort et un brouillard se lève. Il recouvre tout un village qui était jusqu’à lors paisible. Un grand cri et un rire moqueur et rauque brise la quiétude.

- Ah, ah, il m'en faut plus ! Cachez-vous tant que vous pouvez, je vous trouverai et votre esprit viendra rejoindre les autres. Alors qui veux tenter sa chance ?!

Un silence pesant tombe, une silhouette avance doucement entre les habitations à peine visibles. Du bois est fracassé, on pénètre dans une maison et d'un coup, un corps vole. Le “chasseur” ricane encore de sa supériorité sur ses victimes.

- Ah, trouvé ! Tu n'étais pas bien caché. Ceux qui ont réussi à fuir ou qui ont eu plus de chance peuvent s'estimer heureux, mais ce n'est que partie remise. Nul n'échappe à un voleur d'esprit, ah, ah !

Le sol tremble, l'être tapie dans l'ombre commence à en avoir marre de rester sans rien faire, il sait qu'il devrait agir. Cependant, on risque de découvrir qui il est. Il aurait voulu ne pas en arriver là. Deux yeux jaunes se dessinent, la victime du rieur ne bouge plus. Le discret respire par petits souffles, il rage intérieurement et lacère une porte déjà à moitié fracassée. Les gens se cachent de peur, ils ne peuvent plus s'en aller. C'est ici chez eux que de nombreuses montures jonchent la terre parmi les corps étendus. Il n'y a pas de morts, mais un individu sans esprit ne vaut guère mieux.

Le brouillard se dissipe peu à peu et laisse visible l'étendue des dégâts du fameux voleur. Il est là au centre entouré de ses proies. C'est un individu colossal à l’aspect bestial, uniquement recouvert de poils roux et noirs avec des cornes de bélier et des oreilles pointues. Il est griffu et très grand, des petits yeux sans pupilles et il empeste le soufre.

- Assez, il suffit ! Va-t-en avant de subir le regrettable. Cri l'être qui voulait se faire silencieux. Il a finalement choisi de sauver les malheureux plutôt que lui-même.

C'est un loup plutôt musclé qui se tient debout. Il a le pelage gris, la gueule garnie de crocs et les griffes sorties. Il possède un short noir pour seul habit et quelque chose semble briller dans un de ses poings.

- Ah, voilà le chien qui sort enfin de son trou. Tu crois que je vais partir gentiment après un tel défis lancé ? Tu es bien brave, mais naïf ; ils ne sont rien pour toi. Cette terre regorge de tellement de villages et d'esprits que ce serait bête d’arrêter tout. Ah, ah, après moi, il en viendra d'autres, en admettant que tu puisses me vaincre bien sûr.

- Répète encore une fois l'insulte et ce sera la dernière fois que tu rigoleras. Puis, je te passerai mes griffes en travers de la gorge !

- Tu as très bien entendu, sale petit cabot. Chien parmi les hommes, tu as beau arpenter la forêt, tu es et tu resteras un immonde clébard, un ba…

Il n'a pas le temps de finir sa phrase que le loup offusqué charge, le poil variant sur le sombre et les muscles bandés. Le mastodonte a eu tort de le chercher et malgré le regard des survivants qui les toisent, s'il le faut l’être lupin montrera sa vraie nature.

L’affrontement s’engage, le voleur frappe à tout-va sans discernement en répandant de la vapeur à chaque coup au sol ou dans le vide. Le loup lui passe entre les jambes, griffes les appuis et vient taillader le dos du monstre cornu. Celui-ci se retourne frénétiquement et décoche un rapide direct qui est heureusement contré.

Le pelage du loup est désormais complètement noir, ses pupilles brillent. Il porte à sa gueule la patte qui tient toujours le mystérieux objet. Il le prend derrière ses crocs sans l’avaler. Les pattes libres, il vise le torse du colosse toutes griffes dehors. Il ne rigole pas, chaque coup est là pour faire des dégâts, blesser ou même tuer dès qu’il le peut. De l'hémoglobine se répand un peu sur le sol.

L’autre bénéficie d’une bonne résistance et manifeste une envie de prolonger le combat. Une lueur pétille en lui, un esprit puissant parcours le canidé et il serait dommage de ne pas le déguster. Il se lèche les babines, ricane et se laisse frapper par surprise aux poumons. Son adversaire a bondi et l’entraîne dans sa chute. La vapeur recommence, elle trouble la vue, le voleur jette le loup au loin et se relève. La tête vers le ciel et les bras tendus, des silhouettes transparente viennent vers lui. Quelques “spectateurs” tombent alors dépossédés de leur esprit. Le loup se secoue, revient à lui et voit l’ampleur de la scène. C’est fini, il n’a plus le choix, le poil noir laisse un instant place à un poil blanc éclatant.

Le canidé n’est que vitesse, détermination et justice. Le grand et mastoc voleur d’esprit s’étend sur le sol, une griffe lui transperce la gueule de part en part. Crachant son trésor à terre entre deux soubresauts, le “vainqueur” déclame sans vergogne.

- Je t’avais prévenu, tu aurais dû fuir quand tu en avais le temps. Tu serais probablement tombé sur le “Spirit” qui aurait été moins tendre et plus tranchant. Puisse les esprits que tu as volé revenir à leur propriétaire. Pour les autres, qu’Anoub, Dieu des esprits est pitié d’eux.

Des gens sortent de leurs cachettes. Ils ont tout vu, mais ils n’ont même compris la moitié de ce qu’il s’est vraiment passé. Le loup, sort sa griffe sanglante de la gorge du voleur. Il ramasse son précieux objet semblable à une pierre cristalline sans se soucier des curieux. Une personne âgée à l’aspect pourtant sage approche et déclare fortement.

- Remercions le gardien qui a tué la bête…

- Comment osez-vous ?! Bande d'ignorants, ce n’est qu’un mot pour vous ! Pour moi, c’est un fardeau que vous mettez sur les épaules. Pauvres fous, moi Asdol Worm, j’aurais mieux fait d’attendre et de terrasser le voleur, une fois son méfait accompli. Soyez encore heureux que je ne me passe pas les nerfs sur vous ! Je suis juste Asdol et non un quelconque “sauveur” !

Sur ces mots pleins dégoût et lourds de sens, le nommé Asdol s’enfuit vers les bois qui s’étendent à l’orée du village. Il part sans se retourner avec son éclat dans la main. Quelque chose l’attend entre ces arbres, près d’un rocher où repose une légende et son héritage.

*

La végétation est témoin d’un tournant incroyable. L'uppercut du jeune félin, Fland sur son adversaire, le loup Asdol est terrible et fracassant. Les deux êtres anthropomorphes sont ébranlés par le choc. Le pelage du canin est désormais d’un blanc éclatant avec des muscles saillants et une stature impressionnante. C’est comme s'il avait doublé de volume, ses griffes sont sorties à l’extrême, ses crocs pointus et ses yeux sont devenus complètement noirs. En face, le novice aux allures de puma a des spasmes sur tout le corps. Ses muscles sont tendus et veineux, il a ses pupilles blanches et ses poils sont hérissés. Sa tenue est prête à craquer et une aura bleutée et immense l’entoure.

L’apparence de Fland n’est pas habituelle pour lui. S’il ne se dépêche pas d’atteindre à nouveau son “opposé”, tous ses efforts n’auront servi à rien. “Cogne mon garçon” La voix de son grand-père résonne toujours, il ne doit pas lâcher. Asdol est pleinement conscient de ses gestes et de sa puissance, son expérience se sent pleinement. Il jette un regard furtif à la lame courbe et à l’armure qui repose près d’un rocher. Toute la nature connaît déjà l’issue du combat. Si le loup avait été à fond, le félin n’aurait probablement pas eu le temps de sortir son ultime atout.

Ils se toisent et respirent bruyamment, le premier qui bouge aura l’avantage et Asdol sourit à moitié à l’air de savoir qui sera l’élu. Fland ferme un moment les yeux. Dans sa conscience, son père, Fresno, se tient devant lui les bras croisés et le sourire à pleines dents. “Ta famille, les tiens et surtout Taïga te regardent, mon fils.” ; “Aujourd’hui, je l’ai fait, j’y suis arrivé et vous pouvez être fière de moi.” ; “Le pouvoir du Fauvar Extrême et l’héritage des Gardiens sont entre tes griffes. Fland, ne lâche pas.” Il pense tout bas, l’image du lion, Léyok ayant vaincu un Fauvar sombre, lui revient aussi en mémoire. Il ne peut plus reculer, il charge par force, courage et détermination.

Le loup prend l’attaque de plein fouet. Il aurait pu sûrement paré, mais il sait reconnaître un grand guerrier quand il en voit un. Il percute le sol dans un bruit sourd et reste plaqué un moment au milieu de la végétation qui s’étend comme un tapis pour amortir la chute. Dans un ultime effort, le “vainqueur” se dresse sur ses pattes arrière, un poing vers le ciel nuageux. Il l’a fait, il à obliger l’autre à “flancher”. Il rugit et son apparence redevient peu à peu comme avant : des muscles présents, mais moins gros. Une stature normale pour un Fauvar dans la force du jeune âge. Son aura a disparu, sa tunique est trouée de partout et son sang perle un peu sur son pelage marron.

Une pierre dans sa ceinture s’illumine et fait briller l’écrin qui la retient. Elle soigne les blessures et répare même les vêtements. Le félin est surpris par ce qu’il se produit et se questionne. Comme pour répondre, Asdol se relève et récupère ses affaires. Il soulève son armure et montre une pierre verte presque semblable à celle de Fland. Le loup profite lui aussi des soins purificateurs.

- Ce genre de prodige n’est possible que si les reliques de Gardiens sont activées dans un lieu propices aux esprits. La planète Soulnokia fait parti de ces rares endroits. De plus, une relique reconnaît son possesseur, toi seul peux donc utiliser celle que tu possèdes. Prononce calmement le canidé.

Tu as prouvé ta valeur et ta force. Peu sont les êtres pouvant acquérir la troisième forme et mérité un tel statut. Il doit être courant chez les tiens d'entreprendre un apprentissage pour y parvenir. Cependant, combien réussissent vraiment ?

- Merci pour ce combat guerrier. Oui, tout Fauvar ayant réussi l’épreuve d’instinct du “Fauvar Sauvage” s'entraîne en vue d’être un élite. Au bout d’un temps, seuls les plus braves et téméraires tentent l’affrontement qui fera d’eux un élite confirmé pouvant passé en “Fauvar Extrême”. C’est ce que tu dois appeler la seconde et la troisième forme. Pour la dernière, soit on renonce, soit on relève le défi. Cependant, il ne faut pas oublier que l’on peut finir en “Fauvar Maudit” en cas d’échec. Mais avec le soutien familial et le respect face à l’adversité, le risque demeure moins grand.

- Je vois, il n’est pas nécessaire de gagner alors, tout dépend comment on se sent à la fin. Tu as parlé de respect et de famille. Tu as le cœur pur, cela ne fait aucun doute. Les deux félins qui t'accompagnaient doivent être très proches. Quelles places occupent la femelle, celui avec elle et le jeune lion ? Les esprits montrent pas mal de choses, mais ils sont souvent muets pour beaucoup d’entre nous.

- C’était mon grand-père, Flavron et mon père, Fresno qui me soutenaient jusqu’au dernier coup. Taïga, ma promise et son cousin, fils de chef apportaient la marque du clan des “Crocs de rage”. Et Léo, Léyok m’avait montré que même un lionceau peut terrasser un Fauvar devenu maudit.

- Je comprends et vois que tu veux dire. Tu ne dois pas avoir honte de tes sentiments, ils sont tout à ton honneur, mais ils pourraient servir à tout démon voulant ta chute. J’ai horreur que l’on me dise ce que je dois être. La plupart du temps, les gens ignorent ce qu’est un Gardien.

Fland écoute tout en silence, salut et s'assoit sur un rocher. Le voile qui pèse sur son compagnon est en train de se lever. Le félin retournera ensuite sur sa planète Félonse, il doit régler une affaire avec Léyok dans les “Terres désolées”.

- On me l’a attribué, car la rumeur courait que je pouvais atteindre la convoitée troisième forme. Il y a peu, je l’ai prouvé à mes dépens. Cependant, le lien n’est pas aussi évident. Le titre de Gardien est un fardeau qu’il faut savoir endosser et il permet en effet d’atteindre un niveau proche de la troisième forme. Mais trop nombreux sont les simples individus qui font l’amalgame et confondent le statut et le rôle. Les Gardiens peuvent invoquer une entité composée de l’énergie d’un groupe.

Les pauvres fous, si j’avais voulu et su, j’aurai laissé le voleur d’esprit terminer sa basse besogne. N’importe qui de puissant peut se prétendre Gardien, mais un véritable n’est pas n'importe quel puissant guerrier. Je ne sais pas pourquoi tu es comme moi désormais, mais tu ne dois pas renoncer à ce que tu as si durement obtenu. Approche et reçoit l’adoubement de la part d’un “frère”.

Il lui pose sa lame sur les omoplates du félin. Asdol entonne une étrange mélopée inaudible pour un être qui ne respecterait pas la nature qui l’entoure.

Par l’esprit, la puissance et la force, te voilà différent. À toi de voir ce que tu fais de ce “cadeau”, fardeau. Je t'aiderai, mais seulement en tant qu’allié. La troisième forme ou tout ce qui s’y apparente ne doit être utilisé qu’en dernier recours. Maintenant va, ton devoir t’appel ailleur qu’en ces lieux.

Tandis que Fland repart vers le brouillard après un dernier salut, une ombre passe derrière un Asdol passif et satisfait. Le nouvel individu a tout vu et tout entendu. C’est un grand humanoïde à tête de chien, le pelage entièrement noir. Il a des bandelettes sur ses bras musclés, un sobre pantalon blanc et un grand sceptre dorée munie d’une lame. Il lève une main vers le loup en signe de bienveillance. Il boule de lumière se forme et il tient des propos profonds sur un ton ténébreux.

- Moi, Lucas/Nanubis en tant que porte-parole du Dieu des esprits Anoub, je te libère Boukciran car ta présence est demandée par le conseil. Asdol Worm, je suis juste là pour observer et non te dire quoi faire.

Les esprits permettent de grandes choses comme répercuter un mouvement un combat sur une longue distance. Ils peuvent faire apparaître une émanation qui aura un impact. Ainsi, être à un endroit comme Soulnokia permet d’agir ailleurs sans y aller physiquement. Les esprits permettent aussi d’accéder à un niveau incroyable de puissance. Après, il suffit de trouver un vecteur pour que le rituel d'esprit prenne forme. L'énergie spirituelle peut même transcender la mort. Les fantômes ou l'utilisation d'un esprit pour rendre plus fort en sont la preuve "vivante". Le monde des esprits est intimement lié à la vie comme à la mort de chaque être. C'est ce qui relie un être vivant à son animal totem. Le cycle de la vie est donc une sorte de rituel spirituel infinie. C'est un chant, un mouvement, une mélopée. Un simple mortel serait complètement perdu face à tout cela, mais pas nous.

Asdol rectifie son armure, attache son sabre à une ceinture et laisse son interlocuteur terminer seul son monologue spirituel. Il s’éloigne perdant de vue tout végétation et vie, il s’enfonce lui aussi dans le brouillard. Le clan des loups l’attend, il sait qu’en tant que “descendant”, il doit finir ce qui a été commencé. Mais, seul et sans préparation mentale, il n’arrivera à rien. Il retrouvera plus tard ses alliés Fland, Léyok, Zac, Oskan, Gil, Gorguif, Malec et d’autres. Un curieux être du nom de Jim, prétendu fils de Nawol les rassemble pour une quête tout aussi dangereuse que mystérieuse. Un conseil sera tenu entre l’esprit Boukciran, le crâne et un totem libéré. Un peu de patience et tout deviendra clair.

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