Chapitre 5 (Finn) (2/2)

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Le soir venu, Finn se rendit en salle d’opération une heure plus tôt pour s’assurer que tout était en ordre. Sa journée avait été entièrement consacrée à traiter les dossiers qui s’accumulaient sur son bureau, la plupart desquels auraient pu être délégués à ses directeurs si ces derniers n’étaient pas si incompétents.

En réalité, et s’il devait être objectif, seuls deux d’entre eux ne répondaient pas à ses attentes. Malgré son pessimisme légendaire, Hobbs excellait dans la gestion de son domaine malgré un contexte politique agité et des mouvements de révolte croissants. Breen également s’était avérée être d’une aide précieuse. Finn n’avait pratiquement jamais à intervenir dans cette branche d’activité, et le fait qu’elle ait préféré se retrancher à Ashford lui permettait de garder un œil acéré sur la situation là‑bas.

Clarke, en revanche, se montrait beaucoup trop conciliante – n’en témoignaient les émeutes qui avaient éclaté aux quatre coins de Barden et qu’elle n’avait pas su étouffer. Enfin, Winkler… mais était‑il vraiment nécessaire d’en parler ?

Comme s’il avait capté ses pensées, son général des armées vint s’installer à ses côtés.

— Tout est en place, Monsieur le Président, l’informa‑t‑il d’une voix assurée.

Finn hocha la tête en silence, les yeux rivés sur les écrans devant lui qui lui montraient des couloirs et salles de laboratoire pour l’instant déserts. Winkler s’attela à lui exposer une dernière fois le plan d’action, mais il l’interrompit d’un simple geste de la main. C’était son plan, après tout, pensait‑il vraiment qu’il n’en connaissait pas déjà les moindres recoins ? Discrètement postée dans les bâtiments environnants, son armée lancerait l’assaut dès que les intrus seraient pris au piège dans l’enceinte de leur installation scientifique.

La sonnerie de son téléphone fendit l’air déjà saturé des murmures des opérateurs. Il arqua un sourcil lorsqu’il découvrit qui le contactait, interrompant momentanément sa surveillance des écrans pour prendre l’appel.

Tout est rentré dans l’ordre, Monsieur.

— Je vous demande pardon ? s’étonna‑t‑il en se redressant sur son siège.

Les fauteurs de trouble ont été appréhendés et sont en train d’être interrogés.

— Mais de quoi parlez‑vous, Breen ?

Eh bien, l’état d’urgence à Ashford ! Vous… vous n’étiez pas au courant ?

Un frisson glacial remonta le long de sa colonne vertébrale et l’incita à se tourner vers Winkler. Ce dernier le regardait du coin de l’œil en tripotant nerveusement ses mains, et Finn ne mit pas plus d’une seconde à comprendre qu’une nouvelle crise avait émergé sans qu’il en ait été informé.

— Non, je n’en savais rien, rétorqua‑t‑il en le fusillant du regard. L’étendue des dégâts ?

Minime, assura Breen. Les rebelles ont d’abord déclenché une émeute sur la place du beffroi. Parallèlement, plusieurs d’entre eux ont violé le traité de paix en se rendant sur la rive ouest du lac des Cendres. Nos hommes ont été contraints d’aller les intercepter rapidement car ils menaçaient de s’aventurer plus profondément vers les terres de Sadell.

— Êtes‑vous également devenue stupide, Breen ? rétorqua‑t‑il avec mépris. Les habitants d’Ashford sont littéralement en première ligne, rompre le traité de paix n’était donc clairement pas dans leur intérêt. Jamais ils n’auraient pris un tel risque, c’était une simple ruse pour disperser nos troupes et agir plus librement, s’agaça‑t‑il devant tant d’incompétence.

Je vous rejoins, mais les ordres venaient du poste de commandement, Monsieur.

— Assurément pas, Breen. Jamais je n’aurais donné un ordre aussi stup…

Finn s’arrêta net au beau milieu de sa phrase. Tournant légèrement la tête, il dévisagea froidement Winkler à ses côtés, lequel gesticulait sur son siège et s’employait par tous les moyens à éviter son regard.

— La situation est‑elle sous contrôle ?

Oui, confirma‑t‑elle. Aucun dommage majeur à déplorer, mais leurs agissements sont sans précédent. Nous devrions peut‑être envisager…

— Très bien, je vous rappellerai plus tard pour en discuter.

Finn raccrocha, les yeux rivés sur l’idiot qui ne gérait rien d’autre que la totalité de son armée. Son regard scrutateur dut le brûler jusqu’à la moelle car enfin, Winkler osa se confronter à lui pour lui présenter ses excuses. Il ne l’écouta pas, trop occupé à fulminer intérieurement.

Si seulement le militaire se contentait d’être mauvais, il pouvait encore pallier ses lacunes. Mais qu’il prenne maintenant des décisions sans même le consulter… c’était tout simplement inacceptable.

— Vous êtes viré.

— Quoi ?! Mais Monsieur ! Je pensais que…

— Non, justement, Winkler, et c’est très précisément ce que je vous reproche, objecta‑t‑il froidement. Vous ne pensez pas. C’était gérable quand vous vous en référiez à moi, mais désormais, vous vous permettez non seulement d’outrepasser mes ordres mais également de taire des informations primordiales.

— Cela ne se reproduira plus, Monsieur le Président. Je vous en prie…

Finn le fixa avec un mépris teinté de contrariété. Winkler avait beau être un incapable, il ne pouvait décemment pas le renvoyer. Il en savait trop sur les affaires de l’Académie, alors mieux valait le garder à proximité et s’assurer qu’il ne recommence pas.

L’attention du président fut captée par les premiers mouvements qui s’animaient sur les écrans devant lui. Les images se dessinaient avec une précision presque cinématographique : des silhouettes furtives glissant dans les ombres du laboratoire, les faisceaux lumineux de leurs lampes‑torches éclairant sporadiquement le chemin, les gestes silencieux des opérateurs qui coordonnaient l’infiltration.

— Très bien, abdiqua‑t‑il. À vous de jouer, Winkler. Prouvez‑moi que je me suis trompé.

Instantanément, son général des armées prit les choses en main et émit ses ordres d’attaque de manière fluide et précise. Finn l’écouta attentivement, prêt à intervenir au moindre signe d’erreur mais le militaire se montra étrangement irréprochable.

Les soldats de l’Académie s’infiltrèrent à leur tour et encerclèrent rapidement les intrus. Finn focalisa son attention sur la caméra du laboratoire principal, l’endroit stratégique où il avait volontairement laissé entendre que des preuves cruciales y étaient stockées. Les membres du FLB qui s’y étaient engouffrés étaient nettement plus nombreux, mais pas assez pour que les troupes de Winkler soient incapables de les maîtriser.

23h05, et tout est déjà terminé, réalisa Finn tandis que ses soldats retiraient les cagoules des intrus capturés sous les exclamations de joie des opérateurs aux alentours.

Le regard de l’un d’eux se porta sur lui à‑travers le moniteur, et il se pencha en avant pour mieux l’observer. S’il ne pouvait que supposer qu’il s’agissait là de leur leader, Finn pouvait avec certitude affirmer qu’il n’était ni un membre de l’Académie, ni de l’Élite. Pourtant, son visage lui semblait étrangement familier.

Alors qu’il cherchait encore à se rappeler où il l’avait déjà vu, la caméra se mit soudain à grésiller. Les bruits parasites se firent de plus en plus intenses. Puis, l’image disparut derrière une neige épaisse qui le ramena irrémédiablement plusieurs mois en arrière, dans le confort de son appartement.

La salle des opérations plongea dans une obscurité plus profonde encore, bientôt rejointe par un silence lugubre. Tout autour de lui, les rires d’allégresse et les conversations animées avaient cessé net. Les opérateurs s’étaient activés pour tenter de rétablir le contact, mais s’ils arrivaient à joindre les autres pièces sans problème, celle‑ci demeurait obstinément silencieuse.

Winkler dépêcha en urgence des troupes supplémentaires, mais il était déjà trop tard. Tous le comprirent quand le grésillement du moniteur cessa net et que l’image réapparut. Le laboratoire avait été déserté par les membres du FLB, tandis que les soldats de l’Académie gisaient désormais au sol.

— Monsieur, je ne sais pas quoi vous dire, se justifia Winkler. C’est incomp…

Le militaire n’acheva jamais sa phrase, son regard paniqué glissant vers la perplexité.

— Mon… Monsieur le Président ? Vous allez bien ?

Finn ne prit pas la peine de répondre à l’inquiétude de son subordonné. Bien qu’il n’eût jamais été réputé pour son extrême ouverture aux autres, il était évident qu’il était devenu un homme plus froid et intransigeant encore depuis qu’il avait accédé à la présidence. Mais ce soir, et alors qu’il voyait une nouvelle fois ses plans contrariés... il souriait.

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