Chapitre 8 (Eliott) (2/2)

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Eliott et Sarah revinrent de leur mission improvisée vers dix‑huit heures, bredouilles. Ils se dirigèrent directement vers le bureau de Breen qu’ils trouvèrent au beau milieu d’une discussion animée avec Yann. Sans un mot, l’adolescente se glissa entre eux pour rejoindre son espace de travail et s’installer devant son cher ordinateur.

— Mais puisque je te dis que je ne peux rien faire ! s’époumonnait la scientifique.

— Il doit bien y avoir une solution ! Utilisez une autre plante, je sais pas moi.

— Mais je ne peux pas, enfin ! reprit‑elle de plus belle. Seuls des lupins pourraient me fournir l’hydroxylupanine et la spartéine dont j’ai besoin, et ils ne poussent qu’à Sadell.

— Vous avez bien réussi, l’année dernière.

— L’année dernière, j’en avais tout un stock, Yann !

L’Élite grogna de frustration avant de se détourner d’elle, l’air affligé. Son regard se posa sur lui, remarquant enfin sa présence, et il fit un pas dans sa direction.

— Bon, on a un problème…

— On peut pas synthétiser l’inhibiteur, comprit Eliott devant la mine atterrée de son ami.

Yann acquiesça d’un signe de tête et tous deux soupirèrent en chœur. Le besoin d’inhibiteurs avait été la première raison à laquelle ils avaient pensé après avoir statué que Grant avait eu besoin de les contacter. Maintenant qu’ils savaient ne rien pouvoir faire pour eux sur le sujet, mieux valait creuser d’autres pistes.

Le regard d’Eliott erra un moment sur la silhouette assise de Sarah. Ses doigts glissaient distraitement sur un petit objet marron qu’elle manipulait sans vraiment y prêter attention. Elle avait les yeux fixés sur l’écran devant elle mais semblait regarder bien au‑delà.

— Sarah, vu que t’es d’Ashford, p’têt que…

Il s’interrompit en arrivant derrière elle, interloqué. L’adolescente claqua son ordinateur et se retourna vers lui d’un air détaché, mais il avait d’ores et déjà pu apercevoir la photo de profil du dossier d’Orsby couvrir une bonne moitié de l’écran.

— Oui ?

— Euh… ouais, donc je disais. Vu que t’es d’ici, p’têt que tu pourrais nous en dire plus sur Vinnie, non ? Tu le connaissais ?

— Pas vraiment, haussa‑t‑elle les épaules. Je sais juste qu’il a toujours eu beaucoup de fidèles. C’est un très bon orateur.

Sarah s’agita un instant sur sa chaise, puis reprit :

— Et il est extrêmement croyant.

— Croyant comment ? intervint Yann. Du genre pieux… ou fanatique ?

— Du genre croyant, répéta‑t‑elle.

— D’accord, mais…

— Écoutez, j’en sais pas plus, OK ? J’l’ai rencontré qu’une fois, votre type, et il m’a pas inspiré confiance. C’est tout c’que j’peux en dire.

Un silence pesant s’abattit sur eux. Sarah s’affala sur sa chaise et croisa ses jambes sur le bureau pour leur indiquer que le débat était clos. Eliott ne mit pas plus de quelques secondes à comprendre que Vinnie était, d’une manière ou d’une autre, lié à la mort de toute sa famille. Il reconnaissait l’attitude que sa petite protégée leur servait : un mélange d’indifférence et de froideur dissimulant une douleur encore bien ancrée.

En silence, Eliott fit signe aux autres de ne pas insister. Si ses soupçons étaient bel et bien fondés, Sarah leur en parlerait en temps voulu, il en était certain.

Lorsqu’elle serait prête.

*

Les jours suivants, Yann et Eliott consacrèrent leur temps à l’élaboration de leur stratégie et à sa mise en œuvre. À tour de rôle, il avait été décidé qu’ils sillonneraient la ville à la recherche de leurs camarades disparus – ou d’un quelconque indice que les deux hommes leur auraient laissé. Mais leurs efforts étaient vains. Grant et Orsby demeuraient silencieux, invisibles… comme s’ils n’avaient jamais existé.

Chaque jour qui passait amplifiait toujours un peu plus les doutes d’Eliott. Avait‑il fait fausse route ? S’était‑il bercé d’illusions ? Tout portait à le croire. Car si son chef et ami avait réellement eu l’occasion de les contacter, il l’aurait déjà fait depuis longtemps.

De son côté, Sarah avait enfin pu confirmer qu’aucune expérience similaire à celle initiée par l’ancien président n’avait été menée par son fils, écartant toute trace d’implication de l’Académie dans les disparitions. Cet état de fait, ajouté au constat que Vinnie n’avait en réalité jamais réclamé son aide, les poussait donc à considérer ce dernier comme leur principal suspect. Même s’ils n’en avaient toujours pas la preuve, leur enquête auprès des familles avait révélé un motif troublant : une majorité des victimes correspondaient à un profil spécifique. Des femmes, essentiellement, rousses et aux cheveux longs, âgées de 13 à 21 ans.

Malheureusement, cette découverte ne leur fournissait pour le moment aucune piste concrète. En revanche, leurs actions avaient eu le mérite de considérablement réduire l’intensité des manifestations initiées par les utopistes à Ashford. Ayant rallié son troupeau sous la bannière de l’inaction de l’Académie, Vinnie n’avait alors pas pu empêcher ses fidèles de se sentir apaisés en voyant l’Élite enquêter pour retrouver leurs proches.

Toujours en quête de leurs camarades, Yann et Eliott avaient en parallèle cherché à approcher Donovan, mais ils n’en eurent pas l’occasion. Bien trop heureux de pouvoir faire du zèle, Winkler s’était immiscé dans leurs affaires et avait voulu prouver sa valeur au président en arrêtant le traître. Ce dernier s’était alors enfui, emmenant avec lui leur seule et unique chance de se mettre en contact avec Grant et Orsby.

Et c’est ainsi qu’un jour, Eliott envisagea une triste et sombre réalité.

Peut‑être s’était‑il fourvoyé.

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