Chapitre 44 (Eliott)

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Il était un peu plus de trois heures lorsque Eliott poussa la porte de la maison d’Evanna, laissant derrière lui la nuit calme et les souvenirs troubles d’une patrouille trop silencieuse. Il avait laissé Yann prendre le relais à la surveillance, Grant et Sarah assurant la garde de leurs prisonniers jusqu’au briefing qui aurait lieu le lendemain matin.

Tout semblait déjà être rentré dans l’ordre, comme si la veille n’avait été qu’un cauchemar qu’on oublie vite au réveil simplement pour ne pas avoir à s’y confronter. Et c’était mieux ainsi, ne pouvait-il s’empêcher de penser en gravissant les marches de l’escalier. Car tout ce qu’il voulait, lui, c’était oublier. Oublier ce qu’il avait vu, oublier ce qu’elle avait fait, et tout recommencer de zéro maintenant qu’elle était redevenue elle‑même.

Entrouvrant la porte de la chambre, Eliott s’y faufila avant de la refermer derrière lui. L’obscurité y était douce mais pas tout à fait complète, baignant la pièce dans un gris silencieux à mi-chemin entre la nuit et l’aube. L’ombre des meubles se devinait plus qu’elle ne se voyait, et l’air portait encore l’odeur familière du bois, du linge propre et de cette chaleur que sa princesse laissait partout derrière elle.

Eliott s’approcha doucement du lit, assez pour voir sa silhouette endormie allongée le dos tourné. Il retira ses vêtements dans un silence précautionneux, mais à peine les laissa-t-il tomber qu’elle tourna la tête dans sa direction, son regard doré encore brumeux de sommeil.

— Désolé, souffla-t-il à mi-voix.

Pas de réponse. Elle se redressa pour lui faire face, ses doigts tâtonnant dans le vide avant de le trouver. Elle se laissa glisser sur ses genoux, ses mains remontant le long de son torse pour trouver sa nuque.

— Eliott…

La voix de sa princesse résonna dans un gémissement encore endormi. Ses bras l’emprisonnèrent plus fermement et elle enfouit son visage dans son cou, ses jambes ne tardant pas à s’enrouler autour de ses hanches. Il sourit, amusé par sa façon de se rendormir ainsi. Elle tenait d’ailleurs à cet instant plus du koala que de l’être humain, une petite créature cramponnée à son arbre sans aucune intention de le lâcher.

— Crois-moi, j’adore t’avoir dans mes bras, mon cœur, mais on sera mieux dans le lit, tu trouves pas ? marmonna-t-il doucement.

Elle grogna, mais ne résista pas outre‑mesure lorsqu’il la souleva un peu plus contre lui pour mieux la déposer sur le matelas. Il alla chercher la couette à ses pieds, mais s’arrêta net en la voyant se redresser à demi.

— J’ai soif… souffla-t-elle dans un murmure pâteux.

Eliott attrapa le verre d’eau posé sur sa table de chevet et le lui tendit. Elle en but quelques gorgées avant de le lui rendre, et il le reposa sans vraiment réussir à détacher ses yeux d’elle. Elle lui semblait tellement fragile avec ses cheveux en bataille, ses gestes lents et cette fatigue qui lui collait au visage.

Il la contemplait toujours quand ses doigts vinrent se poser contre ses yeux, l’empêchant de se perdre dans ses traits si délicats. Il rit, avec autant d’amusement que de tendresse.

— D’accord, lâcha-t-il malicieusement. Et pourquoi ?

— Ton regard, il… il est difficile à supporter.

Aussi vite qu’il était arrivé, son sourire s’effaça au profit d’une moue un peu plus grave. Il attrapa ses poignets avec douceur, ses pouces effleurant le creux de ses paumes avant de les écarter de son visage. Elle baissa instantanément la tête, se prenant de passion pour le tissu de son pyjama qu’elle tripota nerveusement.

— Hé, princesse… murmura-t-il en attrapant son menton pour l’encourager à le regarder. T’as aucune raison de t’en vouloir pour tout ce qui s’est passé, d’accord ? Tout comme t’as aucune raison d’avoir honte pour quoi que ce soit. C’est le passé maintenant, tout est terminé. On est là, tous les deux, et c’est tout ce qui compte pour moi. Je veux plus penser à…

— Mais…

— Regarde-moi, la coupa-t-il. Regarde-moi dans les yeux, et dis-moi que tu y vois la moindre trace de ressentiment, de colère, de tristesse, ou bien même de dégoût. Allez, j’attends.

D’abord hésitante, elle finit par se pencher dans sa direction. À en juger par sa mine concentrée, elle prenait la tâche qu’il lui avait confiée beaucoup trop au sérieux, mais il était persuadé qu’elle ne trouverait jamais rien. Rien d’autre que tout l’amour qu’il avait pour elle et ce besoin viscéral d’être à ses côtés.

— Alors ?

Sa princesse s’éloigna légèrement, le coin de ses lèvres se soulevant en un sourire timide. Pourtant, il n’atteignait toujours pas ses deux iris dorés encore voilés par la culpabilité.

— Tu sais, j’ai toujours su que tu me reviendrais à un moment ou à un autre.

La voix d’Eliott avait roulé un peu plus bas que d’ordinaire, un peu plus tendre aussi. Il attrapa sa main et l’attira contre lui, l’invitant à s’allonger à ses côtés. Elle se laissa faire sans résister, puis se cala à quelques centimètres à peine de son visage. Il la contempla un instant, avant de laisser ses doigts glisser sur sa joue pour repousser une mèche de ses cheveux.

— Tu sais comment ? murmura-t-il.

— Non…

Son index traça lentement le contour de sa joue, puis descendit le long de sa gorge jusqu’à effleurer le collier qui habillait son cou. Il l’attrapa avec précaution et le laissa retomber dans le creux de sa paume, avant de relever les yeux dans sa direction.

— Parce que tu l’as jamais enlevé.

Un silence s’installa – assez lourd pour que son cœur se soulève dans sa poitrine, mais elle désamorça la pression d’un simple sourire. Elle s’approcha sans un mot et il referma ses bras autour d’elle, la serrant un peu plus fort jusqu’à ce que sa respiration se cale sur la sienne. Son visage vint se perdre contre ses cheveux, sa voix effleurant une dernière fois son oreille :

— Tout va redevenir comme avant, tu verras.

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