Chapitre 50 (Finn) (2/2)

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— Finn… Éveille-toi… Finn…

Un courant d’air frais effleura sa joue, à peine plus tangible qu’un frisson. Il ouvrit lentement les yeux, assez pour apercevoir deux filaments éthérés danser dans l’air et s’entrelacer avec une grâce silencieuse.

Encore engourdi par le sommeil, Finn se redressa avec difficulté. Dans la pénombre, les traits de lumière dorée se déployaient jusqu’à matérialiser une silhouette vive et aveuglante. Il n’eut pas le temps d’en discerner les contours qu’elle s’évapora dans l’obscurité, son esprit chassant déjà les rémanences d’un rêve trop persistant.

Rien n’avait bougé aux alentours, si ce n’était que la porte de leur prison était désormais entrouverte. Dans le fin rai de lumière qu’elle laissait passer, des ombres se mouvaient, comme prises dans une urgence muette. Puis plus rien, sinon des bruits de pas qui s’éloignaient.

— Eh.

Personne ne répondit. Finn renouvela son appel, plus fort cette fois.

Toujours rien.

Se mettant en ordre de marche, il se glissa à genoux et inspecta ce à quoi il était menotté : un vieux tuyau rouillé fixé à une canalisation tout aussi obsolète. Il tira dessus de toutes ses forces, une fois, puis deux. Le tuyau céda dans un bruit sourd et Finn s’écroula au sol, entraînant avec lui un morceau de métal.

— Monsieur le Président, murmura une voix endormie. Qu’est-ce que vous faites ?

— Il y a un problème. Hâtez-vous Dellis, nous n’avons pas beaucoup de temps.

Un problème, vraiment… ?

Ses doigts effleurèrent brièvement la balise qu’il avait fabriquée pour contacter l’Académie, habilement récupérée lors de la stabilisation de la zone anti‑interférence sur laquelle on lui avait ordonné de travailler. Avec un peu de chance, son général des armées s’était montré utile, pour une fois, mais mieux valait s’en assurer avant de crier victoire.

Repoussant le sommeil, Dellis arracha ses attaches en quelques gestes seulement. Accroupis, tous deux se laissèrent glisser sans un bruit jusqu’à la porte. Dehors, le couloir baignait dans une semi‑obscurité. Des néons clignotaient par intermittence tandis que des pas résonnaient en nombre au loin, feutrés mais réguliers. Trop réguliers, et Finn aurait reconnu cette cadence entre mille : il s’agissait bel et bien de soldats de l’Académie.

Enfin une bonne nouvelle. Mais combien étaient-ils ? Assez pour renverser leurs ennemis ? Une décision hâtive aurait été insensée. Mieux valait observer, comprendre et contacter les siens sans se faire repérer par leurs ravisseurs.

Suivi par Dellis, Finn s’avança prudemment de quelques pas dans le couloir, le dos collé au mur. Il allait en interpeller discrètement un quand une porte s’ouvrit soudain non loin d’eux. Une silhouette adolescente en jaillit, aussi paniquée que désemparée.

Ne pas intervenir était définitivement la solution la plus rationnelle pour laquelle opter. La jeune Élite courait droit vers les soldats et tomberait bientôt dans leur ligne de mire. Aucun cri, aucune alerte, juste un corps effacé dans l’ombre et neutralisé sans effort. Après tout, elle n’était ni utile ni stratégique, et encore moins de son camp.

… … …

Se maudissant intérieurement, Finn parcourut la distance qui le séparait de la jeune fille. Il l’attrapa par la taille et l’attira dans un renfoncement du couloir, avant de placer un doigt sur sa bouche pour lui intimer de garder le silence. Un rapide coup d’œil en direction des soldats lui confirma qu’ils progressaient méthodiquement et fouillaient les pièces une à une à la recherche d’éventuels ennemis. Il attendit qu’ils passent à la suivante, puis fit signe aux deux femmes de se faufiler dans celle qu’ils venaient de quitter.

— Monsieur le Président, vous vous êtes libé…

— Ce n’est pas le moment.

À l’affût du moindre bruit extérieur, il ne fallut pas plus de quelques secondes à Finn pour remarquer que des pas précipités approchaient. Il pria pour que ce soit l’un de ses hommes, mais les trois silhouettes qui déboulèrent lui rappela pourquoi il n’avait jamais eu la foi.

— Sarah !

Perkins se précipita vers l’adolescente et l’étreignit avec un mélange de soulagement et de nervosité. Ce fut ensuite au tour de cette fille au look insolite de l’enlacer, d’un geste bref mais chargé d’émotion.

— Où est Evy ?

— On sait pas, répondit l’Élite. Mais elle est avec Grant, alors je m’inquiète pas.

Finn observa la scène sans intervenir, son regard croisant brièvement celui de N’Diaye. Pas un mot ne fut échangé, mais il comprit immédiatement ce qui risquait de se produire s’il ne reprenait pas tout de suite la situation en main.

— Vous.

— Ne faisons rien de stupide, Perkins, voulez-vous ? Vous êtes assez intelligent pour réfléchir avant d’agir, n’est-ce-pas ? Faites-le donc maintenant.

— Vous vous foutez de ma gueule ?

— Vous avez besoin de moi, répliqua-t-il avec calme. Vous n’êtes pas en position de force – autrement, nous ne serions pas enfermés ici à en discuter. Ce qui signifie que la situation est bien pire dehors. Combien de soldats, une cinquantaine ? Le double ?

Le silence qui suivit confirma son analyse.

— Il n’y a qu’une seule personne qui peut encore les empêcher d’attaquer, et vous le savez tout aussi bien que moi, Perkins. Libérez-moi.

— Plutôt crever, cracha-t-il. De toute façon, c’est ce qui arrivera au moment même où vous retrouverez votre pouvoir. Moi j’dis, on attaque frontalement, reprit-il à l’intention de N’Diaye. L’armée est équipée d’armes électroniques, y’en a pas une qui pourra faire feu ici.

— Ne soyez pas idiot, s’agaça Finn. Leurs armes fonctionnent parfaitement et vous vous ferez massacrer à l’instant même où vous mettrez un pied dehors.

— Mais bien sûr… Ça fait des années que l’armée académique n’utilise plus d’armes mécaniques, et comme par hasard, maintenant, ils en ont. On peut savoir pourquoi vous auriez soudainement décidé de faire un bond de dix ans en arrière en matière d’armement ?

— Parce que je ne suis pas stupide, rétorqua-t-il. J’ai vu ce que les interférences de votre petite amie pouvaient provoquer. Vous pensez vraiment que j’aurais laissé la totalité de mon armée équipée d’armes obsolètes ? Réfléchissez, Perkins. Si vous les attaquez, vous mourrez.

— Si je vous laisse sortir d’ici aussi.

— Peut-être, admit-il. Mais c’est un risque que vous n’avez pas le luxe de refuser.

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