11.1 * JAMES * TEASER

13 minutes de lecture

CHAPITRE 11.1

TEASER


* *

*


J.L.C

30.10.22

03 : 05


♪♫ RIDE THE STORM — GOLDFORD ♪♫



Elle revient. Pas en marchant, non. En lévitant. En électrisant l’air autour d’elle. Un halo de foutoir parfait. Elle est magnifique. Genre insolence cosmique. Son regard me cueille. Son sourire m’ouvre en deux, proprement. Son allure… God… J’étais censé garder la face ? Mort. Enterré. Requiem de fin. Elle vient de déclencher l'extinction de masse. And I’m the first fuckin’ casualty[1].

Lorsqu’elle se hisse jusqu’à moi, bras en grappe autour de ma nuque, bouche greffée à la mienne, le monde fait un arrêt cardiaque. Tout éclate. À l’intérieur, un feu d’artifice en espace confiné. Ramolli comme un métal chauffé, je vibre au ralenti, puis bascule hors de mon axe. Carte mère pulvérisée.

Elle est tout. Là. Maintenant. À moi. 'Fin, pour l’instant. Et c’est déjà dément.

— Victoria !

Mon anomalie se déscotche et zyeute derrière son épaule. Mon regard suit le sien. Sa pote Leslie la hèle, téléphone brandi façon arme de distraction. L’objectif nous vise en pleine lucarne. Super. Je vais finir star d'un TikTok éthylique.

— T’as oublié ton défi ! Du cran, ma grande !

Vi explose de rire, demi-tour de ballerine, déhanchement ravageur, droit vers la desserte à casse-patte. Elle réclame un verre. Le grand métis à l'accent hispanique qui gravite dans le périmètre lui prépare un shot calibré à la seconde. Rituel d’anniversaire. Une goutte sombre — une liqueur quelconque — dans du liquide vert mutant... Ça se boit ou ça attaque ? J'ai vu traîner du Sours à la pomme et du Midori tout à l'heure.... En vrai, who gives a fuck, huh[2] ? J'espère juste que ce truc fluo transforme pas en dragonne...

Elle lève son sésame en l’air, balance un « Skål ! » à gorge déployée dans ma direction, puis descend son liquide de refroidissement façon potion de stamina, cul sec, sans l’ombre d’une grimace. Wow ! Elle picole avec style, cette fille. Et re wow ! Même ses putains de toasts sont aphrodisiaques.

Skål, huh ? Did I hear that right[3]? Aye. Okay. Du norvégien maintenant. Normal. Ou du danois ? Une langue de plus pour épeler mes failles, en somme. Peu importe l’idiome, au final. Elle me réduit quoi qu’il arrive à l’état de larve consentante. Et quand elle me cause italien ou portugais… — aye, well, le français n'y échappe pas non plus — mon sang se bullifie. Montée générale. Globalement. Très globalement. Surtout niveau jauge inférieure à déclenchement automatique, hypra réactive aux stimuli et... quelque part entre la cinquième et la huitième vertèbre thoracique, là où mon myocarde fait des pompes que j'ai jamais demandées.

Avant que mes neurones se rétablissent, elle fait volte-face, me fonce droit dessus, me chope par le col d’une poigne très… griffue et m’embrasse. Une vraie déflagration. Clignement oculaire : tornade sur mes lèvres.

— Pour la postérité ! crie Leslie, hilare, derrière son écran.

Flash. Rires. Et elle reste là, à chatouiller ma bouche du bout de la sienne. Qu’ils filment, je m'en badigeonne. Je suis ailleurs. Quelque part sous sa peau de nacre. Dans une dimension parallèle, moite, sucrée, hors réseau.

Elle se détache. Un filet d’oxygène passe, discret, et mes poumons l’aspirent en mode urgence. Mon cœur, lui, n’a toujours pas redémarré.

Nuque captive, reins consentants, je cale cette force de distraction majeure bien scrupuleusement contre ma poitrine — par simple mesure de sécurité, hein. Un œil sur elle, un œil sur l'univers : ce genre de phénomène a tendance à provoquer des risques élevés de décollage émotionnel.

Front contre front, on respire le même vertige.

What the hell was that, love[4] ?

Ma voix se perd en route, mâchée par trop de pulsations manquées. On oscille au rythme des pulsations, corps collés façon pièces d'un puzzle malaxé par la musique, juste assez pour sentir le frottement, juste assez pour sourire de l'intérieur comme un imbécile heureux.

Elle me dévisage, les pupilles brillantes d’un feu tranquille. Ses commissures s’étirent. Malice douce, chantage en dentelle.

— Un teaser.

A teaser ?

Répétition débile. Pas étonnant : QG aux abonnés absents.

— Mmh-hm. Continue de me regarder comme ça et tu auras droit au long-métrage.

Silence. Coup de jus interne. Je crois que mes globes oculaires viennent de rougir. Mes genoux vont demander leur indépendance et ma volonté… l’asile.

Elle se pelotonne dans mes bras, mutine. Ses doigts, d’abord papillons, suivent un chemin secret de mon poignet jusqu’à mon cou. On dirait qu’elle déchiffre un message gravé sous ma chemise. Sa bouche tire légèrement sur la gauche, asymétrique et charmante. Puis son index monte la garde, là, sous mon menton. Me voilà captif, pris au piège, à sa merci.

— Tic tac. Tic tac, joue-t-elle.

Appel aux armes dans le calbut sans autorisation préalable.

— Il me semble que ton heure d’abstinence est laaaargement écoulée. Monsieur Discipline est prié de rendre les clés.

Eh toc ! Pichenette sur le bout du nez, façon provocation enfantine.

Ouais, bah, la discipline, elle a bon dos, quand tes courbes presses les miennes ! Je deviens moitié feu moitié prédateur et tout sauf innocent.

— Les clés de quoi, au juste ? On est bien là, non ? Pas besoin de précipiter quoi que ce soit. D'ailleurs, pourquoi vouloir sortir le mode express ?

Peut-être parce qu'elle vient de monter le thermostat de ta patience au level max avec son haleine bonbon de luxe à la framboise et ses contacts rapprochés bien placés, crétin ! Congrats, tu es officiellement sur la route des blue balls, mate !

— Toi, James Cameron, tu aimerais me faire gober que, regarder le moteur chauffer, c'est agréable ? Ça ne dépendrait pas plutôt du modèle, par hasard ? Les belles mécaniques expérimentées nécessitent un démarrage progressif, pas vrai ? Faut les... les bichonner, les… hum…

On est d’accord, elle me gare dans une métaphore automobile, là ?

— ... les prendre en main… les mettre en condition… les faire… ronronner avant d'appuyer sur les gaz, monter dans les tours. Et… vérifier l'huile, la pression des pneus, la souplesse...

Je rêve pas : elle me soumet à un contrôle érotico-technique.

— ... embrayage, l'équil– attention, j’ai rien contre les engins un peu vintage, hein. Après, tout est question de cylindrée… et d’années au compteur. Passé les trente ans, ils–

Minute, toi !

— Wow, wow, je souffle pas ma trentième avant un mois, la coupè-je faussement vexé, 'fin, un peu quand même, en pressant ses reins contre moi.

La lumière des néons danse dans ses pupilles et me fait perdre la moitié de ma concentration.

— Et toi, avec tes 24 tournées ? Je te classe modèle flambant neuf ou déjà bien lubrifié ? T'es encore en rodage, petite mécano.

Whoops. J'y suis peut-être allé un poil trop fort… Sous-entendre qu'elle connaît toutes les ficelles et a du vécu kilométré... pas hyper élégant de ma part. Surtout qu'elle n'a rien à prouver à personne. Heureusement, Victoria se réfugie contre mon torse en pouffant. Sa respiration hérisse mes poils. Le courant passe — littéralement.

— Je crois que l'alcool nous fait... déraper.

Un battement. Ses yeux s’illuminent. Elle rit de plus belle, visiblement ravie de saisir le lien.

— Ok. Celle-là, je la revendique. Et pour le reste…

Elle hausse les épaules, caresse ma nuque mine de rien. Hnnngh. J'adore.

— J’ai peut-être un peu de bouteille — genre pas sortie d'usine, quoi — je te l'accorde, Monsieur piston. Mais... on apprend vite, quand on apprécie le chemin.

Putain. Elle assume. Sans forcer. Sans se justifier. Classe intégrale. Et elle continue surtout :

— J'ai déjà tenu ton volant entre mes mains, ai-je causé le moindre accroc ?

Quel volant ? Le volant ? Non, non. Oh que non, hoche ma tête. Mes côtes explosent de rire en secret. Elle est... trop brillante. Trop parfaite. Pas question de couper ce moment. Je ferme la bouche et la laisse dérouler, suspendu à chaque syllabe.

— Alors, fais-moi confiance, copilote, décroche ta ceinture, cale tes patounes sur mon tableau de bord et vois si tu peux suivre le rythme.

Aïe. Aïe. Aïe. Méfiance absolue. Elle va me foutre le feu au lac tout schuss là, à m'embarquer dans une de ses chorés atomiques qui réécrit toutes mes coordonnées corporelles et secoue colonne, moelle et cockpit inférieur façon shaker survolté. Faut garder le couvercle sur la marmite encore un peu.

Je fronce les sourcils, pioche ma poker face.

— Tu comptes me traîner en justice si je résiste à tes caprices ?

Qu’on m’amène un avocat. Ou une cellule insonorisée, avec option : « elle dedans ».

— Non… souffle-t-elle en se hissant sur la pointe des pieds jusqu'à mon oreille. Je te concocte une épreuve par le feu.

Ses dents. Mon lobe. Frisson. Frisson ? Tu parles ! Plutôt un tremblement de terre.

— Tu avais dit une heure, boude-t-elle, son affaire terminée.

Le velours de son timbre se froisse. La bouteille commence son œuvre…

— À notre sortie de la buanderie, on était à soixante-trois minutes tout pile.

Elle checke sa montre, comédienne.

— Et maintenant, on flirte gentiment avec les... 2 h 30, regarde. Tu sais, tout ce qu'on peut faire, en 2 h 30, Jamie ?

Toujours harponné à ses hanches et elle, à mon col, je hoche le menton pour qu’elle continue son petit jeu. L'entendre me bassiner, me chambrer, me draguer, pour de vrai, et pas dans un de mes trips hallucinos, jackpot de pur bonheur ! D'ailleurs, j'essaie à peine d'écouter : les basses crachent à fond, elle babille, n'a aucune idée que ses paroles se perdent dans le tapage. Peu importe : je chope un mot sur trois mais chaque vibration de son timbre me flingue le cœur. Ou alors c’est juste la sono qui me tabasse. En vrai, je m’en cogne : je ne vois qu'elle, ne ressent qu'elle et ses lèvres sont des cocktails que je déguste à grandes gorgées oculaires.

— ... finir les deux derniers épisodes des Anneaux de pouvoir...

Quoi ? Elle est fan d'heroic fantasy ? Pure belter[5] !

— ... mijoter un curry d'agneau...

Entre elle et Isla, duo de chefs ninja ! Moi, j'apporte l'estomac.

— ... faire mes longueurs, à la piscine......

Vi, in her cossie ? Signed, sealed, delivered[6] !

— Bref. Verdict… : t’es en dépassement sauvage ! Fourrière… ou… ou… amende im-mé-diate. Choisieuh : ta Bat Mobile, Batman… ou bien, ta Catwoman ?

Aye, bah, ma Catwoman attitrée laisse traîner ses voyelles et vacillent sur ses appuis, les yeux brillants… Les mots font du patin artistique sur sa langue. Sans mentir, c'est mignon. Tant qu'elle ne confond pas son fouet imaginaire avec ma ceinture, tout va bien.

Je secoue la tête, silence ricanant au coin des lèvres. Mes doigts se croisent dans son dos, l'attirent d'un cran plus près. À ce stade, elle respire dans ma gorge, prisonnière. Au moins, si elle se le joue Sleeping Beauty, elle tombera dans la bonne direction. Direct sur bibi.

— T’as pas honte de harceler un homme sans défense ?

— Niet. Zé-Ro.

Un battement de cils. Iris aspirés. Yep. L’alcool resigne son grand retour dans sa circulation.

— J’ai une licence en sadisme tendre, articule-t-elle exagérément.

Oula… Cette lueur dangereuse au fond de ses prunelles… celle qui rature jusqu’à mon prénom et, accessoirement, la moitié de mes fonctions cognitives… : une tuerie ! Dans tous les sens du terme. Pour mon bien. Pas le sien.

— Très bien. Si c’est comme ça… on y va. T’as un endroit fétiche ?

Demande on ne peut plus sérieuse. Je suis prêt à m’adapter au terrain. À condition qu'elle ait décuvé. On lui dira pas : elle va encore prendre la mouche. Ou me rire à la gueule…

Je me penche vers son oreille, ma voix grinçante de désir mangée par le grondement de la musique.

— Un mur, peut-être ? La salle vide au deuxième ? Le canapé dans le bureau du proprio ? Ou, on peut aussi retourner sur le rooftop ? Les toilettes ? … On a connu plus glorieux, c'est sûr, mais j’ai rarement été aussi motivé.

Elle s’apprête à répondre, je lui coupe la parole :

— D’ailleurs, ce détour prolongé tout à l’heure, c’était pour quoi ? Tu fomentais un plan ? Une répétition générale face au miroir ?

Et là, bim : projection instantanée ! Ma matière grise active le mode « imagerie interdite en 4K », full volume. « Victoria à gogo » sur grand écran mental. Je visualise. Mauvaise idée. Ou très bonne, en fait. Nous deux. Nus. Une glace. Son dos arqué. Mes doigts dévoreurs. Ses lèvres croquant mon cou… Hrrm.

Une fois, je lui ai fait un suçon. Vierge de concept, elle m'a regardé avec ses grands yeux appliqués et m'a demandé une démo. En bon prof méthodique, je l'ai marqué sur l'omoplate. Elle, forcément, a visé plus bas. Pour être précis, à l'endroit exact où j'ai tatoué son initiale… Plus friponne que studieuse, au fond. Du Victoria tout craché.

Aye, je sais, rien à voir. Je commence passage aux chiottes et finis dans un souvenir qui mord, littéralement, avec sa bouche plantée dans mon aine et zéro lien de causalité. Pure digression sensuelle de haute volée non homologuée par la logique. Mon cerveau est en mode saut de cabri. Sérieux, je blablate sur son état à elle, mais vu la gueule de mes pensées, le whisky me tient par la main lui aussi.

Ses joues rosissent en me voyant déglutir.

— James…. Tu penses à quoi, là ? Tu dérailles… ou tu me manœuvres ? Parce que, bifurquer de moine à hédoniste, c'est vachement chelou… D'abord, ton vœu de chasteté là, et après, une conversion turbo aux plaisirs terrestres. Tu changes de doctrine plus vite que de chemise, toi, dis. Où as-tu remisé ta discipline et… et ta tempérance, et ta graaaaande croisade anti-galipettes, mon grand ? Dois-je m'inquiéter ?

— Pas du tout. Tu m'as convaincu.

— Pour de vrai ? réagit vivement ma muse pétillante d'amusement ET d'ivresse, en quasi sautillant sur place.

Je laisse filer une seconde, puis cinq autres, uniquement pour sentir sa patience se tendre. Elle s’accroche à moi, paumes qui coulissent sur mon cou, mon épaule, mon bras. Mon torse reçoit sa chaleur comme une promesse explosive et mes mains répondent en catimini sur son dos. On se fige dans ce ralenti survolté, tous les sons du club réduits à un battement sourd, nos peaux électriques, nos souffles qui se cherchent avant même que les lèvres ne décident. De se taire. De parler. De s'embrasser. On verra. Après. Là, elle attend mon éclaircissement. Qui tarde.

Asservie par la musique, elle subit mes mots comme un éclair qui lui court le long des nerfs, et ma faim rugit derrière mes syllabes.

— Sois sûre d’une chose, mo leannan... t’es la seule capable de faire fondre mon cortex en une pluie de pulsions bestiales... et si tu me permets d'entrer en toi cette nuit, je vais transformer ton corps en un putain de labyrinthe où je me perdrai avec plaisir.

Oh que non, je l'ai pas fantasmé, le ronron d'extase tout droit sorti de ses entrailles. Och aye, gémis et gémis encore, a graidh, fais-moi sentir que je t'ai sous la peau et que chaque son de toi devienne mon carburant !

Merde… un seul phonème et mon moteur mental s'enrôle dans un rodéo sauvage... Calmos, inspire profondément, reprends le dessus, immobilise tes paumes, stoppe le pillage incessant de ses courbes. Ok, tu rêves de l'allonger sous toi mais ramène-la sur Terre d'abord. Avec son gramme huit dans la tuyauterie, contrôle + respiration obligatoire avant de foncer. Donc...

— Tu sais... le désir n'aime pas qu'on le presse. Si je te dis non maintenant, tu déclenches un incident diplomatique ou ... ?

— Ohhhh, Monsieur a peur que je me venge, c'est ça ? Eh bien, euhoui. Je... je saboterai ton prochain verre de whisky.... avec du coca !

Ce mélange hérétique ? Je sens le fantôme d'un vieux Highlander me juger très fort. Elle a trouvé. Mon point faible. Appuyer là-dessus, c’est déclarer la guerre.

— T'oserai pas !

— Si, si. Et pire, j'irai... j'irai twerker contre ce type là-bas, tu vois ? Celui avec la danse d'ascenseur et la chemise trop ouverte.

— Non.

— Si, Jamie.

— Donc, voilà où tu planques tes armes, c'est ça ? Tes hanches, tes descentes. Faut que je confisque tout ça pour raison de sécurité dans ce cas. Sorry lass, zone à risque. On évacue !

Sourire en coin, menace déposée, je fléchis légèrement, mains positionnées pour la soulever, et déjà elle profère des petits non de protestation en me tapant les épaules, faussement outrée.

— Ok, ok. Faux départ. Mais avertissement officiel, Vi.

— Fais gaffe, j'ai une mémoire sélective qui note tout !

Et elle se regreffe à moi, vient causer à mon tympan. Son parfum jasmin-chaos-nuit me ruine les poumons.

— Si tu crois que je bluffe… souviens‑toi de ce que tu sais faire sans même me déshabiller intégralement. Il y a des endroits de moi, pas très couverts à l'heure actuelle, qui réagissent ultra vivement quand je repense à tes doigts. Pas besoin d'un dessin, si ?

Je déglutis. Ou je gémis. Les deux. Oh pour m'en souvenir, je m'en souviens ! Le glissement. La moiteur. La tension. Son souffle coupé. Ses traits crispés de plaisir. Mon cerveau fait une embardée. Mon corps, lui, est déjà au garde-à-vous. Pas de concertation préparatoire. Quand une femme te rappelle ce que tu lui as donné, tout ton être devient un putain de baromètre de vanité et de désir, prêt à se consumer et à s’en vanter en même temps.

Je lâche un rire nerveux, par réflexe, par défense. On fait comme si j’avais encore le pouvoir, d’accord ?

— Ah. Donc, l’arme du crime, c’est… toi. Toute entière. Bien joué.

Elle attrape ma lèvre inférieure entre ses dents, la relâche après une brève pression. Puis recule d’un pas sec, poings sur les hanches. Une vraie menace déguisée en chef-d’œuvre. Létale. À tous les niveaux. Bien sûr, elle vacille un tantinet. Discret. Réel.

— Bon, là, tu me veux ou tu fais le fanfaron ?

Oh, mais un peu que je veux. Je veux à fond. Sans pause ni prudence.

Je fais mine de me rendre.

— Je t’aimais bien, Victoria. Dommage que je doive t’arrêter pour tentative d’homicide… par excitation aggravée.

Elle éclate de rire, bascule la tête en arrière. Dans la pénombre saturée de basses, de lumière, je me dis que rien, vraiment rien, n'égale ce son-là. Même les chérubins ailés doivent l’écouter en cachette, planqués derrière leurs nuages.

Je tends la main, paume ouverte, demi-sourire.

— Allez, reviens.

Micro-hésitation. Puis ses doigts fins glissent dans ma grosse paluche. Game on. Elle regagne mon royaume.

D’une rotation du poignet, je l’enlace dans notre boucle. Mon torse réceptionne son dos. Ma bouche descend, scelle un baiser à l'aube de son épaule. Sans ses talons — dégagés sans cérémonie dès son retour des toilettes — elle dégringole de dix bons centimètres… ... mais les 160 et des poussières restants, je les sens tout entiers dans mon étreinte.

Je nous balance avec douceur. Un va-et-vient paisible. Une bulle. Elle s’y coule, s’abandonne, confiante. Corps alignés. Accordés. Et au cœur du tumulte, on flotte ensemble. Et moi ? Vous voyez la scène dans Inception, quand la ville se plie, se déchire, éclate en une cascade chaotique ? Bah voilà. Moi. D’ordinaire, j'ai mes lignes, mes contours. Je suis carré. Avec elle ? Je perds toute forme puis je me réassemble. Plus présent que jamais. Plus vrai aussi. Vulnérable. Vivant. Ça ressemble à ça, un commencement, une mue dans le cœur ?

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