12.1 * VICTORIA * DANSE

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CHAPITRE 12.1

DANSE


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V.R.de.SC

30.10.22

03 : 25


♪♫ MOTH TO A FLAME — THE WEEKND ♪♫



J’aime danser. Il y a dans la danse une forme de renaissance, un écho du vivant surgi des âges, antérieur à la parole. Une réponse brute au monde, qui se soustrait à la censure du cerveau, ce vieux rabat-joie en costard-cravate, qui brandit des tracts « Questionnez vos certitudes » à tout bout de champ, style prieuré des rigido-spectiques. Le même qui m’empêche de texter mon ex à 2 h du mat, me conseille de pleurer avec retenue — c'est-à-dire longtemps — sous mon plaid plutôt que sur le carrelage froid de ma salle de bain, mais se montre étonnamment permissif avec le ressassement en boucle de mes échecs pendant six jours non-stop. Bref. Je suis fatiguée de jouer l'inspectrice de mes propres émotions. Le bon sens ne sera pas convié à la suite des événements, auquel cas, son avis serait au mieux un accessoire de seconde zone, au pire un encombrement. D'ailleurs, toute velléité de réflexion est sursise jusqu’à nouvel ordre. Pour l'heure, ici et maintenant, dans l'étreinte ouatée d'un homme merveilleusement tendre, assouplie par le flux musical, je cède à un balancement languide et ondule, portée hors de moi-même, là où la matière et le rythme conjurent ensemble toute résistance.

Dans la pénombre satinée du carré VIP, tandis que les basses m’ébouillantent les veines et les faisceaux laser scarifient le drapé de la nuit de leurs éclats de néon, mon esprit remue encore ses petites luttes, mais mon moi primal connaît l'unique vérité qui vaille : le langage du corps. Adossé à James, recueillie par son buste tiède et contenant, sa paume confortée sur mon ventre tel un point d'équilibre, je me laisse flotter, baignée par un bien-être imprévu, attentive à sa manière de me tenir, de m'enlacer, de me tranquilliser. Le silence interne — ce miracle signé sans ordonnance ni honoraires, que même mes trois psys n’ont jamais réussi à obtenir — s’installe à grands pas, bottant le monologue mental hors de mon cortex. Moi qui pensais débaucher mon bel Écossais, me voilà finalement décantée, telle une bouteille de champagne trop secouée dont toute l’effervescence se serait évaporée d’un coup. Je plafonne à zéro — ou, plutôt, à deux grammes — paisible, assagie. Bye bye la prêtresse des préliminaires rythmiques. Bienvenue sirène à contre-courant. Mon partenaire du soir n'a pas l'air de m'en vouloir, cela dit.

Peu après, dans l'étirement d'un souffle, ou cent, je saurais à peine dire combien, frôlant la torpeur la plus délicieuse — quoi de mieux que le torse d'un ours des bruyères pour un petit somme improvisé ? — James me fait pivoter et scelle nos lèvres. J'ai tout juste le temps d'apercevoir ses pupilles dilatées et un léger voile de mélancolie sur ses traits que son baiser me trempe dans un courant de douceur survolté et me peint de frissons de la tête aux pieds. Rah la la, pourquoi chaque pulsation de son cœur semble tricoter mes nerfs ? Dois-je vraiment capituler devant ce vortex de chaleur et de silence ? Un peu, mon neveu !

Désormais face à lui, mes mains paresseuses, mais religieuses, se font patrouilleuses, effleurent sa barbe, sa carrure, s'invitent au ras de sa ceinture, tracent des itinéraires tâtillonneux. L’avoir à portée éveille en moi des envies de... de... palpations incendiaires qui, sur une échelle allant de pincée d'Espelette polie à cuillerée d'Habanero en furie, couvrent l’intégralité des degrés de caliente. Mais, tout doux, vulcanette au repos : pas ici. Ici, contente-toi de te lover contre lui, cherche une posture à la fois stabilisante et prometteuse, une position où tes gestes pourront vagabonder librement, jouer, tester, vous ouvrir à la danse... encore faut-il qu’un regain d’énergie vienne exciter tes méninges ronronnantes parce que là, Vic, tu tiens plus de la chatte amoureuse dans un panier de pelotes de laine enchantée que de la panthère envoûtante sur le point de déclencher une offensive magnético-charnelle de haute voltige !

Mouarfff, non. Finalement, j'aime autant retourner dans mon hamac moelleux sur pieds, reporter mon numéro de sport en chambre à plus tard, et profiter simplement de son aura enveloppante. Repli chéri, je me réenroule contre son torse, dos calé, tête sous son menton : suspendue, bercée par le va-et-vient subtil de son corps, livrée aux délices de la langueur et prête à me laisser fondre un peu plus dans cette coquille de sécurité et de sérénité partagé. Mon royaume pour une position horizontale ! Qu'on nous livre une couette en duvet d'oie, je vous prie ! Non ? Bon, tant pis, sa stature à la verticale vaut toutes les solitudes sur sommier du monde.

Les chansons s'enchaînent. Soudain, là sous mon abdomen, comme un coup de vent dans une voile, les doigts de James pressent puis se crispent sur le tissu de ma robe. Instantanément, le mode veille se désactive, je retombe dans l’instant, mes sens se tendent. Son souffle, plus hâtif, chatouille ma nuque et fait frissonner mon échine. Je lance un coup d’œil suspicieux en arrière, tente de déchiffrer le langage secret de ses iris outremer. Il semble… Je... je ne saurais nommer ce qui le hante. Je lui adresse un « tout va bien », fragile et précautionneux, autant pour me rassurer que pour juguler mon impulsion de le couvrir de calins. James tarde à répondre. Son regard se dérobe, aimanté par un passé qui m’est hermétique. Il y a cette lassitude en lui, silencieuse, venue d’un espace-temps que ma nuit ignore. Et mon ventre se noue, sans explication consciente.

Finalement, son sourire affleure, mais trop rapide, trop scolaire, tel un rayon fuyant à travers les nuages, ne me convainc pas. D'un élan, je me replace face à lui, scrute l’ombre de ses intentions. Que soupirent vos charmants yeux embrunis derrière ce masque de civilité, cher Highlander ?

L'humour s'immisce dans notre échange verbal. Mes nerfs frémissent de complicité, mes orteils rougissent à l'idée de sa prudence, mes pommettes accusent l'affront de mon lapsus malheureux… Sérieux, « baiser » ? L'inventaire de ses talents devait-il forcément se terminer sous la ceinture ? Quelle néophyte, je fais ! M'enfin. Et lui, là ! Avec ses insinuations aussi ! Mes ovaires capitulent et, bientôt, ma sensualité se déploie en éventail d'envies.

Je ferme les paupières. Tout se nébulose — les visages, les préceptes, les pourquoi, les cloisons étanches de mon intellect. Volatilisés. Seul l'étourdissement délicieux du lâcher-prise persiste. Tête à l'envers, cœur à la fête, plus rien ne me freine. L’heure est venue de délier mes articulations, de laisser le rythme infiltrer mes veines et d’embrayer mes réflexes de salsera au milieu de ce chaos électro.

Sons, vibrations, mélodie gagnent mes tympans, infusent ma peau, serpentent à travers mes muscles pour culminer en mouvements suggestifs, libres d'entraves. Le rationnel abdique, cédant le trône à l’intuition. Les mots se taisent. Les phrases s’effondrent. Ne subsiste que cette pulsation obstinée, arrimée à mon centre, qui me déracine au réel et m’emmène ailleurs.

En règle générale, danser me libère de mon bocal intérieur. Quand mon corps prend le relais et s’exprime à ma place, une éclipse totale du moi loquace au profit du moi atavique s'opère. Alors, l'espace d'un moment, je ne me cherche pas, je m’échappe. Je m’oublie, réintègre mon point zéro, redeviens battement, souffle, tempo. Pure injection d’existence.

La musique entre en moi par les chevilles, les cuisses, l’épine dorsale, jusqu’à embraser la base de mon crâne, confluence de mes pensées, et me transforme en instrument de sensations. Mes bras suivent sans réfléchir. Ma nuque ploie, mes hanches adoptent le flow. Tout ce qui était en sommeil hurle en tremblements. Mes gestes n’ont plus rien de conscients : ils obéissent à un lexique désappris, sauvage, organique. Il faut dire que, le reste du temps, je me dissèque jusqu’à l’absurde comme une copie de philo biffée à l'excès. Alors, quand cette pulsion archaïque s’éveille en moi, je la cracotte à pleines dents.

Oui, certes, l’alcool pimente un peu l'affaire, il va sans dire. Mes jambes flottent légèrement, mes idées se délitent en bulles moirées, les filtres craquent : pudeur, méfiance, décorum ; la petite voix qui, en général, surveille mes intentions ; le masque social que je m’obstine à maintenir. Dans cette demi-clarté, tout devient plus voluptueux, plus poreux.

Mes invités, et d’autres encore, gravitent autour de nous, présences diffuses, silhouettes mouvantes, familières ou étrangères. L’essentiel palpite dans mes os, dans cette façon qu’ont les chansons de résonner jusque dans ma cage thoracique, de s’étirer dans mes reins, d’accoucher de mes gestes à mon insu. Pour lui. Rien que pour lui.

D'ordinaire, lorsque je m'élance sur la piste avec mes proches — en boîte, festival, aux bandas du village, fêtes familiales ou sur le parquet lustré de mes cours de danse — l’amitié se mue en symbiose collective. Éclaboussés de joie électrique, on se percute, on s’aimante, on rit, crie. Euphorie. Un clin d’œil par ci, une épaule trainante par là, un pas lancé au hasard et repris par tous. On se fabrique un monde à nous, fait de complicité et de batteries internes affolées. Dans la fosse, il y a les anonymes, malheureusement trop souvent prédateurs plus ou moins subtils, serres en suspension, attentes gluantes, qui s’accostent un peu trop, cherchent un consentement jamais prononcé, projettent leur soif, inoculent du désir là où je ne sème que de la métrique. Dans ces cas précis, je joue, bouge, souris, amorce sans ratifier. C’est grisant de constater que l’on peut susciter sans rien promettre. Mon corps leur échappe pourtant. Ce qu’ils devinent n’est qu’un écran pour leurs fantasmes. Pas la vérité. Je garde les clés.

Mais la synchronicité d’un partenaire de vie — pour le peu qu'il sache un minimum où et quand poser ses sabots et ses mimines — qui ne découvre rien et se souvient de tout ? Jouissif. L’effet palimpseste, je suppose : l'histoire s'écrit par-dessus les réminiscences. Plus rapide, plus intense, zéro préface. L’amant qui maîtrise la texture de ma peau nue, débrouille la sonorité de mes soupirs, connaît ma fatigue post-extase, je pourrais prédire ses pas avant qu’il ne les esquisse. La métaphysique du contact. Comme avec James... Branchement direct à la source. L’alerte dans ses muscles, la tension de sa mâchoire, les pics à la base de sa nuque, sa façon de retenir l’élan : j'interprète tout avec une facilité déconcertante. Alourdie d’un secret partagé, notre danse — ou devrais-je dire notre maillage sensitif, pure extension de notre connexion physique — devient tellurique. Nos doigts s’attrapent, se quittent, se retrouvent. Une fièvre transmise par capillarité. Une pression dans le creux de mes reins. Et cette secousse subombilicale, impatiente ? Incoercible. Je ressens tout. Nos mouvements, comme répétés, se répondent et, pourtant, tout est improvisé. Tout est vrai.

Faire l’amour, ne serait-ce pas la chorégraphie matricielle, dont la danse ne constituerait qu'une déclinaison ou une stylisation ? Toute danse repose sur un tempo, non ? Dans l'acte charnel, ce dernier n'est pas dicté par un organe externe, il émane de la biologie : rythme cardiaque, fourmillements, respiration. Musique endogène à son plus haut degré d’acuité.

Quand je danse, j'ai cette sensation d'orage synaptique, de cascade euphorique, paresthésique aussi, comme si j'étais branché sur secteur. Je ne bouge pas seulement mes muscles, je subis une perfusion de ma propre chimie, une enfilade de micro-foudres administrées en intraveineuse sous mon épiderme. C'est une extase à double tranchant : le plaisir sauvage d'être désincarcérée de moi-même, et la douleur électrique d'un être devenu trop étriqué pour le typhon qu'il abrite.

Quand je fais l'amour, le désir — cet opium naturel — distille ses ivresses librement dans mes circuits, s'injecte droit dans le centre névralgique, topographie identique : chaleur, fluidité, dépolarisation, hyperexcitation, libération. Deux rituels, des résonances jumelles, une même transcendance. Tantôt duel en souffles et en sueur, tantôt liturgie du don de soi. Car dans les deux cas, les peaux chuchotent des phrases d’avant langage et notre moi éclate, se dissout. Nulle question de performance technique, mais uniquement, quête d'harmonie absolue, quasi mathématique. Une paume sur une hanche pour guider ou annexer. Des soupirs à même la bouche — preuve, requête ou serment. Des regards-éclairs qui allument des traînées de feu direct au cœur.

La danse, c'est l'érotisme de l'espace. L'amour, la syntaxe souveraine de l'intime. Des stratégies de survie gravée dans le marbre de notre génétique. Quand on brûle et que tout s’enclenche avec l’exactitude folle d’un instinct hérité, ce n'est pas du hasard, mais la carotte de l'évolution. Nos cellules et leurs serrures n'attendent que des clés pour libérer leurs hormones. Nous sommes prédestinés à l'extase, à rechercher ces cimes de voltage émotionnel. Et lorsqu'ils surviennent, c'est comme si on rentrait à la maison. Depuis que je l'ai rencontré, cette maison-là porte un nom : James.

Sa présence fend la lumière instable de ma nuit. Son regard me traque, me débusque, me déshabille. Il a... cette façon de me sanctifier du bout des doigts, comme si chaque atome comptait. Et tout mon être, totalement câblé sur lui, parle et parle encore — mais autrement.

Tout à l’heure sous le ciel de ma ville, James et moi avons brûlé ensemble. Enfin, presque : on était à deux étincelles de l’embrasement général. Impossible de laisser cette embardée sans son point d'orgue. Sans sa flambée. Ce genre de fièvre ne tolère aucune fin bâclée. En l’invitant à danser, je voulais prolonger l’incandescence. Je voulais qu’il écoute mes silences ondulés. Qu’il comprenne ce qui vacille en moi, ce que ma bouche retient. Il m’a manqué. Lui ai-je dit ? Non. Lui, si. Mille phrases étaient recroquevillées derrière mes dents, embryons d'aveux et horizons éventuels, mais je les ai différés — peur de le brusquer, peur surtout que nos désirs ne battent pas au même tempo, et que sa fuite récente soit moins un accident qu’un feu orange persistant.

Alors, j’ai choisi la danse. Mais déjà, une nouvelle pensée germe. J’aimerais qu’il accepte de venir chez moi. Pas juste pour… conclure… enfin si, mais... non, c'est plutôt pour conjurer cette sensation d’irréalité, cette crainte qu’à la faveur d’une séparation trop nette, il ne se volatilise avec la nuit. Oserai-je lui souffler l’impulsion ? Et si son refus stérilisait l'élan, me renvoyait à mes murs, seule avec mes incendies éteints ? L’idée se coince, hésite, cherche une issue et une écharde invisible raye ma gorge. D’un côté, la fièvre de l’insouciance et l’appel sauvage du vertige. De l’autre, l'angoisse tapie.

Tout à coup, vibrante, veloutée, cristalline, la voix de The Weeknd retentit. Telle une toxine dorée, nappant l’atmosphère d’une sensualité équivoque, Moth to a flame se glisse dans l’espace. Aussitôt, prise dans l'écho du couplet, quelque chose en moi se contracte puis cède. Moi aussi, je me sens aspirée, obnubilée, incapable de détourner les yeux de la flamme, consciente du feu, mais aimantée malgré moi. Ridicule. Cliché.

Et pourtant, me voici créature hagarde qui tournoie autour d’une ogive couleur bonbon radioactif, bien trop dangereuse pour elle. Le constat est affligeant et la métaphore me cingle les sangs : je réalise être en train de choisir le feu en pleine connaissance de cause alors que l’engagement me flanque une peur bleue ! Pas à cause de l’indépendance qu’il menace, non. C’est plus cru, plus enfoui — une faille originelle qui s’ouvre dès qu’on évoque les mots « attachement » ou « avenir ».

L’inconnu. Marcher à l’aveugle. Ne pas prévoir. Ce terrain mouvant où rien n’est sous contrôle, ni les émotions, ni les sentiments ou les intentions de l’autre, m'incite à reculer, à maper les sorties, saboter pour éviter d’être touchée, dynamiter en prévision de la douleur. Vieux mécanisme : me défiler à temps, jeter une grenade dans le fragile, caler mes pions avant qu'on m'échec-et-mate, sans oublier de remettre l'alarme sitôt la porte close. Oui, je sais : je suis taillée pour le repli, pas pour les déclarations au clair de lune. Mon ballet de défense n'aura pas échappé à l'œil averti : rire de sorcière, vocabulaire hors-charte personnelle, une ceinture qui se détache comme par magie et une culotte contractuelle. Et James… James, ce beau salaud, m’a déjà plantée une fois, sectionnant sans préambule le fil de soie que je n’ai pas vu se tendre, jusqu’à ce qu’il s’effiloche sous mes doigts.

Peu à peu, la rancune et le ressentiment reconfigurent mes pensées, redessinent mes priorités, éclairent les manques, les blessures, es zones de turbulence qu'il a piégées dans la trame de ma vulnérabilité. Étonnante, la précision avec laquelle chaque brin de notre passé s'enroule autour de mon cœur, ordonnant la souffrance avec une rigueur d'orfèvre.

Non. Non. Reste ici. Cesse de déserter. Immerge-toi dans l'instant. Sois douc pour une fois. Même avec toi-même. Lâche les projections, les alarmes. Respire. Ancre-toi. Éprouve. Répudie le conditionnel. Seul l'indicatif a droit de cité.

Ses paumes, rassurantes, régnantes, me couvrent. Aucune ectoplasmie : il est revenu, bien vivant. Une onde thermique file sous ma peau, conflue vers mon centre, pulse entre mes cuisses. Danser ne suffit plus. Mon corps exige une littéralité que le langage des hanches ne peut plus feindre. J’ai envie de l’embrasser, par conséquent, sans préméditation ni artifice, ma bouche capture la sienne. Parce que la crainte s’est tue et que le désir m’a devancée. Parce qu'il me faut le grain de sa voix contre ma gorge, la densité de son être vissée à la mienne. J’ai besoin de chute. D’impact. D’un réel qu’on ne mime pas. De l’abandon, pas l’allusion. Alors j’y retourne avec plus de poids, plus de faim, plus de persuasion. Mes doigts s’enroulent à sa nuque, mes lèvres épousent sa morsure. Je jette un pont entre nos deux silences : pourvu qu’il le traverse. Réveille-toi. Reviens-moi. Je m’acharne. Pour ma défense : c’est pour la bonne cause. Inquisition de tendresse. État de fait. Je l'accule à céder, à m’accueillir. Encore. Encore. Jusqu’à ce qu’il s’ouvre. La reddition ne s'est pas fait attendre à vrai dire. Sa langue valide l'accord, reprend la mélodie entamée, me saisit, me bascule. Et dans ce baiser, je dépose tout : le manque, la colère, l’indulgence, la passion. Il devient mon expédition. Un seuil à franchir. Malgré mes doutes, les plaies, l’embrasement qui pourrait tout cramer… s'il le faut, je le rattraperai. Le réparerai. L'aimerai plus fort que ses absences. Je suis là. Avec lui. Il doit le sentir. Au risque de finir en cendres, j'opte pour la combustion.

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