15.3 * VICTORIA * BIOPSIE DU PLAISIR

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CHAPITRE 15.3

BIOPSIE DU PLAISIR


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V.R.de.SC

30.10.22

06 : 30


♪♫ EVERY HIGH - KYSON ♪♫



Lui. Ici. Sous mon toit. Je ne le lâche pas. Je tracte ses 90 kilos de doutes par la main, le guide à travers le salon comme on remorque une épave au port pour la caréner. Amant ou pétrolier en détresse ? M'en fiche : il vient quand même avec moi ! Mais au seuil de ma chambre, le courant s'inverse. James se coule dans mon sillage et m'encercle sans que nos pas ne s'interrompent. Son corps épouse mon dos, se déploie telle une exosquelette de tendresse qui s'ajuste à ma courbure. On devrait inventer un verbe pour cette sensation de devenir un puzzle à deux pièces.

Intimité, braise, apaisement. Ses paumes pressent mon ventre, m’agrègent contre sa silhouette. Je me laisse fondre dans ce cocon thermal qu’il dessine autour de moi. Mes paupières abdiquent, je renverse ma tête contre son torse, mon crâne traquant les percussions de son cœur sous les couches de tissus qui l'habillent. Coup de grâce de ma résistance.

J’adore ça. Être contre lui. Je me sens en sécurité. C’est… agréable, réconfortant, précieux. Cardinal. Que la fougue d'hier ait pâli importe peu. Aujourd'hui, je capitalise sur les vestiges. Tant qu’il me tient, lui seul règne en maître dans ma psyché.

Je rivète mes mains à ses avant-bras, tandis que notre dérive s'immobilise à l'orée du lit. L'abîme est là, à deux pas. On saute ? Non. On savoure. Son visage s’ensable dans mon cou. Il me respire. Son souffle tiède m'irise et subvertit mes repères. Quelle incursion exquise ! Ma raison se carapate. Bon débarras.

D'infimes éraflures arrachées par sa barbe sonnent le réveil de mon épiderme. Chaque frottement éclate en étincelles. Ça aussi, j’adore. Ce contraste entre douceur et rugosité. Ces frissons moissonnés à fleur de peau. Mes sens s'invaginent, m'aspirent tout entière, conquis.

James me butine de fièvre. Sa bouche sédimente mon épaule, poursuit ses ponctuations flâneuses vers ma nuque, puis s’attarde au pli tendre sous mon oreille. Sous l’impulsion de son corps, le mien devient champ de secousses : mes muscles se relâchent pour mieux se détendre, jusqu’à me forcer à haleter, puis soupirer. Ses doigts explorent mes courbes et me font gigoter. Une main exclut ma queue de cheval, pour libérer mon cou. L’autre rejoint mon sein, le palpe en caresses. Son râle étouffé s’échoue dans mon tympan, et, en réponse, mon sexe se contracte en un spasme irrépressible. Cet homme me touche à peine que, déjà, tout en moi consent et s’ouvre. Nul doute, je pourrais l’accueillir sans résistance.

Contre toute attente, mon partenaire a cessé de subir, inversé la polarité de nos états d'âme. À croire que l'air de cette pièce a vicié sa modération. Il ne se laisse plus manœuvrer, il pirate. Alerte intrusion. Code d'accès : tout ce qu'il voudra. C’est le James de juillet revenant aux commandes, celui de notre première nuit. Ici même, à la différence près que le thermostat n'explose plus tous les plafonds. Il ne cherche plus la sortie, il cherche ma source, et il s'y abreuve avec une gourmandise de naufragé qui a enfin trouvé terre. Oh, je ne vais aucunement me plaindre, loin s'en faut ! Je vais même saborder mon propre mental pour couler avec lui.

Emportée par cette vague de sensations, je flotte à la surface de son univers tumultueux. James m’invite à incliner la nuque. Obéissante, je lui offre l’accès à mes lèvres. Rien que des préludes, mais chaque contact ionise mes terminaisons. Il parait que c’est exactement ça, le plaisir : un flux neurochimique, une succession de signaux et de microdécharges hormonales qui voyagent dans les nerfs, survoltent chaque fibre. J’ai l’impression d’être une poudrière sous un orage de désir. En clair : mon cerveau est en train de grillé. Quel beau gâchis de neurones, ne trouvez-vous pas ?

Sa prise sur ma gorge pourrait être dérangeante. Elle ne l’est pas. Bien au contraire, j’y retrouve une forme de respiration — paradoxe absolu pour moi qui m’insurge contre les cols roulés, foulards, écharpes et toute contrainte sur cette zone sensible. Mais avec lui, qu’il me garrotte, m’arrache le souffle, expose ma faille, je n’y éprouve que délivrance. La strangulation sélective. Logique zéro.

Lorsque je pivote dans ses bras, nos regards se heurtent. Au fond de ses iris saphir, un océan de mélancolie l’ensauvage, et ses traits tendus racontent une tempête qui menace de m’engloutir. Je devrais fuir l'épicentre, n’est-ce pas ? La peur ne m’arrêtera pas, loin de là : je brûle de m’y noyer.

Dans cette chambre, en cet instant précis, James est ma maison, ma lumière vacillante dans l’obscurité. Pourtant, même dans cette étreinte désespérée, une part de nous se délaye dans une mer de regrets. Mes jambes se liquéfient pendant que mes paumes viennent cerner ses pommettes, les lissent doucement, tentent de découdre les nœuds de sa peine. J’ai moins envie de le déshabiller que de le dévêtir de sa tristesse. Moins envie de séduire son corps que de forcer le sarcophage invisible de ses tourments. Ce fantasme de sauvetage sensuel frise le syndrome de l'infirmière, non ? Ma préconisation : un pau à peau intensif. Peut-être guidera-t-il sa reddition et permettra enfin à son cœur de rendre les armes, qui sait.

Décidée, je me débarrasse de ma brassière. Elle s’écroule à nos pieds : épitaphe de ma pudeur. Ma poitrine exhibée monopolise son attention : ses yeux lambinent dessus, sa bouche s’ébrèche, son souffle s'enraie, ses poings se pétrifient. Effet garanti. Cette hésitation dans ses gestes, cette lueur au fond de ses pupilles : il me désire. Vraiment. Les hommes fonctionnent au visuel, nulle femme ne l’ignore. Pourtant, par prudence manifeste ou retenue imposée, seul un effleurement fantôme sur ma hanche accueille mon aplomb. C’est tout ? Pas de grand saut ? Attendrissant, oui. Suffisant : non. N'ai-pas peur, Highlander, je ne mors que sur demande expresse… Non, toi pas toucher moi ? Bien. Bien. Bien. Il m’incombe donc de piloter la situation.

— On n'est pas au Louvre, Jem… Tu as le droit d'interagir avec l'exposition sans que l'alarme ne se déclenche.

Mon badinage le dérive. Un peu. Une fossette creuse enfin sa joue. Alors, il ose. Son index entame une ascension lente, escalade mon ventre pour se frayer un chemin dans mon décolleté, survole ma clavicule et d'un petit bond agile, crochète ma lèvre inférieure. Ce contact n'était qu'un repérage. Soudain, il prend mon visage en coupe et m'embrasse. Le son brut de son excitation bat contre ma bouche.

Pendant qu'il s'approprie posément mon souffle, j'en profite pour ouvrir la voie en repoussant sa veste. Il accompagne sa chute, la récupère au vol, l'envoie valser sur la chaise de ma coiffeuse. Bye-bye nylon, bonjour les choses sérieuses. Ce court intermède attise mon impatience : il est temps de libérer sa chemise, un bouton après l’autre.

À mesure que le galbe de ses pectoraux, puis le maillage de ses abdos s’offrent à ma vue, un sillage velu se dessine, serpentant le long de sa ligne médiane jusqu’à disparaître sous sa ceinture. Grrraou ! Ce tracé sombre, telle une piste muette, me donne des envies de descente, de découverte, de morsure. Ariane aussi, aurait préféré suivre ce fil-là, croyez-moi. Une seule idée s’alanguit au plus profond de ma délire : il sera mien.

Le vêtement enfin terrassé, j’écarte les pans puis le répudie sur ses épaules. Fin de service pour cet emprunt textile. L’urgence épidermique imposent son diktat, le contraignant à terminer son déshabillage par lui-même. Car déjà, mes paumes s’enivrent de la chaleur de son torse solaire, tantôt glabre, tantôt duveteux, explorent ses reliefs avec avidité, auscultent ses arêtes, pétrissent ses vallons, goûtent à chaque vibration de sa respiration. Que l'électrocution démarre !

Sa carrure est une géologie de combat façonnée par les éléments, sculptés par le sel et la fureur. J’y précipite ma bouche, buvant sa douceur, absorbant son odeur musquée. Parfum fauve, entêtant, qui s’accroche à ma mémoire autant qu’à mes papilles. Mes lèvres et ma langue divaguent, parsèment son buste d’un archipel de baisers. Mon fringale trouve son point d’ancrage plus haut, dans le creux de sa clavicule : mes doigts grimpent, s’agrippent à sa nuque, s’y verrouillent. Alors je le tire vers moi, exige la collision de nos silhouettes.

Haaaaaan… Il ne comprendra pas, il me prendra pour une hystérique possédée, mais à l'intérieur, c'est le 14 juillet à la Cité, Noël, le réveillon, le carnaval, la fête du village, le décollage de la fusée Ariane, le Rose festival, la finale du Top 14 à Ernest-Wallon, la chute des chutes Victoria — oui, je les ai vues, oui — et le jackpot du casino en simultané ! Quel pied ! Je suis à deux doigts de sortir les pom-poms, les cotillons, les paillettes — biodégradables, va sans dire — les cornes de brume, et toute la panoplie de la fêtarde en chaleur. James est là, contre moi, et mon système limbique entre en épilepsie rythmique. Dément !

Son regard sombre dans le mien. Cette fois, je jurerais y lire un éclat malicieux. Amusement ou surprise ? Peut-être s’étonne-t-il de mon avidité ? Normal… Arpenter une anatomie pareille, s'extasier dessus… un quasi-privilège royal. Mon cœur sourit comme un imbécile heureux, incapable de contenir cette euphorie douce et légère. Je pourrais presque l’entendre chantonner en cachette : « À moi, à moi, à moi » et un rire silencieux secoue ma poitrine. Pffff, sérieux, Vic ? On croirait une princesse accapareuse, à baver sur son propre bonheur !

Immobile contre la solidité de ses muscles, sa température m’infuse lentement. Le volcan tapi sous sa peau, voilà ce que je guette. Il est là, je le sais. Mon rôle : le ranimer. Son haleine de whisky et de braise me traverse et me rend plus fébrile encore. Mes pupilles ne se délogent pas des siennes, les provoquent, les caressent, les obsèdent sans détour. Ça dure, ça dure, ça m’étourdit. Un instant suspendu, presque trop long. Oui, j’apprécie ce duel statique… mais si nos rétines persistent dans cet accouplement optique, j’aimerais que nos physiologies empruntent la même cadence.

Ah, il agit. Ses paumes m’écartent, défont l’étreinte que je lui imposais. Et là, aucune hésitation : ses doigts s'abattent sur sa ceinture. Le cliquetis de la boucle résonne autour de nous, suivi du froissement sec du cuir. Le pantalon déserte ses hanches, balayé d’un mouvement incisif. L’air se gorge de tension : James vient d’ôter le frein.

Je m’éloigne à reculons, pas à pas, aiguillonne sa faim, invite son instinct à me traquer. Le matelas m’accueille derrière les genoux. Les ressorts malmenés couinent doucement sous mon poids. Je tends la main pour actionner le petit interrupteur, délogeant l'obscurité. Une respiration lumineuse envahit la pièce. La cascade de lueurs ambrées ruissellant au-dessus de ma tête de lit enveloppe la chambre d’une parure confidentielle. Je veux voir James sans voile. Le contempler nu, dépouillé de tissus, dépouillé d’ombre.

La moindre parcelle de sa stature vampirise mon inspection vorace : plaines et crêtes, irrégularités et stigmates estampés par la vie et le désir. De son torse vigoureux à son abdomen sculpté au burin, de la cicatrice calleuse qui barre son flanc aux obliques qui s’ébauchent au-delà du bord de son boxer, jusque dans ses cuisses bandées d’énergie, et l'architecture de ses jambes, la force brute palpite partout. D’ailleurs, sous le dernier rempart de sa nudité, la vérité affleure, indécente, martèle ma vue, marque l’évidence de son envie. Ce qui bombe son sous-vêtement n’a rien d’un secret : c’est une menace, une faim animale, une arme braquée sur moi.

Est-ce que je viens de comparer un sexe masculin à un hold-up ? Oui. Oui, au cambriolage. Oui, à la prise d’otage. Et même pourquoi pas, oui, à l’interrogatoire musclé et à la captivité délicieusement consentie. Purée, voilà que je nous imagine dans La Casa de Papel. Édimbourg kidnappe Toulouse.

Mes yeux pillent sans vergogne la bosse impérieuse de son anatomie quand il s'incline vers moi. Ses doigts capturent mon menton, le hissent, et me forcent à me noyer dans ses pupilles. Quoi ? Faudrait-il que je m’excuse de saliver sur chaque goutte de jouissance qu’il va me verser ? Mes pensées s’embrasent de possibles : cent manières de le savourer, mille voies pour l’ancrer en moi. La pulpe de son pouce caresse mes lèvres, celles que je mordillais, encore, et ce simple contact allume un brasier supplémentaire. J’exhale un son bas, secoué de fièvre, incapable d’attendre plus longtemps. Qu’importe s’il me voie comme une chatte en chaleur : j’assume, je brûle et je ne maquillerai rien.

On dit souvent que le désir des femmes se voile, se dissimule, se travestit en délicatesse. Qu’il ne rivalise pas avec la rudesse et la fulgurance de l’appétit masculin. Bouarf ! Pudibonderie de bonne éducation ! Le mien rugit, sans pudeur ni mesure. Pas une houle douceâtre, non : une lame de fond qui renverse, fracasse, réclame. Pourquoi feindre la patience docile alors que mes entrailles crépitent à tout va, peut-être davantage que les siennes ? Édimbourg kidnappe Toulouse ? Non, Toulouse est en train de braquer la banque d'Écosse. Haut les mains, mon brave ! Non, pas haut, plutôt, par ici, dans ma direction. Fais de moi leur butin… Non, attends, c'est moi qui arrive.

Ma paume glisse et sa rigidité répond par un réflexe arc immédiat. Tressautement musculaire. Sifflement arraché d’entre ses dents. Ses membres s’arment de part et d’autre de mon corps semi-allongée sur le matelas. Je sens la pulsation de son être, sa tension interne, son excitation sous mon élan impérieux. J’écarte mes cuisses. Il n'y a plus explicite comme invitation. Mais que dois-je interpréter de son visage fermé, ses sourcils froncés, sa mâchoire serrée ? J’opte pour une grimace de retenue, ou… Pause. L’homme en face de toi a peut-être besoin de tempérance ce soir, pas d’une faiseuse de foudre ni d’une usurpatrice de libre-arbitre, soit dit en passant.

Mon Écossais abaisse ses paupières, appui son front contre le mien et soupire. Prière, défi, confession ? Je nage en eaux troubles. En revanche, je sais une chose : ardeur ne rime pas forcément avec précipitation. Je peux mordre et lénifier dans le même souffle, me faire bourrasque et zéphyr, épine et pétale. Le plaisir ne chasse pas l'affre : il exige la bonne nuance pour sublimer.

Je connais cet homme, mais, en cet instant précis, une part de lui m’échappe encore. L’intimité ne se limite pas aux corps. Les émotions trament un réseau invisible, imposant leur poids. Ici, maintenant, une seule écrase toutes les autres, évinçant la fièvre et la tentation : la tristesse, celle que je n’ai ressentie qu’une fois, la nuit où il est reparti pour l’Écosse. Cet alliage insolite entre désir et mélancolie nous rend plus vulnérables que jamais.

Sa présence ici ce soir me rappelle pourquoi je l’ai aimé, mais aussi, tout ce qu’il m’a coûté. Cette attirance physique qui m’éprouve est une aporie cruelle, plus violente qu’une trajectoire balistique à bout portant, à la fois passion tentaculaire et blessure à peine pansée. Le désir est un sniper et j'ai la cible peinte sur le cœur.

Suis-je en train de céder à l’illusion d'une réconciliation, ou est-ce là l’ultime tentative pour ressentir quelque chose d’authentique, quelque chose qui nous dépasse ? Ce qui m’habite en ce moment me frappe avec une véhémence sauvage. Peut-être ne sommes-nous que deux âmes maudites, soumises à un cycle infernal, loin des rêves et des contes de fées, englués dans un péché dont nous ne pouvons nous affranchir. Non, je dois faire taire ses voix qui empoisonnent mon esprit.

Pas question de brusquer notre union, plutôt de la décanter, d’offrir à nos pulsions le luxe de se tempérer, de respirer avant de se jeter l’une sur l’autre. Oui, oui, sauf que je soupçonne mon analyse de faire du hors-piste complet ce soir. James vient de court-circuiter tous mes plombs logiques.

D’un coup, fini la fausse langueur : il rompt l’appui de nos têtes et se rue sur ma bouche, m’y condamne d’un baiser féroce, qui me broie sans l’ombre d’un répit. Toutes mes protestations intérieures meurent sur place, emportée par la virulence de sa tempête force 12. Ses mains m’empoignent les hanches, me propulsent plus haut sur le matelas, et déjà son corps sagenouille entre mes cuisses ouvertes. Je n’ai pas le temps de souffler : ses pouces escamotent les élastiques de mon short et de ma culotte, raflant tissus et bienséance d’un seul élan. Tout dégage. Plus rapide qu'un changement de pneu en Formule 1. Efficace, le Highlander. Toujours. Je l’aide, je me libère, je m’offre.

À son tour, il se défait de son boxer avec la hâte d’un homme qui refuse encore une seconde de distance. L’air se bloque dans ma gorge face à sa verge érigée, lance de chair qui me transperce du regard. Et, pendant qu'il se penche vers ma table de chevet, fouille le dernier tiroir — il connait parfaitement la cache et ses trésors, dis ! — pour récupérer notre sauf-conduit, je dévore cette lettre solitaire, ce V qui fend le grain de sa peau juste au-dessus de sa virilité. Une signature indélébile…. ou débile ? J'hésite à contacter un psychiatre ou lui ériger une statue dans mon entrée ! Dois-je lui reprocher d'avoir tenu le cadastre à jour ? Non, plus sérieusement, c'est peut-être pour une Valery, une Valentine, une Virginie. Une Vera, Vanessa ou Violet ? Sûrement pas Vérité ou Vertu. Vigueur à la limite, mais trop megalomane. À moins que ce soit le V de Vagin ou de Vénérien ou encore de… Vas-tu arrêter de tergiverser devant l'évidence, Victoria, et cessez de chercher la petit bête dans son entrejambe, oui ! Roh.

Je me secoue les puces mentales. Retour à… ses occupations. Le carré doré s’ouvre dans un déchirement sec et James, méthodique, le front soucieux et le geste sûr, déroule le préservatif sur son membre. On n’a jamais fait sans. Avec ma discipline militaire dans la prise de ma pilule, nulle épée de Damoclès biologique sur nos ébats. En revanche… la tentation de lui demander de renoncer à la protection me traverse. Aussitôt, comme un éclair subpolaire qui fend la chaleur de mon désir, son aveu me revient en plein cortex : il a couché ailleurs. Cette barrière fine ne sécurisera pas seulement mon corps : elle s’interpose entre moi et ses secrets, ses écarts, le mystère de ses dérives. Pincement douloureux. Soupir de résignation. Dieu que la lucidité est encombrante ! Surtout en ces circonstances. Focus. FO-CUS.

James s'interface à moi avec une gravité solennelle, et mes fibres s’illuminent d’un frisson foudroyant, reconnaissant cette charge de muscles qui m’émeut autant qu’elle m’asservit. Il pèse UNE tonne. J'adore cette pression. Une couverture lestée ne ferait pas pareil miracle. Je me sens physiquement contenue, c'est appréciable au-delà de toute comparaison. La nidification, parait-il. Sous quel autre condition une femme, ou disons, une personne accepterait-elle un tel fardeau, soit le presque double de sa propre masse exercé sur sa cage thoracique ? Exactement. On paie des fortunes pour que des mains expertes nous broient les trapèzes, alors pourquoi ne pas savourer gratuitement cet écrasement intégral ?

Ses cuisses s’insinuent entre les miennes et son bas-ventre exerce une compression sourde sur mon intimité. Sous cette friction à peine amorcée, je hoquète et gémis d’envie. Mais déjà nos lèvres se rejoignent avec l’urgence de deux amants qui veulent se fondre l’un dans l’autre. Quelle langue brûlante, irrésistible, affamée, sucrée, salée, volcanique. Une vrai fournaise. Cet homme ? Pure déflagration. Pure effraction. La tentation incarnée. Si nécessaire, que jamais plus je ne pourrai échapper au vertige né de son désir et celui de nul autre.

Mes bras se sarmentent à son cou pour le sceller contre moi, telles des racines qui cherchent à s’enfoncer dans la terre promise. Si je serre plus fort, on finit en fusion moléculaire. L’une de ses paumes chemine le long de ma jambe. Ma peau joue la partition de ses souvenirs, et pourtant, il la parcourt avec la légèreté de la découverte et non la possession à laquelle il m’avait habituée. Je l'embrasse, et, dans ces baisers, j'y largue toute ma détresse et mon envie. Chaque caresse de nos lèvres s'apparente à une morsure douce-amère, une immersion dans les remous de sa tristesse. J'aimerais tant l'entendre rire, le voir sourire, mais ce moment est loin d'être joyeux. Il incarne l'apogée des épreuves endurées, de la souffrance et des remords amassés, des non-dits dévastateurs. On est là, tous les deux, souhaitant reconquérir l’essence de ce qu’on a égaré, cherchant à raviver une flamme éteinte mais non oubliée... On ne fait pas l'amour, on fait l'inventaire de nos ruines. Sexy, non ? Pas vraiment. Mais c'est vrai, d'une vérité qui cogne là où ça fait mal. C'est puissant, c'est cathartique, et par-dessus tout, c'est voulu. Telle est, du moins, la mention que j’ai consigné dans mon propre registre des nécessités. Si de son côté, il se contente de vivre un dimanche matin particulièrement sportif dans le lit d'une petite française, grand bien lui fasse. Quoique j'ose espèrer que non.

Ses doigts effleurent et mon corps se hérisse : la chair de poule s’étend, colonise mon épiderme, m’électrise. Malgré moi, et pauvre de lui, mon réflexe anti-chatouilles manque de l’éjecter sur Mars lorsqu’il frôle mon aine. Au lieu, sa main marque ma hanche d’une poussée ferme qui me guide à épouser ses courbes : genoux repliés, bassins imbriqués, sexes alignés. Quand il me pénètre d’un centimètre, mon être entier se tend d’anticipation. Je m’arrache avec urgence de ses lèvres, happe une goulée d’air brut, préparant mes poumons avant d’accueillir l’inévitable fusion.

Mais James ne progresse pas, au contraire, il se retire, me laisse suspendue à l’attente. Le « coitus interruptus » dès le premier pouce ? C'est de la torture médiévale ! La frustration me monte à la gorge et je retiens de justesse un grognement. Ses doigts artistes investissent alors mes méandres déclenchant un tremblement qui part de mes orteils recroquevillés à mes sourcils arcqués. Son souffle torride se déverse le long de mon buste lorsqu’il coulisse vers le bas. Ses intentions, aussi claires que limpides, subissent une pop-cornisation fulgurante dans la casserole de mon appétit.

J’essaie de l’arrêter, balbutiante :

— C’est bon… pas la peine… je suis prête.

— Je sais, je l’ai… sentie, murmure-t-il contre mon sein. Si je te prends tout de suite, Vi, je tiendrai pas deux minutes.

— Ah… euh… d’accord, acceptè-je, mes muscles intimes pétillant déjà d’extase.

Quelle femme à ma place irait opposer son veto à pareille faveur ? Pas moi.

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