16.2 * VICTORIA * DE L'INGÉNIERIE CHARNELLE AU FIASCO CARCÉRAL
CHAPITRE 16.2
DE L'INGÉNIERIE CHARNELLE AU FIASCO CARCÉRAL
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VICTORIA.R.de.SAINT-CLAIR
30.10.22
08 : 20
♪♫ LIKE A STAR - CORINNE BAILEY RAE ♪♫
Ses yeux sont déjà ancrés dans les miens. Un sourire ? Peut-être. Je suis incapable de faire le point : mes pupilles, vexées par ce soleil de plomb, se rétractent. Je capitule et étanchéise les rideaux. Néant chromatique. Qu’importe. Ce n’est pas mon taux d'alcoolémie toujours suspect, ni cette mèche blonde qui me lacère l'œil, encore moins le souvenir vaporeux d'avoir peut-être comparé ses abdos à une boîte d'œufs ou la question métaphysique de savoir si les poissons ont soif qui vont m’empêcher de savourer la présence de l'homme le plus sexy de la Terre dans mon lit !
Ma matière grise consent enfin à reconnecter mes neurones léthargiques. Le jus revient dans la machine et des flash-backs nocturnes se rappellent à moi. Mon cœur, en mode Saturday Night Fever, décide d’applaudir avant même que la logique ne s'invite. Oui ! Oui ! Oui ! Je le veux.
L’obscurité derrière mes paupières décuple mes autres sens. Si je ne peux pas le voir, je vais le lire à l’aveugle. Je déploie mes doigts, véritables capteurs thermographiques, pour cartographier son torse, son cou, la racine de ses cheveux, sa barbe. Salut, toi. J’aimerais te détailler, apprécier chaque trait de ton visage, chaque millimètre de ton grain, mais mes neurones interprètent un concerto pour marteau-piqueur en fa mineur. M'en fiche !
James ! In situ. Mon territoire. Mon sommier. Occupation légale et géniale des lieux. Jackpot ! Un pic de jubilation me contraint à l'asphyxie volontaire sous le duvet pour museler mon envie de faire des cabrioles. Confinement de joie extrême. Des pépiements hystériques de cour de récréation menacent d'envahir l'espace pour muter notre éveil en kermesse de désir mal contenu. Alors pour me contenir, je m'impose un protocole de verrouillage musculaire qui dure exactement… 3 secondes !
Force d'attraction irrésistible. Coalition organique. Je m'achemine vers lui, rampe sur le matelas comme une naufragée vers son unique bouée de sauvetage. Je m’enroule avec la détermination d’un lierre opportuniste en manque de soleil : Victoria, la plante grimpante ! Mes jambes se tressent aux siennes, mon bras sa sangle à sa taille et ma joue trouve son ancrage dans la concavité de son épaule. Là, à l’abri, je me moule dans ses reliefs. Je ne le regarde pas, je l’épouse.
— ... mmhhhhhhhhhh.
— Mmh ?
— ... mmmmHHH.
Traduction : « Au secours, mes cordes vocales ont fondu et je ne suis plus qu’une flaque de dopamine à l'haleine douteuse ».
— Rendors-toi, Vi. T'as pas fermé l'œil plus de deux heures. Ton corps est en train de te hurler d'éteindre les voyants, and right enough, bonnie[1].
— Mmmgnnn-fffflll-ouihhh...
Incroyable. Toutes mes félicitations, Victoria ! Mon cortex vient d’émettre une commande prioritaire à destination de ma langue, mais le signal a subi une déperdition totale en cours de transit. Ma syntaxe s'est muée en une série de borborygmes archaïques d'un sex appeal semblable au râle de fin de vie d'un crapaud-buffle. Allez, un petit effort, ma grande ! Parachève ta négociation avant de sombrer.
— Tu boush' pas d'ici, nnn ?
— Tout va bien, je bouge pas d'ici.
Amen. Mes restes ont trouvé leur sarcophage de luxe. Que les siècles m'oublient.
Hop, hop, hop. Une dernière décharge d'adrénaline traverse mon système tandis que mes instincts de lierre grimpant virent à la strangulation forestière de son flanc gauche. Je ne me contente pas de me coller, je m'incruste, je fusionne, je colonise. Je cherche l'emboîtement parfait, le verrouillage des hanches, la soudure des torses. Je ne suis plus une femme, je suis une seconde peau obstinée qui refuse de laisser passer ne serait-ce qu'un courant d'air entre nous. Mes doigts s'agrippent à ses côtes comme s'ils voulaient en vérifier le matricule, et j'ancre mes genoux dans les siens avec la subtilité d'une foreuse à diamant s'attaquant à un gisement de granit. Mais, qu'est-ce que j'essayais de déterminer par cette pérégrination épidermique déjà ? Son adhérence, certes, quoi d'autre ?
Ah oui ! Le portable ! Hors de question de confier les rênes de mon repos à l'aléa. Si je ne sécurise pas mon cadre horaire, je risque de me réveiller en 2027 dans un monde peuplé de voitures volantes. Dans un ultime sursaut de gestionnaire pointilleuse, je tente de verrouiller mon planning dominical avant que les plombs ne sautent pour de bon. Je réquisitionne mes réserves de secours pour aboyer à James un édit impérial — car le temps passé dans les limbes est un manque à gagner inadmissible sur notre période d'occupation mutuelle. Ma sentence, au mépris de mes intentions autocratiques, s'extériorise pourtant sous la forme d'un gazouillis de chaton épuisé.
— R'pro-gramm' l'alarme, Jamie... diss heures.
— Midi ?
— Disssse.
— On coupe la poire en deux : onze, mo chridhe. T'as besoin de plus qu'une simple sieste pour réinitialiser ton cerveau.
— J'pourrais do'mir c't'aprem 'ein.
— Tu pourras dormir cet après-midi aussi, si ça te chante. Mais je parie qu'une fois debout, tu te lanceras dans une liste de tâches interminable.
Coupable. Même en état de mort cérébrale clinique, je reste capable de planifier le détartrage de la machine à café et le tri alphabétique de ma bibliothèque de romans que j'affirme avoir lus en société, alors qu'ils n'ont jamais dépassé la page 12...
— Considère ces soixante minutes de rab comme une subvention de l'Écosse pour ton salut mental.
Oh... Quel gentleman ! Un cadeau du pays de la brume... Je n'ai plus la moindre force d'évaluer si les termes du contrat sont à mon avantage.
— Paiement en natchur'ein... ave pleiiiin d'tes ronronn'ments d'ours mal léché. M'attend pas pour l'acompte. La session calins ad'jà commencé.
Une main qui coussine, un souffle qui se niche dans son cou. Je démarre l'inventaire de ses vallonnements dès à présent, centimètre par centimètre.
Sous ma paume, son torse se soulève dans un rire sourd qui fait vibrer mes propres côtes. James ne répond pas, il approuve. Ses doigts entament une danse lente dans mon fourré capillaire, ma nuque, mon omoplate pour y tracer des volutes apaisantes. Il m’aspire, le nez perdu à la racine de mes tempes, et je sens son corps se détendre, m'entraînant avec lui dans les abysses.
— Maintenant, tais-toi et fais de mon épaule ton oreiller, love.
— Chuuuut… Moins d'ordres... et plussss de ronronn'ments, Highlandeuur. C'est d'jà mono'reiller, t'as pas... ton mot à dire.
Je valide la transaction d'un ultime soupir. 11 h, soit. Je classe le dossier, éteins les lumières, et laisse sa tendresse tamponner mon dimanche. Finalement, l'anarchie a du bon quand elle est chaperonnée par lui.
***
J'ai froid. Un froid polaire investit mes vertèbres. Et je n'arrive pas à bouger le moindre muscle. D'où vient cette chute de température anormale ? Et ce courant d'air ? J’ai encore dû saboter mon propre confort thermique. J’ai cette fâcheuse tendance, dès que ma peau étuve, à balancer ma couette à des kilomètres. C’est tout moi, ça : m'asphyxier sous le duvet à minuit pour aboutir en hypothermie à six heures. Dans un ultime sursaut de conservation, je déploie un bras lourd comme du plomb pour crocheter le tissu fugueur. D'un geste aveugle, mais précis, je ramène le coton sur mes jambes frigorifiées, harponne un autre coin pour le caler stratégiquement sous ma joue et hop ! Le tour est joué. Faille colmatée, bien-être retrouvé. Je peux replonger dans l'oubli, mission accomplie.
Et soudain, mes méninges brouillées m'envoient une notification tardive : la friction. Protocole de réchauffement bien plus drastique, et, surtout, préconisé par la science. Quand on a soif, on s'abreuve. Quand on congèle, on s'accouple. C'est pas ça ? Dans tous les blockbusters de survie, les héros finissent toujours par se mettre à poil, collés-serrés sous une tente en pleine tempête, pour éviter de mourir de froid. Le transfert de chaleur par conduction, c'est du sérieux, c'est de la physique pure ! Si cette ingénierie charnelle marche dans la neige face à un blizzard tibétain, elle devrait faire des miracles sur mon matelas à mémoire de forme, non ? Il serait temps d'appliquer ces théories hollywoodiennes à mon cas clinique. Autant joindre l'utile à l'érotisme.
Du calme, Vicky. Ton âge mental n'est plus au collège. James n’est pas un cobaye pour tes délires classés X. Et ce n'est pas parce qu'Hollywood a validé le concept que tu peux exploiter cet homme comme bouillotte de luxe pour tes névroses éthyliques.
Quel est le diagnostic précis pour une déviance pareille ? À peine émergée des brumes de Morphée, tu te lances dans une séance mentale de tripotage sur Écossais, rêves de pirouettes levitationnelles pour novices exaltées et compiles un top 10 des gymniques invasives à tester avant que ton boudeur intermittent ne se volatilise, laissant tes draps en friche existentielle. Dans un monde idéal, optimiser mon temps d'exposition avec le seul spécimen mâle dont la pulsation cardiaque donne un sens à ma propre survie serait mon unique science exacte ce matin. Hélas... sirène interne enclenchée. Hormones sous cloche. Hier soir, je l'ai poursuivi telle une tigresse en chaleur. Une traque implacable, presque dangereuse pour la bienséance… Et maintenant ? Potion de patience obligatoire, dispositif de retenue activé, histoire qu’il ne croie pas que mon intérêt pour lui se résume à ses performances corporelles. Pas question de transformer mon lit en champ de bataille charnelle dès le petit-déj. Je suis plus qu'une tornade lubrique en mal de son contact.
Je me fige dans ma propre dignité imaginaire. Ma conscience me décerne une médaille de bonne conduite. On ne m'y reprendra plus, à le chasser comme un trophée. Je vais rester là, sagement enfouie sous mon rempart de coton, à faire semblant d'être une femme raisonnable, en oubliant opportunément que mes mains sont pétries de culpabilité.. C’est épuisant d’être une sainte, même en pensée. Ce matin, je me contenterai de cette paix feutrée, de ce silence de cathédrale et de l'ombre d'un rêve qui commence déjà à me tirer vers le bas.
***
À mon réveil — cette fois-ci, le vrai de vrai, l'extraction finale, mais toujours sponsorisé par l'algorithme Néo-classique dépressif-so-chic de Einaudi — une ivresse ondoyante m’enserre. Comme si mes songes s’attardaient dans mes veines, je dérive à travers les nappes cotonneuses du sommeil, emmitouflée dans la chaleur douillette de ma couette. Et j'ai même plus froid aux pieds ! Normal, lorsqu'on roupille avec une fournaise tranquille à portée de peau : James est une véritable unité de production calorifique ambulante d'1.90 mètre contre laquelle ma chair de poule de la veille est partie mourir. Et précisément, l’extinction d’un bâillement me tire un frisson qui me contraint à tout de suite me replier sous le pouvoir magique du duvet. C’est fou comme le confort peut être un argument irrésistible !
Malheureusement, la trêve est de courte durée : sitôt je tente d'ouvrir les yeux, la revanche de mes abus nocturnes pointe à mon sas de réalité — et elle débarque avec fanfare et pétards, évidemment. Je grogne et bougonne à mi-voix. Volets baissés, volets entrebâillés et... retombée immédiate. Record du monde de lenteur métabolique : je n'ai éliminé aucune toxine. Quelle performance ! Comme si une poignée d'heures en apesanteur allait suffire à rincer un foie malmené. L'illusion était belle, pourtant !
Mon système redémarre en dégradé. Les verres d'eau ingurgités en fin de nuit ont évité l'incendie cérébral, mais je me sens aussi hydratée qu'un marécage trouble et vaseux. L'irrigation est là, à ceci près qu'elle ne fait que brasser une boue épaisse qui congestionne mes neurones. De toute façon, mon cerveau a probablement la taille d'un raisin sec qui pousse pour se désincarcérer de mon crâne. Et pourquoi mon cœur bat si vite ? On dirait qu’il essaie de jouer de la techno pour impressionner mon voisin de couette.
J'hésite entre un shot de glucose, un excès de lipides et une dose massive de James. Quoique, le cumul me semble être la seule option rationnelle. Le cocktail endorphines-éthanol est une escroquerie pure et simple : il vous vend le septième ciel à l'heure du café pour mieux vous assigner à résidence en enfer à celle du brunch. Mes muscles oscillent entre le souvenir ému de notre sport en chambre et les courbatures d'un marathon que je n'ai jamais couru. Je suis coincée dans ce no man's land cognitif : en pleine possession de mes moyens de souffrance, mais incapable d'actionner le moindre levier de secours. À moins que... Naaaan. Si ? Han-han, carton rouge ! En cas d'avarie majeure, on stabilise le patient, on ne sollicite pas le moteur. Je m'interdis formellement toute gourmandise charnelle avant d'avoir purgé mon circuit.
Tandis que mes nuées intérieures se confondent, mes paupières, têtues, engagent un contentieux contre ma volonté embrumée. Rien à faire. Deux portes lourdes de coffre-fort, dont le code PUK semble définitivement perdu dans les méandres de mon amnésie post-sommeil. J'ai quand même le temps d'apercevoir et, cette fois, de les apprécier, les éclats blonds qui percent mes stores, présage d'un ciel sans foudres ni déboires. La lumière joue à cache-cache sur ma figure et un sourire muet, tapi dans mes entrailles, s’exhibe. Parfait. Mon corps s'imbibe de dopamine, torrent insaisissable colorant mes nerfs d’une quiétude exaltant.
Gageons que cette perfusion solaire saura négocier un armistice avec ma gueule de bois. J'ai besoin de toute l'aide disponible pour gérer mon empire aujourd'hui et donner un vernis de décence à ma mine selon toute vraisemblance dévastée. D’ailleurs, James m’a profilée avec une justesse effrayant. Dossier impératif pour la fac, soirée Halloween J-1 au Rose, séjour familial à organiser, la Toussaint, la sortie en catamaran… Le volume de dossiers en souffrance atteint des sommets strastosphériques. Et ne parlons pas de La Montagne, du Pompon sur la Garonne, du Ticket prioritaire pour auto-tamponneuses émotionnelles, de L'Hypothèque sur mon avenir à court terme : une déclaration d'amour à traiter sans délai, signée James Cameron.
Il m'aime. Un sourire niais colonise ma bouche : James m'aime. Trois mots. Sujet, verbe, complément. Je suis l'objet de son verbe. Son but. Plus une unité lexicale isolée, mais désormais grammaticalement liée à lui par une apostrophe de proximité. J'adore ! Est-ce qu’il a mis des cœurs sur le « i » dans sa tête ? Ou... est-ce qu'il me joue un vilain tour ? Mais l'emploi du présent de l'indicatif est-il bien orthodoxe ? Ne devrait-on pas plutôt basculer sur un subjonctif de l'irréel, ce mode de la pensée qui ne garantit jamais la concrétisation de l'action ? « Bien qu'il m'aime », la concession est déjà un aveu de faiblesse.
Et puis, s'il ne m'aime pas, tant pis. Je survivrai à l'hémorragie. J'ai de la place pour une hirondelle supplémentaire sur ma côte, de toute façon. Il a posé ses yeux sur elles, une fois, en demandant leur sens. Je n'ai pas eu le cran de lui confier que mon flanc est un registre de deuils, une volière où chaque battement d'ailes à l'encre noire marque la fin d'une histoire de cœur. S'il me quitte, il aura droit à sa dose de pigment sous ma peau. Une de plus. Sauf que — stop !
Pourquoi j'anticipe l'acte de décès alors qu'il est là, en chair et en os ? Pourquoi imaginer son départ au moment précis où il valide son retour ? T’en es sûre, au moins ? Qu’est-ce qui te dit qu’il n'effectue pas une escale technique, une petite visite de courtoisie à ta literie ? Cet homme n'a aucun pied-à-terre ici, et l'amour... L'amour... L'amour est une terre brûlée…
Dès lors, au diable les pare-feu, Victoria ! Débrouille-toi pour qu'il reste. Montre-lui qui tu es, et je te cause de ta version non censurée. Celle qui ne tremble pas face à l'inconnu. Celle dont la droiture est une arme de séduction massive. Lucide sur ses faiblesses, consciente de sa légitimité. Celle qui est l'architecte de son désir, solide et infiniment crédible. Sois olympienne, sois vraie, sois cette puissance qui impose le respect avant même d'ouvrir la bouche. Inonde-le de toi jusqu’à ce qu’il perde pied.
Je veux être son blackout, son excès de confiance, son addiction sans remède. Qu'il boive mon mépris et ma tendresse jusqu'à la lie, en espérant qu'il soit tellement imbibé de « nous » qu'il en oublie l'existence de la porte de sortie !
Illico presto, ma petite voix intérieure lève un index comminatoire : Victoria, écoute-toi. Tu ne cherches pas l'âme-sœur, tu planifies une séquestration mentale. Ce n'est pas conjugal, ça, c'est carcéral ! Comment es-tu passé de l'évaluation de risques à celui de la manipulation ? Vouloir qu'il oublie la porte de sortie ? Le confinement forcé n'a jamais été une stratégie de couple viable, tu sais, et là, tu es à deux doigts de lui confisquer son passeport pour l'empêcher de repartir en Écosse ? Tu as trop regardé de films noirs ou est-ce la picole qui parle encore ? Oh la la... Oh non. Je me souviens. Ce n'est pas une métaphore. C'est exactement ce que j'ai fait cette nuit. Un flagrant délit de cleptomanie sentimentale. Je lui ai piqué ses clés de voiture ! Je l'ai physiquement pris en otage dans mon appartement !
J'ai honte. Oh comme j'ai honte... D'abord l'infraction sur braguette, cette tentative pathétique d'obtenir un consentement par fusion-acquisition. Indigne. Ensuite, la spoliation de son matériel moteur. Je l'ai cloué au sol, littéralement. Je ne suis pas l'architecte de mon désir, je suis la geôlière de mes angoisses.
Je ne veux plus me réveiller, je ne veux plus jamais croiser son regard. Il doit me prendre pour une psychopathe de série B, une de ces déséquilibrées qui hantent les faits divers de la presse locale. Quel fiasco !
Plutôt que de nager contre le courant de ma propre stupidité, je lâche les rames, puis m'enroule dans mon déni et demande l'asile au pays des songes. Je veux redevenir une ombre, un murmure, n'importe quoi d'autre que cette Victoria-là. Pour l'instant, mon seul horizon est l'envers de mes paupières.

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