21.4 * JAMES * SIPHONNÉ DU BULBE ÉRECTILE

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CHAPITRE 21.4

SIPHONNÉ DU BULBE ÉRECTILE


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JAMES.L.CAMERON

30.10.22

13 : 39


♪♫ ??? —  ??? ♪♫



Job done, ye dancer[1] : éjaculation neuronale de haute voltige ! Maintenant tu débranches la prise, tu ranges ton pilonnage imaginaire et tu redeviens un être humain civilisé. Genre, là :

— T'as pas froid dehors, en t-shirt ?

Son timbre sablonneux me ramène sur le balcon en un frisson thermique le long de la colonne. Grrrr.

Je lâche une longue expiration, redresse mes vertèbres et glisse une main discrète au-dessus de mon futal, histoire de remettre le paquetage dans l'axe avant de volter.

Robe à carreaux, chemisier blanc, chaussettes hautes, l'image même de l’écolière modèle — manque que les nattes pour sortir tout droit d'un pensionnat à la… Baby One More Time. Heaven help me[2] !

Elle frotte ses cheveux dans sa serviette, la tête penchée, fraîche telle une page blanche avant le carnage.

— Huh… Pas du tout. J'ai le cuir épais.

Havers ! I'm sizzlin' at 200 degrees, Victoria ![3] Je suis tellement chaud bouillant que je pourrais repasser tes fringues rien qu'en te lorgnant. Si tu me touchais là, tu te brûlerais au troisième degré, pas moins.

— Ça aide à garder les idées claires, aussi...

— Mmh. Et pourquoi as-tu besoin de… garder les idées claires, au juste ? papillonne-t-elle.

Ah. Y a comme un hameçon qui me gratte la gorge là, non ? Je capte l'éclair de malice dans ses prunelles whisky et décide de briser la canne à pêche de son ironie d'une grimace d'expert.

— Pour surveiller tes plantes en pots. Elles sont positionnées en formation de combat. Je les soupçonne de préparer une embuscade végétale contre ma personne.

Elle cesse de secouer ses boucles, réarrange le col de son chemisier, puis ses bijoux.

— Ah… Dommage... J’aurais juré que c’était ma présence qui te donnait des « coups de chaud ». Mais si ma garnison racinaire te fait plus d'effet, je devrais te laisser à ton tête-à-tête chlorophyllé. Fais attention au lierre, il paraît qu'il a des… prédispositions à la strangulation quand on lui ronchonne dessus.

Quelle précision de tir, elle a, cette fille ! Elle vient de me renvoyer mon humeur de dogue écossais en pleine figure avec une élégance qui m'arrache le tapis de sous les panards. Elle me ferre, elle me calme, elle me rééduque. 3 en 1. Je m'incline. Elle est brillante, putain !

Quelques minutes plus tard, je m'acharne sur la carcasse en alu de la Moka, rince le filtre à grands jets pour expulser les derniers grains de café, finis de passer ma tasse sous le robinet. Le torrent glacé soulage un peu mes jointures, comme si l'eau délogeait en partie la rouille qui bloque mes articulations.

En arrière-plan, le sèche-cheveux a cessé de tempêter, remplacé par le frottement cadencé de la brosse sur ses longueurs, le clac-clic des flacons qu’on recapuchonne, le pschitt bref d'un aérosol, puis, finalement, le roulement sourd du placard de l'entrée glissant sur son rail. Pivot des cervicales : Victoria, toute pimpante, maquillée, coiffée, déboule et se vautre sur son canapé, paire de bottes en main. J'étends le torchon imbibé sur le bord de l'évier pendant que la princesse chausse ses atours de cavalière, remontant la fermeture éclair avec un petit zip siffleur. Le bruit du curseur qui avale le galbe de son mollet me fait l’effet d’un cran d’arrêt déployé. Pourquoi faut-il qu'un enfilage de grolles soit si sexy ? Au pied, espèce de siphonné du bulbe érectile ! Oublie Pretty Woman. De toute manière, elle serait en train d'éplucher des patates que tu trouverais encore le moyen de bander l'arc.

— Tu n’aurais pas dû, James, lâche-t-elle en lissant le daim camel sur sa cheville.

— T'en fais pas, mes mains viraient à... l'atrophie.

J'ose ? Aye, sink or swim[4]. Elle a déjà vu mes cicatrices, autant qu'elle pige le reste.

— Depuis que j'ai entamé le sevrage, je… je suis obligé d'être productif à la minute, sinon mon cerveau se souvient qu’il est en manque et commence à me chercher des noises. J'ai banni l'oisiveté, les temps morts, le surplace, tout ça. Sans exercice pour faire écran, le bruit de l'inaction devient assourdissant, donc je… cavale après le moindre… os à ronger, pour saturer la ligne.

Whoa, j'ai craqué le code ! Trop honnête ? Je risque une œillade vers Victoria. Aïe. Ses petits sourcils se sont rapprochés. James, verrouille tes écoutilles parce qu'à ce train-là, tu vas finir par lui avouer que tu comptes tes battements de turbine pour pas paniquer au milieu de la nuit et que… merde, la honte ! T'as surveillé ton manomètre pendant le sexe pour pas claquer en arrêt cardio-respiratoire…

Uncanny, as always[5], d'un sourire, elle enjambe ma fuite de données :

— C'est… noté. La prochaine fois, je te file la lavette pour les carreaux, vu que mes bras s'arrêtent à mi-hauteur. À moins que tu préfères l'aspi ? J'ai horreur de traquer les moutons. Et encore moins de récurer le four.

Elle me cause ménage ? … Miracle, la fréquence a pas sauté ! Elle a pas branché la mode « pitié » ni cherché la sortie de secours. Elle a juste… intégré la variable comme un nouveau paramètre à l'équation et elle me tance !

— Vendu pour les carreaux. C'est meilleur pour les deltoïdes.

D'un bond, la voici debout. Divine. Y a pas d'autre adjectif.

— Et puis, si le vide hurle trop fort, appelle-moi. Je parle beaucoup, tu sais, je suis excellente pour couvrir les interférences.

No kiddin'[6] ? Servir de brouilleur de luxe à mes démons ? L'offre est tentante, mais, le bout du fil ? Encore trop loin. J'en veux pas de ton numéro d'urgence à composer dans le noir, Vi ! Ta bouée de sauvetage vocale n'est pas à ma taille. Moi, je rêve d'un monde où ton boucan permanent hante chaque pièce de ma vie, devient mon oxygène quotidien. T'appeler quand ça va mal ? Aye, sorted[7]. Te voir au réveil pour que ça n'aille jamais mal : better. Way way better.[8]

Deux pas vers moi en tortillant des hanches, talons claqués, nez mutin, elle me toise avec un air de défi, comme si elle venait de bouquer ma faille et qu'elle entendait bien s'y engouffrer pour mon propre bien.

— Si jamais… soldat, j'ai du boulot.

Ma moue d'attente, sourcil arqué, lui confirme que le canal est ouvert. Vas-y, balance la purée.

— Puisque tu es déjà au poste, tu peux remplir ma gourde et y glisser deux rondelles de citron, s'il te plait ? Il y en a un d'entamé dans le frigo normalement.

L'art de la redirection de flux, version Victoria de Saint-Clair. Elle veut du concret, du citronné, du froid : elle l'aura.

— Avec plaisir, acquiescè-je. J'ai toujours rêvé de devenir le meilleur barman à citronnade de France.

Un pouffement discret, un « merci » soufflé et la voilà repartie dans son tourbillon de préparatifs. On s'active en synchro, chacun sa partition : elle, à ses trucs de... filles, je suppose, moi en pleine chirurgie d'agrumes. Le temps que je bouchonne son thermos, je l'aperçois en train de mettre son bureau à sac. Une plainte de dépit ponctue sa battue dans le maquis de ses dossiers, quand soudain :

— Ah ! Je l'ai !

L'extraction d'un élégant carnet bleu nuit à paillettes de sous une pile de paperasse met fin à ses recherches ; elle le brandit, victorieuse.

— C’est bon, on peut y aller !

Un coup d'œil machinal à son poignet, et son visage s'effrite face au cadran. Ses pupilles, visées sur les aiguilles qui ne l'ont pas attendu, s'écarquillent.

— Oh non, non, non ! Déjà 44 ?! Zutt, crotte, flûte, je suis à la bourre, je suis à la bourre !

« Zut, crotte, flûte » ? Maintien du registre poli, comment elle fait ? À sa place, j'aurais déjà retapissé le salon à coup de jurons écossais bien gras !

Allumage immédiat. Pas de décompte, pas de sommation. Victoria passe de zéro à Mach 2 en un clignement de cils, m'injectant droit dans les sinus un nuage de… À vue de nez : bergamote survoltée, santal, pointe de musc qui pique la glotte, jasmin, et bien sûr, panique. Mais pas le temps d'aller décortiquer la formule de son parfum. Pas le temps non plus de fixer une dernière fois l'image d'un appart dont je redoute l'interdiction de séjour, ni d'incruster mon empreinte dentaire dans le feuilleté de la chocolatine laissée pour compte. Un éclair blond, un froissement de suédine, le staccato de ses clés et pouf ! Quand je percute, la porte d'entrée claque, laissant derrière nous un sillage de particules opalescentes et le silence assourdissant d’un fief déserté. On décolle avec la force d'une fusée Ariane, alors que je n'ai même pas fini de stabiliser mon propre système ou d'expliquer à mes poumons que dans moins de 30 minutes, l'air sera composé à 90 % de vide et qu'il va falloir faire avec.

Le bip de la centralisation déchire l'air de la cour et les clignotants de l'Audi d'Isla nous saluent. Je prends place sur le cuir. Mes paumes trouvent le grip du volant, mes pieds leurs marques sur les pédaliers. À peine sanglée sur son siège, et après avoir aligné son écharpe en cachemire anthracite sur son manteau couleur tabac, elle procède à un micro inventaire de son sac, vérifiant probablement que son monde est bien en ordre avant de cliqueter l'attache, puis de m'adresser un sourire de côté en me tendant le badge magnétique. Sitôt hors de sa résidence, elle s'installe dans son rôle de copilote, bien calée contre son dossier.

— Si on passe par Fer à cheval, un petit dix minutes et je te libère, lance-t-elle.

Me libérer ? Tu parles d'une faveur ! Je veux qu'elle m'étiquette, qu'elle me revendique, qu'elle fasse de moi sa propriété privée, pas qu'elle me renvoie dans mon trou !

Faut que je me dégote une parade, une excuse monobloc, une faille dans l'espace-temps pour doubler la mise et truander vingt minutes sup. Un détour par la station-service ? Je zieute le tableau de bord. Humpf, le réservoir est à demi plein... pas crédible. Je pourrais inventer un chantier fantôme qui bloque tout le secteur et nous dérouter « par accident » dans une Z.I. paumée ? Ou… ou… prétendre qu'un convoi exceptionnel de tracteurs protestent contre l'importation de haricots lingots venus d'Argentine et la pénurie de terre cuite pour les cassoles artisanales devant la préfecture, rue coupée ? Sinon, j'ai l'option mécanique : le moteur fait un bruit de boîte de clous dans une bétonnière qui nécessite une inspection immédiate et très lente sur le bas-côté. Si elle gobe pas, je sors l'artillerie lourde : le pare-brise a besoin d'un nettoyage moléculaire prioritaire parce qu'un moucheron suicidaire m'empêche de voir la chaussée et si on foire l'analyse du relief, on embrasse un platane toulousain et on termine avec l'esthétique buccale d'un hockeyeur retraité. Tactiquement imparable. Mentalement inquiétant…

Est-ce que j'ai bien éteint sa plaque à induction ? Une petite négligence domestique vaut bien un aller-retour en urgence, non ? Non. Arrête ton char, Oscar ! On dirait un gamin qui simule une scarlatine pour faire l'école buissonnière. À ce rythme, tu vas lui proposer de vérifier la pression des pneus avec un tube à bulles ! Respire un grand coup, cesse de gigoter du neurone, garde tes dents là où elles sont et, écrase-toi !



[1] Mission accomplie, champion !

[2] Ciel, viens moi en aide ! 

[3] Tu parles ! J'ai le sang à 200 degrés, Victoria !

[4] équivalent de advienne que pourra

[5] Étonnante, comme toujours

[6] Sans blague ?

[7] Ok, super.

[8] Mieux. Bien, bien mieux.

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