17.5 * JAMES * TROIS TIGES SUR UN CASIER JUDICIAIRE
CHAPITRE 17.5
TROIS TIGES SUR UN CASIER JUDICIAIRE
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JAMES.L.CAMERON
30.10.22
11 : 01
♪♫ BETTER TOGETHER — JACK JOHNSON ♪♫
Tandis que je piste à l’aveuglette le repaire floral du coin — un endroit qui, manifestement, s’amuse à jouer à cache-cache avec moi — mon cortex passe en mode enquête de terrain : je lui ramène quoi, comme verdure à Vi ?
Variétés, noms vernaculaires — ou pire, en latin — couleurs, formes, textures… je patauge total. Limite si je peux distinguer un géranium d’un ficus… Pour moi, tout ce qui est vert et qui a des racines appartient à la même famille de casse-noix. Il s'agit sans conteste de l'épreuve la plus retorse de ma matinée, le boss final de ma mission sauve-ton-cul. Pour ce qui est de son palais, j’assure, j'ai le dossier complet, bien archivé dans le disque dur. Entre l’aperçu exhaustif de ses réseaux et nos diners aux chandelles par écrans interposés, je connais son frigo mieux que le contenu de mon casier judiciaire. Là dessus… ça s'autodétruit en combien d'années, la conduite sous stupéfiants avec outrage à agent ? Et… la possession de matos illicite ? Le tapage nocturne ? La tentative de démolition faciale sur un videur qui n'avait pas d'humour ? Le relooking forcé d'un supporter adverse à grands coups de tabouret de bar ? Ok, j'arrête. Entre nous, la transparence, c'est surfait. Je préfère lui servir la version censurée que de contempler sa mine si elle apprend pour le coup du... du... non, même en pensée, ma dignité se met en position fœtale. Disons que ça impliquait une… — s'il faut le préciser, pour votre gouverne, j'étais totalement déchiré à la molly et un tas d'autres trucs non identifiables sans une analyse de sang de niv 4. Donc une perruque, un chariot de supermarché et beaucoup beaucoup trop de lubrifiant mécanique… Pourquoi ? Pffrrtt. Nae idea, pal. Anyway, whit she dinna ken, winna hurt her[1]. Mouais, mon œil ! C'est le genre de connerie qu'on se repète juste avant que tout nous explose à la gueule…
Bref. Aye, j'exagère sûrement. Avec l'histoire de ses placards et de ses lubies alimentaires et tralala. Mais... les fleurs ? Triangle des Bermudes dans mon citron. Impossible de savoir si je dois viser le bouquet de prairie ou le spectaculaire qui en jette.
Je vous vois venir : Amy, hein ? Rouge, rouge et encore rouge. Des roses, bien sûr. Ten a penny. Jamais eu besoin de me creuser les méninges. Isla ou maman, je crois… qu'elles penchent pour les bidulles champêtres, ni trop triés, ni trop sages. Da' a sa technique bien à lui : trois heather arrachées aux collines, et tadaa ! He didna fash himsel[2]. Ça finissait toujours par trôner dans un vase sur la table du petit salon. Quant à Nono, le pauvre est corvéable à merci. Ma jumelle l'enrôle de force dans la reforestation du jardin avec des arbustes en A : magnolias, lilas, mimosas, rowanas, etcétéra. Voilà pour la théorie. En pratique, je suis seul face au front végétal, avec une probabilité de boulette qui grimpe à chaque pas vers l'enseigne du marchand de bulbes. Croisons les doigts pour que Vi partage ce goût pour la simplicité et la folie douce de la nature.
En prime, tact et finesse sont de mise. Paraît que chaque pétale envoie un signal codé. Manquerait plus que je lui offre un bouquet qui crie « je suis navré pour ton décès » alors que je voulais lui dire... quoi au juste ? 1 : j'ai passé mon temps à chercher ton ombre partout. 2 : j'ai merdé dans les grandes largeurs. 3 : t'es mon oxygène même quand je fais tout pour m'asphyxier. Damn it ! Faut vraiment écrire un mot avec ? Fuck, déjà que j'ai dû m'arracher les neurones pour celui de cette nuit... Je suis pas un poète moi. Mon langage c'est le concret, la peau, le regard, pas de foutues lettres sur un carton. Ou bien… Imaginons que je lui ramène un cheptel de tournesols et qu’elle déteste le jaune. Pire : allergique au pollen. Procès pour attaque cutanée à coups de pétales ! Plaidoyer du prévenu : bonnes intentions, mauvaise déduction.
Donc, exit les arrangements trop policés et la déco de chambre froide. Je dois miser sur quelque chose qui capture son essence, sa féminité, son côté artiste, indépendante, bohème. Un joyeux désordre chromatique, mais harmonieux. Des tons pastel. Des espèces de brindilles délicates, des boutons dispersés ici et là. Le genre de brassée qu'on aurait ramassée au hasard d'une balade dans une champ sauvage, pas ces boules étouffées sorties d'un frigo industriel. Enfin… I reckon[3]. Bordel, va savoir ! Est-ce qu’elle aime les machins qui fanent dans un vase au moins ? Et si elle fait partie de ces puristes qui considèrent chaque tige coupée comme un homicide prémédité ? Je vais avoir l'air de quoi avec mon carnage parfumé sous le bras, huh ? Je me vois bien lui tendre mon offrande et me prendre un sermon sur la cruauté des sécateurs, tiens. Déjà que mon casier est chargé, pas besoin qu'elle me traite d'écoterroriste de salon parce que j'ai acheté trois tulipes. Puis je me rappelle l'état des lieux.
Niveau plantes vertes, pas de doute : elle en possède un régiment entier, de la salle de bain au balcon. J'espère que les végétaux sans racine, ça passe aussi. Et puis, merde, j’ai pas pondu cette histoire de bouquet de toutes pièces : c’est elle qui me l’a soufflé. Certes, entre deux shots et trois délires de dresseuse Pokémon, mais moi, I ken fine whit I heard[4] !
Bon, assez cogité là-haut. Arrêt sur image terminé : place à l’action.
11 h 05 : mes yeux repèrent un cortège de mums au soleil. Bingo ! Avec leurs pétales chauds et bigarrés, ces… euh… marguerites pop — zéro idée de leur pedigree botanique — égayent l’étalage d’une adorable boutique rustique, façade olive piqué d’or, style herboristerie d’antan. Une échoppe qui aurait pu avoir pignon sur rue à côté de chez Ollivanders[5]. Mon assemblage floral du tonnerre m’attend, je le sens. J’accélère le pas, droit vers mon opé séduction.
Arrivé à bon port, cabane de conte de fées échappée d'un bouquin des frères Grimm : guirlande de lierre en guise d’arche d’entrée, joyeux foutoir de végétaux en cagettes, dans des seaux, des jardinières, des paniers, des pots, ébréchés, dépareillés, bien arrosés. Un florilège de corolles, buissons, arbres, arbustes et bulbizarres en parade sur un escabeau en bois patiné, un demi-tonneau upcyclé en étagère, et même une cage à oiseau détournée. Ça déborde de partout, d'odeurs, de charme, de cotisations au club des green addicts. On est à la limite de la brocante chic, où la poussière a été remplacée par de la sève fraîche.
Je lève la tête : « Le Lis d’Oc », calligraphié à l’ancienne. À gauche, un grand thuya élancé — seule branche de salut dans ces joyeusetés — embaume le trottoir d'un parfum de résine. À droite, une petite scénographie façon Halloween : table et chaise en métal gris-vert garnies de citrouilles dodues, plus mignonnes que flippantes, flanquées de heather pourpres, d'une lanterne en fer forgé, d'un balai en paille et de... Ah, bah, voilà la raison de tant de… ? Je plisse les yeux, déchiffre l'écriteau ardoise griffonné à la craie : « Chrysanthèmes ». Et derrière, un bandeau rouge précise : « Arrivage Toussaint ». Les mums. All Saint's day. Tout s'explique ! En France, c'est la reine des cimetières. Par chez nous, on les appelle juste des fleurs d'automne, point barre. Putain, j'y ai échappé belle ! Aurait pas fallu que j'offre un cadeau funéraire à Vi par pur automatisme de Celte.
Main en visière, mon regard lorgne l’intérieur : compositions en vitrine, feuillages pimpants à l’horizon, flou coloré vers l’arrière-boutique. Et plein de bidouilles, bricoles, broussailles qui pendouillent du plafond. Définitivement une antre tenue par Marraine la fée des bouquets.
Right then ! Je me fend d’un sourire d’idiot motivé, gonfle mes poumons et bonde le torse comme si j’allais déclamer une fable de La Fontaine, et enclenche la poignée. Le carillon de l’entrée tinte : BO officielle de mon plan de drague version jardinier.
Sous des spots diffus, relayés par un puits de lumière, des bacs regorgent de pétales et autres pampilles végétales chamarrées et éclatantes. À côté, une jungle miniature de plantes vertes, machins caoutchouteux et cactus colonise des étagères en bois disposées façon gradin. Les odeurs me cueillent direct. Sûr : un « +10 charme » s’affiche déjà au-dessus de ma tête. Je fonce au comptoir, derrière lequel s'alignent des palmiers de salon qui se prennent pour des séquoias, avec le swag d’un connaisseur... bidon. Niveau confiance : encéphalogramme plat. En plus, un speech à la sauce botanique en french, come on... Pas trop trop dans mes cordes...
La fleuriste, cinquantaine grisonnante, rayonnante et pleine d’entrain, m’accueille d’un sourire VIP : je crois qu’elle a flairé son petit Noël avant l'heure. James, alias naufragé dans un océan de roses et d’hortensias, prêt à raquer sans sortir sa loupe à biftons.
Motif de ma venue ? Facile : offrir un cadeau qui claque à une femme spéciale, dont l’anniversaire tombait… hier. C'est mon baptême du feu dans l’art des pétales. donc : interdiction formelle de commettre un impair. Enjeu vital. Pas d’exagération. Mon statut de célibataire, j’ai nettement l’intention de le composter dans les plus brefs délais. But affiché : reconquête d’un cœur extratendre et moelleux. Enfin… faut que je le ravigote un peu d’abord, vu que je l’ai brisé en mille morceaux… Bon, une précision que je m'abstiens de formuler tout haut… Ma tête de cul giflée me fait tout le boulot de confession.
D’une gentillesse innée, ma coach en romantisme floral me questionne sur la destinataire : âge, traits de personnalité, goûts en matière de plantes, teintes de prédilection, ambiance de son intérieur. Tout pour arranger un chef-d’œuvre à son effigie.
Je décris donc son élégance, sa simplicité, sa clarté, sa créativité. La manière dont elle a décoré son appart cosy et chaleureux, avec des matériaux sobres, naturels, sans chichi. Le mur de sa chambre terracotta, sa cuisine vert sauge, son canap bleu navy et ses rideaux couleur mousse humide. L’énorme vase dans sa piaule rempli de… euh… plumeaux XXL. L’escouade de mini monstres à épines postés sous sa télé. Le lierre acrobate suspendu à son armoire à pharmacie. Les échantillons pressées et encadrées dans l'esprit herbier au-dessus du bureau. Ma grand-mère fait ça aussi, tiens... Les deux colosses écolos en sentinelles à chaque recoin de son salon, l’un, allure éventails tropicaux, l’autre, façon oreilles d’éléphant au gruyère. Son petit potager aromatique aménagé devant sa fenêtre : basilique, persil, menthe, coriandre — rayon fines herbes, je gère. En vrai, tant que ça se bouffe, je gère. Sans compter l’écosystème qui colonise l'entièreté de sa terrasse transformée en Jumanji sans plus un centimètre de libre. Quand je disais qu’elle kiffait la botanique... Vi, c’est pas juste une amoureuse des plantes : elle a carrément signé un traité avec la chlorophylle. Une vraie druidesse urbaine ! Je devrais lui acheter une serpe pour son anniversaire.
Après avoir assimilé ma conférence « gaga de Victoria » et engrangé chaque indice, la bouquetiste, toute guillerette, s’élance sur la ligne de départ du défi pétalesque. Top chrono : ouverture en tiges majeures, solo de clochettes et entrechats de trompettes. Une envolée lyrique de chimie et de géométrie horticole, fouettés de rubans et poésie en mouvement, chorégraphié par une Mary Poppins en tablier blanc et chignon tiré — le film favori de ma frangine, maté en boucle jusqu’à l’usure de la VHS. D’une minute à l’autre, elle va me lancer un fameux : Supercalifragilisticexpialidocious. Ah non, elle préfère agiter ses sécateurs avec la vitesse d'un croupier de casino et bim : mariage de « lisianthus vanille » et de « dahlias cuivrés », qu'elle m'annonce. Gey fancy names, eh[6] ? « Pour une base raffinée », gazouille-t-elle encore. OK, OK, hoche ma nuque. Moi, moue perplexe, sourcils en broussaille, mais attentif à souhait.
Ses doigts effleurent des têtes ou des feuilles avec dévotion, me présentent différentes options, soulignent des textures et des coloris. On croirait une épreuve de Top Chef version végétale ! Perso, j’attends avec impatience le moment où elle me tendra mon Maxi-Best-Ff floral Deluxe.
« J’aime bien celles-ci », je me risque à dire. « Des renoncules », m’apprend-elle. Huh ? Ça sonne comme un gros mot ou c’est moi ? Quatre ou cinq tiges de ces choux miniatures bordeaux rejoignent aussitôt le cortège. J'espère ne provoquer aucun crime de lèse-majesté pistillaire ni de conflit de voisinage corollesque. Apparament non : la madame me sourit. Puis viennent des boutons encore fermés dits « Pegasso »… À travers mon œil de touriste complet : des petites roses crèmes quoi. Ensuite, des gypsy… gypso… gypsmachinchose… Que mon cerveau ultra-qualifié choisit de prénommer : flocons de nuage sur branche. Justement, derrière, elle sort des branches de fougère et d’eucalyptus — parfum officiel des pastilles pour la gorge et des sprays de salle de bain, si mes narines ont bon. De plus en plus sexy, cette histoire…
Ah… C'est pas fini… Elle nous mène du côté musée de la paille pour incorporer des bouts séchés. J'examine les cartonnettes, pour faire style. Sait-on jamais, si le monde arrête de boire du scotch, je pourrais devenir le premier bouquetier barbu du clan Cameron. Ma famille règne sur des forêts et des scieries. Les fleurs, c'est juste des arbres qui ont rétréci au lavage, non ? Suffit de changer d'échelle et de pas tirer la tronçonneuse pour le gypsotruc. Je reprends ma lecture. Limonium. Gousses de pavot. Immortelles du Var jaunes : super nom pour un band de zicos à cigales... Phalaris : sortes d’épis de céréale touffu... Ruscus : des rameaux fins, légers, couleur émeraude... Monnaie du pape : on dirait carrément des sequins en nacre géants. Ah ! Tiens, les bons gros plumeaux ont une appellation consacrée : pampas. Vérité révélée. Whoop-de-doo : j’ai le mot magique pour briller en société façon boss de la déco intérieure.
Que prépare la prêtresse des sous-bois maintenant ? « Une dernière touche finale », indique-t-elle. Appliquée, elle trottine vers l'avant de sa boutique, le désormais sacré bouquet à bout de bras — superbe, certes, mais balèze, et surtout ruineux, je suppose. Elle s'accroupit devant un présentoir en zinc et : de la heather ! « Bruyère, mon garçon », me corrige-t-elle. Idée canon ! Là, j’avoue, petit pincement. Ma faiseuse de miracles du jour pioche la carte « atout racines » sans le savoir. Je la choisis blanche. En Écosse, la violette colonise chaque flanc de colline, mais la blanche... c’est la perle rare, la « good luck » absolu. Dans les Highlands, on peut marcher des kilomètres sans en croiser une. La légende dit qu'elle fleurit là où aucune goutte de sang n'a jamais été versée au combat, ou sur la tombe des fées. Si elle en glisse des brins là-dedans, c'est comme si je offrais un totem immunité à Vi.
D’un rictus ravi, je la remercie du coup de génie, conscient que ce détail rend le bouquet encore plus perso. J’espère qu’il aura les honneurs de ma cible.
Avec une précision qui frôle l’art, la patronne de l’atelier s’attaque à l’assemblage final. Rapide, minutieuse, sacrée main experte ! Résultat : au top ! Vraiment wow ! Un peu sauvage, déstructuré, mais délicat, sophistiqué sans se la péter, harmonieux sans être chiant, un brin poétique : du Vi tout craché.
« Du papier autour ? » Bouarf. Typiquement le genre de truc qui finit illico à la poubelle. « Non, merci ». Consommation propre. Le recyclage me juge déjà assez comme ça. « Un ruban alors ? » Mouais… why not ? It'll dao th trick[7]. Plus, Vi trouvera bien une manière de… m'attacher avec.
Cinq minutes plus tard, je quitte la boutique, banane monumentale, le Graal parfumé de ma mission séduction fièrement arboré. Chaque pas sur les pavés scande mon retour vers elle. Vers le grand moment. Les fleurs frétillent entre mes doigts : sûr, elles sentent le poids de mon plan « grandeur nature ». Mais, même avec toute sa splendeur, ce cadeau n’est que la bande-annonce de ce que mon cœur trimballe. Le film complet attend patiemment dans les coulisses de mon âme. Pourvu que le projecteur de mes sentiments grésille pas avant le générique… Va falloir envoyer du lourd. Dans les règles de l’art. Elle n’en mérite pas moins.
Je vois tout d’elle : sa force tranquille, sa sensibilité à fleur de peau, son abnégation, son authenticité, sa fougue. Les petits monstres qu’elle affronte en cachette : perfectionnisme incontrôlable et manque de confiance infondé x 1000. Sait-elle à quel point elle est rare, fascinante ? Trop bien pour moi, la messe est dite. J’ai l’impression de tenir un ticket pour le manège de ma vie, et qu’elle est ce grand huit vertigineux qui me promet l’adrénaline ultime. Bam : un tour, une émotion ; un loop, une secousse dans la poitrine.
Nom de dieu… je débloque ou quoi ?! Le « film complet » ? Sérieux ? Mais oui, avec les flammes, les cris, les larmes surtout ! Comme si trois tiges de bruyères sous un ruban, un café froid, une potion d’ananas et des provisions feuilletées pouvaient réparer la douleur que mes silences et ma lacheté ont semée dans leur sillage. Me racheter… Voilà le moteur de la manœuvre. Syndrome du plombier psycho-branché : cacher la misère sous un bouquet. Minable.
La bonne marche à suivre ? Disparaître de son horizon à jamais. Point. Non, mais c’est vrai ! Depuis des nuits — si c’est pas des mois — je me murge le crâne à coups de slogans de gourou low cost destinés à me sentir clean : « deviens la meilleure version de toi-même » ; « choisis-toi pour mieux la choisir elle » ; « aligne ton cœur à ton mental ». Et bla et bli et blu. Des mantras à deux balles pour anesthésier ma trouille de perdre ceux que j’aime et enrober de vernis spirituel mes fuites en avant. En somme, des paillettes sur de la merde…
Mais à qui je mens ? À elle ? Non. À moi. Sans arrêt. L’auto-hypnose, c'est du plantage en beauté ! Une tisane à la camomille ou un gilet pare-balles en papier crépon seraient plus bénéf… Rien ne change. Mouvement, ascension, métamorphose ? Non. Je piétine dans la même boue depuis des années. À chaque cure sa dose d’optimisme dégoulinante de faux espoirs. La dernière fois, le visage de ma guérison, c’était l’inconnue de Carcassonne, avec sa rose rouge dans les cheveux… Victoria. Un fantasme transformé en réalité. Ou peut-être que je l’ai juste castée comme thérapeute gratos sans l’avertir… Merde. Cette hypothèse, à la fois malsaine et terrifiante… Confondre amour et centre de rééduc en traumatologie sentimentale ? Pitié… Je gagnerais haut la main le grand-concours du connard de l’année !
Du nerf, putain ! Secoue-toi les miches au lieu de chouiner dans ton coin. Défonce le verrou de l’avenir, James. Arrête de camper dans le sas des incertitudes. Le facteur temps a autre chose à foutre. Si elle t’aime, elle restera, te soutiendra, t’enverra paître quand tu feras ton boulet, te bottera le cul si tu recommences à partir en couilles. Si tu l’aimes, bouge et choisis-la pour de vrai. Pas de location saisonnière. Un bail à perpète ! Abonnement illimité. Permis de squatter ad vitam æternam. Tu largues les amarres de ta ceinture de sécurité psychique de merde et de tes freins à mains émotionnels, tu bouffes l'orage comme le gros enfoiré que t’as été, tu acceptes son verdict. Et si c’est la planche, eh ben tu sautes, triple buse ! Bien fait pour ta gueule. Fin du monologue, merci pour la patience.
Checkpoint atteint : balcon jungle en ligne de mire. Plus question de fuir. En piste pour le face-à-face. Appart de Victoria droit devant. On y va.
[1] Aucune idée, l'ami. Ce qu'elle ne sait pas ne lui fera pas de mal.
[2] Se cassait pas la tête
[3] je suppose
[4] je sais très bien ce que j'ai entendu
[5] célèbre fabricant de baguettes magiques dans l'univers Harry Potter installé au Chemin de Traverse
[6] Des noms redument sophistiqués, non ?
[7] ça fera l'affaire

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