19.3 * VICTORIA * LE SYNDROME DES SAUVEURS

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CHAPITRE 19.3

LE SYNDROME DES SAUVEURS


* *

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VICTORIA.R.DE.SAINT-CLAIR

30.10.22

12 : 31


♪♫ LOVE FOR DUTY — PAOLO BUONVINO ♪♫



— James... Mon cerveau a atteint son seuil de saturation, je touche au point de rupture. Ce déluge d'aveux c'est... c'est bien trop pour une seule fois. Si on... si on continue maintenant, on va manquer d'oxygène tous les deux. J'ai besoin de... remonter à la surface. J'ai besoin... de temps.

Mon cœur bat comme un oiseau en cage contre mes côtes... J'achève ma rotation pour faire face à cette stature obstinée qui me tourne le dos. James fait corps avec le décor. On dirait que ses épaules vont lâcher, terrassées par la gravité. Tel un acouphène désagréable, le silence s'amplifie, une compression qui fait stridenter mes artères et rend la lumière de la baie vitrée presque agressive. Les secondes poisseuses, bitumeuses, s'accumulent en couches suffocantes entre mon canapé et sa présence, rallongeant la distance qui nous sépare jusqu'à l'absurde. J'épie le moindre tressaillement de ses muscles, pourchasse une étincelle de résistance ou l'extinction de sa flamme.

Enfin, sa voix s'élève, un craquement souterrain empreint d'une humilité poignante :

— Tout ce que tu voudras, Victoria...

Pas un millimètre de mouvement. Son acquiescement suinte une lassitude caverneuse. En s'inclinant devant ma volonté, il transforme mon besoin de recul en une décision définitive qu'il ne conteste même pas. Cette résignation… me déchire. C'est le ton d'une capitulation sans condition, d'un déserteur du vivant, attendant le coup de grâce ou l'oubli...

Je refuse ce nihilisme de l'âme sous mes yeux. Il n'a pas le droit de se retrancher derrière son passif, aussi toxique et tentaculaire soit-il. On ne gagne pas de médaille pour avoir souffert plus qu'une autre. Nos blessures ne sont pas des titres de noblesse qui légitiment nos démissions, mais des preuves de notre acharnement à rester debout, non ?

Je puise dans mes dernières réserves pour donner à mes mots l'ossature qu'ils n'ont plus.

— Ne dis pas ça comme si tout était déjà mort et enterré. C’est justement parce que je ne veux pas qu'on devienne une simple ornière sur le chemin de l'autre que je te demande du temps. On ne répare rien dans la précipitation.

Réponse ? … Attendu pour Noël 2036. Je rigole à peine. Seule sa gorge se manifeste en une friction rocheuse qui s'étrangle avant d'avoir pu former une syllabe. Et toujours cette déconnexion visuelle qui nous isole...

Son étanchéité à la parole est un schéma de résorption qui m'exaspère autant qu'elle m'inquiète. On est en pleine réanimation sentimentale et Monsieur décide de simuler un arrêt cardiaque généralisé. Réagis, James, bon sang ! Sors de ta grotte ! Ne sois pas ce fantôme qui s'efface de sa propre vie. Sois l’homme que j'ai vu cet été, même si cet homme saigne.

En pensée, je dresse le plan de bataille. Si je ne transforme pas mon angoisse en résolution, je vais éclater en sanglots contre son torse et exiger qu'on s'écorche, qu'on s'aime ou qu'on s'entre-tue, pourvu qu'il s'épuise en moi plutôt que de s'anéantir ailleurs. L'idée de le perdre pour toujours me... m'enserre la poitrine dans un étau de terreur glaciale. Je vais... Je vais lui offrir un pacte : mon aide, inconditionnelle, pour qu'il sorte de ce bourbier chimique et moral. Quoi qu’il advienne de « nous », je ne le laisserai pas couler seul avec ses aiguilles et ses fantômes. Je serai là, en base arrière, en alliée de terrain, si besoin. Je lui dois bien ça, pour l'été, pour les sourires. Mais, puisqu'il prétend vouloir reconquérir ma confiance et mon estime, ma peau et mon cœur, le niveau de dévotion se situera sur une cime des plus ardues. Si tant est que je lui accorde une seconde chance... Pour espérer seulement entrer dans ma zone de considération, il lui faudra ramer deux fois plus fort, et ce, sans aucune garantie de mouillage définitif, ni ponton d'amarrage, baie de l'oublie, jetée du pardon ou autre estuaire de paix. Je lui offre une boussole. Pas une destination. Le chemin, il devra le graver lui-même dans la roche. Le hic ? Ce Highlander a l'air d'avoir envie de briser l'aiguille juste pour me prouver qu'il peut marcher dans le noir…

Je ferme les yeux une seconde, le temps de vouer ce serment intérieur au fond de mes poumons. Décompression brusque. Hésitation rejetée. Place au terrain.

Je quitte mon belvédère rembourré. Mes jambes, bien que fébriles, retrouvent une trajectoire rectiligne vers lui. Pénétrer son espace vital à cet instant précis relève de la percée chirurgicale, mais, je ne peux plus me contenter d'analyser le désastre depuis les marges. Je m'arrête à un mètre néanmoins, là où son ombre commence à dévorer mes propres reflets, par précaution protocolaire, ou souci de ne pas froisser ce colosse aux pieds d'argile. Il dégage une de ces chaleurs de bête blessée ! Comment fait-il pour ne pas se consumer sous le poids de ce qu'il tait ? J'inspire cet air d'orage, m'ancre dans ce rayon d'action, prête à livrer mon ordonnance.

— James.. je ne me détourne pas de toi. Je t'accompagnerai dans ta reconstruction, je t'aiderai face à ton addiction. Pour tes soins, pour ton sevrage, même si...

Même si j'avance en terre inconnue...

— J'ignore tout de ce genre de guerres intestines... Tu devras m'expliquer tes besoins, me permettre d'appréhender ce que tu traverses, mais tu pourras compter sur moi, je te le promets.

Croix de bois, croix de fer. Purée, je viens de signer un chèque en blanc à un homme lui-même en état de faillite personnelle... C’est soit de la grandeur d'âme, soit d'une bêtise sans nom. En réalité, je suis ligotée à ses souvenirs, et je n'ai même pas envie de défaire les nœuds…

Dans l'atmosphère chargée de son aura, le silence absorbe l'écho de mes paroles. Faute de son regard, je m'en remets à l’instinct, à cette intuition sauvage qui ne tolérera aucun flou artistique. Je me dois d’être d’une sincérité de cristal, envers lui comme envers moi-même, pour ne pas bâtir son salut sur le sable mouvant d'une perspective que mon propre cœur, encore meurtri, n’a pas fini de peser.

— En revanche, James... entre l'amitié qui épaule et l'amour qui se donne, il y a un gouffre que je ne franchirai pas sans quelques garanties et... balises. Le temps qu'on... que je réfléchisse à tout ça, je pense qu'il serait plus sage de s'en tenir à la complicité qui s'est tissée entre nous. J'espère que tu comprends.

Si tu veux ma main, James, prouve-moi d’abord que la tienne est solide.

Un battement, deux, et l'Écossais lâche un hoquet, sec, désenchanté, un simple souffle amer échappé de ses lèvres au moment exact où il pivote enfin vers moi. Ses yeux cobalt sont deux abîmes d’usure, lesté d'une désolation si brute qu’elle me percute l'estomac. Mais déjà, une raideur nouvelle réhabite sa carrure. Je vois, presque physiquement, les pans de sa muraille se remparer, les pierres du mépris se reclaver. Il se braque. Mon Dieu... la citadelle reprend ses droits sur l'homme. Ne subsiste que le vétéran en sursis, claustré de l'intérieur.

No. Nae chance. Impossible.

Je cille. La soudaineté de sa sentence me déroute complètement, tant que je perds le fil de ma pensée.

— Qu... Comment ça ? Qu'est-ce qui est–

— Ton histoire d'amitié, tranche-t-il, froid, catégorique.

Oula. Son regard se boutonne au mien avec une intensité qui me force à l'immobilité.

— Je ne veux pas de ton amitié, Victoria.

Je... quoi ? L'absurdité de sa réplique me laisse bouche bée. Paralysée par l'indignation, je bredouille néanmoins :

— Pardon ? Je te propose mon soutien et tu–

— Ne compte pas sur moi pour te faire subir le spectacle de ma débâcle sous prétexte qu'on resterait « bons amis », me coupe-t-il encore.

Oh.. Wahou... Cette vibration de révolte dans ses cordes vocales me pianote sévèrement les nerfs...

— Je sais que c’est déjà beaucoup et je... Merci, but... the price would be ower dear for ye[1]. Te demander d'endurer mes démons pour une « amitié », c'est non. Si t’es pas prête à envisager un avenir ensemble, je... je resterai pas pour être une ombre sur ton parquet, à attendre des miettes de considération. Si tu veux pas de moi… je partirai.

Ah d'accord ! Adieu. Adieu détresse, place au despotisme affectif. Quelle audace de travestir un gage de loyauté en quelque chose de si pathétique ! Je vide mon sac, je lui tends une main, et… il me la MORD ?! Comme si... comme si mon amitié était le cadet de ses soucis de junkie magnifique ! Hallucinant. Ma compassion ? Du combustible pour son ego de tête de bois. Offrir de la bienveillance à ce spécimen équivaut à arroser un brasier à l'essence, option accélérateur de particules colériques, à en juger par le raidissement de sa nuque, brusquement aussi inflexible qu'une poutre d'acier et le plissement presque tectonique de ses... Comment les surnommer ? La Ligne de Front ? Les Remparts du Lochaber ? Les Barbelés de l'Orgueil ? La Crête du désastre ? Quitte à les saluer chaque matin, autant le faire avec panache. Maudits sourcils sexy...

C'est injuste ! Personne ne devrait avoir le droit de ressembler à un poème romantique alors qu'il se comporte comme un barbare du VIe siècle ! Stop. Quel manque de tenue, Victoria ! Cesse d'admirer le paysage ! Mes hormones se permettent une digression esthétique sur la courbure de son arcade arrogante pile au moment où Monsieur assène ses exigences ! Tu devrais lui flanquer une rouste, pas des papillonades de cils, greluche !

James Cameron, alias le Laird des naufragés, m'impose ses vingt centimètres de dénivelé, me forçant à lever le menton pour soutenir son hostilité désespérée. Il croit m'intimider du haut de sa falaise de muscles et d'amertume? Il se goure. Il se goure diamétralement !

Je m'étire de toute ma petite hauteur, fine et tranchante comme une lame de scalpel plantée dans son gros orteil. Oui, oui, je sais, je suis la petite voix qui gratte, James. Celle qui te rappelle que même si tu te prends pour un aiglon en exil, tu as tes deux pieds dans mon salon. Et sur mon tapis, qui plus est. On ne revient pas sur une terre déjà labourée, si on a pas l'intention de venir récolter ce qu'on y a semé !

— Ton instinct est plus honnête que ta langue, Cameron !

Oh, mais ça joue les durs ! Mâchoire serrée à l'extrême. Muscles du cou cabré. Pupilles acérées. Et toc !

Un petit mot ? Non. Bien. Bien ! Monsieur sort la carte du martyr ? La fuite ? Évidemment. Pourquoi changer une équipe qui perd ? « Je partirai », qu'il me menace ! C'est le monde à l'envers ! Soudain, j'ai très trèèèès envie de lui sonner les cloches et crier. Comment ose-t-il ? Mes dents se verrouillent. L'adrénaline chasse l'épuisement moral. Ma patience, déjà bien entamée par quinze minutes de vertige et une nuit de décombres, vient de rendre l'âme.

Alors le venin s'échappe, ma langue claque :

— Parfait. Si tu veux jouer au loup solitaire dans ta tempête, grand bien te fasse.

Il passe une main lasse sur son visage, malmène ses paupières. De l'agacement ? Ah, merveilleux ! Lui ai-je enfin secoué les puces, au grand étalon des Highlands ? Tant mieux. Ne te rendors pas, ce n’était que l’échauffement, mon grand !

— N'est-ce pas tellement plus confortable de s'évaporer dans la brume que d'affronter ses problèmes en face ? Rester et se battre, ça demande du courage. Courage dont tu sembles… dépourvu.

La foudre traverse sa colonne, son dos se pétrifie et l'insulte agit façon commutateur. Ses yeux s'écarquillent, s'étrécissent. Il fait un pas vers moi. Un seul. LE seul. L'air s'en trouve instantanément compressé. Distance réduite. Zone tampon piétinée. Il s'ancre contre moi, m'imposant la masse minérale de son torse contre mon souffle court. Mince, comment peut-il être aussi agaçant et aussi... substantiel à la fois ?

Hell's teeth, Victoria... Confortable ? Tu crois que je fuis par facilité ? Tu crois vraiment que c’est un privilège de te perdre ?

— Tu crois vraiment que c'est facile de t'oublier ? rectifiè-je dans la seconde.

Point sur le i, barre sur les t, non mais !

Je tiens tête à son regard de soufre, exposant l'étendue de mon propre panorama de cendres. Vois, James ! Vois les fêlures, vois le chagrin, vois la haine ! Comprends que moi aussi, je peux porter mes cicatrices avec un talent qui t'effrayerait. La science de la plaie n'incombe pas qu'aux Écossais mal lunés !

— Je me fais violence comme jamais un homme ne devrait avoir à le faire pour… pour… C'est pas lâche de m'interdire le bonheur. Far fae it[2]. Te déserter quand chaque cellule de mon corps hurle de te suppli–

— Alors reste et hurle ! Tu te drapes dans ta noblesse parce que tu t'arraches le cœur ? C'est juste une autre façon de te défiler. Personne ne te met dehors, à part ton propre ego.

James accuse le coup. Un soupir, paluche nerveuse derrière la nuque, une grimace d'impuissance, puis :

Mo chreach...[3] Tu t'imagines que je mène quel genre de combat, au juste ? Si je me dégage du cadre, Victoria, c'est pour te sauver de moi !

Qu'est-ce que je disais ?!

— Oh, mais oui, bien sûr ! Par bonté de cœur, c'est ça ? Ton altruisme est une imposture. Tu ne me sauves pas, tu me débarques sans bardage sur le bord d'une route en pleine banquise ! Épargne-moi ton syndrome du superhéros ! Tu penses que je ne sais pas quelle est ta kryptonite, Superman ?

Une grimace de discrédit plus tard, il détonne :

I’m daein’ my best[4], Victoria !

Le conflit ravage ses traits, collision absurde entre son envie de me broyer contre lui et cette obstination à jouer les lépreux émotionnels, je parie. Il recule, s'agite, bouillonne. M'en contrefiche !

— L'idée que tu te fais de ma « protection » n'est ni plus ni moins qu'une désertion pure et simple, James. Un abandon.

Même si tu l'enrobes dans un joli sacrifice...

— Tu... tu n'as pas le droit de m'exclure de ta vie en prétendant vouloir me « sauver » ! Pour qui tu me prends ? Une petite chose fragile qui renoncerait à la première bourrasque ? Quelle piètre estime as-tu de moi pour décider à ma place de mon endurance !

Il fait preuve d'une condescendance olympienne, ce mufle ! Il s’octroie le droit de vie et de mort sur notre lien comme s’il était le seul maître à bord. J'écume et mes poings se crispent contre mes cuisses.

— Tu parles de « prix trop élevé », mais qui es-tu pour fixer le montant de mes limites ? Tu fuis, James. Encore et toujours ! C’est toi qui n’es pas prêt à affronter tout ça, pas moi !

Il se fige, narines blanchies de colère, le regard s'assombrissant d'une teinte que je ne lui connais pas.

— Tu ne comprends rien, Victoria... grince-t-il entre ses dents.

Bah, té ! Same old song... La bonne vieille rengaine. Quelle aubaine, ce passé, dites-moi ! Ériger sa soi-disant complexité en obstacle infranchissable pour ne pas avoir à rester ? Du pain béni, non ?

C'est ridicule. Je lui crache ma rogne au visage alors que je ne rêve que de m'effondrer contre lui pour ne plus jamais devoir réfléchir. Mais ma fierté ne m'autorise aucun rabais.

— Détrompe-toi ! J'ai parfaitement saisi : tu n'attends pas mon amour, tu guettes mon rejet pour avoir enfin une excuse légitime de retourner te détruire !

— Non...

— Si ! Tu te drogues pour fuir tes responsabilités, pour oubli–

It’s no' just the gear[5], Vi... souffle-t-il plus las que belliqueux.

Argggg ! Pourquoi suis-je si convaincue qu'il me cache autre chose !?

— Ah non ? Et c'est quoi, alors ? Un voyage initiatique ? Un pèlerinage spirituel au bout de l'enfer ? Vraiment, éclaire-moi !

Allez, sors ton grand jeu. Explique-moi pourquoi te faire du mal est plus agréable que mon dévouement. Je brûûûûle d'impatience ! Purée, je lui échafaude un pont — un VIADUC impérial ! Et, lui, avec sa barque toute percée, il persiste à vouloir nager au milieu des requins. Quelle ancre rouillée orgueilleuse et obtuse, ce type !

James pivote sur ses talons, fracture notre proximité. Sa chaleur se glace. Deux pas saccadés vers la cuisine, mains enfoncées dans ses cheveux, dos voûté. Les mains agrippées au rebord de l'îlot, il maintient son corps à bout de bras, la tête basse, secouée de dénégation. En se redressant, il me décoche un regard oblique, chargé de reproches :

— C’est pratique, cette posture de secouriste, huh ? Tu m'achètes une conscience avec ton assistance médicale pour éviter de choisir ?

QUOI !

— Reprends tes promesses de patronage, Victoria. Garde ta charité. Je serais pas ton projet de réhabilitation.

Gnagnagna... Mon sang me monte aux joues. Quel culot ! Il piétine ma sincérité avec ses bottes crottées de rancœur. Bon sang, prêtez-moi un... un truc à balancer sur son Auguste face de tronche de Cake ! « Tiens, Cameron, un rameau d'olivier. » « Pour quoi faire, lass ? » « Pour que tu me fouettes le visage avec, pardi ! »

Son ingratitude me donne des envies de meurtre. Comment peut-il être aussi aveugle à la panique qui me tord les boyaux ?

— Ma charité ? m'indignè-je, la voix étranglée. C'est tout ce que tu vois dans mon offre ? Un acte de bienfaisance pour m'octroyer le beau rôle ? Tu t'attendais à quoi ?

— … à rien...

— ... à un contrat de mariage, peut-être ?

Il s'avance : viens par-là, viens !

— Ton délire de friendship, c'est un sursis empoisonné, un piège ! J'aurais pas la force de subir ta pitié. Ni de loin, ni de prêt !

— Alors quoi ? le défiè-je, bras écartés. Tu refuses qu'on te remorque parce que le Capitaine a son orgueil ? On parle de ta vie, James ! De ta survie !

Changement de fréquence dans l'air… Quand il prend la parole, je comprends que j'ai poussé le curseur trop loin. Pour la première fois, il m'apostrophe avec une agressivité latente, son timbre habituel laissant place à des sonorités métalliques des plus percutantes. James me montre ses crocs et je n'aime pas du tout ça.

— Tu te fous de ma gueule, Victoria, c'est ça ? T'es là, bien au chaud dans tes certitudes, à m'expliquer la vie comme si j'étais un gamin de 5 ans ! Tu estimes que tes petits mots amicaux vont panser des plaies que t'oses même pas imaginer ? Ye've got no clue what's actually goin' on inside me. None at all ! Ye don't know the half of it.[6]

Ses pieds ou sa fureur l'ont ramené à un souffle de moi.

— Tu me demandes de m'installer dans ta vie avec un bandeau sur les yeux, en niant l'évidence, comme si de rien n'était, hein ?! Faire semblant d'être juste un « pote » alors que je crève de te toucher à chaque instant ? Ignorer cette faim de toi dès que tu respires dans la même pièce que moi – non, tout le temps ! J'ai envie de toi en permanence, jour et nuit, H24.

Misère... Un vertige me saisit. Mes genoux fléchissent. Mon ventre se noue. Je... Il croit être le seul à brûler ? S’il soupçonnait que ma prudence n'est qu'un voile dérisoire masquant un incendie miroir…

— ... c'est ça, ta proposition ? C'est ce marché-là que tu me mets entre les mains ? Fuck, lass ! Me condamner à te regarder vivre, à te voir peut-être en aimer un autre et pas.. et pas... Je pourrais jamais, Victoria. Je craquerai avant même d'avoir essayé... Je suis enchaîné à toi, je te l'ai déjà dit. Mon cœur bat que pour toi...

Sa voix baisse. « Mon cœur ne bat que pour toi... » Mon Dieu... Je ne respire plus que par saccades, ensorcelée par ses lèvres, ses paroles. Il scande sa détresse et je dois m'agripper de toutes mes forces à mon propre orgueil pour ne pas hurler en retour que je suis tout aussi enchaînée que lui.

— Ma nature est exclusive, Victoria. Je sais pas partager. Je suis incapable de tiédeur, ivre d'absolu, et je... préfère la fin de tout plutôt que ce demi-amour que tu me tends comme une aumône.

Ah que non ! Tu ne t'en sortiras pas ainsi !

— On parle de ta guérison, pas de nos pulsions ! Je ne suis pas une récompense qu'on obtient à la fin d'un sevrage, James.

— Je peux pas diviser mon cœur en deux. C'est tout ou rien. L'à-peu-près ? Avec toi ? ricane-t-il. C'est mort ! Soit je suis l'homme que tu aimes, soit je ne suis qu'une épave qui encombre ton passage. Et les épaves, ça dégage.

— Dégager ? Pour aller où ? Dans le premier caniveau orgiaque qui acceptera ton ego surdimensionné ?




Note de l'autrice : je reprends toute la partie dialoguée dans ce passage et c'est donc un premier jet qui sera largement modifié… Vos conseils en terme de cohérence, d'enchaînement, de naturel et de psychologie des personages sont plus que bienvenus.

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