21.1 * JAMES * HUIT HEURES EN VILLE

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CHAPITRE 21.1

HUIT HEURES EN VILLE


* *

*


JAMES.L.CAMERON

30.10.22

13 : 22


♪♫ — ♪♫



Bloody marvellous !

Des nibards, huh ? Des « pompages » ? Pourquoi pas des tournantes ? Des défonçages de rondelle ? Des badigeonnages de foutre pour te rincer le mascara ? Tu candidates, la duchesse ? Parce que si c'est une offre de service, j'ai un programme tout trouvé : claquer sous la pression de ses lèvres fleuries autour de ma queue, là, tout de suite, et la tringler à lui en ramoner la glotte ! Voilà, ça, c'est un planning qui a de la gueule, non ?

Cette créature infernale vient de me recracher mon curriculum de détritus en pleine trogne ! La coke, les conquêtes jetables, mes errances de paumé... elle a tout déballé, avec la netteté d'un coup de rasoir sur la jugulaire. C'est du décapant, surtout sortant de sa sacrosainte bouche en sucre, qui, en temps de paix, ne s'autorise que des « purée ! » et des « misère ! ». Et même pas un peu de dirty talk pendant la levrette ! Remarque, pas ma came. Le sale, j'en ai déjà plein les bottes...

Je la regarde, plantée devant moi avec ses bras croisés façon bouclier médiéval, son minois de porcelaine fissurée, son menton pointé vers ma pomme et j’ai l’impression de mater une... procureure en dentelle — même s'il en traîne pas un pouce sur son joli teint crémeux... OK, c'est sexy une fille qui montre les crocs et ça me démange toujours autant de la retourner sur le plumard — voire même dix fois plus que tout à l'heure — mais... j'ai genre un doute technique : bandera ? Bandera pas ? Est-ce qu'on peut garder le barreau quand on imagine sa nana finir la soirée en fourguant son cul à son petit génie de la lèche ? Crois pas, non !

Look at 'er[1] ! Elle joue la Madone intouchable, alors qu'elle a encore l'odeur de MA peau sur ses doigts ? Elle veut me donner des leçons de grand monde et à côté me vendre du « collaborateur » pour cacher ce Mati qui lui fait vibrer les cuisses à distance ?! T'en sais rien, James... Course I fuckin' dae[2] ! Ce fils de pute me l'a postillé à la tronche, hier ! « Victoria baise comme une déesse », blah blah blah. Y a zéro putain de gramme d'ambiguïté dans cette putain d'affirmation ! Et quoi, encore ? On lui donne une sucette calibre troisième jambe et on lui colle une gommette « Experte de la voltige sur burnes » côté fesse gauche ? Et après ? Double buffet à volonté en tandem pour fêter ça ? Un mec dit pas ça d'une femme qu'il a pas essorée en long, en large et en travers, fuck ! Ils ont baisé, présent, passé, futur, je m'en cogne. The wee sausage roll had a party in her oven, eh ?[3] L'image me colle à la rétine façon super glue : elle, lui et la bande-son qui va avec !

Je me gerbe dessus… Mon cerveau est un égout à ciel ouvert. Quel type dégueule des images de cul dégueulasses sur la femme qu'il aime ? Je suis là, à la salir en pensées, à l'entacher avec mon venin de frustré du slip, à la réduire à un bout de viande. Je me fais horreur. Une seule envie : concasser la dentition de l'autre charognard et rectifier sa sale bobine au hachoir. Ou mieux : ravager un mur à coups de boule et faire un reset de ma propre existence...

La fièvre monte, épaisse, noire, un vrai jus de tourbe. Je ferais mieux de mettre de la distance entre ses lèvres de moralisatrice et ma rage de bâtard. Je recule, le diaphragme bloqué, avant que la bestiau qui s'ébroue dans mes tripes ne l'emporte sur ma santé mentale.

Demi-tour, flexion. J’attrape ma chemise en boule au sol d’une détente de cobra. Schclac ! Coup de fouet dans l’air pour la défroisser. Pour me défouler. Bordel de cul ! Je m’arrête net, les doigts crispés sur le col.

God's sake ! It’s no' even my ain bloody claes...[4]

… it’s his ! Pure pish ![5]

Hier, ça m'a presque fait marrer de lui piquer son linge. Là, j'ai juste envie de me peler la viande, de me doucher à l'acide, et d'aller brûler son trou à rats !

Je sens plus que je ne vois Victoria me frôler : une rafale de parfum édition « Colère & Condescendance » s'engouffre vivement dans la chambre, me cravachant le museau au passage. La rafale. Pas elle. Ballec ! Qu’elle se tire, je m’en tape le coquillard, moi aussi je lève l’ancre. Elle a qu'à aller s’empaler sur son Roméo de chez Gucci !

Par contre, oh ! Hors de question d'enfiler cette loque de la honte ! Je la bazarde sur le canapé avec un haut-le-cœur. Qu'elle la lui rende, ou qu'elle dorme avec, j'en ai rien à secouer !

J'alpague ma veste sur le dossier de la chaise où elle pendait, la passe en direct sur le muscle. Et alors que je taille vers son palier, un truc mou me fouette l'arrière du crâne. Bordel ! Je pivote, la fusille, puis baisse les yeux, scanne un monticule de coton immaculé à mes pieds. Dafuck ? Le nez relevé, je la mitraille, vestale de marbre dans l’encadrement de sa porte, impériale jusque dans sa haine.

— Tiens, ta dignité de rechange ! lance-t-elle d'une voix blanche.

Elle me lorgne de haut, l'œil plissé de mépris, et enchaîne :

— Tu devrais le mettre, tu auras moins l'air d'un chippendale !

Un chippendale ? Aye, right ! Want me to dance for a fiver too ?[6] Compte là-dessus !

Un grincement de dents me déchire les maxillaires.

— Le chippendale préfère aller se faire « débiter le tronc » par une autre bouche plutôt que se foutre sur le dos la sape d'un de tes super « collaborateurs » !

Ouch. Sa morgue aristocratique vole en éclats et ses billes dorées s'écarquillent sur un abîme de dégoût si pur, si absolu, que j'ai envie de me vomir moi-même. Encore. Me faire débiter le tronc ? Comment je peux être aussi naze ?!

— Cours donc, James. Si ta jalousie est ta seule porte de sortie, la serrure pour ta clé risque d'être aussi médiocre que ta répartie.

Je ris jaune et... me retrouve bien incapable de déventouser mes semelles de son parquet... La serrure pour ma clé, huh ? Elle croit m'avoir séché ? Elle s'imagine que ma jalousie n'est qu'une affaire de cul ? Elle a rien pigé. Si c'était juste qui la fourre le problème, j'en aurais rien à branler d'avance. Mais là, ça me brûle derrière le sternum ! C’est une infection, ce sentiment. J'ai la trouille au ventre, la vraie, celle du môme qui réalise que sa place est peut-être déjà pourvue par un rital à deux balles ! Qu'elle a glissé ses pensées dans celles d'un autre ! Que cet enfoiré a repeint les murs de son cerveau en italien ! Si ce Mati l'habite ailleurs qu'entre ses cuisses, je vais... je vais... Quoi ? Lui rebattre le buffet jusqu'à ce qu'il recrache son accent de gondolier ? Ça changerait quoi ? Elle l'a dans la peau ? T'es mort, mec. Point barre.

Mes yeux quittent les fibres du tapis pour remonter vers elle. À l'orage a succédé une lassitude abyssale qui lui sculpte des cernes et brise sa ligne d'épaules. La procureure a rendu sa robe, rangé mon dossier, et, vannée, souffle sa défaite dans un soupir qui me décape les conduits.

— Je suis fatiguée, James. On n'est plus en juillet. J'ai des... obligations, on m'attend et... et je n'ai même pas le temps de me disputer avec toi. Ni la force... Ni l'envie...

Moi, non plus…

Son menton désigne le tas de coton par terre.

— Ramasse le t-shirt. C'est le tien. Celui de Biarritz...

Biarritz... Le mien... Le jersey à col zippé qu’elle m'avait encouragé à acheter dans cette friperie de bord de mer ?! Merde... Elle m'avait nargué avec sur WhatsApp, et cavalièrement mis au défi de repasser le réclamer en personne. Bah, voilà, j'suis là. Que j'aie cramé le souvenir en chemin, trou dans la raquette, non ? Dommage imputable à ma mémoire de tox. Entre le bellâtre en mocassins, le sevrage qui me bouffe le système et mes bilans dans le rouge, j'ai des excuses valables. Enfin, valables pour tout le monde sauf pour l'archange de service, dont le viseur me transforme en profanateur de Saint-Graal.

Détestable portrait que celui d'un mec qui se supporte plus en peinture, pas vrai ? Si ma propre connerie me fatigue, j'ose pas imaginer l'état de ses nerfs à elle. Je me baisse. Mes doigts s’enfoncent dans le tissu froid. Je revois la côte basque, sanctuaire de vagues. Les embruns, le vent. L'éclat de son rire au-dessus de l'Atlantique quand elle flattait mon regard. Je l'avais oublié, ce t-shirt. Tout comme j'ai oublié l'odeur du propre pendant des semaines, trop occupé à suer, niquer, me défoncer. Sans elle... Sans plus rien d'elle.

Maille dépliée, je me libère de ma veste pour l'enfiler et là… Shoot de réalité. Christ. Une déflagration de lessive et de fraîcheur me vrille la cervelle, plus cinglante que n'importe quel rail de poudre. Ça sent la maison, la sécurité, l'attente. Elle l'a gardé. Elle l'a lavé. Elle a pris soin de ce bout de moi alors que le propriétaire, lui, se délitait dans la crasse d'Édimbourg. Je ferme les paupières une seconde, respire à pleins poumons, tel un junkie en manque qui viendrait de trouver la veine.

Le nœud dans ma gorge lâche. Un mea culpa foireux commence à s'échafauder derrière ma langue.

— Victoria, je–

— Il faut que j'aille prendre ma douche, abrège-t-elle en s'effaçant vers sa salle de bain.

On dirait qu'elle annonce une mesure d'isolement prophylactique après avoir été en contact avec un vieux déchet pathogène, aka : ma tronche. Ambiance.

L’oxygène se barre avec elle. Coup de sifflet final. On remballe et on dégage. Même pas un « au revoir » ? Que dalle ? Putain, c'est rude, même pour elle ! Elle prend même pas la peine de me congédier… Elle me laisse crever sur place sans un pauvre salut… Je suis juste une pollution sonore qui vient de s'éteindre…

Tête basse, je rase le mur de l'entrée, chope les clés de l'Audi, et… retour de flamme. Pur jump cut de cinéma :

— T'es dispo, ce soir ?

Eh ? Whit… ?

Infarctus de la turbine. Sa voix dans mon dos me paralyse. Le logiciel Cameron plouf. Les bulles d'azote coincées dans ma trachée me font l'effet d'une grenade dégoupillée, prête à m'éclater le caisson. Mon bide, qui se serrait à s’en péter les coutures, se relâche d’un coup sec. Dispo ? Pour quoi faire ? Le supplice de la goutte d'eau ou me briser les burnes proprement ?

Je pivote, une main sur la nuque, l'autre tordant nerveusement ma veste dans mon poing cligné. Sa silhouette surgit dans le cadre. Apparition de trois secondes, le temps de me loger une balle de confusion entre les deux yeux.

— Euh... aye. Enfin, je crois. Pourquoi ?

Bruit de robinet coupé. Bouille qui revient. Réponse version économie de mots :

— Dîner.

Wow ! L'embardée de fou ! De la douche décontaminante au rencard en une seconde ? C'est pas un virage, c'est un tête-à-queue ! Mon cœur cogne une mesure irrégulière contre mes côtes. Elle veut me revoir. ELLE-VEUT-ME-RE-VOIR ! Y a une couille dans le potage ? C'est quoi le piège ? Elle a besoin d’un échantillon pour son labo ou elle souhaite juste finir de m'achever entre la poire et le fromage ?

— Par contre... J'ai un chantier monstre sur les bras pour demain soir et je ne sais pas si... Je ne peux pas te donner d'horaire précis. Disons...

Son regard décroche, elle se grignote la lèvre, l'air déjà ailleurs, probablement en train d'additionner les citrouilles au cube, d'établir la trajectoire parabolique des bouchons de champagne par rapport au volume d'accueil de la salle, de quantifier le facteur risque des toiles d'araignées prise dans les perruques des artistes. Le tout mutiplié par l'indice de Panique de l'organisatrice modèle !

Fronçage de sourcils, torturage de muqueuse.

— Vers huit heures. En ville. Peut-être plus. Je n'ai pas vraiment de visibilité sur ma fin de journée. Je t'enverrais un message, au cas où.

Och, aye, fine. En gros : « Si je survis à mon cirque de l'épouvante, je verrai si j'ai encore le courage de me farcir ton matricule ». La douche froide, le retour. Mes dents du fond baignent dans l'amertume. James, le bouche-trou. Quelle ironie, non ? Elle me jette un créneau comme on lance un os à un clébard pour qu'il arrête de japper son attention. S’il s’agit de solder le dossier « divers » tout en bas de la pile, elle peut se brosser. Je... Aye, non, ta gueule ! T'accepte, peu importe le tarif, tu mouftes pas, t'agites le moignon et tu lui lèches les escarpins avec le sourire. T'as l'image ? Allez, fait le beau !

Je devrais l'envoyer bouler, lui dire que mon agenda est blindé de trucs super essentiels comme... je sais pas, fixer le plafond. Mais non. Je lâche mon wouf version humain : Ok.

Sacrée serpillère ! Demande-lui sa laisse, ça ira plus vite ! Et le pire ? Tu paraderais avec en remuant la queue par-dessus le marché ! Le prix à payer ? Tu t'en cognes. Son mépris ? Tu l'avales. Elle te lègue un gramme de pitié et tu te mets à chasser le papillon imaginaire. Tu dirais oui à n'importe quoi, à une exécution en mondovision, à l'enfer, pourvu que ce soit elle qui tienne la torche. Parce que sans elle, l'air n'a plus de goût. Parce que ce dîner de Schrödinger, c'est ton nouveau leitmotiv pour les six prochaines heures. T'es foutu, mon gars. Complètement, désespérément dingue d'une lassie qui a tes couilles dans son sac à main. Tu connais la musique, hein ? Amy t'avait déjà bien dressé. Mais, FERME-LA ! Ça n'a rien, mais alors RIEN à voir ! Dinna fankle it up, arse-piece. Victoria's just busy, ken ? Real work, real life. Thole it, bide yer time.[7]

À quel moment j'ai commencé à m'écouter, huh ? La sagesse et moi, ça fait deux. Je lui lance un coup d'œil oblique, le genre qui pue la vexation mal digérée et le dépit amoureux. Ma voix dérape vers les graves, trop boudeuse.

— Te sens pas obligée de jouer les bonnes œuvres si t'en as pas envie.

Elle expire longuement, au bout du rouleau. Ok, c'est là qu'elle me finit à la chevrotine. L'attardé de l'année va se faire moucher en direct, admirez :

— Je ne joue à rien du tout. C’est très simple : j’ai envie de te voir, mais je travaille. On appelle ça la vie d'adulte. J'ai juste du temps pour ce qui compte. Ne gâche pas tout avec tes complexes. Huit heures.

Calme. Net. Pédagogue. Une claque — mentale, cette fois-ci — de maturité qui me dégonfle instantanément la baudruche. Elle a aussi dit que je « compte », non ? Aye, avec la chaleur d'un constat d'huissier. Prends, sombre idiot. Prends et écrase-toi.

— D'accord.

Un mot. Le maximum autorisé. J'ajoute pas une virgule, de peur de foirer la seule ligne de conduite cohérente qu'elle vient de me tracer. Si j'ouvre plus grand mon clapet, je vais m'excuser d'exister. Un cran de plus dans le pathos et je la supplie de… me caresser derrière les oreilles. Minable, Cameron. De toute façon, quand l’archange te sonne les pendules, tu rabats ton couvercle et puis c'est tout !

Victoria esquisse un hochement de menton, une sorte d'accusé de réception minimaliste, pour aussitôt égarer son regard vers le carrelage de la pièce voisine. L'air entre nous se fige, pulsant d'une électricité statique qui me fait grésiller les tympans. On est en pleine syncope de l'espace-temps. Le malaise catégorie « Manger ses dents par la racine pour les nuls ». Je me suis ramassé tellement fort que me voilà désormais à brouter le parquet, la queue entre les jambes.

— À ce soir, bredouillè-je, pas du tout, mais alors pas du tout confiant.

Rotation de char d'assaut, semelles en feu. Ma réplique me revient en boomerang sur la nuque, murmurée sur un ton doucereux, alors que ma main se soude à la poignée métallique. Le copier-coller verbal pèse un âne mort sur mon estomac lorsque je pile net. Cervelle de moineau, va ! Télécommandé par mon instinct, je rebrousse chemin et m’arrête sur le seuil de la salle de bain, pile au moment où elle destitue sa laine sur le panier à linge. Un frisson de fauve me balaye l'échine devant cette peau qui s'émancipe.

— Vi ?

Surprise en plein effeuillage, elle se retourne vivement. Damn, qu'elle est belle ! Rembobine tes globes oculaires dans leurs orbites, l'abruti, tu vas te faire griller !

— J'ai l'Audi. Je te dépose ? Ça sera plus rapide que de galoper après une rame, non ?

— Oh. Euh…

Elle papillonne des paupières, son assurance habituelle évaporée dans la buée imaginaire de sa future douche.

— … je ne voudrais pas abuser–

— T'abuses de rien du tout. C'est sur ma route.

Mon cul, oui ! Pipotage intégral. Le pire ? Elle le sait, en plus. Ma route, c'est ma piaule. Mon itinéraire de la journée : éviter de canner du bulbe entre quatre murs.

Elle me dévisage, l'arcade sourcilière légèrement froncée par le doute.

— T'inquiète, je te facturerai la course en citrouilles si ça peut te rassurer.

Ah ! Un sourire. Magnifique.

— Je… je t'attends en bas.

— T'es pas à la rue. Tu peux rester ici le temps que je passe sous l'eau.

Qu'elle passe sous l'eau... Une eau chaude qui va ruisseler sur sa peau, sur ses hanches, entre ses... Lord above[8]… Moi plus homme. Moi radar à vapeur. Mon sang déserte mon crâne pour investir les basses latitudes. Bah, oui ! Le mâle moderne dans toute sa splendeur : tu lui donnes une douche à chorégraphier et il perd trente points de QI et toute notion de bipédie.

Huh... Aye... ça marche.

Ma voix a grimpé d'une octave, chevroté, fait ses bagages et sauté d'un pont. Une catastrophe ! Je gobe une lézarde dans un carreau pour hypnotiser la bave fantôme au coin de mes lèvres.

— Je vais... je vais finir le café, si... Je... je t'emprunte une cigarette, mind if I ?[9]

— Mmh-mmh.

Cette résonance de gorge qui me termine au sol !

Je balance un « aye, cheers » en m'exfiltrant de cette antichambre de la tentation. Le clic de la serrure sonne comme le gong d'un match que j'ai miraculeusement clôturé debout. Je me dirige vers la Moka, les mains moites, avec une seule idée en tête : ne surtout pas écouter le bruit de l'eau qui va couler. Ne surtout pas imaginer les gouttes. Ne surtout pas… Merde, c'est mort.




[1] Regarde-la !

[2] Bien sûr que si !

[3] Le petit rouleau de saucisse a fait sa fête dans son four, hein ?

[4] Ce sont même pas mes propres foutues sapes !

[5] Ce sont les siennes ! Merde !

[6] Tu veux que je danse pour un billet de 5 balles aussi ?

[7] Mélange pas tout, trou duc. Victoria est juste occupée, tu piges ? Du vrai boulot, la vraie vie. Prends ton mal en patience.

[8] Dieu tout puissant...

[9] Si tu veux bien

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