21. La proie retrouvée
Après quelques jours de retenue, John entra dans le café espérant que Marc pourrait changer, il chercha instinctivement la silhouette familière. Et là, dans un coin baigné d’une lumière douce, Marc l’attendait, un sourire tranquille sur le visage.
— Bonsoir, Johnny… mon cher ami, murmura-t-il en accentuant le mot ami, comme un fil invisible entre eux.
John sentit un frisson parcourir son dos. Il savait ce que ce mot signifiait. Marc ne menaçait jamais frontalement ; il laissait simplement entendre, avec cette douceur calculée, qu’il détenait toujours le pouvoir.
Ils s’assirent, et la conversation commença de façon anodine. Mais chaque mot de Marc était une caresse masquant un avertissement.
— Tu sais, Johnny… murmura-t-il en effleurant la tasse de John, si tu voulais perdre notre amitié, il te suffirait de provoquer… Mais je ne crois pas que tu veuilles en arriver là.
John, silencieux, sentait son esprit vaciller. Malgré lui, il entrait dans le jeu. Chaque geste, chaque regard de Marc le ramenait à ce qu’il avait toujours été face à lui : vulnérable, dépendant, pris au piège par cette affection toxique qu’il ne pouvait rejeter.
Marc ne parlait plus de menaces ou d’obligations. Il n’en avait pas besoin. Le simple poids de sa présence, la chaleur feinte de son amitié, suffisait à imposer la soumission. John était là, pris dans le filet invisible qu’il connaissait depuis toujours.
La conversation continua, ponctuée de rires légers et de mots anodins, mais chaque syllabe était un rappel subtil : Marc tenait toujours John, mais cette fois, fermement. Il avait repris sa proie d’autrefois, et il n’avait plus l’intention de la lâcher.
Puis, comme à l’ancienne, Marc glissa une proposition presque imperceptible :
— Tu sais… si tu veux, on peut continuer la soirée chez moi...comme avant.
John sentit son cœur se serrer. La foule, le bruit du café, tout s’effaçait. La décision était claire : accepter, c’était plier, se soumettre à la présence de Marc. Refuser, c’était risquer la rupture… ou la guerre.
Il resta un instant silencieux, captif de cette tension, de ce jeu dont il ne pouvait s’extraire. Marc, calme, patient, le regardait, un sourire à peine perceptible sur les lèvres. La proie était là, devant lui, fragile et consciente. Et cette fois, il la tenait fermement.
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La porte de l’appartement de Marc s’ouvrit sur une lumière tamisée, des notes de musique flottant dans l’air. John entra, silencieux, presque mécanique. L’atmosphère lui rappelait leurs premiers moments ensemble, cette complicité étrange où il s’était senti compris, aimé, comme jamais ailleurs.
Marc l’accueillit avec un sourire chaleureux, bras ouverts comme pour un ami, mais le regard perçant trahissait sa domination subtile.
— Johnny… bienvenue chez toi, murmura-t-il, et la chaleur de sa voix enveloppait John comme un refuge trompeur.
John sentit le poids de la familiarité. Il suivait Marc dans le salon, chaque geste soigneusement calibré pour réveiller la mémoire de leur proximité passée. Les rires, les anecdotes, les regards, tout rappelait la sensation d’être vu, reconnu, désiré. Et c’était là le piège : John acceptait l’affection qu’il avait toujours cherchée, aveuglé par ce sentiment d’être important pour quelqu’un.
Marc, avec une précision délicate, guidait la soirée. Des compliments légers, des gestes frôlant ceux de John, des mots qui faisaient renaître l’intimité de leur passé. John se laissait aller, sentant qu’il était aimé… et c’était exactement ce que Marc voulait. Ce n’était pas l’amitié qu’on lui tendait, mais le piège d’un amour conditionnel, où la soumission devenait douceur, et l’emprise devenait tendresse.
Puis Marc, percevant que John retrouvait l’ombre de l’homme qu’il avait été autrefois, sourit plus largement. Sa voix s’adoucit, mais chaque mot était un ancrage subtil :
— La prochaine fois… ce sera une soirée inoubliable, murmura-t-il, rapprochant son regard de John. Et pour que tu n’oublies jamais… je t’aime, Johnny.
Ces mots résonnèrent comme une chaîne invisible, scellant John dans cet univers où l’affection et la manipulation se confondaient. Il avait retrouvé la chaleur qu’il cherchait tant, mais au prix de son autonomie : chaque sourire, chaque geste, chaque mot l’attachait un peu plus à Marc.
Marc avait repris sa proie, mais cette fois, avec le charme du prédateur amoureux : John voulait rester, parce qu’il avait trouvé l’amour… et c’était exactement ce que Marc désirait.

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