3 - Les réseaux invisibles

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Le temps s’écoulait. Nous étions de nouveau réunis, et Jean prit la parole.

— Bonjour à tous. Merci d’être là. Et surtout… merci pour tout le travail accompli.
Cela faisait bientôt un mois que nous avancions ensemble.

Aujourd’hui, c’est notre première réunion collective. Voici les points clés de chaque groupe.

Groupe I — Cognition et influence

Nous savions que l’IA intégrée à l’implant gérait une mémoire artificielle et communiquait avec le système nerveux central. Le cerveau — responsable de la pensée, de l’apprentissage, de la mémoire et du mouvement — recevait des informations de l’IA qui influençaient ses décisions. Il était facile de prévoir que les recherches visaient à étendre ce domaine.
Nous avions réussi à stimuler une personne via son implant, mais les réglages restaient complexes et les fenêtres d’intervention très courtes. Le patient souffrait de maux de tête. Nos dirigeants, eux, disposaient de laboratoires travaillant sur le sujet depuis quinze, peut‑être vingt ans.

Jean poursuivit :

Imaginez un matin comme les autres. Tous les portables que vous cherchez à joindre affichent le même message : Vous êtes bien sur le portable de… Je ne suis pas disponible. Laissez‑moi un message. — Ceux qui appellent sont forcément hors contrôle. Sans implant. Ou immunisés. Comment les repérer ? Comment les capturer ?

Les appelants seront géolocalisés. La géolocalisation actuelle détecte jusqu’à cent mètres de profondeur.

Un groupe d’intervention les cueillera. Mais cela pose des questions éthiques… et stratégiques. Faut‑il les prendre en compte ?

Groupe II — Protection et brouillage

Il était relativement facile de rendre une demeure imperméable aux ondes électromagnétiques. Les tests étaient concluants. Les implants ne réagissaient pas aux ordres non codés. Mais nous avions découvert que chaque implant possédait un numéro d’authentification. Il suffisait de le comparer à la base des implantés pour identifier porteurs… et rebelles. Une solution était en cours d’élaboration.

La reprogrammation des implants sans éveiller l’attention se révélait plus complexe que prévu. L’implant restait en liaison permanente avec la base. Nous y travaillions.

Les résonateurs offraient de nombreuses pistes. Lilia avait pris en charge ce projet. Les premiers résultats étaient prometteurs.

Groupe III — Cartographie et activation

Nous étions arrivés à la conclusion qu’ils devraient combiner plusieurs techniques :
• Les satellites, pour couvrir l’ensemble de la planète.
• Le réseau internet, pour traquer ceux qui se cachaient sans expertise particulière.
• Des émetteurs portables, pour repérer les plus malins — ceux qui vivaient dans des sous‑sols, des grottes, des souterrains… si toutefois aucune géolocalisation n’était prévue sur l’implant.

Les implants réagissaient aux ondes acoustiques, mais nous ignorions encore comment les activer. Il nous fallait approfondir ce point pour pouvoir l’expérimenter.

Jean reprit :

— Nous avançons sur tous les plans, mais le travail qui reste à accomplir est encore immense. Ne baissez pas les bras.

Il échangea un regard avec Marie.

— Marie et moi travaillons à manipuler des particules avec des ondes sonores.
Lorsque plusieurs ondes se dispersent, elles se superposent, interagissent, amplifiant ou réduisant l’effet global.
Si elles sont proches, les champs de pression qu’elles créent peuvent générer des zones de stabilité. Les particules trouvent alors des positions fixes les unes par rapport aux autres.
Nous avons découvert que les forces acoustiques agissant près d’une surface cristalline avaient des propriétés exceptionnelles. Nous vous en dirons plus le mois prochain.

Il inspira.

— Y a‑t‑il des questions ?

1. Question technique (un jeune chercheur)

— Est‑ce que les implants peuvent être désactivés à distance, sans que la base centrale le détecte ?

Jean :
— Pas encore. Mais nous avons identifié une fenêtre de quelques millisecondes où le signal se fragilise. C’est là que nous concentrons nos efforts.

2. Question éthique (une étudiante en neurosciences)

— Si nous reprogrammons un implant… est‑ce qu’on ne devient pas comme eux ? Des manipulateurs ?

Marie :
— La différence, c’est l’intention. Eux veulent contrôler. Nous voulons libérer. Et nous ne toucherons jamais à la cognition d’un individu sans son accord.

3. Question stratégique (un hacker sceptique)

— Pourquoi ne pas attaquer directement la base centrale ?

Jean :
— Parce qu’elle est redondante, distribuée, protégée par des IA défensives. Une attaque frontale serait suicidaire. Nous devons passer par les fréquences, pas par la force.

4. Question sur les résonateurs (une jeune ingénieure)

— Lilia… est‑ce que les résonateurs peuvent vraiment influencer un implant ?

Lilia :
— Pas influencer. Accorder. C’est différent. On ne force rien. On crée une zone de cohérence où l’implant cesse d’obéir aux ordres extérieurs.

5. Question anxieuse (un membre du groupe III)

— Et si les multinationales lançaient leur programme avant que nous ne soyons prêts ?

Jean :
— Alors nous devrons improviser. Mais souvenez‑vous : ils ont la puissance. Nous avons la finesse. Et parfois… cela suffit.

6. Question inattendue (un jeune provocateur)

— La mémoire, via les implants, peut nous contrôler. Qui a réactivé la Mémoire minérale ?

Jean : — Nous l’avons neutralisée. Mais nous savons qu’un laboratoire cherchait déjà, il y a vingt ans, à reprogrammer la mémoire.

Silence.

— Et si la Mémoire minérale n’était pas de notre côté ?

Lilia répondit la première :

— La Mémoire n’a pas d’a priori. Elle résonne. À nous de nous accorder… ou de nous perdre.

7. Question logistique (un administrateur de groupe)

— Combien de temps avons‑nous réellement ?

Jean :
— Jean‑Luc m’a prévenu : des directives ministérielles sont parties dans chaque préfecture. Le temps… moins que prévu. Plus que redouté. Et juste assez pour réussir.

Mathieu, lui, avait étudié le sous‑sol autour de la propriété. Il avait découvert un ancien tunnel, à une centaine de mètres de la cave. Il avait commencé une galerie pour le rejoindre. En cas d’attaque, nous aurions une porte de sortie. Et peut‑être… un lieu de résonance.

Jean énonça les premières consignes de survie :

• Détruire votre mobile dans l’incinérateur prévu à cet effet.

• Coller le patch sur votre implant (neutralisation temporaire des signaux entrants).

• Emporter votre sac de survie et votre portable reprogrammé (non connecté).

Et les premières mesures des défenseurs :

• Activer les brouilleurs de fréquence dans les zones sensibles.

• Détruire le répartiteur de fibre optique pour couper l’accès aux réseaux extérieurs.

• Baliser les accès au tunnel et préparer les points de repli.

• Emporter la mémoire du site.

— Je vous rappelle qu’il y a une boîte à idées et une boîte à questions sur le site.

Bonne soirée à tous.

Bien que nous sentions le temps se dérober, nous restions convaincus que l’attaque ne passerait pas inaperçue… et que nous aurions, malgré tout, l’occasion de réagir.

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