9 - Errance dans la ville fantôme

4 minutes de lecture

Lilia est encore sous le choc. Elle communique avec sa mère. La Mémoire est fabuleuse.

Island est de retour. Il porte une caissette remplie de nourriture du Restau’U. Tous nos amis sont là, affaiblis mais vivants. Cela fait deux jours qu’ils n’ont plus rien à manger. La collation est engloutie rapidement.

Nous racontoLilia est encore sous le choc.

Elle communique avec sa mère.

La Mémoire est fabuleuse — et terrifiante.

Island revient, une caissette remplie de nourriture du Restau’U.

Tous nos amis sont là, affaiblis, mais vivants.

Cela fait deux jours qu’ils n’ont plus rien à manger.

La collation disparaît en quelques minutes.

Nous racontons notre périple dans les souterrains, le garde amorphe, nos retrouvailles.

Eux, ils ne se rappellent pas, après leur enfermement, ils se sont réveillés sans comprendre, pas moyen de s'évader de cette prison et les appels sont resté sans réponse.

Dans un débarras, nous avons trouvé des rideaux : ils feront une literie sommaire.

Nous organisons notre survie sur le campus.

Nous bavardons tard dans la nuit. Tant de questions restent posées.

Au petit matin, Island décide de partir en exploration. Noha et Faby insistent pour venir, malgré leur faiblesse.

Je les accompagne. En passant, nous récupérons l’armement des vigiles.

Nous traversons l’esplanade du campus.

Le portail est franchi. Nous sommes dans la rue. Qu’allons-nous trouver ?

Des véhicules sont éparpillés partout, dans un désordre calculé.

Pourtant, aucun passager. Nous avançons dans une rue familière.

Plus bas, un supermarché. S’il reste quelqu’un, ce sera là.

À notre approche, un bruit nous arrête.

Une ribambelle de gamins vide les rayons.

Nous nous approchons.

Le plus grand nous lance :

— Ici, c’est notre spot. Bouge.

Island ne bronche pas. Sa voix reste calme.

— Tu as raison. Mais cogite : dans un mois, tu bouffes du caddie.

— D’ici là, les Kisdé débarquent.

Les gamins éclatent de rire.

— Vous êtes scotchés ?

— Wesh, tu crois qu’on est saucés !

Island secoue la tête.

— Non. Je me doute. Mais regarde autour de toi : tous les Implantés sont absents.

Le grand fronce les sourcils.

— Tu me prends pour un boloss ?

— Pas du tout. Vous avez rencontré du monde autour de vous ?

Un silence.

— Pas trop. Des clodos surtout.

Island acquiesce.

— Bien. On vous laisse.

Les rires cessent net. La bande nous encercle.

Leurs yeux brillent d’une faim brute, d’une violence contenue.

— Ici, c’est notre spot, répète le grand, mais cette fois sa voix est dure.

Nous échangeons un regard.

Island ne bronche pas. Lentement, il glisse la main dans son sac.

Les ados s’avancent, menaçants.

Alors, d’un geste sec, Island sort le fébrilateur.

L’arme claque dans l’air, un arc électrique jaillit.

Le grand recule, surpris.

Les autres hésitent. L’un d’eux lâche, nerveux :

— Ce truc de malade te snipes, tu sursautes, ça t’escarpille, et là pfff… ça t’explose la rétine !

C’est chanmé ! Moi je me carapate !

— Vous n’aviez pas prévu ça, dit Island calmement.

Le cercle se brise.

Les ados reculent, effrayés, se dispersent.

Le silence retombe, lourd.

Nous reculons lentement.

Le supermarché bruisse de cris et de rires.

Mais derrière cette énergie, il y a une faim brute.

Une survie sans lendemain.

Les fruits dans les étals sentent le pourri...

Nous déambulons dans la ville, à la recherche d’on ne sait quoi.

Les bâtiments administratifs sont déserts. Le poste de police, étrangement vide.

En approchant du centre-ville, Théo remarque une affichette :

L’ancien maire invite tous les volontaires sur la place de la Comédie

mercredi 25 mars 2043 à 14 h.

— C’est demain, dit Noha.

L’affiche appelle les citoyens à la solidarité et au civisme.

Distribution de nourriture devant les supermarchés de 9 h à 12 h.

Identification obligatoire. Les pillages seront sévèrement réprimés.

Nous décidons de nous rendre sur un lieu de distribution le plus proche.

Le détour est court.

Mais la queue devant le supermarché est impressionnante.

Les visages sont fermés, épuisés.

Un couple de personnes âgées nous observe.

Island s’adresse à eux :

— Bonjour, madame, monsieur. Vous venez souvent ?

— Depuis le début… Trois fois.

— Vous avez des informations ?

— Non. Vous non plus ?

— Nous étions enfermés. Cela nous a pris du temps pour nous libérer.

— C’est affreux… Vous étiez dans un ascenseur ?

— Non. Dans une pièce avec une serrure électrique.

Le silence s’installe.

Puis la vieille dame reprend :

— Il paraît qu’il y a eu un bug avec les Implants. Ceux qui restent n’en ont pas. C’est votre cas ?

— Oui. Et ailleurs ?

— Les communications sont impossibles. Plus rien ne fonctionne.

— Que sont devenus les Implantés ?

— Personne n’en sait rien. Qu’allons-nous devenir ? Notre fille est à Paris.

— Avec de la bonne volonté, tout devrait rentrer en ordre bientôt.

La file avance lentement.

Devant nous, quatre personnes accueillent les citoyens. Un appareil scanne notre pupille.

Une lumière froide traverse notre œil. Nous sommes sur les listes des étudiants.

C’est enfin notre tour.

Nous passons sur la position III.

Nous n’avons rien prévu pour transporter les provisions.

Heureusement, la jeune fille nous tend un carton.

Son geste est simple, mais il nous sauve.

Sur le retour, nous observons des jeunes gens.

Ils garent les véhicules abandonnés, referment les portières, notent les immatriculations, étiquettent les clefs.

Un semblant d’organisation.

La vie tente de reprendre.

Mais les difficultés ne feront que croître.

Il est presque midi lorsque nous arrivons au campus.

Lilia s’isole.

Elle ferme les yeux. La Mémoire s’ouvre.

— Coucou Maman…

— Lilia, je ne peux vraiment pas te parler. Nous sommes à Nîmes. Pris dans une émeute.

Rappelle-moi. Un fracas de tôles, puis plus rien.

— Maman, maman…

Le silence.

Lilia reste figée, le souffle suspendu.

Comme si la voix de sa mère venait de s’extraite hors d’elle.

Où sont-ils ?

Leur vie, est-elle en danger ?

Ou déjà engloutie par le chaos ?

Dans cette ville désertée, l'existence qui s'offre à nous est pleine d'incertitudes.

Nos pas cherchent encore la trace des êtres aimés ; nous avançons dans l’inconnu, portés par l’espoir fragile de nous retrouver un jour.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 6 versions.

Vous aimez lire Jean Michel Dreumont ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0