6 - Le voile transparent 

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Marie et Jean se réveillent brusquement. Ils ont ressenti, tout au fond d’eux-mêmes, un appel, un pressentiment, une acuité nouvelle. Leur clairvoyance est là.

Marie réagit la première.

— UTILE… est à nouveau actif.

Jean, encore somnolent, cligne des yeux.

— Tu parles du programme UTILE ?

— Oui. Je le sens en moi.

Jean se lève. Il tourne sur lui-même. S’approche de la fenêtre. Pose la main sur le rideau… Puis se ravise, car une alerte stridente le fige. Il se concentre. Agir avec lucidité.

— Je vais en avoir le cœur net.

La libellule qui est en lui s’élance dans la cour. Son prolongement. Son éclaireuse.

Les informations affluent. Précises. Visuelles.

La cour apparaît comme un plateau surexposé :

les camionnettes sont alignées, phares braqués, découpant des faisceaux nets durs dans la nuit.

Dans cette lumière crue, toute la jeunesse du camp avance en rang.

Leurs silhouettes se détachent comme des ombres dociles.

Pas un mot.

Pas un regard.

Juste des pas réguliers, mécaniques, la tête basse sous les projecteurs.

Une obéissance totale. Inexplicable.

Un seul gardien marche à côté d’eux.

Pas d’armes visibles.

Pas de cris.

Juste une autorité silencieuse, presque irréelle.

Tout semble normal…

Et pourtant, tout sonne faux.

Une scène trop bien réglée où la volonté de chacun avait été neutralisée.

Ils sont sous contrôle.

Une dizaine de mercenaires sortent du tunnel. Ils cherchent les manquants.

Jean revient en hâte auprès de Marie.

— Où étais-tu ? S’inquiète-t-elle

— Mon prolongement est une libellule. J'ai vu… Ce n'est pas croyable un énorme ballon dans le ciel... Avec une sphère suspendue en dessous. Nos amis n’ont rien pu faire. L’attaque était fréquentielle.

Il faut prévenir Lilia et Island.

Jean se tourne vers la porte. Marie l’accompagne.

Un bruit les alerte, ils se cachent.

La porte s’ouvre brutalement.

Les gardes montent à l’étage. Leurs pas sont lourds.

Ils ne parlent pas. Leur présence est brutale, méthodique.

Marie serre Jean dans ses bras.

— Ne bouge pas, murmure-t-elle.

Nous sommes dans le coin de la pièce, dissimulés derrière un rideau épais.

Les gardes passent sans les voir.

Ils ne cherchent pas avec les yeux, mais avec le bruit, les infrarouges.

Un meuble est renversé. Le bois craque.

Les tiroirs arrachés, vidés, jetés au sol. Les coussins éventrés.

Les livres balayés d’un geste. Les objets roulent, tombent, se brisent.

Chaque pièce devient un champ de ruines.

Mais ce n’est pas le désordre qui les guide.

C’est une fréquence.

Ils cherchent ce qui pulse.

Un garde s’arrête.

Son appareil étrange — une boîte surmontée de deux dômes — capte les vibrations.

Il tourne la tête.

S’approche du rideau.

L’écarte brusquement.

Ils sont tout proches de lui.

Mais il ne voit rien.

Le chaos continue.

Eux restent silencieux.

Comme une note suspendue.

Des pas dans l'escalier font trembler la maison.

Puis le silence.

Jean demande :

— Comment c'est possible ?

Marie :

— Je ne suis pas une libellule, mais un voile transparent. L'illusion est parfaite.

— Tu es formidable. Ils fouillent le garage maintenant, cachons-nous, c'est plus prudent.

Le cagibi est dévasté.

ils se glissent sous une armoire reversée et se dissimulent derrière.

La porte s'ouvre à nouveau.

Le capitaine hurle.

— Ils sont là quelque part ! Cherchez mieux ! Il y a sûrement une pièce cachée !

Il nous les faut à tout prix.

Le chalet est livré à la folie des hommes.

Les cloisons abattues.

Le plancher arraché.

Le plafond percé.

Marie et jean reste blottis l'un contre l'autre. Les heures passent…

Enfin, les gardes partent.

L'escalier est démonté.

Ils passent par la cuisine.

Ce qu'il en reste est hallucinant une tornade à du passé par là.

Marie récupère un peu de nourriture éparpillé.

— La nuit tombe déjà, allons voir les enfants, reste derrière moi.

Ils entrebâillent la porte.

Marie observe les environs. Rien, pas de danger.

Il n'y a plus personne, les camions ont disparu.

Ils se dirigent vers le bungalow d’Island.

Le même chaos : murs éventrés, tiroirs arrachés, appareils brisés.

Mais aucune trace des enfants.

Une fois revenu, Marie s’accroupit près du disque.

Il est intact. Il a roulé sous un meuble, il pulse faiblement.

— Ils n’ont rien compris, murmure-t-elle.

Jean met un peu d’ordre dans la chambre.

— Il faut dormir avant de partir. Demain sera une dure journée.

— Tu as raison.

Au petit matin, Jean ouvre le placard, portes sont arrachées, le contenu renversé.

Les tenues d’archéologue sont là en boule. Impeccables. Prêtes.

Ils s’habillent en silence.

Chaque geste est un rituel.

Jean ouvre le garage.

Tout est sans dessus, dessous.

Les sacs de survie sont là. Enfouis derrière des planches. Ouvert, mais intacts.

— Ils ont cherché. Mais ils n’ont rien trouvé.

Marie hoche la tête.

— Ils ne savent pas écouter. Ils ne cherchent que ce qui pulse. Pas ce qui résonne.

Jean ajuste son sac.

— Alors nous allons fouiller. Pas les murs. Les fréquences, les mobiles sont inutiles, je prends le résonateur.

Marie sourit.

— Nous allons retrouver les enfants.

— Ils ont sûrement emprunté le souterrain.

Ils avancent prudemment jusqu'au hangar.

Aucun garde.

La porte qui donne sur le souterrain est ouverte la lumière allumée.

— Ils ont fouillé partout, c'est inutile de poursuivre.

Marie insiste.

— Ils ont peut-être laissé un indice.

— je n'y crois pas trop, mais pour te faire plaisir allons s'y.

— Je t'adore, tu as une torche ?

— Oui bien sûr.

Ils descendent l'escalier. Fouillent chaque recoin et là dans le renfoncement Marie ramasse un fragment de roche. Elle ressent.

— Ils ont expérimenté le résonateur ; la pierre est en résonance.

Ils tournent en rond sans rien trouver.

Le tunnel ne mène nulle part.

La mort dans l'âme, ils remontent.

Jean se souvient d’une vieille moto électrique, rangée dans le hangar.

Il faut la recharger.

En attendant, ils font l’inventaire.

Le laboratoire est méconnaissable : tout a été démonté, emporté.

Un vide organisé.

Jean trouve une batterie neuve pour la moto.

La journée passe vite. Ils partiront demain.

Le matin venu, Marie monte derrière Jean.

Ils prennent enfin la route. Les petites routes, pour passer inaperçus.

Étrangement, ils ne rencontrent personne.

Le premier village est silencieux. Les rues sont vides. Pas un seul habitant.

Ils avancent avec précaution. Chaque village est déserté.

Ils roulent depuis presque trois heures, quand le voyant de charge s’allume.

Il faut trouver de quoi alimenter le chargeur de la moto.

Le village suivant est lui aussi inoccupé. La place est vide.

Une maison a sa porte ouverte. Ils garent la moto.

Pénètrent dans le couloir. Les pièces sont accueillantes, bien que figées. Seule une plante sur le buffet témoigne du manque d’eau.

Jean actionne un interrupteur. Il y a du courant.

Il part recharger la moto.

Marie fouille les placards : un paquet de riz, une boîte de petits-pois.

Dans le frigo, quelques denrées encore utilisables.

Prépare un repas simple.

Quand Jean revient, la table est mise.

Une fois terminé, Marie range la pièce.

Jean lui sourit :

— Tu en fais un peu trop…

— Non, je ne crois pas.

Dans un tiroir, ils trouvent une carte routière d’une autre époque.

Précieuse. Sans mobile. Sans réseau.

Le parcours est difficile. Mais ils avancent prudemment. Direction Lyon.

Jean-Luc habite dans un pavillon de banlieue. Il les attend peut-être là-bas.

L’absence de vie nous enveloppe, silencieuse et vaste. Dans ce paysage déserté, chaque pas pressent la menace, et pourtant nous avançons encore, portés par un souffle d’espoir.

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