8 - La société des dominants.

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Marie et Jean se tenaient devant le pavillon de Jean‑Luc. Après avoir sonné, ils attendirent.

Le silence était lourd. Jean scruta la rue. Pas un bruit. Pas une silhouette. Pas âme qui vive.

Le temps s’étira. Toujours rien.

Jean finit par essayer d’entrer. Le portail n’était pas fermé. La porte d’entrée, elle, résistait.

Ils firent le tour : toutes les ouvertures étaient barricadées.

Jean leva les yeux vers l’étage. Une fenêtre, volets ouverts. Difficile d’accès.

Ils cherchèrent un moyen. Rien.

Jusqu’à ce que Marie aperçoive une échelle chez le voisin.

Jean sonna chez lui. Pas de réponse.

Il revint avec l’échelle, la dressa contre le mur, grimpa, disparut dans une chambre, puis vint ouvrir à Marie.

Ils explorèrent la maison.

Jean trouva le bureau, parfaitement en ordre. Dans une armoire, des classeurs alignés, numérotés.

Il s’assit, feuilleta un classeur.

Marie tenta l’ordinateur. Sans succès.

Soudain, Jean sursauta.

Tu ne vas pas y croire… Il s’est infiltré parmi nous. Jean‑Luc était contre nous. Nous n’avions aucune chance. Il nous a trompés. Toutes les informations qu’il a fournies… Ils savaient tout de nous : nos recherches, nos applications…

Le silence tomba, lourd. Marie était consternée.

Puis une voix. Claire. Intime.

Maman ! Maman ! Tu m’entends ? C’est Lilia.

Marie porta la main à sa poitrine.

Lilia ? Lilia ! Où es‑tu ?

Nous sommes sur le campus. Nous avons retrouvé toute la bande. Hé Papa ?

Oui, Papa est avec moi. Nous sommes chez Jean‑Luc. C’est lui qui nous a trahis.

Je m’en doutais… Le salaud.

Marie inspira, troublée.

Tu me parles dans ma tête… Comment c’est possible ?

La Mémoire est en moi. Elle fait partie de moi.

Marie ferma les yeux. La voix de sa fille résonnait en elle.

Le programme UTILE est actif en nous. Essaie de communiquer avec papa.

Salut, Papa, tu es là ?

Jean sourit malgré lui.

Oui, Papa t’entend très bien… Mais toi, apparemment, ce n’est pas le cas.

Papa… Je suis désolée. Je t’aime.

Lui aussi, il t’aime.

Un silence vibrant.

Puis Marie reprit :

Il n’y a personne sur les routes. Vous savez pourquoi ?

Nous sommes allés dans le souterrain. Il y a des passages inconnus sous toute la ville. Ils datent des guerres de religions. Ici aussi, c’est une énigme. On n’en sait pas plus. Tout est calme. Vous revenez bientôt ?

Demain. Contacte‑moi vers midi. Bisous ma chérie.

Bisous maman.

Le silence retomba.

Ils n’eurent aucun scrupule. Ils emportèrent tout ce qui pouvait leur être utile.

Dans le garage, se trouvait une magnifique automobile. Les clefs étaient dessus. Comme si elle les attendait.

Jean la caressa du bout des doigts.

Elle sera notre dédommagement.

Marie prépara le repas : une salade de riz, des conserves, des fruits encore convenables, de l’eau, une bouteille d’un bon vin.

Chaque geste était précis, méthodique, mais chargé de tendresse : elle pensait aux enfants, à leur faim, à leur fatigue.

Jean chargea les sacs, les paniers de provisions. La voiture était prête pour demain.

Après le souper, ils reprirent leurs recherches.

Soudain, Jean s’écria :

Je pense connaître son code !

Il ouvrit le portable, entra le code. Helpful.

L’ordinateur démarra. Pas de réseau.

La liste des dossiers était impressionnante : Plaisirs, Privilèges, Jeunesses

Ils ouvrirent.

Ce qu’ils découvrirent les glaça.

Qui n’a pas rêvé de la jeunesse éternelle ? Les enfants sont une source de jouvence. Le prélèvement d’organes nous assurera une durée de vie très confortable…

Plus loin :

Très bientôt, nous serons en mesure de vous transférer dans un corps jeune, entre 16 et 18 ans. Vous pourrez choisir votre sexe…

Puis :

Une IA spécifique permettra de satisfaire tous vos désirs, même les plus fantasques. Les sujets participeront à tous vos fantasmes, ensuite leur mémoire sera effacée.

Et des photos. Trop subjectives. Trop écœurantes.

Jean pâlit. Ses mains tremblaient.

Marie détourna le regard.

Arrête. C’est écœurant.

Après le dégoût, le besoin de respirer.

L’écran géant n’affichait qu’une information : absence de signal.

Il restait la bibliothèque.

Marie choisit un livre. Jean prit un dossier : L’avenir sous contrôle.

Ils s’installèrent chacun dans un grand fauteuil en cuir. Le simple fait de s’y adosser suffisait : le dossier se modelait, se transformait pour épouser leur posture, comme une caresse mécanique.

Un silence doux s’installa.

La lecture devint un refuge. Un moyen de reprendre pied. De calmer les pensées.

Les pages défilèrent.

Puis Jean s’arrêta. Il releva la tête, le regard soudain fixe.

Marie… écoute…

Il lut :

« Dans une dictature, la conservation du pouvoir est assurée par des moyens coercitifs, alors que dans une démocratie, les moyens de conquête ou de conservation du pouvoir sont fondés sur la persuasion. Le pouvoir de l’information prévaut sur la force. Il existe pourtant une autre voie, découverte en 2025 : le contrôle par la Mémoire. Un cristal de roche utilisé comme microprocesseur et intelligence artificielle. Capable de contrôler les esprits sans les contraindre, de les faire adhérer d’eux‑mêmes à un but commun. Nous sommes sur le point de reprogrammer cette Mémoire, afin de l’asservir à nos exigences. Le projet Mnémosyne est en route. Tenez‑vous prêts. »

Un frisson les traversa.

Comme une fuite dans le sommeil, ils allèrent se coucher, l’esprit contrarié.

Le lendemain, après le petit‑déjeuner, ils reprirent la route. Le moteur ronronnait doucement. La maison, derrière eux, semblait retenir son souffle.

Ils savaient qu’ils ne reviendraient pas.

Ils quittèrent sans regret ce lieu où l’horreur était dissimulée. Marie ferma les yeux un instant.

Elle murmura :

Que la Mémoire nous guide. Qu’ont‑ils fait ?

Je n’en ai pas la moindre idée.

Ils prirent la route. Vers Montpellier. Vers leurs amis. Vers l’inconnu.

Ils laissaient derrière eux une vision du monde cauchemardesque. Leur motivation pour s’y opposer ne faisait que s’intensifier.

Et tandis que la route s’étirait devant eux, une évidence s’imposa :

rien ne serait plus comme avant.

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