15 - Le porte-conteneurs
Le matin suivant, Lilia et Island ouvraient la marche. Le cortège longeait la mer, silencieux, concentré. Après Carnon, la plage s’élargit, et l’immense porte conteneurs échoué apparut enfin : une masse sombre, figée dans le sable comme un animal blessé.
Devant lui, une bagarre éclatait. Le service d’ordre tentait de repousser des pillards. Island freina net. Impossible d’approcher.
Une fois réunis, Léandro proposa une idée :
— J’ai mon matériel d’escalade. Si on accroche le grappin au ponton, on pourra monter.
Les premières tentatives échouèrent. Le grappin retombait lourdement, encore et encore.
Alors le grand gaillard de la fac de droit s’avança. Il saisit le grappin, fit tourner son bras en larges moulinets, et le projeta.
Le fer siffla dans l’air, franchit le bastingage et s’accrocha dans un claquement métallique.
Un silence. Puis des applaudissements.
Un à un, ils montèrent.
À bord
Le pont était encombré de conteneurs rangés méthodiquement, portes face contre face, impossibles à ouvrir.
Une voix les interpella :
— Que faites vous sur mon navire ? Je suis le commandant.
Island répondit sans hésiter :
— Nous avons besoin de composants électroniques pour nos études. Ce bateau ne reprendra jamais la mer. Il serait absurde que ces fournitures finissent au fond de l’eau. Il n’y a plus de sociétés, nos gouvernants ont tout gâché.
Le commandant hésita, puis raconta : la tempête, la perte de son équipage, les instruments hors service, l’ensablement, les Implantés disparus.
Il conclut, amer :
— Nos dirigeants y sont pour quelque chose. Je comprends mieux leur insistance pour me faire implanter. Je n’ai jamais voulu. Suivez moi.
Il les conduisit à une cabine spécialisée où Usain, le storekeeper, gérait le stock.
— L’ordinateur est hors service, dit Usain.
Island proposa :
— Avec votre autorisation, on peut relancer l’application de gestion en se connectant avec notre portable.
Le commandant acquiesça.
— Je vous fais confiance. Allez y.
L’écran s’alluma. La recherche pouvait commencer.
Un compartiment affrété par une multinationale apparut : matériel informatique. B.176, T.2, R.12.
Usain expliqua :
— Ce n’est pas un code. Chaque conteneur est localisé par BAY, ROW et TIER. Les BAY sont numérotées de l’avant vers l’arrière. Rien de plus simple.
Dans les entrailles du navire
Ils descendirent. Un véritable labyrinthe. Usain avançait sans hésiter.
Ils arrivèrent à la rangée B.176. Le conteneur était au milieu de la rangée.
Le commandant revint avec deux marins. Les chariots élévateurs se mirent en mouvement.
Un peu plus tard, les portes s’ouvrirent dans un grincement métallique.
Le conteneur était plein à craquer.
Les premiers cartons révélèrent des pièces de rechange pour robots, puis des drones…
Mais soudain, un étudiant poussa un cri.
Les cartons suivants dévoilaient un trésor inespéré : implants, microprocesseurs, cartes informatiques…
Et même une boîte métallique scellée, portant une inscription :
MATRICOM
De quoi relancer leurs recherches. De quoi changer leur destin.
Le commandant sourit, presque soulagé.
— Je pense que vous avez trouvé votre bonheur ?
— C’est inespéré !
Le retour
Ils regagnèrent le pont, suivis par leur trésor.
Mais un nouveau problème surgit : comment descendre tout ce matériel sur la plage ?
Les marins s’en chargèrent. Ils installèrent une grue sur la rambarde, raccordée à un treuil. Le métal grinçait, les câbles se tendaient. Une nacelle fut accrochée, et les caisses descendirent une à une, oscillant au dessus du vide avant de se poser doucement sur le sable.
— Chacun son métier, dit Léandro.
Enfin, les marins les invitèrent à prendre place dans la nacelle.
Suspendus entre ciel et mer, ils descendirent lentement. Le vent fouettait leurs visages, les embruns collaient à leurs vêtements.
Arrivés en bas, ils saluèrent l’équipage. Le commandant leur adressa un signe de la main. Un au revoir chaleureux, presque fraternel.
Puis ils reprirent la route, les véhicules chargés à ras bord de leur précieux butin.
Le retour vers le campus se déroula sans encombre.
Mais une question demeurait, lourde, obsédante :
Le mystère des implants restait entier…
Le vent salé séchait sur nos visages, mais une autre marée montait déjà, plus sombre, plus profonde.

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