19 – Les découvertes
Lilia se précipite à la rencontre d’Island. Elle a hâte de tout lui raconter.
Island est assis dans son atelier, penché sur un Implant relié à un simulateur et à son ordinateur.
— Island, Island… Tu es là ?
— Oui, je bosse. Qu’est-ce qu’il y a ?
— Regarde ce que j’ai trouvé en cherchant le carnet.
Elle lui tend le papyrus. Island fronce les sourcils.
— Je pige pas… C’est un vieux document inutile.
— Non, regarde mieux : les cercles, la ligne, ces symboles d’un autre temps. Transposé en physique moderne, c’est la matière, la vie.
— La vie, il y a quatre mille ans… C’est chelou.
— Ma mère parle de trente à quarante mille ans. Les trois états : solide, liquide, gazeux. Puis les fréquences : chaque fréquence représente une figure de Chladni, un mandala. Et le troisième cercle, l’univers quantique, où les lieux et le temps sont infinis.
— Tu veux dire qu’ils étaient plus avancés que nous ? Franchement, j’y crois moyen.
Lilia insiste :
— Fais une expérience avec l’Implant. Island soupire, mais commence à coder. Il teste plusieurs variantes sans succès. Il est prêt à renoncer quand Lilia a une idée.
— Relance le programme, et moi, j’invoque la Mémoire.
— OK, mais si ça plante, c’est pour ta pomme.
Lilia ferme les yeux, visualise une courbe, l’amplifie.
— Ça marche, le signal change… Visualise une ligne ondulée, un cercle, l’infini. On augmente la difficulté.
Island raccorde l’Implant à un vibreur fréquentiel relié à une corde. Lilia fait vibrer la corde.
Les instruments s’affolent.
— Tu modifies la distribution des électrons autour du noyau, dit Island, stupéfait.
— Comme si la fréquence perturbait leur équilibre, ajoute Lilia.
— En théorie, c’est impossible… Mais le signal le montre. C’est phénoménal. L’Implant agit comme un résonateur, amplifiant certaines fréquences et créant des états instables. L’atome se comporte comme une onde en harmonie.
— La Mémoire me permet une intrication vers une autre dimension. On peut essayer.
— Je ne suis pas entièrement convaincu, mais il est nécessaire d'aborder la question avec une perspective nouvelle. Voyons voir...
Le dispositif vibrait, les câbles tendus comme des nerfs. Island donna le signal. Lilia ferma les yeux, évoqua l’événement. La Mémoire extrapola…
Un souffle étrange parcourut la pièce. L’objet sur la table sembla se dissoudre.
— La matière a disparu, murmura Island, incrédule.
Il vérifie ses instruments : la masse est toujours là, mais l’objet n’est plus visible.
— C’est impossible… Il s’est déphasé, comme s’il avait glissé dans une autre dimension.
— Je l’ai senti, dit Lilia, pâle. Faisons la même chose avec l’Implant.
— Tu cherches quoi, au juste ?
— Tu verras bien.
Island connecte l’Implant sur un microprocesseur en boucle, sans lien avec un porteur. Il branche.
— C’est bon, à toi.
L’Implant vibrait, ses parois tremblaient comme si elles allaient se briser. Puis soudain, il s’effondra sur lui-même et disparut. Plus aucune trace.
Island, blême, vérifie ses instruments.
— La masse est portant, toujours là… Mais il n’existe plus dans notre espace. Il s’est déphasé.
— Lui aussi, Je l’ai senti, murmure Lilia. Comme une vibration infinie. La Mémoire m’a reliée à un ailleurs. Island se redresse, la voix tremblante :
— Alors c’est ainsi que les Implantés ont disparu…
Ils n’ont pas été détruits…
Ils ont glissé dans une autre dimension…
Un silence lourd s’installa. Ce qu’ils viennent de découvrir dépasse tout ce qu’ils avaient imaginé.
Island a une idée :
— L’Implant est sous dimensionné. Je vais chercher mon résonateur...
Lilia range le labo.
Soudain, l’alarme hurle.
Lilia sort pour comprendre.
Dehors, c’est la débandade : l’armée attaque. Les murs vibrent sous les coups. La porte d’entrée cède dans un fracas métallique. Un blindé s’engouffre, ses chenilles écrasant le sol. Les drones menacent au-dessus.
Island rejoint Lilia,
— Tu es prête, nous allons leur montrer de quoi nous sommes capables.
— Oui, quand tu veux.
Island brandit son résonateur. Un grondement sourd parcourt l’air. Le char tremble, ses parois vibrent comme prêtes à se disloquer. Les soldats, pris de panique, quittent l’engin.
Island lance d’une voix ferme :
— Je vous avais prévenus. Vous êtes sur le campus, dans notre propriété. Ceci est un avertissement.
À toi, Lilia.
Elle n’a même pas besoin de formuler son intention. Le simple fait d’y penser suffit. Le blindé se met à onduler, puis s’effondre sur lui-même. En un instant, il disparaît, aspiré hors de ce monde. Les drones suivent le même chemin.
Le silence retombe comme une chape. Les témoins, figés, n’osent pas respirer. Là où le blindé et les drones s’étaient engouffrés, il ne reste qu’un vide étrange, une absence palpable.
Les chercheurs se regardent, incrédules. Certains murmurent des prières. Les étudiants fixent Lilia comme une apparition.
Island abaisse lentement son résonateur.
— Voilà ce que signifie franchir la frontière de la quatrième dimension, dit-il d’une voix grave.
Au-dehors, les officiers ordonnent le repli. Les chenilles s’éloignent dans un grondement étouffé. L’armée a compris : le campus n’est plus une cible facile, mais un bastion doté d’une arme inconnue.
Le campus se rassemble pour réparer les murs. La victoire, si inattendue, décuple les forces de tous. Après l’effort, nous nous retrouvons au réfectoire. L’air sent la soupe chaude, les voix s’élèvent, mêlant rires et fatigue.
L’ambiance est chaleureuse, bon enfant, presque insouciante.
Lilia parle à Marie :
— Maman, tu m’entends…
— Oui, ma chérie, répondit-elle doucement. Je t’entends, et je vois ce que tu es devenue. Tu portes en toi une énergie nouvelle.

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