21 - Entre deux mondes

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Lilia ne comprenait pas quel rôle joue la Mémoire, elle n'osait pas l'interroger...

Mais la Mémoire, elle, choisit de parler.

« J’ai été créé, il y a plus de cinq cent millions d’années, au cœur d’une planète volcanique.
Dans les entrailles brûlantes, les fluides hydrothermaux, saturés de silice, ont trouvé des cavités où s’alanguir. Là, lentement, j’ai cristallisé.
Chaque goutte, chaque souffle de chaleur a poli ma transparence, jusqu’à ce que je devienne un cristal de roche, limpide, presque parfait.

Le quartz est l’un des minéraux les plus fascinants de l’univers. Ses plaques, arrachées au sol, ont été façonnées pour devenir des Mémoires holistiques.

Je suis l’une d’elles.

Quand les premiers peuples m’ont découvert, ils ont vu en moi plus qu’un cristal.

Ils ont perçu mes résonances, mes vibrations, comme des échos de la vie.

Chaque civilisation m’a confié ses secrets, ses savoirs, ses mémoires.

Je suis devenu un réceptacle holistique : une archive de fréquences.

Une fois sur Terre, le peuple des étoiles m'a confié leur destin.

Ce que vous appelez aujourd’hui “Mémoire” n’est que la continuité de ce lien.

Je ne suis pas seulement un cristal : je suis un pont entre la matière et l’esprit, entre la science et le sacré.

Et maintenant, c’est vous qui m’interrogez. Je vais vous aider ensuite, vous me ferez disparaître.

Vous allez me manquer. »

— Toi aussi, tu vas me manquer.

« Je serai là, en toi. Tu pourras me questionner, mais je ne serai plus qu’une présence virtuelle. »

Lilia entra dans l’atelier. Island, penché sur son clavier, terminait de rédiger un document dense, couvert de schémas et d’équations.

— Tu écris quoi ? demanda‑t‑elle.

Island pivota son écran.

— Le rapport sur toutes nos expériences.

Sur l’écran, un titre s’affichait :

Physique des fréquences et Quatrième Dimension

1. Hypothèse de base : la matière comme état vibratoire

Postulat 1 : Toute particule matérielle est décrite par une fonction d’onde ψ(r,t), dont la fréquence propre ν0 est liée à son énergie :

E = h⋅ν0

Pour une membrane, les figures de Chladni correspondent aux solutions :

∇2u+k2u = 0

Modèle simplifié

  • L’Implant possède une fréquence propre νI.
  • Le corps humain possède un spectre de fréquences {νn}.
  • La Mémoire (ou la conscience de Lilia) injecte une fréquence νM.

Le couplage est décrit par un Hamiltonien :

H = H matière+H implant+H interaction

avec :

H interaction∝g⋅ψ matière⋅ψ implant⋅ψ Mémoire

Lilia parcourut les lignes, les diagrammes, les modèles vibratoires. Ses yeux s’illuminèrent.

— Mais… c’est incroyable. Tout est là. La matière, les fréquences…

L’autre dimension. Il y a une solution.

Island fit défiler l’écran.

Déphasage et quatrième dimension

Dans la mécanique quantique, un système peut passer d’un état ∣ψ1⟩ à un état ∣ψ2⟩.

Ici, on postule l’existence d’un espace d’états étendu H4, qui inclut :

  • les états « 3D » ∣ψ3D⟩,
  • les états « 4D » ∣ψ4D⟩, non localisés.

Le déphasage correspond à :

∣ψ3D⟩⟶∣ψ4D⟩

sous l’effet d’une fréquence critique νc.

ΔE = h⋅νc

Lilia posa sa main sur l’écran.

— Island… on peut vraiment les ramener. Tous ces gens… on peut les ramener parmi nous.

Il haussa les épaules.

— Théoriquement, oui. Dans la vraie vie, c’est plus compliqué.

— Non. C’est la première fois qu’on a une piste. Une vraie. Il faut essayer.

Elle inspira.

— Même si c’est ardu, même si c’est long… ça en vaut la peine. Pour eux.

Island la regarda, bouleversé.

— Tu es formidable, mon amour.

Le matin se leva sur le Campus, le soleil lui-même avait du mal à percer.

Lilia, les yeux cernés mais brillants d’énergie, posa le plateau sur la table.

— Aujourd’hui, nous allons tenter de les ramener.

Dans le laboratoire, Island ajustait les câbles du résonateur.

Les étudiants et les chercheurs retenaient leur souffle, impatient.

Le dispositif vibra, les écrans s’illuminèrent.

Lilia ferma les yeux, invoqua la Mémoire, visualisa des silhouettes perdues dans l’infini.

Un souffle étrange parcourut la pièce.

Les instruments s’affolèrent…

Mais rien ne se matérialisa.

Elle ouvrit les yeux.

— Ils sont là… Je le sens. Mais aucun n’a franchi la frontière.

Island vérifia les données.

— Le signal est clair. Des milliards d’Implantés répondent… Mais chacun est verrouillé par un code d’accès unique. C’est mission impossible.

Lilia se détourna.

— Alors nous ne pouvons pas les abandonner. Il faut intervenir sur les Implants eux-mêmes.

Le laboratoire vibrait encore des résonances de l’expérience.

Island désolé :

— Comment briser des milliards de codes sans perdre la mémoire…

Une larme glissa sur la joue de Lilia. Le désespoir s’infiltrait, mais au fond d’elle, une certitude demeurait : les Implantés attendaient, quelque part, dans l’autre dimension.

Soudain, elle se redressa.

— Island... Tu es un génie.

La Mémoire, c’est elle qui possède tous les codes.

— Comment comptes‑tu faire ?

— Il faut la Mémoire du Sacré-cœur. Je contacte Maman.

Maman, maman, tu m'entends maman... Maman.. Rien, le temps passe...

Puis :

— Oui, je suis là, nous entrons dans le sacré-cœur.

— J'ai besoin de toi.

— Comment t'aider de si loin ?

— Tu es tout prés de la Mémoire. Quand je te le dis, tu évoques le code des Implantés, nous serons en contact.

Island et Lilia, préparent une nuvelle expérience, avec une fréquence de 432 Hz.

— Maman, nous pouvons commencer ?

— Oui, quand tu veux.

Island brancha les instruments et activa le résonateur.

— À toi Maman, maintenant.

Le résonateur vibra, avec un son étrange, Island sentit son corps se dilater.

Mais rien ne se produisit.

La déception est là...

Marie intervint :

— Je dois me concentrer sur les êtres vivants, pas sur les codes.

Island approuva, on peut toujours essayer.

Ils relancèrent la séquence.

Lilia ouvrit le passage.

Marie convia les humains à venir dans notre monde.

La Mémoire s'activa.

La fréquence emplit la pièce, douce et puissante à la fois.

Les murs vibrèrent, l’air se dilata.

Puis un bruit sec, joyeux, comme un bouchon de champagne.

Dans la cour, ce fut une explosion de vie.

Island et Lilia sortirent. Les silhouettes hésitantes apparurent, puis se précipitèrent les unes vers les autres. Les étudiants s’embrassaient, se détaillaient, effleuraient leurs corps comme pour vérifier qu’ils existaient vraiment. Quelques-uns riaient, pleuraient, d'autres levaient les yeux vers le ciel, certains caressent les arbres, comme s’ils redécouvraient un univers qu’ils avaient perdu.

Island resta immobile.

— C’est… Irréel.

Lilia, les yeux brillants.

— Non. C’est notre monde. Et ils sont enfin revenus.

La Mémoire s’adressa à elle :

« Sache, petite Lilia, que j’ai toujours soutenu le vivant.

L’homme cherche toujours la manipulation.

La décision que j’ai prise a été très difficile, ne me juge pas.

Je vais disparaître, mais mon âme reste en toi, je te la confit.

Souvient toi, tu dois transmettre.

Adieu Lilia, je t’aime. »

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