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« L’obscurité ne nuit qu’à celui qui l’accroit.

L’obscurité ne nuit qu’à celui qui la croit. »

Street-art dans les rues de Saint-Brieuc, en référence à une légende bretonne

Calfeutré dans les profondeurs de la machine, il s’endormait paisiblement. Un bébé emmitouflé dans le ventre de sa mère.

Les volutes de fumée se dispersaient en spirales dans la nuit crème, ou dansaient la sarabande, effervescence projetée dans le faisceau des phares. S’étalaient en rideaux feutrés de part et d’autre de son cocon improbable, mais tellement confortable.

Cliquetis jour/nuit ; jour/nuit ; nuit/nuit-jour/noir-jour/nuit. Nuit. L’intervalle n’en finissait pas de s’irrégulariser.

Il glissait vers le sommeil, envahi d’une langueur apaisante qui rampait jusque dans ses jambes. Déjà il ne les sentait plus. Délivré du poids de l’apesanteur, il lui semblait qu’il pourrait flotter hors de lui-même. S’il se laissait simplement aller au calme environnant. Au silence.

Cette quiétude l’invitait à fermer ses paupières en ondoyant en vagues de bien-être.

Tel un enfant confortablement installé contre le ventre maternel. Se faire bercer, revenir à l’instant premier, loin de la frustration de la naissance : la faim, la peur, le froid, tout disparaissait en lentes sarabandes.


Boum. Boum. BAM.

Frémissante, la nuit vacillait, émergeant des débris épars répandus sur lui en couverture. Le ciel lui dégringolait son lot d’étincelles étoilées au rythme des coups portés contre la voiture fumante.


BOUM. BAM. Bang.

Une forme spectrale tambourinait avec frénésie sur les vitres fissurées. Son ombre titanesque, découpée dans un long manteau de ténèbres, tournoyait autour de l’épave. Sa noirceur éclairait le contraste pour mieux le rehausser : ponctuellement capturés entre deux cliquetis défaillants, chacun de ses passages paraissait aimanter à elle des monceaux entiers de clarté, jusqu’à les arracher des naseaux de la bête suffoquée. Dans son tango lumineux, son ombre s’étendait davantage dans la lueur du "jour" faiblissant.

En recherche d’une faille, elle virevoltait, fracassait, s’échinait. Sans répit. Des hurlements et du fracas, qui l’empêchaient de sombrer dans le sommeil.

Après toute la violence de la cacophonie, elle ne voulait donc pas lui accorder le repos mérité ? Il aurait bien voulu la chasser, mais ses muscles faciaux ne fonctionnaient plus. Et puis, c’était un tel gaspillage d’énergie hors de sa portée. Tout ce qu’il souhaitait, c’était de pouvoir dormir...

Deux mains s’abattirent contre la paroi où il était blotti. Elles s’agitaient, à la rencontre de son corps enfoui. Il ouvrit les yeux. Rien que cet effort douloureux lui était pénible :

À contre-nuit, la lueur cliquetait dans le dos de l’ombre. Une femme. Qui le secouait, l’appelait par son prénom. Il fixa son attache sur elle – Des étoiles s’étaient-elles posées sur ses cheveux ? – puis coulissa lentement sur la banquette. Nota la drôle de position de son corps replié. Dévia au-devant. Au ralenti.

Il distinguait les silhouettes de ses parents. Avachis dans leurs sièges, ils semblaient dormir. Une embardée, un vague tangage suffisaient à les plonger dans les bras de Morphée. Les veinards. Rien ne les maintenait en éveil, eux. Il les entendait rire au loin. Au-devant. Se moquer de lui et de son insomnie déroutante. Leurs échos l’incitaient à venir les rejoindre s’endormir, lové entre eux.

C’était si tentant... Mais la distance qui séparait les deux banquettes était infranchissable. C’était si loin. Tellement inaccessible, le devant. Comment pouvait-il jamais y parvenir ?

Après tout, il pouvait très bien rester là où il était. Abstraction faite de l’énergumène, il n’était pas si mal.

Il lâcha prise sur la réalité. Et le silence envahit l’habitacle. Il s’aperçut que son esprit dodelinait de nouveau et cette idée lui plut.

Rasséréné et enfin délassé, l’enfant ferma les yeux sur la nuit –

jour-nuit-nuitnuitnuit.

Noir.

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