Mathieu (5/5)

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Florian l’arrête dans ses tergiversations :

brusquement, Florian écarta les bras comme pour une embrassade éperdue.

— Ce n’est pas un piège, je te jure. Je t’en prie... J’ai vraiment besoin de toi pour lui faire remonter la pente. Il est vraiment en miettes. Et il n’a personne.

— Pourquoi moi ?

C’est sorti tout seul, dans un gémissement étranglé.

— Cette tête de mule est convaincue que Claire est bien mieux sans lui, à l’abri du danger. Il refusera de la voir. Et hormis elle, qui le connaît mieux que toi ? Tu sais tout ce qu’il a traversé.

— Cela ne change rien à la situation. Même s’ils ont moins d’emprise sur lui, il voudra me déchiqueter à la minute même où il m’apercevra.

— Je t’assure que non. Pour la simple raison qu’au fond de lui, il attend qu’on l’aide. Il est tellement buté qu’il ne voudra jamais se l’admettre, mais il t’attend.

Mathieu ne savait plus à quel instinct se vouer. En lui, une part déviante ne pouvait s’empêcher d’adhérer à la théorie complotiste. Pourquoi Florian se donnerait-il tant d’efforts pour lui confier ce genre de missions pathétiques ? Et si l’Autre avait raison ? Si c’était une autre de leurs manipulations ?

— Raison purement intéressée, confirma Florian qui devançait ses interrogations. Bastien souffre seul et Alec en pâtit. Il ne pourra pas le supporter bien longtemps. Si son frère continue de s’enfoncer, Alec n’aura plus...

"Je ne peux pas rester les bras croisés, se reprit-il de sa fougue indignée.

Presqu’à temps.

"Merde alors. Il me rallie à sa cause, ce crétin fini."

Mathieu soupira. S’efforça de soutenir la tension de cette teinte noisette pour tester les limites de la franchise de Florian.

— Tu le fais vraiment pour Alec ? Ou tu le fais pour toi ?

Pour le coup, c’est Florian qui hésite. Attitude extraordinairement normale. Pour un être humain s’entend. Et pour la première fois depuis une éternité, Math’ déchiffre à nouveau Florian comme un livre ouvert. Florian hésitait. Comme s’il hésitait à dévoiler son appartenance à une espèce qui l’avait répudié, à avouer que la réalisation de ses actions desservait une dimension héroïque pour simplement soulager sa conscience. Mais aussi pour protéger les gens auxquels il tenait, en place de ceux qu’il n’avait pas su protéger. Et Mathieu savait de source sûre que Bastien faisait partie du nombre.

Dans cette fragilité dénudée, Florian, s’il l’avait pu, se serait mordu la lèvre. Un geste banal. Purement humain.

Il connaissait mieux Florian qu’il ne l’aurait cru.

Au. secours.

— Vas-y. Je t’en prie. Si tu ne le fais ni pour lui, ni pour... toi, fais-le au moins pour Alec. Il te l’aurait demandé s’il l’avait pu. Tu le sais.

Évidemment qu’Alec l’aurait supplié ! Et lui aurait de suite accepté, benêt comme il est. Dieu, il avait trop d’attaches avec cette famille.

— Et Claire ? Elle... Elle souffre elle aussi, non ?

Florian l’examina oser la question qui le taraudait au même titre que le sort de Bastien. Non sans une pointe de raillerie.

— Tu le saurais si tu avais maintenu le contact.

— Je n’ai pas maintenu le contact. Personne ne l’a fait. Ils nous ont abandonnés ici, je te rappelle.

Une ébauche de sourire effleura les lèvres de Florian. Nostalgique. Douloureux.

— Ne lui dis pas que tu viens de notre part. Il se braquera à coup sûr.

— Attends !

Sa voix s’étranglait. Comme sur un point de départ. Les pensées s’entrechoquaient. Trop à demander. Si peu de temps. Personne n’y échappe.

— Anaé... Anaé, ma cousine. Est-elle...

Il déglutit, reprit des forces pour crier en direction de l’évanescence progressive de Florian.

— Est-elle dans la Boucle, elle aussi ?

Florian daigna se retourner. Une immense ombre repeignait sa silhouette, filiforme déjà.

— Pas que je sache.

— Ça veut dire quoi, "pas que je sache" ? hurla Mathieu qui ne pouvait se contenter d’une réponse aussi imprécise.

— On ne sait pas combien sont prisonniers de la Boucle, lâcha Florian, vaincu par la force de cette gravité intangible. Il se détourna.

— Mais certains y errent encore, confia son dos, à regret.

— Comme qui ?

Silence.

— Je ne veux pas finir comme cela chuchote-t-il d’une décade presque désespérée, dans un murmure qui se meurt dans le silence d’une fin de morceau.

Personne ne devrait finir ainsi.

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