Chapitre 5.1
I’ve ben sleep walking for some days, must be the bug inside my brain
Tip toe through our fantasy, realize it’s just a show, all we’ve known is breaking down
Tell me, am I crazy now, (if every night), I just lay here shaking out (you loose your mind)
Too close to insanity, all the lies that I’ve been hiding from them,
I won’t make a sound;
Run run until we’re farther away now,
Someday after everything fades, we’ll find a way to leave it all behind.
Til then we’ll fall in circles, til then we’ll fall in circles, slowly loose our minds[1].”
Crazy, Kevin Oh & Primary (2021)
Derrière la voiture elle s’était accroupie. Cécile lui avait renvoyé son questionnement au travers de ses yeux de poupée. Immenses. Harassés par des nuits délavables à espérer, et des semaines sans merci à veiller sur Claire comme une louve. Cela aurait dû être le job du frangin, ça. S’il ne venait pas de se tirer en refilant un bébé maniaco-dépressif dont personne n’avait osé s’occuper. Cécile exceptée. Les trois garçons s’étaient défilés, qu’aurait-elle pu faire ? Cécile osait tout ce qui ne la concernait pas. Bien plus facile que de se concentrer sur ses problèmes à se ronger le peu de sang-froid qu’il lui restait.
— C’est quoi la suite du plan ? lui avait-elle demandé d’une voix usée de son souffle court.
Essoufflé non par l’exercice, mais la pression qui s’accentuait sur ses épaules vacillantes.
— Attends un peu, je réfléchis.
C’est tout ce qu’elle avait rétorqué pour s’acheter une contenance. Avant de le regretter de suite. L’inciter à attendre, encore ? Quelle débile.
Ils avaient intimé à Cécile de les accompagner, soi-disant afin de se focaliser en priorité sur les souvenirs de sa prédécesseuse. En réalité pour chasser en elle les dégâts que provoquaient l’espoir indécent d’un mieux qui n’arrivait pas. Aux yeux de Cécile, à défaut du retour d’Arthur qui se faisait désirer, celui de Bastien serait un bon point de départ pour un mieux relatif. Mais Rien ne s’était profilé à l’horizon et avait gagné les prunelles enfiévrées de Cécile.
Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se lasse. La lassitude de l’attente avait eu raison de sa patience.
Cécile avait sorti ses griffes.
— Prends tout ton temps, surtout, avait-elle raillé.
— Si tu as une idée brillante, n’hésite pas à nous en faire part de ton côté, princesse.
— Et si vous attendiez que je finisse de planter le décor avant de vous crêper le chignon ? ronchonna Mel, optant pour le ton sec de la Commandante qui n’admettrait aucune réplique d’artillerie. Concentrée sur la reproduction fidèle de la vision fugitive que Garance avait débusquée des moirures de l’éclat de Cécile.
Elles ne pouvaient même pas jouer sur la carte de leur Voix pour prétexter un léger dérapage. Elles s’étaient tues toutes les deux comme des gamines la main dans le sac.
Si ça n’avait pas été Cécile, Léane aurait rechargé. Mais dans ce contexte, même si c’était rageant, elle n’avait pu que se contenir et attendre que Mel termine.
À en juger par la localisation qui s’était découpée plus nettement, elles s’étaient toutes trois camouflées entre deux rangées de voitures déjà obsolètes. Un point de rencontre dans un parking donc. Loin d’être le lieu le plus improbable qu’ils avaient déjà hanté, mais qui détonnait quand-même.
Elle voulait bien concevoir que le fragment n’avait qu’une faible influence sur la formation de leur personnalité, mais pas à cette extension. Il se fichait d’autant plus aisément dans un hôte dans lequel il se reconnaissait. Plus la correspondance était étroite, plus la manipulation serait simple, jusqu’à l’assimilation. Et elle aurait parié que les versions antérieures de Cécile n’étaient vraiment pas du genre à verser dans le caillera.
Elle s’en souvient, elle avait haussé les sourcils à l’adresse de Mélissa.
— C’est là que se dessine sa présence, c’est là que Garance nous a envoyées. S’ils doivent se pointer dans un parking, je n’y peux rien.
Et de fait, ils n’avaient pas tardé à se pointer. Cécile avait retenu un hoquet suffoqué.
— C’est moi.
Avant de se reprendre à temps, la main sur le cœur. Pâlissant sous sa réplique.
— C’est elle, avait-elle murmuré, palpitante d’angoisses.
Alors que sa camarade s’était dressée comme un ressort prêt à s’élancer mû par la force d’un aimant, Mel l’avait forcée à se rasseoir contre la voiture.
— Tu. Restes. Dans. Ton. coin. Il ne faut pas qu’elle te voie, ce serait dangereux. On s’occupe du reste, tu n’as qu’à nous attendre ici.
Cécile avait émergé de sa transe pour leur jeter un regard désillusionné. Attendre, encore ? Abandonnée abonnée aux coins ?
Mélissa s’était sentie coupable de ce reproche vivant qui les transperçait haineusement. Dans ces yeux, elle s’était vue comme la pire des garces, mais elle en avait fi. Déterminées à poursuivre un mirage, elles l’avaient laissé seule sur ce parking nauséabond, virant au saumâtre, les veines apparentes s’infiltrant en transparence sur sa peau distendue. Jusqu’à l’emplacement de son cœur, pour mieux l’empoisonner. Cécile se doutait-elle au fond, à la simple morsure du fragment qui la poignardait tel un avertisseur sonore, que ce parking serait sa tombe ?
Elles n’auraient pas dû la laisser seule avec elle-même.
Mais elles ne savaient pas. Elles se pensaient sincèrement en mesure d’empêcher l’inévitable de se réaliser. Alors même qu’il s’était déjà produit. Elles s’étaient crues prêtes à le rembobiner autant de fois qu’il le faudrait, juste pour arracher au miroir une âme supplémentaire. Et elles n’en connaissaient même pas la teneur.
Ils les avaient semées. Ils les semaient toujours. Se volatilisaient sur la fin, sur les traces d’un songe qu’elles ne parvenaient à saisir. Tels des fantômes.
Elle n’aurait pas dû la laisser seule. Elles ne seraient pas revenues bredouilles pour affronter Cécile, contrainte de visualiser la fin rejouée à son intention :
Des silhouettes surgissaient de derrière les voitures, arrachées à l’ombre pour viser sa pareille, son reflet d’une autre vie. Dans un parking mal famé propice aux gangs de série Z, d’où sortaient-ils si facilement un pistolet ? C’était quoi l’histoire, cette rage inconnue ?
Une jeune fille obstinée, au blond lunaire, se jetait sur elle pour la recevoir à sa place, cette balle perdue. S’éteignant lentement sur place. Avec la même obstination ravageuse.
La main en bâillon pour ne pas s’entendre hurler au diapason en échos réfractaires, Cécile. Cachée entre deux voitures.
Elles l’avaient secouée, elle n’avait pas moufté. Bafouillant sa tirade. Même après l’évasion des acteurs principaux. Elle y était encore, dans ce scénario bâclé. Figurante à part entière.
— Cette... cette fille. Comme Caitlin. Si elle l’avait voulu...
— Cécile !
— Comme Caitlin, elle s’est solidifiée… la lame aurait pu la traverser sans la toucher. Elle ne l’a pas fait pour la sauver. Pour me sauver. Pour me sauver.
— Ce n’est pas toi, Cécile. Cécile ! Ce n’est pas toi qu’elle a sauvé !
— Cécile, reviens ! Maintenant !
Mélissa la suppliait. Elle savait qu’elles l’avaient perdue en chemin.
Déjà elle se confondait avec elle-même, emboîtée dans un double fantomatique dont elle absorbait la culpabilité de sa survie. Dès cet instant, Cécile était perdue. Aspirée dans un abîme de confrontations qui n’en finirait plus. Captive d’un jeu de miroirs face à face, Cécile avait consciemment laissé le reste de son âme au vestiaire. Dans un scénario de série Z.
— Il n’est pas question que tu l’emmènes avec toi !
Arthur fulminait pour deux, comme si Natacha n’avait pas droit au libre arbitre. Pour une fois, il était clairement visible qu’il cherchait à user de son influence pour imposer son point de vue. Néanmoins, bien qu’il ait lui aussi gagné quelques centimètres supplémentaires pour arriver à sa hauteur, et malgré sa colère qui le gonflait de volume dans un espace si restreint, rien de cette manifestation ne semblait impacter Bastien qui restait impassible. Il le sonda d’un regard indéchiffrable.
— Ôte-moi d’un doute. C’est toi ou Émile qui s’exprime, là ? Il a peur que je lui sabote sa lignée en route ?
Bastien écopa d’une bourrade offusquée de Nat, choquée qu’il adopte un ton condescendant déplacé.
— Tu sais très bien ce que je veux dire. Pourquoi l’as-tu encore ramenée ici ? Tu n’as pas à la promener partout avec toi comme une marionnette. Laisse-la en dehors de ça !
— Il ne me promène pas, osa Natacha.
Elle récolta la moue catastrophée d’Arthur et le sourire en coin de Bastien.
— Tu vois, personne ne la force. Elle tient à m’accompagner.
— Ah bon ? Et pourquoi a-t-elle besoin de t’accompagner en permanence ?
— Je suis juste ici, si tu veux me poser la question.
Bastien fit signe à Natacha de laisser courir.
— C’est sa manière de nous aider, d’enfin participer sans avoir à servir leurs plans. Elle aussi, elle va vriller si elle ne fait rien pour apaiser sa conscience. Voilà pourquoi elle a besoin de m’accompagner. Et ça fait partie du marché que j’ai conclu avec elle.
— Quoique tu lui aies promis, ça ne me plaît pas, releva Arthur. Mais je sais que rien ne te fera changer d’avis.
— C’est à peu près ça. Et tu sais que je ne ferais rien qui pourrait vous mettre en danger. Ou Natacha.
— Nous, non. Mais je te connais, Bastien : tu fonces sans réfléchir et tu en es à un stade où tu te moques de ce qui pourrait t’arriver, à toi.
— C’est pas faux. C’est pourquoi, moi j’ai besoin qu’elle m’accompagne. Et si tu n’y vois pas d’inconvénient, je voudrais que Thomas vienne aussi avec nous.
Arthur cilla.
— T’en as encore beaucoup, des conditions du genre ? Pourquoi aurais-tu besoin de Thomas ? Et puis, non ! Quel que soit le miroir auquel tu te rattaches, ce n’est pas du tout celui de Thomas ! Mais qu’est-ce que tu fabriques ?
— Il cherche sans doute à rééquilibrer les forces, diagnostiqua Kiernan en ouvrant la porte à la volée.
Tous trois sursautèrent quand la lumière contrasta leurs visages abrutis de pénombre.
— Pourquoi es-tu revenu, après le fiasco de la semaine dernière ? contrattaqua Bastien dans la foulée.
Kiernan s’appuya contre la porte et éluda la question de ses grands yeux noirs dubitatifs.
— Pourquoi vous vous cachez dans un placard ?
Il jeta un soupir théâtral.
— Ne me dites pas que c’est la seule solution possible pour ne pas être dérangés par l’excitée qui te sert de sœur.
— Non mais ça va pas ?! C’est une excitée, d’accord, mais il n’y a que moi qui ai le droit de le souligner, c’est compris ?
— Referme la porte, ordonna Arthur, agacé.
— Pour vous laisser continuer vos trucs dans le placard ?
— Très drôle, grinça Natacha.
— Quand elle en aura fini de se bouffer le nez avec Mathieu, elle s’en prendra à Bastien, et c’est le seul endroit où elle ne risque pas de lui tomber dessus avant qu’il termine de m’expliquer un autre de ses plans foireux.
— Ça c’est certain. Pourquoi elle s’amuserait à se téléporter dans un placard dont elle ne connait pas le contenu quand elle peut tout bêtement ouvrir la porte comme je viens de le faire ?
— Parce que, elle au moins, elle ne peut pas faire sauter un loquet de l’intérieur ? avança Nat.
— Referme la… laisse tomber, soupira Arthur quand Claire se précipita dans la bibliothèque, Mathieu dans son sillage essoufflé.
— En parlant de marionnette que je me trimballe partout avec moi, marmonna Bastien.
— Il n’y a pas moyen que tu me laisses encore ! Je viens avec toi, et je n’en ai rien à foutre que tu me l’interdises ! brailla à Bastien l’excitée qui lui servait de sœur.
— Je sais. C’était prévu. Sauf si c’est Arthur qui te l’interdit.
Bastien s’extirpa du débarras sans prêter attention à l’étroitesse du passage ni à la confusion dévastée d’Arthur. Il semblait même soulagé que Claire lui apporte cette alternative qui n’en était pas une. Pour le coup, Mathieu sentait poindre une nouvelle frustration, enrageant de devoir déployer des trésors d’ingéniosité vaine pour freiner Claire dans sa quête de son frère à travers les corridors. À quoi bon pour un tel résultat que Bastien anticipait, et même espérait ?
— Fini le foutage de gueule. Que cherches-tu à faire ? siffla Arthur. Et toi, tu voulais dire quoi en parlant de rééquilibrer les forces ?
— C’est juste une supposition.
Kiernan n’avait plus l’air aussi sûr de lui.
— S’il veut libérer Cécile, il doit utiliser les mêmes moyens qui l’ont emprisonnée, Différents reflets. Et c’est d’autant mieux s’il les utilise issus des trois miroirs.
Bastien l’épingla d’un coup d’œil dérouté.
— C’est ça ton plan ? s’enquit Arthur. Vraiment ? Alors qu’on avait conclu que c’était dangereux de mélanger les miroirs, justement à cause de ce qui est arrivé à Cécile ?
— Euh ouais, c’était quelque chose dans ce goût-là, pesa prudemment Bastien. En fait, si c’était exactement ce plan, se reprit-il en se détachant de Kiernan. Je savais que Claire ne voudrait plus me lâcher, et Thomas assurerait la liaison. Cécile s’est fait emprisonner parce qu’il y avait seulement deux miroirs sur le terrain. On sera plus en sécurité avec les trois assemblés qu’avec deux formant un médaillon bancal.
— On ne peut pas jouer nos vies sur des suppositions ! Et pourquoi Thomas d’abord ?
— Il nous ferait un sketch si on prenait Mathieu à sa place, rétorqua Bastien en dardant sur ce dernier un avertissement appuyé.
« Surtout ne dis rien. Surtout ne t’impose pas, ne demande pas à venir. C’est Thomas qu’il nous faut. »
Évidemment. Pour jouer le jeu des Fouchtras.
Et surtout, Kiernan n’avait pas lancé cette supposition en l’air, sur un coup de vent. Mathieu venait de le percer à jour.
Mathieu rongeait son frein. Mortifié. Il mourait d’envie de tout balancer à Arthur, pour qu’il l’aide à stopper les complots et la connerie aveugle qui les entourait. Cloué au sol par une loyauté qui le réduisait au silence. Contrairement à Arthur qui pataugeait dans la semoule, il avait saisi la portée de l’échange silencieux entre Kiernan et Bastien. Le temps d’un regard, Bastien s’était coloré d’une légère nuance mate qui ne lui avait pas échappé : c’était exactement la même qu’il avait prise quand il avait omis de développer les majeurs trous de son histoire sur les mensonges des fantômes. Bastien cachait des secrets à Kiernan qui en faisait de même envers Bastien. Mais tacitement, ils venaient tous deux de se le signaler en le gardant comme un secret commun à ne pas dévoiler. Comme Thomas et Bastien, Kiernan aussi avait conclu un pacte avec un Fouchtra. Et il savait que Bastien avait compris qu’il savait et qu’il avait compris ce que lui-même savait. La merde totale.
— Qu’est-ce que tu fous ici ?
La ponctuation sonnée, agressive comme une accusation, écorchait même ses propres oreilles. Kiernan parut surpris. Mais se ressaisit bien vite, mettant tout sur le compte de la Voix. Ben, crois ce que tu veux. Je t’ai à l’œil.
— Bon, on n’avait pas tort de prendre nos distances, mais c’est fini. Je suis revenu pour aider. Si je peux. Ou pour apaiser ma conscience, à moi aussi. Tu sais, Cate parle fort, mais elle sait qu’elle n’a pas d’autre choix que d’être concernée. Elle va revenir. Ilian aussi.
Ben voyons.
— Tu vois, il veut aider. Je suppose que tu vas aussi lui proposer de t’accompagner ? Pour une bonne complémentarité et tout ça. Et toi, tu serais le parfait conciliateur qui empêcherait tout ce petit monde de déraille, vu que tu n’es soumis à aucun miroir en particulier. C’est pas vrai ?
Bastien eut l’audace de paraître offensé par l’intonation railleuse de son ami. Arthur roulait des yeux décontenancés en direction de Natacha et Claire, lesquelles étaient bien incapables de l’éclairer. Kiernan en revanche, avait compris la direction que Mathieu imposait et le fixait d’un regard dur, les lèvres serrées.
— Bon ben voilà, le groupe est formé et sur le départ, conclut Mathieu sur un ton faussement enjoué et enlevé, vite expédié. Sur ce, moi, je vous laisse à votre sauvetage.
— Qu’est ce qui t'arrive ? marmonna Bastien en le saisissant par le bras.
Dire qu’il en avait voulu à Ninon de le traiter de mec loyal. Elle était bien plus lucide que lui sur la question. Qu’il aurait voulu pouvoir la contredire !
Mathieu se dégagea d’un froissement sec, pressé d’en finir.
« Tu me fais promettre de garder ton secret, mais ne me demande pas de regarder jouer votre comédie en applaudissant sans broncher. »
Il s’échappa sans un mot, furibard. Cette histoire le rendra dingue.
Dans le salon, il surprit une conversation feutrée entre Léane et Lucas. Et voilà autre chose. L’expérience de toute une vie en accéléré avait ébranlé Lucas, c’était manifeste. Et Léane n’était plus aussi vindicative qu’avant. Eux qui ne pouvaient plus se blairer, les voilà comme cul et chemise. Mais pour ce que ça changeait, il s’en fichait. Ça n’apaiserait pas ses ressentiments le moins du monde. Thomas les surveillait, attentif à la chose sans manifester le moindre remords sur toute cette situation. Mathieu allait craquer. Résistant à l’envie dévorante de la Voix de balancer une bûche à la gueule de Lucas, le moins concerné de cette affaire, il fonça direct sur Thomas, pressé d’en finir.
— Bastien va avoir besoin de toi dans son escouade.
Thomas ouvrit des mirettes effarées que Mathieu avait envie d’enfoncer au couteau.
— Moi ? Pourquoi aurait-il besoin de moi ?
— T’as qu’à lui demander, tiens ! Il y a sans doute un rapport avec ce que tu manigances avec Elsie. Parce que tu n’en as pas terminé, j’imagine ? assena Mathieu en passant devant lui non sans mépris pour foncer s’enfermer dans sa chambre.
À l’abri de cette assemblée de barges.
Thomas tressaillit.
Lucas fronça les sourcils.
— Il voulait dire quoi ?
Un trouble torturé s’afficha sur son visage :
— Tu sais ce que trafique Bastien ?
— Non, aucune idée, mentit Thomas en se tortillant sur son siège. Je ne sais pas ce qu’il trafique. Et je n’ai plus rien à faire avec Elsie, enchaîna-t-il sous la tension que projetait Léane en l’épinglant de son œil froid.
— Y a intérêt, conclut Léane d’une sentence glaciale.
Thomas se renfonça dans le fauteuil, mal à l’aise.
*
[1] « Je marche en somnambule depuis quelques jours, cela doit être à cause de l’insecte (du bug) dans mon cerveau / Il s’est infiltré dans notre fantasy, on a réalisé que c’était juste un show /tout ce que nous connaissions se brise.
Dis-moi, suis-je fou, (si chaque nuit) je me mets à trembler dans mon lit (tu perds l’esprit) / trop proche de la folie, tous les mensonges que je leur cache, je ne ferai pas un son.
Courons, courons loin jusqu’à être hors de vue, / Un jour, après que tout se soit effacé, nous trouverons un moyen de tout laisser derrière / En attendant, nous tomberons en cercles, en attendant nous tomberons en cercles, perdant lentement la boule (l’esprit). »

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