CHAPITRE 3  : LA DERNIÈRE VALSE (La fiancée de l'Anaon)

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Elle crut étouffer ! Anne se réveilla en sursaut, la petite main de Louise plaquée sur sa bouche. Sa petite-fille lui fit signe de ne pas faire de bruit. Elle se baissa vers elle et murmura au creux de son oreille « Je t’emmène voir grand-père ».

La fatigue disparut du corps et de l’esprit d’Anne qui se prépara avec l’aide de Louise. Ensuite, elles prirent chacune une petite lanterne et sortirent de la maison sans faire le moindre bruit.

Le temps était beaucoup plus doux, une légère brise soufflait faisant jouer la lune à cache-cache avec les nuages.

Elles descendirent, armées de leur prudence et de leurs lanternes qui dansaient à chaque pas, le chemin escarpé qui menait à la petite crique et arrivèrent sur une plage de sable fin. Seul le bruit des vagues venait rompre le silence du lieu.

Anne et Louise allèrent s’asseoir sur un petit rondin de bois et contemplèrent le va-et-vient de l’eau sur le sable. C’est alors qu’elles le virent. Le bateau était apparu de nulle part. Puis, une ombre avança vers elles et enfin il apparut : le corps cadavérique de l’Anaon qui arriva au bord de l’eau. Ses vêtements n’étaient que des haillons, et les algues couvraient des parties de son corps ; ses yeux vides avaient tout de même conservé des reflets bleus marins. Il tendit la main, dans laquelle il tenait fermement son médaillon du Crann Bethadh, vers Anne.

Malgré l’apparence repoussante, Anne fut émue aux larmes et se leva avec difficulté avant de rejoindre l’Anaon de Yann.

Au bruit du vent et de la mer, se mêla une douce mélodie.

Timidement, les anciens amants réunirent leurs mains et commencèrent à valser au son de cette douce musique, sous le regard à la fois effrayé et émerveillé de Louise.

Une bûche craqua dans l’âtre de la cheminée, réveillant Yannick en sursaut. Le visage fatigué, il s’aida du bord du lit pour se lever et alla remettre du bois. Il se réchauffa quelques instants, puis retourna se coucher.

La nouvelle clarté de la pièce lui fit s’apercevoir que Louise n’était pas dans son lit. Pensant que sa fille était allée rejoindre sa grand-mère, il entra dans la chambre d’Anne. Le poids sur le cœur qu’il eut lorsqu’il découvrit le lit vide, le fit tituber légèrement. Il s’habilla à la hâte, manquant de renverser la bibliothèque remplies de ses précieux ouvrages scientifiques. Il attrapa une lanterne qu’il alluma et se précipita dehors.

Il hurla le nom de sa fille et de sa mère, en vain. Il se dirigea vers le bord de la falaise, et n’en crut pas ses yeux ; un étrange spectacle se déroulait dans la crique en contrebas : un couple dansait dans l’eau et une silhouette les observait.

Il se mit à courir.

Anne et l’Anaon dansaient dans le clair de lune. Louise remarqua que l’Anaon, au fur et à mesure qu’il effectuait les pas de danse aux bras de sa promise, devenait de plus en plus humain. Ses yeux étaient moins vides et retrouvaient leur aspect d’antan, les algues qui couvraient son corps retournaient à la mer, ses vêtements déchirés étaient rapiécés et son visage si pâle reprenait des couleurs.

Des changements pouvaient aussi s’observer sur Anne : son dos voûté s’était redressé, ses chevaux blancs laissaient place à un roux flamboyant et son regard avait retrouvé l’éclat de sa jeunesse.

Ils ne se parlaient pas, mais leurs yeux pleins de tendresse l’un pour l’autre, se racontaient les années perdues.

Yannick arriva dans la crique en hurlant le nom de sa fille. Louise se retourna et se sentit étouffée lorsque son père la serra de toute ses forces dans ses bras. Il avait beau être fâché de sa « fugue » nocturne, il ne lui en tint pas rigueur. Ce n’est qu’après les embrassades avec Louise, qu’il porta son attention sur le couple de danseurs qui continuait de valser.

Un rayon de lune éclaira leur visage et Yannick reconnut sa mère. Il resta interdit quelques instants, stupéfait de ce dont il était témoin. Louise souriait, sachant ses grands-parents enfin réunis.

Le couple s’arrêta de danser. Ils posèrent leurs têtes l’une contre l’autre.

Leurs vêtements se délavaient et leurs corps devenaient tellement pâles, que l’on pouvait apercevoir en transparence, les allers-retours des vagues. Ils tournèrent la tête et offrirent leur plus beau sourire à leur fils et à leur petite-fille. Puis, un nuage cacha la lune et le couple s’évanouit dans l’obscurité.

Chamboulé et ému, Yannick remettait en cause toutes ses certitudes tandis qu’il ramenait Louise à la maison.

Dans les bras de son père, Louise regardait encore la mer. Elle crut apercevoir dans la pénombre, deux silhouettes qui dansaient.

Elle sourit.

FIN.

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