CHAPITRE 1 : AVANT LA BATAILLE (La Santirine)

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Lilys connaissait bien cette légende, Pierre la lui racontait depuis qu’ils étaient petits. Pourtant, c’était la première fois qu’elle était effrayée. Sans doute parce qu’elle et Pierre gardaient l’entrée de la tour désaffectée qui servait de camp pour la nuit à leur bataillon, et que cette tour avait pour voisine la fameuse forêt maudite.

Mal à l’aise dans son armure, Lilys se demandait si elle avait bien fait d’accepter de prendre la place de son père à la guerre. Bien sûr, elle était fière ; son père ne l’avait jamais regardé avec autant d’amour depuis qu’elle avait accepté - après une longue discussion - de se faire passer pour son fils aîné.

Elle était la plus jeune d’une famille de trois filles. Ses sœurs et son père n’étaient pas des plus aimables avec elle ; leur mère était morte en lui donnant naissance, lui valant l’animosité de ses sœurs et la haine de son père. Haine d’autant plus grande que ce dernier ne désirait point un troisième enfant ; mais l’homme adorant sa femme plus que tout, elle lui avait fait promettre de s’occuper et d’aimer cet enfant qu’elle voulait appeler Lilys, en hommage à la fleur qu’elle aimait tant.

Le père tint ses promesses, en partie. Certes il s’était occupé d’elle, il lui avait donné le gîte et le couvert ; en revanche pour l’amour, c’était une tout autre histoire. Non pas qu’il la maltraitait, mais sa routine quotidienne consistait à lui faire sentir dès le matin qu’elle n’avait pas sa place ici et quant au reste de la journée, il se désintéressait totalement de son sort. Ses sœurs, d’ordinaire si « charmantes », ne lui adressaient la parole que pour lui faire un reproche ou la culpabiliser.

Mais l’arrivée d’un messager royal avait changé les choses.

Le père de Lilys était un notable de la région, tout ce qu’il y a de plus respectable. Du moins, pour un regard extérieur. Ses gens étaient bien traités, mieux que sa fille et il jouissait d’une très bonne réputation parmi les autres notables du pays qui pour la plupart, ignorait qu’il avait une troisième enfant.

Lilys s’arrangeait de cette situation. Certes, elle aurait aimé partager d’avantages de choses avec sa famille, avoir la reconnaissance qui lui était due lorsqu’elle se pliait en quatre pour que leur moindre caprice soit exaucé. Mais elle devait bien reconnaître que le désintérêt de ses proches, lui octroyait une liberté que même ses sœurs lui enviaient.

Et donc, au printemps dernier, Lilys et Pierre s’entraînaient une fois de plus avec des épées en bois, aux abords de leurs domaines respectifs. L’entraînement des jeunes gens fut interrompu par l’arrivée d’une troupe : quatre soldats et un messager. Sautant sur leurs montures, Lilys et Pierre arrivèrent au domaine du père où ils entendirent le messager expliquer la cause de sa venue : l’armée Saxonne était aux portes du Royaume et tous les hommes valides devaient aller au front. Puis, il repartit au domaine suivant, délivrer son message.

Pierre quitta Lilys, puis elle rejoignit son père et ses sœurs qui rentraient à l’intérieur.

Un conseil de famille se tint ce soir-là. Sans être grabataire, le père n’était plus de première jeunesse et il fallut bien se rendre à l’évidence : il ne tiendrait pas longtemps face à de jeunes combattants. Il se lamentait de n’avoir eu aucune descendance mâle qui puisse prendre sa place, bien sûr ce reproche s’adressait à Lilys et non à ses sœurs.

C’est la plus âgée qui, pour plaisanter, déclara qu’on pouvait envoyer Lilys : « Après tout, elle se bat et monte à cheval comme un garçon », « Elle est aussi bâtit comme un homme, après une coupe au ras, on ne fera pas la différence ! » avait renchéri l’autre. La plaisanterie, bien que mauvaise, avait été prise au sérieux par le père qui échafaudait déjà un plan lui permettant de ne pas aller au front. Lilys n’était pas très sûre que ce fut une bonne idée, « Se battre avec des vraies épées, c’est autre chose que de se battre avec des épées en bois » avait-elle dit. Mais le regard implorant de son père et les paroles mielleuses de ses sœurs l’avaient fait accepter.

Elle se sentait utile à la famille et pour une fois, elle sentait de leur part ce qu’on pourrait appeler de l’amour ou du moins de l’intérêt.

La famille ne perdit pas son temps. Le père envoya un de ses vachers porter une missive au camp d’entraînement disant que ce serait son fils - il avait expliqué qu’il s’agissait d’un fils illégitime et qu’il évitait d’en parler car cela lui rappelait son infidélité envers sa femme - qui prendrait sa place.

Les sœurs n’étaient pas en reste, elles avaient coupé les cheveux de Lilys, lui avaient bandé la poitrine et fait porter les vêtements d’un garçon de ferme. Les deux sœurs étaient toutes excitées par les évènements, elles prirent un malin plaisir à étaler de la boue sur le visage et les cheveux de Lilys, pour dissimuler ses traits féminins et probablement l’humilier encore au passage. Enfin, le père lui fit revêtir son armure et lui fit prendre le nom de Lixur.

Alors qu’elle allait monter sur son cheval, le père s’approcha d’elle, la regarda dans les yeux et lui dit : « Rends-moi fier ». Ce n’était pas dit avec beaucoup d’entrain, ce n’était même pas un remerciement, mais c’était déjà quelque chose pensa Lilys tandis qu’elle s’éloignait du domaine.

Le camp d’entraînement qui se trouvait près du château royal, était à douze lieues du domaine familial et Lilys arriva en fin d’après-midi sous le nom de Lixur. Elle retrouva Pierre qui de prime abord fut réticent à cette idée, mais accepta de garder le secret de son amie.

Durant quelques temps, la vie de Lilys fut belle malgré le mensonge : chansons, ripailles et boissons, jeux de cartes, rires et veillées étaient son quotidien. Puis vint le moment du départ pour la guerre.

Vingt lieues plus tard, ils arrivèrent près d’une tour désaffectée à côté d’une forêt où les chevaux devinrent nerveux. Camper ici n’avait pas été une décision prise de gaité de cœur par le capitaine ; mais c’était ça ou affronter la tempête qui venait vers eux.

Lixur et Pierre prirent leur tour de garde une fois que la pluie avait cessé. Leurs pauvres compagnons qu’ils relevaient étaient trempés jusqu’aux os ; et ne connurent pas l’horreur de la bataille qui les attendaient.

« Depuis même les plus braves n’osent s’y aventurer car la forêt est maudite… ». Lixur avait entendu cette légende plus de fois qu’elle ne saurait le dire. Mais cette fois-ci, elle avait peur et elle n’était pas la seule. Malgré la bataille imminente, les hommes ne dormaient pas, certains chevaux avaient pris la fuite et le capitaine, qui pourtant ne croyait pas à « Ces histoires pour bambins ! » était éveillé.

Lixur fixait les arbres morts et fut prise d’une sensation désagréable : elle était persuadée qu’aux confins de la forêt, quelqu’un ou quelque chose murmurait « Lilys ».

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