CHAPITRE 1 : LA RENCONTRE (La légende d'Epona)
CHAPITRE 1 : LA RENCONTRE
L’aube se levait et éclairait la forêt, offrant aux arbres des couleurs rouges, oranges et jaunes de cette première journée d’automne.
La paix du lieu fut troublée par l’arrivée de deux hommes en arme. Le plus âgé, arborait un air sévère ; le roi Mérion aimait la chasse et voulait transmettre cette passion à son fils, le jeune Marc’h, futur roi de Cornouaille.
A cette époque, le prince était encore innocent et insouciant ; aussi, lorsqu’il dut se lever avant le chant du coq pour aider son père à étancher sa soif de sang, ses protestations résonnèrent dans tout le château. Mais les violences aussi bien verbales que physiques de Mérion eurent raison de lui et le prince se prépara.
Marc’h tenait son arc à la main, avançant prudemment entre les buissons et les hautes herbes. Son père l’arrêta d’un geste de main et lui montra de son doigt, une magnifique biche broutant l’herbe fraîche pour son petit-déjeuner.
Les deux chasseurs se baissèrent dans les fourrés. Marc’h attrapa une flèche dans son carquois et banda son arc. « Patience », lui dit son père. « Suis sa respiration, la tienne et la sienne ne doivent plus faire qu’une. Et… tire ! ». Marc’h décocha sa flèche qui toucha l’animal dans le flanc. Apeurée, la biche s’enfuit dans la forêt.
« Imbécile ! » hurla Mérion qui, après de multiples humiliations, lui ordonna de poursuivre l’animal.
En suivant les traces de sang, Marc’h finit par débusquer la biche. Lentement, il attrapa une nouvelle flèche de son carquois et banda de nouveau son arc. Alors qu’il allait tirer, surgit de nulle part un superbe étalon blanc, monté par la plus magnifique femme qu’il eut jamais vue. Elle descendit de sa monture et avança vers la biche blessée.
Elle enleva la flèche de son flanc et passa sa main sur la blessure qui guérit instantanément. La biche s’inclina et s’en alla en bondissant.
La jeune femme rejeta sa chevelure de feu en arrière et regarda de ses grands yeux couleur miel le jeune prince en lui offrant son plus beau sourire. Il répondit à son sourire par un autre, un peu plus niais il faut bien se l’avouer.
Marc’h baissa son arc. Avant qu’il eût pu lui demander son nom, elle remonta sur son cheval blanc qui partit au galop. Marc’h la regarda s’éloigner, son sourire sot toujours dessiné sur son visage.
La jeune femme arriva au Sanctuaire : une clairière isolée aux confins de la forêt, délimitée par un cercle de menhirs, chacun arborant des runes anciennes, à l’exception d’un seul.
Elle mit pied à terre et baissa les yeux quand elle vit arriver une créature humanoïde avec des bois de cerfs. Vêtu de feuilles, la peau noire comme le jais, le Dieu Cernunnos s’avançait vers la jeune femme et la regarda l’air sévère. Air qu’il ne put garder très longtemps, car il la savait trop libre et trop indépendante pour suivre à la lettre les préceptes divins. Il ne put s’empêcher de finir son sermon par un sourire tout en lui rappelant avec gravité : « Les Dieux ne fraient pas avec les Mortels, Epona ».
Elle s’excusa mais ne put s’empêcher de penser au jeune homme de tantôt. Leurs regards s’étaient croisés et quelque chose s’était passé. Un sentiment étrange la parcourut de ses doigts de pieds jusqu’aux racines de ses cheveux roux.
Elle sourit.
Le lendemain matin, Marc’h quitta le château en catimini. Il faisait encore sombre quand il sortit et le coq commençait tout juste son chant lorsqu’il arriva au village.
Une fois dans la forêt, sa quête de revoir la jeune femme commença. Il passa la matinée à chercher… en vain. Ce n’est que lorsque le soleil avait atteint son zénith qu’il la trouva. Elle était là, à l’endroit même où ils s’étaient vus la première fois, Marc’h descendit de son cheval, se maudissant intérieurement de n’être pas venu immédiatement ici.
Ses pensées s’envolèrent quand il vit les yeux de la jeune femme lui sourire. Il se présenta et Epona fit de même en omettant son statut divin. Elle lui présenta son cheval : Morvarc’h, le cheval des mers. Selon elle, il n’en existait pas de plus rapide.
Voulant voir si le cheval méritait sa réputation, Marc’h proposa une course. La vérité était tout autre, Morvarc’h pouvait distancer n’importe quel animal sans avoir à fournir de trop grands efforts. Marc’h qui pourtant était très bon cavalier, ne parvint pas à le rattraper. Il arriva quelques minutes plus tard à l’arrivée de la course où Epona l’attendait à l’ombre d’un arbre. Malicieuse, elle lui murmura « Je t’avais prévenu » et Marc’h lui répondit par un sourire sincère.
La journée passa. Puis une autre, et encore une autre, jusqu’à ce que les jours deviennent des semaines et que l’amitié devienne amour.
Et un soir, arrivés dans un bosquet à l’abri des regards, les doigts des deux amants s’entremêlèrent. La lune elle-même s’éclipsa derrière les nuages afin que leur secret ne soit pas révélé.
« Les Dieux ne fraient pas avec les Mortels ». Tandis qu’elle se rhabillait, Epona entendait résonner les paroles de Cernunnos dans sa tête. Elle regarda le jeune Marc’h qui dormait profondément et déposa un ultime baiser sur son front. Elle se tourna alors vers Morvarc’h et lui caressa la crinière en lui murmurant à l’oreille « Prends soin de lui ». Puis sans un regard, car cela lui était trop douloureux, elle s’enfonça dans l’obscurité de la forêt.
Marc’h se réveilla peu de temps après et ne trouva que Morvarc’h qui lui donnait des petits coups de tête affectif. Marc’h hurla le nom d’Epona dont l’écho s’évanouissait dans les profondeurs de la forêt.
Au loin, la jeune femme entendit les cris de son amant. Elle ne put retenir les larmes qui coulèrent en abondance sur ses joues.
« Les Dieux ne fraient pas avec les Mortels ».
Pendant des semaines Marc’h parcourait la Bretagne à la recherche de son Epona, sans succès. La jeune femme faisant tout pour l’éviter, ne sortait presque plus du Sanctuaire.
Le soir du rituel arriva enfin, amenant avec lui les différentes divinités du panthéon Breton : Taranis, Lug, Belenos, Sucellos, Borvo, Acionna, Artio, Toutatis, Belisama et Cernunnos. Chacun alla se mettre sous son menhir.
De l’obscurité sortirent diverses créatures magiques : Korrigans, Fées et autres habitants de la forêt s’agglutinaient à la frontière du Sanctuaire pour être aux premières loges. Même s’ils en avaient déjà vu un, un Rite de Passage était toujours un spectacle extraordinaire.
Epona arriva. Elle se dirigea lentement vers le centre du cercle de menhirs, éclairé par la lune, sous le regard des autres Dieux et Déesses.
Une fois arrivée au centre, elle resta immobile et les autres Divinités commencèrent à prononcer des incantations dans une langue ancienne, que beaucoup des créatures présentes ne comprenaient pas. Epona entra en transe, ses mouvements se défiant de la physique et de l’apesanteur. Elle se métamorphosa en une magnifique jument rousse sous les applaudissements et sifflets de la foule.
Epona rejoignit son menhir sur lequel était apparu une rune, puis elle se transforma en la jeune femme qu’elle avait toujours été.
Toute l’assemblée s’inclina en signe de respect et cria en chœur : « Gloire à la Déesse Epona ! ».

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