CHAPITRE 2 : LE ROI MARC'H (La légende d'Epona)

4 minutes de lecture

Cela faisait maintenant seize ans que Marc’h avait été couronné. Si le jeune prince répugnait à la chasse, le nouveau roi en revanche, excellait dans le domaine. Sa « plus grande réussite » comme il aimait à le rappeler, était d’avoir tué un grand cerf blanc et d’avoir fait de ses bois un magnifique arc qu’il arborait avec fierté.

Le royaume n’avait jamais été autant prospère que depuis son accession au pouvoir, du moins pour ceux qui vivaient à sa cour. En effet, l’augmentation des taxes et la création de nouvelles avaient rempli les coffres du château, et tandis qu’il vivait dans le faste, son peuple s’affamait. Pourtant, il n’essuya aucune révolte, aucun début de rébellion et cela, il le devait à Morvarc’h.

L’intronisation d’Epona avait rapidement fait le tour de la Bretagne et Marc’h n’hésitait pas à raconter qu’il avait bien connu la Déesse et qu’elle lui avait confié Morvarc’h, ce qui avait valu au roi d’être qualifié par son peuple « d’Elu des Dieux ». Probablement par fausse modestie au début, il rectifiait cette appellation, puis l’orgueil se faisant plus fort avec l’âge, il jouait de cette réputation.

Le cheval blanc lui avait aussi rapporté bon nombre de victoires militaires dont la plus connue, lui coûta le plus cher.

Elle avait eu lieu quelques mois auparavant, alors que le renégat Méléagant déclarait la guerre au roi Arthur, il en avait en même temps profité pour lancer une attaque contre le royaume de Marc’h par la mer.

Le roi en fin stratège, avait préparé ses défenses terrestres et navales, mais c’était sans compter la férocité de son ennemi. Alors que sa flotte était en grand péril, Marc’h avec l’aide de Morvarc’h galopa à même l’eau pour les secourir et d’après ses dires, mit en déroute à lui seul l’armada adverse.

C’est ainsi qu’à travers le royaume, se propagea l’histoire du roi Marc’h qui avait vaincu seul l’armée de Méléagant.

Epona avait quant à elle, mis son énergie durant ces seize années à parcourir sous sa forme animale ou humaine, les terres de Bretagne en aidant mortels et animaux dans le besoin. La Déesse plus indépendante, ne revenait que très rarement au Sanctuaire. Si elle ne frayait pas avec les mortels, elle ne frayait pas non plus avec les Dieux, certains ne lui ayant jamais pardonné d’avoir abandonné Morvarc’h au jeune roi.

Lors de ces différents périples, Epona entendait de nombreuses rumeurs sur son ancien amant ; certaines bonnes, d’autres non.

Marc’h avait toujours une place au fond de son cœur et elle faisait fi des mauvaises histoires qu’elle entendait à son sujet. Elle essayait de se convaincre qu’il ne s’agissait que de ragots lancés par des mauvaises langues et des jaloux, qui n’avaient que pour unique dessein de faire du tort au roi.

Un jour, en aidant un loup pris au piège par des braconniers, elle entendit une nouvelle rumeur concernant son ancien amour : le roi Arthur en personne, avait quitté Camelot pour se rendre au château du roi Marc’h.

C’est au premier jour d’été qu’arrivèrent Arthur et ses chevaliers. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une visite de courtoisie, le roi avait un visage amical et bienveillant derrière sa barbe épaisse et grisonnante.

Les rumeurs de la victoire de Marc’h sur l’armée de Méléagant, avaient fini par atteindre Camelot et bien qu’il ne soit pas enclin à la jalousie, Arthur ne pouvait laisser un roi de sa fédération se prétendre « Elu des Dieux ».

Après une discussion houleuse, commandée par l’orgueil de Marc’h, devant sa cour, Arthur dégaina Excalibur et la planta dans une large dalle de la salle du trône, offrant ainsi à Marc’h une chance de prouver qu’il était bien « l’Elu des Dieux ». Sans se faire prier une deuxième fois, Marc’h essaya de toutes ses forces de retirer l’épée, en vain. Sa dernière tentative lui valut de se retrouver à terre, sous les regards à la fois gênés et amusés de la cour.

Arthur s’avança vers Excalibur et la retira sans le moindre effort, sous les yeux de Marc’h dont le visage était déformé par la haine et la jalousie. Arthur dominait Marc’h de toute sa hauteur et lui dit : « Une Déesse vous a accordé ses faveurs et vous pouvez en être fier. Mais JE suis l’Elu des Dieux. Sachez tenir votre place Marc’h ». Malgré la douceur du ton, la réplique n’appelait aucune réponse.

Humilié par Arthur, Marc’h n’en devint que plus amer. Il exila aux quatre coins du royaume tous les membres de sa cour qui avaient eu le malheur d’être présent ce jour. Ils devaient vivre sous surveillance avec interdiction de parler de ce qui c’était passé, sous peine de mort. S’il avait pu les mettre à mort il l’aurait fait, mais la raison l’emporta sur sa colère et il ne pouvait condamner des dizaines de comtes et ducs, sans voir sa décision contestée.

Son comportement empira au fil des mois. Afin de faire taire sa haine et son amertume quelques temps, il multipliait les parties de chasse sanglante, remplissait sa salle du trône de trophées d’animaux en tous genres.

Morvarc’h était poussé à bout lors de traque sans fin et si par malheur une proie échappait au roi, ce dernier se vengeait sur son cheval. Marc’h maudissait ainsi Epona de ne lui avoir fait cadeau que d’un animal alors qu’Arthur avait hérité d’une épée magique. Le pauvre Morvarc’h était famélique et n’était plus que l’ombre de lui-même : plus son énergie diminuait, plus le roi se montrait cruel envers lui.

Epona avait eu vent de ces rumeurs, mais se refusait une fois de plus de croire que Marc’h était devenu cet homme si cruel. Morvarc’h était la preuve de son amour pour le roi. Elle le lui avait laissé pour qu’il veille sur lui et pour qu’il ne l’oublie pas.

Malheureusement Cernunnos en personne vint aux devants d’Epona pour lui confirmer la véracité de ces histoires. Le Dieu Cerf avait observé de loin le roi et avait été témoin de ses exactions envers son peuple et Morvarc’h. Et même s’il avait depuis longtemps pardonné à Epona d’avoir laissé son cheval à Marc’h, le roi n’était aujourd’hui plus digne de posséder un tel don.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Baptistelc ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0