Perte

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Jour 1 :

 Cela faisait quelques jours que les deux hommes étrangers étaient parti. Pourtant, mon récit ne commence pas là. Il commence aujourd'hui, aujourd'hui où j'ai commencé à ma rendre compte que la situation devenait hors de contrôle.

 Fière du repoussement de ces prétendus envahisseurs, je suis rentrée, de très bonne humeur à mon village. Je m'enpressais de conter à tous ce que je venais de faire. Ils m'écoutaient sagement comme à leur habitude. Ils ne me contre-disaient jamais et me respectent toujours. A la fin de mon récit, certaines personnes ont sourit, et d'autres ont détourné le regard.

Jour 3 :

 Aujourd'hui, selon mes prédictions, devait arriver la pluie. J'était persuadé que nos maigres offrandes auraient réussies à nous apporter la protection, et surtout, la pluie. Mais j'avais tord. Bien plus tord que tous.

 J'ai demandé à tous de laisser leurs occupations d'aujourd'hui en suspent pour organiser une prière collective. Tout était parfait. J'ai respecté les gestes exactement tel que me l'a appris dès toute petite. J'ai prononcé les prières les plus anciennes et les ai fait répeter à tous. Aucune personne ne manquait à l'appel. Ils avaient tous fait ce que leur doyenne, mère de tous, ambassadrice, leur avaient demandé.

Ils n'avaient rien fait de mal...

Alors pourquoi ?

Jour 10 :

 Rien. Rien de positif n'était arrivé depuis plus d'un mois déjà. Cela fait un mois que la pluie a cessé de tomber. Une semaine que des étrangers n'ont pas posé le pied ici. Et cela fait dix minutes que un habitant de mon petit hameau a succombé à la sécheresse.

 C'était un cueilleur, le plus jeune homme à pouvoir travailler dans ce village. Il était mort déshydraté. Il s'acharnait sur son travail et n'a pas écouté son corps appeller au secours. Pendant que les groupes de travail étaient séparés, il s'était évanoui de fatigue et de chaleur, du moins, c'est ce que nous pensions. Je n'arrive pas à croire que quelqu'un soit tombé pour une simple sécheresse. On l'a retrouvé trois heures plus tard, après avoir lancé des recherches. La dernière fois que je l'ai vu, il rayonnait de bonheur. Et là, il puait la mort.

 Il avait une famille, une petite famille. Sa mère était encore là et sa jeune sœur s'amusait beaucoup avec lui. Dès que la petite a été mise au courant de la mort de son frère, elle a fondu en larmes. La mère, elle, n'en a pas versé une seule. Elle avait déjà perdue son homme. Je pensait qu'elle ne voulait pas pleuré dans la petite. Elle devait rester forte, pour elle, pour sa fille, pour tous. Tout comme moi.

 Je n'était pas proche de ce jeune. Non. Je ne le connaissait que de vue et ne lui ai adressé la parole que quelque fois. Pourtant, sa mort m'affecte plus que tout. Comment ? N'ai-je pas été fidèle à tous ces traditions ? Ne me suis-je pas occupé des autres pour leur santé et leur travail ? N'ai-je pas été la meilleure personne que je pourvais être ? Bien-sûr que je l'ai été. Mais était-ce suffisant ? Je crois bien que non.

Jour 15 :

 J'avais mis en place un système de relaie pour chaque tâche. Le travail abusif était la seule raison pour laquelle un homme est mort dans ce village. Ce temps ne durera pas. J'avais toujours espoir. Le moment où la fin approche de moi, sera le moment où j'aurais cessé d'esperer. A partir de ce jour, plus personne ne devai enchaîner plus de 4 heures de travail sans s'hydrater ou du moins, prendre une petite pause. Pour l'instant, l'eau et la nourriture ne sont pas le plus grand problème. Nous avons de quoi tenir quelques semaines. Espérons que nous n'aurons pas à dépendre de ces ressources.

Jour 25 :

 Je ne savais plus quoi faire. Ce jour là, deux personnes sont tombées ensemble dans la mort. On avait retrouvé leur corps côte à côte à l'orée du village. Encore la sécheresse, mais cette fois, le travail n'y était pour rien. Ils étaient partis se ballader en dehors de la petite ville. Habituellement dans cette période, aucun animal sauvage ne se trouve dans les deux kilomètres à la ronde. Mais là, à cause de cette canicule, certains animaux se sont déplacé vers nous. D'après nous, ces deux personnes auraient d'abbord fuient un potentiel animal offensif, ce qui les auraient épuisé et avant même de pouvoir arriver au village, ils seraient tombés et auraient sombrés dans la mort.

 Encore une fois, je me suis sentie impuissante. Nous étions une centaine dans cette petite tribu. C'est plus bien-sûr que nos tribus voisines, mais c'est toujours mille fois moins que chez les autres continents.

Je me sentais... jalouse.

 Ils me dégoûtaient tous pourtant avec leur luxe. Ils n'avaient plus aucun instict de survie et ne savaient plus se débrouiller seul. Mais, ils ont troqué tout cela pour du confort et de la protection. Je les envie. Je n'ai jamais eu ce choix. Ou plutôt, mon orgueil a vaincu cette envie. Trop fière pour admettre mon manque, j'en ai perdu mes possibilités. Trop faible pour me battre, j'ai perdu des vies chères à mes yeux.

Jour 35 :

 Et ça arrive encore. Trois personnes sont mortes dans la nuit. C'est arrivé tellement de fois après que je ne me souviens même plus de la manière dont ils sont morts. Après avoir perdu leur vie, ces pauvres habitants ne restent pas dans les mémoires. C'était une fin que je trouvais des plus indignes, mais c'est une fin que j'ai imposé involontairement.

D'une manière, je les ai tous conduit vers la mort.

Il faisait de plus en plus chaud ici, et je commençais, moi même à me sentir partir. J'étais prête à accepter mon destin et d'offire ma vie à dieu, mais, celui-ci voulait encore s'amuser.

Jour 50 :

 A ce jour, plus de 2 tiers du village a succombé à la chaleur intense. Nous étions un peu plus d'une centaine avant que tout ne dérape. L'eau puisé dans nos réserves se fait toujours plus rare et nous venons de finir la dernière portion de nourriture.

La fin est proche, nous le savons tous.

 Depuis le jour 35, quatre décès se déroulaient environ chaque jours. La plupart mourraient en grands groupes. La fatigue et les animaux sauvages sont nos plus grands ennemis. Fini les offrandes. Fini les prières. Tout ce dont nous voulons est l'eau et la nourriture. Plus personne ne peux sortir de leur misérables maisons sauf si ceux-ci vont travailler ou s'hydrater. Nous crainions chaque jour la mort. Au fond de nous, nous nous interrogeons sur les prochains à partir. A ce rythme là, nous serons tous partis avant une semaine.

Jour 55 :

 Tout le monde est parti. Je suis seule. C'est le silence total à travers les petites maisons du hameau. Il me reste de quoi tenir 3 jours au niveau de l'eau. Je ne pense pas que je vivrais jusque là. C'en est fini de moi. Je le sais depuis le début. Mais alors pourquoi me faire mourir en dernier ?

Tous mes animaux sont morts. Tous mes compagnons sont morts. Ma vie ici n'a plus aucun sens. Je passe mes journées à enterrer le corps de mes amis pour qu'ils trouvent le repos éternel sans être dérangé par des charognards, qui viendront après la sécheresse, s'il y a une après-sécheresse.

Jour 57 :

 Un bruit sourd me sors sur sommeil. Un silence mortel regnait sur mon petit village depuis déjà deux jours. Deux jours qui pour moi ont duré deux ans. Au bout du premier jour, j'avais fini de recouvrir de terre le dernier corps. Mes journées erraient au rythme du soleil.

 Je sors de ma cabane après m'être rendue compte que ce n'était pas un rêve. Mon repos a été constellé de cauchemars depuis que les premières morts se sont produites. Le soleil, malgré l'heure hâtive, brillait plus fort qu'auparavant. Je lève la tête pour estimer l'heure et pour chercher la source du bruit. Un vent de folie faisait voler mes cheveux.

Un hélicoptère atterissait pour me sauver. Le visage de deux personnes, une femme et une homme, fut la dernière chose que je vu avant de sombrer dans l'inconscient.

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