Chapitre 3

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 La nuit était fraîche. Impossible de rester immobile. Les ombres me surplombent. Je pense pouvoir devenir plus… Est-ce que je le mérite ? Je continue de bouger. De me retourner. J’ai bien peur que le Seigneur Venan regrette de dormir dans la même chambre. Le froid me mordait la peau. Les couvertures manquaient d’épaisseur. Mes capacités mentales et martiales sont aussi minces qu’elles. Si le sol pouvait me raper les os, il le ferait. J’avais du mal à dormir. Je n’ai peut-être pas ma place au côté d’un noble. Les rayons de la lune passaient à travers le trou du mur. Ce n’était pas une fenêtre. C’était un trou avec une planche en guise de rideau. De là, sortait un manteau humide tracé par la lumière. On aurait dit une scène, une pièce de théâtre. La mienne… Les nuages formaient des ombres qui dansaient autour d’un faible croûton... Mes dents claquaient. Cette maudite cheminée… Les bûches étaient maigres, tordues, et le feu toussait comme un forgeron. Il était faible. A peine perceptible, même s’il nous avait tenu chaud jusque là :

  • Seigneur Venan, il fait caillant
  • Certes.
  • Puis-je alimenter la cheminée ?
  • Faites donc prestement et couchez-vous. Nous avons longue route à faire demain.

Il n’avait pas besoin de me le dire deux fois. Je suppose que sur un matelas de paille, la température était différente. Ni une ni deux, je sortis de sous le haillon qui me servait de couverture. Faire prestement… Oui, mais les servants n'ont pas jugé utile de laisser des bûches dans notre chambre. Je pousse la porte. Elle fait un boucan de tous les diables. La chambre était un peu éclairée par la lune, en revanche, le couloir est un tombeau. Je sors. Je me cogne à l'orteil. Une douleur me parcourt l’échine. Je m'effondre au sol. Satanée marche ! Je me lève. Encore sous l’effet de la rage, j’agrippe une torche au mur. Je la tire vers moi avec énervement. Elle s’éteint. Mais bordel ! Je la repose. Elle se rallume. Heu… Quoi ?!

Je me tourne... Je regarde la torche. Ma gorge se serre. J’avale un peu de salive. Je réalise doucement… Je pose la main dessus tout doucement. J’ai vraiment peur de la toucher. La flamme n’émet aucune chaleur. Oh non… Je recule doucement. Je n’avais pas remarqué. Il devait y avoir un serviteur pour la lumière. Nous ne sommes pas au château. Où sont-ils passés ? J’entre dans la chambre. Je prends une grande inspiration. J’ai peur de respirer trop fort. Je ferme la porte le plus silencieusement possible. Je chuchote doucement :

  • Seigneur Venan, il fait nuit noire et un silence de mort. Les servants sont absents.

Le Seigneur Venan me saisit la main, la pose sur le livre et dit simplement :

  • Pratiquez.

Je ne savais pas trop quoi faire. J’ai ouvert le livre. En posant mon doigt sur la page, j’essayais de lire à nouveau :

  • Aarm Yohk ?

Cette fois-ci, le souffle me poussa légèrement en arrière. J’ai ressenti cette vague de chaleur réconfortante. Dans un soupir profond, les bûches brûlent de plus belle. La cheminée faisait de nouveau son office. La lumière dévorait les ténèbres, et l’espace d’un instant, j’ai cru entendre le foyer respirer. La peur a été remplacée par la fascination. Le froid, par la chaleur. J'ai observé mes mains. C’était… un sort ? J’ai entendu le Seigneur Venan pouffer de rire dans sa couverture. Je me sentais bizarre. J’ai réussi. Je me suis levée pour regarder derrière la porte. Aucun mauvais esprit, aucun monstre. La torche qui était sur le mur, toujours là, toujours faible, toujours froide.

  • Excusez ma roublardise, Écuyer, je voulais être certain de vos aptitudes. L’êtes-vous aussi, maintenant ? Rien de tel qu’un petit frisson pour se lancer, n’est ce pas ?

J’ai refermé la porte sans la claquer. Ça confirme que c’était un test. Je n’ai pas répondu tout de suite, je voulais d’abord m'asseoir. Le Seigneur Venan m’a filé une frousse de tous les diables.

  • Comment avez-vous fait, mon Seigneur ?
  • Les mots ont des pouvoirs.
  • Devrais-je prier ou parler moi aussi ?
  • Contentez vous de lire lorsque c’est nécessaire. Et par pitié, endormez-vous.

Trouver le sommeil allait me prendre du temps. Qu’est ce que ce livre contient d’autre ? Pourquoi me le confier ? Je suis sous ma couverture, le livre serré contre moi. Le Seigneur Venan me l’avait dit : Lorsque vous avez froid, prononcez ces mots. C’est bon. J’ai enfin compris. Il ne me fallait pas plus pour me motiver. Je devais apprendre à lire et vite. Comme le Seigneur me l’a ordonné. Je vais devoir pratiquer.

L’heure était au repos. Je devais me lever avant lui. Préparer mes affaires, les siennes et commencer à lire. Tant pis pour la grasse matinée. Le Seigneur Venan me faisait confiance. Je me faisais confiance également. La température était agréable. J’aimais mieux ça. La confiance était douce comme une couverture supplémentaire. Et maintenant, je pouvais en avoir moi aussi. Je fermais les yeux doucement. La frimousse levée vers le plafond. Le visage dans la direction des cieux. Vers l’avenir, vers une destinée.

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