Chapitre 2 - Celle qu'il n'a pas choisie
Alyssa
Le même jour, jeudi 15 mai
Dans la soirée, 19:48
Chez les Becker
Ma chambre sent la vanille, une odeur douce qui flotte toujours dans l’air.
Installée sur mon lit qui est un véritable cocon, qu’on se le dise, je relis mes cours. Quelques livres sont ouverts devant moi. La lumière tamisée de ma lampe de chevet crée une ambiance chaleureuse, parfaite pour réviser.
J’entends mes parents et mon frère s’engueuler en bas, au salon.
Je relève la tête et mes yeux noisette se posent sur mes photos accrochées au mur, juste au-dessus de ma coiffeuse. Mes amis, ma famille, tout le monde y est. Elles contrastent avec le papier peint rose pâle. Une vraie chambre de fille, comme dit Jonah. Ma chambre, c’est un peu mon refuge, l’endroit où je me sens le plus en sécurité. Ce que j’aime particulièrement, c’est mon lit avec ma couverture douce et mes coussins moelleux.
Une porte claque et je sursaute, comprenant que Jonah s’est enfermé dans sa chambre.
D’ici, je l’entends râler, mécontent. J’imagine son visage fermé, ses cheveux bruns en bataille et ses poings crispés, comme toujours quand il a la rage.
Je referme mes bouquins et me lève sans bruit. Discrètement, je sors de ma chambre et avance de quelques pas pour arriver devant sa porte.
— Aly, laisse-le, m’ordonne mon père qui arrive en haut des marches.
Son air sévère me fait tiquer. Il a enlevé son costume de travail, remplacé par une tenue plus décontractée. Ses cheveux bruns grisonnants lui donnent un air affirmé.
— J’ai pas le droit de lui parler ? je demande, sourcils relevés. Papa, ok, il aurait pas dû se battre en plein cours, mais…
— Se battre, simplement. C’est non, Alyssa. Je ne tolère pas cette attitude.
— Il me défendait ! je réplique aussitôt. L’autre abruti m’a insultée et…
— Je ne veux plus rien entendre !
Il tourne les talons et entre dans la salle de bain. Je soupire avant de jeter un regard vers la porte de chambre de Jonah.
Il prend pour moi. J’aurais jamais dû le laisser s’en mêler. Dès que Tom a commencé à m’insulter, c’est parti en vrille. J’allais lui répondre, mais Jonah m’a devancé. De là, Tom l’a provoqué. Il l’a poussé et lui a balancé son poing en plein visage. Mon frère, qui ne se laisse jamais marcher sur les pieds, a renversé la table qui les séparait avant de lui sauter dessus. Des coups au visage, au ventre. C’était brutal, comme d’habitude.
D’un pas lent, je retourne à ma chambre et m’installe en tailleur sur mon lit.
Notre relation avec les Curtis a toujours été très compliquée, pour ne pas dire chaotique, ce qui est pourtant le cas. On se fait la guerre depuis tellement de temps. Des bagarres, des disputes, des insultes incessantes. Un léger accrochage peut déclencher une tempête de violence.
Je fouille dans mon sac de cours et remarque que j’ai deux manuels de physique à l’intérieur. Mon portable, posé à côté de moi, se met à sonner.
Je décroche et active le haut-parleur.
— Aly, j’ai…
— Perdu ton livre de physique ? je l’interromps, un sourire aux lèvres.
— Tu l’as ? s’exclame Sacha.
Je devine un sourire plein d’espoir.
— Exact. Désolée, j’ai pas fait attention, je lui dis. Je viens te le rendre.
— Ça te dérange pas ?
— Je l’ai embarqué, alors non.
— Merci, tu me sauves. J’ai même pas commencé le devoir.
— On doit le rendre demain, tu vas pas beaucoup dormir cette nuit.
— Tant pis pour moi.
Je descends de mon lit et attrape ma veste en jean posée au pied, sur mon pouf. Je l’enfile avant de remettre correctement mon pull noir à col en V.
— Je fais vite.
— Ok.
Après avoir raccroché, je sors de ma chambre, tenant le manuel. Je descends les marches puis entre dans le salon, où se trouve ma mère, lisant un bouquin. Une tasse de thé fumant est posée sur la table, je sens d’ici la menthe. Elle a attaché ses cheveux blond foncé en queue de cheval, montrant son visage doux et souvent souriant.
Je lui explique la situation et quitte la maison, mes baskets aux pieds. La nuit est tombée, laissant place aux étoiles qui brillent. Pas un seul nuage ne cache la Lune.
Mes écouteurs sans fil, vissés dans mes oreilles, je laisse la musique défiler tout en marchant tranquillement.
Au détour d’une rue, je m’arrête net, manquant de foncer dans quelqu’un. Aussitôt, je reconnais Nick Curtis portant son blouson de basketteur. Il est grand, bien plus que moi. La lumière du lampadaire me fait voir son regard assassin, et je remarque ses lèvres bouger, son piercing qui brille.
Je souffle bruyamment et retire mes écouteurs.
— Qu’est-ce que t’as ? je lâche, sentant une tension dans mes épaules.
— Regarde où tu vas, putain.
Il se penche et ramasse son sac en papier, renversé sur le sol.
— Je peux te dire la même chose.
Je passe à côté de lui, ne manquant pas de lui donner un coup d’épaule.
— Hé, Becker. T’imagine pas que c’est oublié.
Son ton est dur, agressif, et je me tourne pour lui faire face. Mes sourcils froncés, j’avance d’un pas vers lui.
— Tu me menaces parce que j’ai failli te rentrer dedans ? T’as un problème, Curtis. Vraiment, va chez un spécialiste, y a peut-être quelque chose à faire.
— Réfléchis un peu. C’est pas de ça que je parle, rétorque le blond. T’es une salope Becker, et crois-moi, on n’en restera pas là.
— Oh, je vois, je glisse, faignant l’indifférence. Tu parles de Stan et de ta sœur.
Je secoue la tête et m’approche un peu plus, fixant ses yeux noisette qui tireraient des balles si c’était possible.
Bien qu'il soit beaucoup plus grand que moi, avec son mètre quatre-vingt-dix passé, je ne me laisse pas impressionner.
— Si je suis une salope, ta sœur, qu’est-ce qu’elle est ? je lui demande, tout bas.
— Ne parle pas d’elle comme ça, siffle-t-il. Tu l’attaques, mais tu te défends pas. J’ai raison et tu le sais. Ça te fait enrager.
— J’ai pas à me justifier auprès de toi, Curtis. J’en ai rien à foutre de ce que tu penses de moi, comme ton troupeau. Ça changera rien à ma vie, je lui explique d’un ton étrangement calme. C’est pas parce que vous dites que je suis une salope, que c’est vrai. Vous me détestez depuis toujours. Stan, c'est juste une excuse pour vous divertir, j’ajoute avant de sourire doucement. Contente de savoir que j’occupe vos pensées, ça vous évite de mourir d’ennui dans vos vies si pathétiques.
Je remarque ses poings se serrer et je secoue la tête, un sourire en coin.
— Tu frapperais une nana ? je reprends avec assurance. Vas-y, je suis curieuse de voir ça.
— Margaux s’en chargera, peste-t-il.
Je hoche la tête, mon regard toujours planté dans le sien, qui s’est encore plus assombri.
— Dis-lui que je l’attends.
Je recule de deux pas et, lentement, lui tourne le dos avant de reprendre ma route, sans me presser.
— Embrasse-là pour moi, surtout, je balance avant de remettre mes écouteurs.
Peu de temps après, j’arrive chez Sacha, qui m’ouvre la porte. La lumière de l’entrée me pique légèrement les yeux alors qu’une odeur de gâteau flotte dans l’air.
— Devine qui je viens de croiser, je lui dis pendant qu’elle referme derrière moi.
— Un des Curtis ?
J’acquiesce et lui donne son manuel.
— Lequel ?
— Le grand blond avec ses piercings sur la gueule.
Rapidement, je lui raconte notre conversation et elle lève les sourcils.
— Lui et ses potes cherchent même pas à savoir.
— Je m’en fous. Ils peuvent bien penser ce qu’ils veulent.
Ma meilleure amie replace une mèche de ses longs cheveux bruns ondulés derrière son oreille. Ses yeux bleus pétillent malgré son air fatigué.
— De toute façon, même s’ils savaient ce qui s’est vraiment passé, ça changerait rien, reprend-elle.
— Ça ne m’empêche pas de dormir la nuit, je réponds.
— Bonsoir Alyssa.
Je souris à Lisa, la mère de Sacha, ses cheveux châtains au carré brillent sous la lumière de l’entrée.
Nous discutons quelques minutes toutes les trois, avant que je reparte.
Le chemin du retour est plus tranquille, aucun Curtis à l’horizon.
Le lendemain, vendredi 16 mai
10:20, pause de la matinée
Lycée de Berlin
Aujourd’hui, la pluie s’est invitée. Elle cogne contre les grandes vitres du bâtiment, comme pour nous rappeler qu’elle est là.
Jonah est renfermé, agacé, et Sacha se lamente sur le fait de ne pas avoir réussi à terminer son devoir de physique.
Nous traversons le couloir, en silence, alors que d’autres rient et discutent, joyeux. Je m’arrête devant mon casier, que j’ouvre ensuite pour y ranger quelques livres.
— Arrête de t’en faire, je dis à mon frère. Papa est énervé, mais tu sais que ça lui passera.
— Ouais, mais j’étouffe à la maison. J’irais bien boire un verre avec Lukas, sauf que je peux pas.
Lukas Meyer est un ami de mon frère. Ils sont dans la même classe depuis des années. Ce mec est loyal et assez drôle. Mais, surtout, il est pacifiste. Il ne se mêle jamais de ce qui se passe entre Becker et Curtis. J’aime savoir que Lukas connaît vraiment Jonah et lui permet de souffler.
— Regardez-la, toujours à s’habiller comme une pute, j’entends dire au loin.
Piqué, mon frère s’approche rapidement de Nick Curtis. Il le choppe à la gorge avant de le plaquer durement contre les casiers derrière lui. Le son de l’impact résonne dans le couloir. Sa carrure imposante écrase Nick. Les cheveux bruns ébouriffés de Jonah accentuent sa rage.
Je me précipite vers eux, attrape le bras de mon frère, et le force à lâcher Curtis, qui se met à tousser, retrouvant difficilement son souffle. Jonah tente de se libérer de ma prise, mais je le pousse le plus fort possible.
L’attention de tous ceux présents est portée sur nous. Certains décident de s’éloigner afin de ne pas assister à ce qui risque de suivre. D’autres reculent, épiant ce qui se passe comme si c’était un spectacle.
— Putain, Jo’ ! je m’écrie. Tu veux te faire virer du bahut, juste avant le bac ?
Du coin de l’œil, j’aperçois l’autre jumeau Curtis arriver rapidement vers nous, visiblement déterminé à régler ses comptes.
Lui faisant face, je montre son frère du doigt.
— S’il fermait sa gueule, une fois de temps en temps, on n’en serait pas là ! je crache.
Son regard noir et sa mâchoire serrée, il ne s’arrête pas pour autant. Alors, sans même y réfléchir, je m’avance, déterminée, et le pousse à son tour, mes mains plaquées contre son torse. Malgré la rapidité de mon geste, j’arrive à sentir ses muscles tendus. Il recule d’un pas, tuant mon frère du regard et l’injuriant salement.
Mes nerfs sont à vifs, j’en ai assez de cette histoire qui ne concerne aucun des garçons.
Et, là, j’explose.
— Trümper ! je hurle avant de poser mes yeux sur elle.
Sur le côté, derrière Tom, elle est entourée de son autre frère, Liv et Tobias.
— Pourquoi tu dis jamais rien ?
— Tu vas jouer la victime ? me répond-elle, les bras croisés contre sa poitrine.
— C’est une blague ? Merde, c’est Stan le problème ! Et, aucun d’eux n’a à se mêler de ça ! je réponds, la rage au ventre.
— Pourtant, ton frère le fait aussi.
— Parce que je me fais insulter gratuitement ! je réplique, mon cœur qui s’accélère.
Alek force Jonah à reculer.
Toujours droit dans sa chemise parfaitement ajustée, mon meilleur ami semble impassible.
— T’attends quoi, au juste ? je reprends sur le même ton.
Margaux fronce les sourcils, comme si elle ne comprenait pas ce que je veux dire.
— Ton frère t’a sûrement dit qu’on s’est croisés, hier soir, je glisse.
— Et alors ?
Ses yeux verts me transpercent. Ses joues pâles, rosies par sa colère qui monte, cachent ses taches de rousseur.
— J’ai dit que je t’attendais, je réponds.
Tom la rejoint et lui dit quelque chose que je n’entends pas. Les élèves, spectateurs, murmurent sans grande discrétion.
La rousse hoche la tête et le clan Curtis commence à partir.
— C’est toi, la salope, pas moi ! je crie, à bout. T’as peur de moi ?
La rouquine et ses amis s’arrêtent, avant de tous me fusiller du regard.
— Alors, Trümper, ça fait quoi d’être à ma place ? Vous me faites tous passer pour une garce, mais, je te rappelle que c’est toi qui lui a tourné autour !
Elle me fixe toujours, et je perçois toute la haine qu'elle ressent pour moi. Une chose est sûre, c’est réciproque.
Mon cœur s’affole. J’ai envie de frapper les murs, de hurler que, moi aussi, j’ai souffert. J’en ai ma claque de prendre à la place de Stan. Et, Margaux est loin d’être une sainte dans tout ça.
La pluie martèle toujours les vitres, comme si le ciel voulait hurler, lui aussi.
Une main légère se pose sur mon bras et je tourne la tête vers Sacha, croisant ses iris bleus.
— Aly, laisse tomber, me dit-elle, avec douceur. Te prends pas la tête avec ça, ils ont pas envie de t’écouter.
— Je m’en tape de ce qu’ils pensent tous de moi. Je veux juste qu’ils la ferment. Cette nana est une sale pétasse qui tourne autour des mecs qui sont pas libres, je peste. Et, après, c’est moi qu’on prend pour une salope ?
Elle se mord la lèvre inférieure et je reporte mon attention sur les Curtis. Tobias, vêtu d’un jean bleu foncé et de sa veste de basketteur, observe la scène sans oser bouger. Ses cheveux noirs en bataille contrastent avec la couleur bleu foncé de ses yeux. Lui aussi, il en impose. Liv, plus discrète, se cache derrière ses cheveux noirs. Ses yeux marron foncés me jugent.
— Stan s’est barré, c’est facile de pas l’attaquer, je commente. M’insulter de salope dès que vous me voyez, ça m’empêchera pas de vivre. Je sais ce que je vaux, j’ajoute avant de me concentrer sur Trümper. Comme je l’ai dit à ton frère, hier soir : si je suis une salope, toi, t’es qui ? je lui demande.
— Ferme-la, Becker, rugit Tom, alors que je l’ignore.
— C’est pas ce que je suis ! se défend Margaux, avec irritation.
— Ah ouais ? Moi, j’ai jamais tourné autour d’un mec déjà pris.
— J’ai…
— Si vous aviez été ensemble dès le départ, je lui aurais même pas donné l’heure à cet enfoiré, je l’interromps.
— J’en suis pas sûre, déclare-t-elle.
Je lâche un rire sarcastique et secoue la tête.
— Hors de question de passer après toi, j’assure. Tu veux ma vie ? La tienne est trop emmerdante, c’est ça ?
Je penche légèrement la tête sur le côté, ne quittant pas du regard ses yeux verts.
— Tu t’es bien rendu compte qu’à aucun moment, il ne t’a préférée à moi ?
Elle fulmine, les joues rouges, et la mâchoire contractée. Sans un mot, elle fonce vers moi, ses pieds frappant le sol, prête à me balancer son poing. Un frisson de tension me parcourt.
J’entends quelques élèves commenter. Ils espèrent sûrement assister à une énième bagarre, leur portable à la main, prêts à immortaliser le moment.
D'autres préfèrent fuir, quittant les lieux.
J’attrape son bras, le serrant fermement dans ma main. Je sens ses muscles raides contre les miens.
— Il paraît que la vérité, ça fait mal, je murmure sèchement, Sacha toujours à côté de moi. Il t’aimait pas. Tout ce que Stan voulait, c’était qu’on se remette ensemble. Tu sais très bien pourquoi il a rompu avec toi.
Ses yeux brillent, les larmes prêtent à monter. Et, là, je sais qu’elle comprend, malgré son regard fuyant.
Stan, beau gosse aux cheveux châtains et aux yeux verts légèrement teintés de bleu, mesure un mètre quatre-vingts et a une corpulence moyenne. Il sait exactement ce qu’il faut dire pour attirer l’attention des filles, et Margaux n’était pas indifférente à son charme. Elle ne se gênait pas pour le montrer d’ailleurs. Il m’a quitté et ils se sont rapidement mis ensemble.
Il savait que je déteste cette fille et ses amis. Je crois que ça l’amusait, ça mettait un peu de piment dans sa vie. Quand il a compris que ça me rendait folle de le savoir avec Margaux, il a rompu. Il pensait que je reviendrais vers lui. Raté.
— C’est lui le connard dans cette histoire.
Son regard me cherche et je me mords la joue avant d’ajouter :
— T’as eu mal ? Moi aussi.
J’entends un léger sifflement et tourne la tête vers Peter, adossé à un casier, les mains dans les poches. Son regard dévie rapidement sur sa droite avant de se reporter sur moi. Il me fait comprendre qu’un prof arrive.
Je lâche le bras de Trümper, qui le masse ensuite, et je me radoucis, juste un peu.
— Continuez à m’insulter, si ça vous plaît tant. Mais, maintenant, tu sais qui est la vraie salope.
— Curtis et Becker, trois mètres entre vous ! s’exclame le prof de maths, de sa voix grave.
Il replace ses lunettes noires sur son nez, une main dans la poche de son pantalon en toile beige.
La rousse s’éloigne, rejoignant le reste de sa meute, alors que je garde un œil sur elle.
Je laisse la tension redescendre. Même si je me fous de ce qu’ils pensent tous de moi, avoir enfin dit ce que je pensais à Trümper me fait du bien.
— Aly.
Je souffle un coup et me tourne vers mon frère pour lui frapper le bras.
— Faut que t’arrête de faire ça dans le bahut, je le réprimande. Tu vas vraiment finir par te faire virer.
— J’ai eu la rage quand il a ouvert sa grande gueule, me dit-il, les sourcils froncés.
Je l’oberve rapidement et serre sa main une seconde.
Mon grand frère protecteur.
— Comme toujours, je souris, attendrie.
Je baisse les yeux, essayant de juger ma tenue.
— En quoi porter un pantalon serré, c’est être habillée comme une pute ? je m’enquiers. Sa sœur aussi en met, j’ajoute en relevant la tête. C’est mon haut, le problème ?
— On voit pas tes miches, rigole Peter, ses cheveux blonds qui lui tombent sur le front. Ça l’a peut-être foutu en rage.
— Tu devrais enlever un bouton de ta chemise, continue Alek, amusé.
Sacha lui frappe le bras et il l’attire contre lui en riant.
Je lève les sourcils, sachant parfaitement où il veut en venir.
— Si je fais ça, on va voir mon soutif, je réponds, mon regard dans celui du grand brun.
— Justement.
Il éclate de rire, en même temps que Peter, et je fixe Sacha, qui hausse une épaule, un sourire aux lèvres.
— On sait tous ce qu’ils veulent, dit Jonah.
— Coucher avec toi, lancent Alek et Peter, en même temps.
— Moins fort ! je lâche avant de regarder autour de moi.
Je remarque seulement maintenant qu’il ne reste plus grand monde dans le couloir.
Certains élèves et professeurs ont tendance à craindre nos affrontements.
Ce n’est pas un jeu, c’est brutal. La haine qu’on éprouve d’un groupe à l’autre est ancrée depuis très longtemps. Et, rien ne nous a jamais arrêtés.

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