Chapitre 4 - Entre deux silences
Narrateur
Le même jour, lundi 19 mai, 16:02
Lycée de Berlin, dans une salle de classe
Le soleil, derrière les vitres du lycée, projette des reflets dorés sur les tables vides.
Sacha referme son livre de cours tandis qu’Alyssa défait l’élastique de ses cheveux qu’elle avait attachés en un chignon rapide.
Madame Keller, leur professeure de Géographie, s’approche des deux amies, son ventre arrondi et son sourire bienveillant. Il ne reste personne d’autre dans la salle et le brouhaha assourdissant a disparu.
— Merci encore pour votre aide.
— C’était compliqué aujourd’hui, souffle Alyssa.
Elle glisse ses doigts dans ses cheveux afin de les replacer.
— J’ai remarqué que les deux élèves que vous aidiez n’étaient pas vraiment concentrés au départ.
— J’ai dû les menacer, sourit doucement la blonde. Je leur ai dit qu’à cette allure, ils auraient jamais le bac l’année prochaine et qu’ils devront refaire leur année.
— C’est une bonne technique, acquiesce Madame Keller, amusée.
Ses longs cheveux noirs sont soigneusement attachés. Alyssa et Sacha aiment beaucoup leur professeure. Une femme prévenante, patiente et profondément gentille.
Les deux amies donnent des cours de soutien pour ceux qui en ont besoin. Une fois par semaine, elles consacrent leur après-midi à aider les autres.
Madame Keller les remercie une dernière fois et quitte la pièce alors qu’Alyssa referme son sac de cours.
— On va chez moi ? Jonah doit être en pleine déprime, grimace-t-elle.
— Je peux te déposer, si tu veux, mais je repars. Je passe le reste de l’après-midi avec Alek.
— Petite sortie en amoureux, sourit Alyssa, attendrie. Je vais rentrer à pied, t’en fais pas. Va retrouver ton beau mâle.
Sacha sourit, amusée, et à leur tour, elles quittent la salle de classe.
— Au fait, tu crois que Jo’ pourra venir à la soirée de Malik, samedi ? demande la brune pendant qu’elles traversent le couloir.
— Je vais convaincre mes parents. Ça fait plus d’une semaine qu’il est privé de sortie, et maintenant, c’est le basket. Ils peuvent pas le torturer encore plus.
— Ce serait trop inhumain, s’amuse Sacha. Et, même si ton père est sévère, il est humain.
— Et ma mère est quelqu’un de juste, ajoute sa meilleure amie en ouvrant la porte vitrée.
Le vent s’engouffre dans leurs cheveux défaits. Quelques étudiants sont dans la cour, ayant fini leurs activités de l’après-midi.
De loin, Lukas, l’ami de Jonah, leur fait un signe de main pour les saluer. Elles lui sourient et passent la grille.
— J’attends avec toi qu’Alek arrive.
— Il est parfois long sous la douche, indique Sacha.
Alyssa hausse une épaule et sort son paquet de cigarettes de son sac, rejoignant toutes les deux la voiture de Sacha sur le parking presque vide.
— T’as fini ton devoir d’anglais ? demande la blonde.
— Contrairement à celui de physique vendredi, oui, souffle Sacha. J’avais complètement oublié.
— Il te manquait un seul exercice, ça pourrait être pire.
— Tout pourrait toujours être pire.
La blonde sourit et allume sa cigarette.
Elles discutent encore quelques minutes lorsque Peter et Alek s’approchent d’elles, tous les deux vêtus de leur blouson rouge et blanc.
— Alors, avec deux joueurs en moins, ça donne quoi ? s’enquiert Sacha, Alek qui embrasse sa joue.
— On a des remplaçants, mais ça vaut pas Jonah.
— Et pour être honnête, ça vaut pas Tom Curtis non plus, continue Peter après le brun.
— Ouais, faut avouer qu’il sait dribbler, admet-il.
Nick et Tobias passent près d’eux, sans un regard.
— C’est agréable, glisse Alyssa alors qu’ils s’éloignent.
— Quoi ?
— De pas se faire insulter, répond-elle à Peter.
— C’est vrai. Rien depuis ce matin.
— Tant mieux. Je m’en plaindrai pas.
Ses lèvres roses s’étirent en un sourire lumineux et elle attrape le bras de Peter.
— On laisse les amoureux tranquilles et on va voir Jonah ?
— Tes parents diront rien ?
— J’ai le droit de faire venir un ami à la maison, dit-elle. En plus, aucun ne rentre avant dix-huit heures.
— Ça marche, acquiesce-t-il. Pas de bêtises, vous deux, lance-t-il au couple.
— Ferme-la, sourit Alek.
— À plus tard, chantonne-t-il en embarquant Alyssa qui rit.
Sacha et Alek, main dans la main, décident de marcher jusqu’au café dans lequel ils se rendent souvent.
Le Blue Diner se remarque dès le coin de la rue. Sa grande enseigne bleue électrique clignote par intermittence.
Il est le repaire de presque tous les élèves après les cours. Les conversations et les rires se mélangent à la musique du vieux jukebox.
Arrivés devant, Alek pousse la porte et laisse entrer Sacha tandis que la petite cloche retentit. Le petit écriteau “Open”, suspendu par une cordelette usée, se balance doucement. L’odeur du café se mêle à celle des gaufres chaudes et du caramel, une odeur que Sacha adore. C’est réconfortant, mais pas suffisamment pour dissiper son anxiété qui traîne depuis quelques jours.
Les murs, d’un bleu profond, sont décorés de photos en noir et blanc de Berlin dans les années quatre-vingt. Des scènes de vie figées, témoins d’une époque révolue.
Le jukebox trône dans un coin, son chrome brillant reflétant les néons colorés. Il joue parfois de vieux morceaux de rock allemand.
Au Blue Diner, on peut commander des parts de gâteau maison, des milkshakes de toutes sortes, et des burgers avec des frites croustillantes.
Les banquettes, rouges et bleues, en cuir usé, accueillent toujours les mêmes groupes : les basketteurs, les bosseurs, les fêtards. Et bien souvent, les Becker et les Curtis.
Évidemment, les deux clans ne se mélangent pas, chacun à un bout du Diner, ils ont leur table habituelle.
Cette fois-ci, Alek et Sacha décident de s’installer près de la porte après avoir salué Rosie, derrière le bar. Assis l’un en face de l’autre, chacun regarde le menu dans le silence. Au bar, deux clients sirotent un café crème, leurs visages dissimulés derrière des journaux. Au fond de la salle, un couple avec leur enfant, dégustent des frites, leurs rires résonnants joyeusement.
— C’est rare de vous voir sans vos amis, lance Rosie, au bout de la table.
Son carnet dans une main et son stylo dans l’autre, elle leur sourit, son visage rond illuminé par la lumière chaude des lampes suspendues. Ses cheveux, coupés au carré et teints en rouge, brillent.
— Jonah est toujours privé de sortie, lui indique Sacha.
— Et je suppose qu’Alyssa lui tient compagnie ?
— Avec Peter, acquiesce Alek.
Ils discutent quelques minutes, Rosie prend ensuite leur commande et retourne derrière le comptoir.
Sacha sent le regard du brun sur elle. Elle baisse la tête, jouant nerveusement avec ses doigts.
— Tu dois rentrer pour quelle heure ? demande Alek, ses cheveux toujours impeccablement coiffés.
— Peu importe. Je suis pas spécialement pressée, souffle-t-elle.
Il fronce les sourcils et attrape les mains de Sacha.
— Qu’est-ce qui va pas ?
— Mes parents, lui dit-elle, d’une voix basse. Ils passent leur temps à s’engueuler.
— Ça fait longtemps ?
— Je crois. Mais, je m’en rends compte seulement maintenant, répond-elle avant de lever la tête vers lui. Vendredi, quand je suis rentrée, ils étaient dans la cuisine en train de se hurler dessus, explique-t-elle, ses yeux qui fixent la salière sur la table. Ils m’avaient pas entendue. Et, quand mon père m’a vue, il est sorti de la cuisine et ma mère a continué à ranger la vaisselle, l’air de rien.
— Tu sais pourquoi ils se prennent la tête ?
La jeune femme inspire et fixe le regard d’Alek.
Son air est sérieux, inquiet pour sa copine, il lui serre un peu plus les mains.
— Non. Mais, mon père rentre de plus en plus tard du travail.
Sacha se mord la lèvre inférieure avant d’inspirer. Ses yeux bleus, habituellement si lumineux, sont maintenant sombres et remplis d’appréhension.
— Alek, tu crois qu’il a quelqu’un d’autre ?
— Non, ça veut rien dire. Il en a peut-être marre des disputes avec ta mère alors, il prend son temps pour rentrer.
— J’espère que t’as raison. J’aime pas ça.
— T’en as parlé avec ton frère ?
Elle secoue la tête au moment où Rosie revient vers eux.
La patronne dépose un milkshake à la fraise devant la brune et un autre au chocolat devant Alek. Ils la remercient, le basketteur regardant Rosie s’éloigner, avant de se concentrer sur Sacha.
— Tu devrais peut-être le dire à Anton.
— Tu crois ?
— Il pourra sûrement te rassurer.
Sacha hoche la tête et un léger sourire se dessine sur ses lèvres.
— Merci.
— Je suis là pour toi.
— Je t’aime, tu sais ?
— Et je t’aime aussi.
La cloche tinte et des bruits de pas s’approchent du couple. La brune sent son corps se tendre légèrement. Elle sait déjà qui est là.
— Salut vous deux.
Sacha tourne la tête et son regard se pose sur une jolie blonde, aux yeux vert foncé qui sourit.
— Salut Lauren, répond Alek.
— T’es toute seule ? s’enquiert Sacha en regardant derrière elle.
— Je passe juste prendre un café à emporter, acquiesce-t-elle. J’ai appris que Jonah et Tom étaient suspendus. Ils peuvent plus jouer, c’est nul.
— Pendant deux semaines, ouais. C’est mieux que définitivement.
Lauren lui sourit, un regard appuyé sur le brun. Sacha tourne distraitement sa paille dans son milkshake, sans quitter Lauren du regard. Elle serre les dents, mais ne dit rien. Ce n’est pas qu’elle n’aime pas l’ex de son copain, mais elle s’en méfie. Alek n’a jamais vraiment eu de sentiments pour Lauren, mais la brune sait que cette dernière était très attachée à lui. Leur histoire a duré quelques mois et s’est terminée en douceur. Une douceur qui, aux yeux de Sacha, cache peut-être une tristesse secrète pour Lauren.
— S’ils continuent comme ça, ils finiront par se faire virer du lycée, reprend Lauren. D’ailleurs, il n’y a pas qu’eux…, laisse-t-elle traîner.
Alek pose son regard sur Sacha un instant. Il sait très bien pourquoi son ex-copine leur dit ça. Chacun des Becker et des Curtis pourrait se faire renvoyer. Mais, c’est bien plus fort qu’eux. Ils ne s’entendent pas et ne s’aiment pas. C’est même pire, la haine fait partie d’eux.
La moindre remarque peut faire exploser les deux groupes.
— Je sais, je me mêle de ce qui me regarde pas. Bon…, je vous laisse tranquille.
Lauren tourne les talons et Sacha arque un sourcil, un sourire ironique étirant ses lèvres.
— Elle sait que ça la regarde pas, mais elle se sent obligée de faire une réflexion.
— Comme beaucoup d’autres, acquiesce Alek.
Il avale une gorgée de son milkshake au chocolat avant de reprendre :
— On n’a pas besoin qu’on nous le dise.
— On sait très bien ce qu’on risque tous, ajoute la brune.
Dans la soirée, 19:04
Chez les Becker
La grande table du salon trône devant la baie vitrée, décorée et prête pour le dîner. Une nappe écrue, des assiettes en porcelaine fine, et quelques bougies qui diffusent une lumière douce et dorée.
Une odeur réconfortante flotte dans l’air — celle d’un rôti, mêlée à celle des pommes de terre dorées et du romarin.
Mara, la jeune sœur d’Ella, passe une main dans ses longs cheveux blonds foncés. Elle discute avec Alyssa, toutes les deux assises l’une à côté de l’autre. Emma, la fille adoptive de Mara, est sur le canapé, les yeux rivés sur les dessins animés. Ses petites mains posées sur ses genoux, elle rit parfois.
La maîtresse de maison dépose le plat sur la table, le rôti encore fumant, tandis que Stefan, son époux, pose l’eau et le vin.
— Où est Jonah ? demande-t-il à sa fille.
— Il est sorti fumer, répond-elle, au moment où le concerné ouvre la porte-fenêtre.
Le froid du soir s’infiltre dans le salon, soulevant un frisson. Jonah referme rapidement derrière lui, frottant ses mains pour se réchauffer.
— On est en mai ou en octobre ? souffle-t-il.
— En maictobre, lui dit Alyssa, en souriant.
— Faudrait prévenir dame Nature qu’il est censé faire plus chaud qu’en automne. Je préfère le mois de juillaoût, répond-il, amusé, avant de regarder le rôti. Ça sent bon.
Sa mère sourit en prenant place sur une chaise.
— Alors, le basket, ça va ? interroge Mara pendant que sa fille grimpe sur une chaise à côté d’elle.
Ses petites boucles châtain clair rebondissent et Mara passe une main sur sa joue avant de relever les yeux vers Jonah.
— Il s’est battu. Il est interdit de basket pendant deux semaines, lui apprend Ella, d’un ton calme, mais ferme.
Ne faisant pas le fier, le brun prend place face à Alyssa, qui lui lance un regard de soutien.
Il passe une main dans ses cheveux bruns en bataille, qui retombent devant ses yeux.
— Sinon, il est toujours aussi doué, glisse la jeune femme. Il fait partie des meilleurs. J’ai l’impression que vous avez tendance à l’oublier, reprend-elle, la tête tournée vers ses parents, assis à côté de son frère.
— Il…
— Papa, s’il te plaît, l’interrompt-elle, alors qu’Ella commence à servir. Jonah t’a expliqué ce qui s’est passé. Et, moi aussi.
— Mais, ce n’est pas une raison. Si vous avez des problèmes, vous devez en parler à vos professeurs ou au principal.
— C’est pas comme ça que ça marche, glisse Jonah en servant un verre d’eau à sa sœur. T’es allé au lycée, toi aussi. Tu sais comment c’est.
Stefan le fixe de ses yeux verts, puis finit par hocher la tête.
— Tu as bien fait de défendre ta sœur. Mais, évite de le faire en plein cours… et avec les poings.
Le bruit d’un couteau raclant une assiette rompt un instant le silence, avant que la conversation ne reprenne.
— Je t’ai dit que j’étais désolé.
— Pour ce que ça t’a coûté, peut-être, mais pas pour le geste, hein ? demande le père de famille.
Il sourit légèrement, sachant parfaitement que son fils ne regrette en rien d’avoir frappé Tom Curtis.
— C’est toi qui le dis, sourit Jonah.
— Je trouve qu’il est assez puni comme ça, dit Alyssa, pendant que Mara récupère l’assiette d’Emma.
— Deux semaines, c’est beaucoup, accorde sa tante.
— Sans oublier que ça fait déjà plus de dix jours qu’il ne peut plus sortir. Lycée et maison, pas de téléphone et…
— Et on a décidé que ne plus jouer au basket était suffisant, coupe Stefan, sa voix posée.
Jonah tourne la tête vers lui, surpris.
— Quoi ?
— Ta punition est levée, dit Ella, son regard tendre posé sur son fils.
De larges sourires éclairent les visages d’Alyssa et de Jonah.
— Alors, samedi, on peut aller à une soirée ?
— Chez qui ? demande Stefan.
— Malik.
— D’accord. Mais, attention avec l’alcool, ajoute-t-il en haussant un sourcil.
Alyssa joue l’ignorante, et son père se met à rire.
— Ton frère a l’âge, pas toi. Mais, on sait très bien que tu ne t’en prives pas.
— J’abuse jamais, ment-elle en riant.
— J’ai eu ton âge, je le sais, réplique-t-il avec un clin d’œil.
Jonah se penche vers sa mère et embrasse sa joue tandis qu’Alyssa se lève. Elle contourne la table et passe ses bras autour des épaules de son père.
— Je t’aime, tu sais.
Stefan éclate de rire, ses mains posées sur celles de sa fille.
— Juste parce qu’on a levé la punition de ton frère ?
— Non, parce que même si t’es strict, tu fais les choses bien.
Elle pose son regard sur sa mère, radieuse, un sourire doux aux lèvres.
— Je vous aime tous les deux. En fait, je vous aime tous ici, sourit Alyssa.
— Tu veux combien ? lance Jonah, hilare.
— Je sais faire des économies, moi, monsieur le dépensier.
Elle lui tire la langue et reprend place entre sa mère et Mara.
— Emma, je te souhaite d’avoir un jour un frère comme le mien.
La petite relève la tête vers sa cousine, ses yeux innocents brillent d’admiration.
— Même s’il est parfois casse-pieds, je sais qu’il ferait tout pour moi. On a tous besoin d’un Jonah dans nos vies. Et, je dis pas ça pour avoir quelque chose en retour.
Jonah sourit à sa sœur, touché.
Cette maison respire la chaleur et la vie.
Une famille unie, aimante et entière, de celle dont tout le monde rêve.
Plus tard dans la soirée, 22:04
Chambre de Jonah
Les posters des plus grands basketteurs d’Allemagne recouvrent le mur au-dessus du lit, leurs silhouettes figées en plein saut. À la porte, restée entre-ouverte, un petit panier de basket rouge et blanc est accroché, le filet a disparu.
Sur le bureau, sous la fenêtre qui laisse entrer la lumière du lampadaire, des cahiers et des manuels scolaires sont étalés, avec quelques surligneurs et des stylos.
Éparpillés sur le sol, les vêtements ne demandent qu’à être lavés, tandis qu’un t-shirt pend du rebord de la chaise de bureau. Dans un coin de la chambre, des baskets entassées forment une pyramide.
Jonah grimace et, du bout du pied, il vire ses affaires sous le lit défait.
— Ça sent le fauve, là-dedans, glisse Alyssa depuis l’embrasure de la porte.
Le nez froncé, elle prend le flacon de parfum posé sur la commode. Jonah se retourne et pointe son index dans sa direction.
— Aly, si tu fais ça, je te jure que je te fous dans une pièce fermée à clé avec Curtis.
Elle arque les sourcils, un sourire malicieux étirant ses lèvres.
— Lequel ? demande-t-elle avant de se mordre la lèvre.
Jonah attrape un oreiller et le lance sur elle. Alyssa éclate de rire.
— T’avises jamais de coucher avec lui ! prévient-il, les sourcils froncés, tandis qu’elle repose le parfum à sa place.
— Tom ou Nick ? s’enquiert Alyssa d’une voix faussement innocente, le regard en coin.
— Aucun ! T’es sérieuse, là ?
— J’arrive pas à croire que tu plonges dedans.
Elle secoue la tête, amusée, et lui renvoie son oreiller qui atterrit mollement sur le sol.
— Alors, ça fait quoi d’être libre ?
— J’étais pas en prison, réplique-t-il en s’asseyant sur le bord du lit.
— Tu parles, on aurait dit un lion en cage. Tu tournais en rond.
Appuyée contre le mur, Alyssa l’observe. Il se lève d’un bond, un sourire aux lèvres.
— Putain, tellement. On sort ?
— Quoi ? Il est vingt-deux heures passées, tu veux aller où ?
— On s’en fout. Au Blue ou au terrain de basket. On peut même juste aller faire un tour à pied.
— Je croyais que t’étais pas en prison ?
— Non, j’étais un lion en cage, répète-t-il avec un sourire.
Jonah attrape sa veste et ils quittent la chambre pour descendre.
— On sort, pas longtemps, dit-il à ses parents installés devant la télévision.
— Il a envie de redécouvrir le monde. Il a l’impression d’avoir été séquestré pendant des lustres, plaisante Alyssa, ses chaussures aux pieds.
Ella, avec un éclat de rire discret, pose son regard affectueux sur ses enfants.
— Attention, c’est la pleine lune. Prends sa laisse, répond Stefan, d’un ton joueur.
— Ah, vous êtes très drôles, vraiment, lance Jonah en enfilant ses baskets.
Quand ils sortent, l’air frais de la nuit les enveloppe. La rue est silencieuse, seulement éclairée par les lampadaires qui projettent leur ombre sur le trottoir.
Alyssa resserre sa veste autour d’elle, Jonah enfonce les mains dans ses poches.
Ils ne parlent pas. Ils n’ont pas besoin.
Leurs pas résonnent sur les pavés, en rythme.
Le calme est revenu.

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