Chapitre 4 - Malibu est une chienne riche
Je sors de l’eau avec la gueule salée et le torse qui brûle, et Malibu me crache à la figure sa richesse dégueulasse comme une salope trop maquillée qui sait qu’elle vaut cher. Le soleil cogne comme un projecteur de tournage, les villas brillent comme des coffres-forts verticaux, et les bimbos en bikini fluo paradent sur le sable avec leurs seins gonflés à la carte noire.
Tout est vulgaire ici.
Même le luxe transpire.
Je marche planche sous le bras, encore trempé, et je sens les regards me bouffer la peau. Je suis un corps, un mythe, une rumeur qui bande en 16:9. Je suis le type qu’on regarde en imaginant des choses sales.
Et là, je les vois.
Kylie.
Brune.
Pas mignonne. Pas jolie. Incendiaire. Une saloperie de jeunesse arrogante, peau chaude, regard noir qui te dit déjà “je vais te faire plier”. Son bikini est une insulte textile, une provocation ambulante. Chaque mouvement de ses hanches est une gifle hormonale.
À côté, Aušra.
Blonde glaciale. Pas la blonde idiote. La blonde qui tient la laisse. Regard clair, fixe, dominant. Son corps est parfait mais on s’en fout. Ce qui tue, c’est son calme. Elle n’a pas besoin de sourire. Elle décide.
Elles ne me regardent pas comme une groupie regarde un acteur.
Elles me regardent comme deux propriétaires regardent un jouet cher.
« Tu surfes comme si tu voulais te faire démonter », dit la blonde.
Sa voix est calme, mais ça pique.
Je la fixe.
« Je me fais démonter pour rester en vie. »
Kylie me détaille sans pudeur. Son regard descend sur mon torse encore humide, remonte lentement. Elle ne détourne pas les yeux. Elle me baise du regard sans cligner.
Je m’assois devant elles comme un con volontaire. Le sable me colle aux cuisses, je suis encore salé, animal. Elles sentent le parfum hors de prix et la maîtrise.
Le contraste est sale.
Elles savent tout. Mes tournages, mes morceaux, mes interviews. Elles parlent de mon vice comme d’un CV.
Je sens mon ego se dresser comme un abruti. Deux femmes magnifiques, blindées de fric, qui me regardent comme si j’étais un putain de trophée.
Je devrais fuir.
Je reste.
Kylie pose sa main sur la cuisse d’Aušra. Geste simple. Territorial. Elles sont un couple. Solide. Pas fragile. Pas expérimental.
Je ne suis pas la fissure.
Je suis l’accessoire.
« On aime les hommes qui ne s’excusent pas d’être des salauds », dit Kylie.
Elle prononce salaud comme une promesse.
Je ricane.
« Je ne m’excuse jamais. »
Mensonge. Je m’excuse à moi-même chaque nuit.
Aušra ne bouge presque pas. Elle me fixe comme si elle évaluait la résistance du matériau.
« On organise une soirée ce soir », dit-elle. « Pas une soirée de merde avec des cadres sup’ qui parlent placements. Une vraie soirée. »
Vraie.
Ça sonne comme dangereux.
Je pense à ma maison témoin. À mon couple tiède. À mon lit propre. À cette vie de fonctionnaire émotionnel.
Je regarde Kylie. Sa jeunesse est une bombe hormonale.
Je regarde Aušra. Sa domination est une laisse invisible.
Je veux les deux.
Je veux brûler et être tenu.
Je suis un con monumental.
« Ça part en couille comment ? » je demande.
Kylie sourit lentement.
« On ne part jamais en couille. On contrôle. »
Cette phrase devrait me refroidir.
Elle me fait bander mentalement.
La villa est au-dessus, posée comme une insulte au monde. Verre, béton, lignes nettes. Richesse insolente.
Je les suis.
Je marche entre elles. Leurs épaules frôlent mes bras. Je sens la chaleur animale de Kylie. Le parfum froid d’Aušra. Je suis au centre d’un truc qui pue le pouvoir.
À l’intérieur, tout est impeccable. Rien ne dépasse. Pas une trace de désordre. Même le vice doit être organisé ici.
On me sert un whisky qui coûte probablement le salaire mensuel d’un type normal. Kylie s’assoit près de moi, trop près. Sa cuisse colle à la mienne. Elle ne s’écarte pas.
Aušra reste debout un instant, bras croisés, et nous observe. Elle ne participe pas encore. Elle dirige.
Je sens la tension monter comme une érection mentale.
Je ne bande pas pour un corps.
Je bande pour le rapport de force.
Je suis excité à l’idée d’être le centre d’un fantasme riche et structuré.
Je me crois dominant.
Je suis déjà en train de devenir l’objet.
Et je le veux.
Je veux être utilisé si ça signifie être désiré.
Je veux être possédé si ça signifie être indispensable.
Je veux croire que ce luxe obscène, cette domination glaciale, cette saloperie de tension permanente, c’est une forme moderne d’amour.
Je suis un abruti lucide qui confond vice et vérité.
Et ce soir, je vais revenir.
Je vais entrer dans leur soirée.
Je vais croire que je contrôle.
Alors que je suis déjà attaché.

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