Chapitre 6 - L’objet de luxe

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La villa ressemble maintenant à une gorge ouverte qui avale du fric et recrache du vice, et moi je suis planté là comme un connard consentant au milieu d’un aquarium rempli de requins en talons aiguilles.

Un type éclate de rire avec un rail de coke encore collé sous la narine, une meuf se cambre sur le bar en laissant son verre dégouliner comme si le liquide voulait glisser entre sa chatte, et un autre abruti pose ses doigts sur des reins qui ne lui appartiennent pas avec la délicatesse d’un salaud sûr de son portefeuille.

Ça ne danse plus, ça ondule comme une partouze mentale sous néons.

Kylie ne me tourne plus autour comme une chienne affamée, elle me contourne comme une stratège qui sait déjà où elle va me planter. Elle parle à un autre mec devant moi, trop près, trop tactile, juste assez pour me faire sentir la morsure de la jalousie.

Je sens la merde monter dans ma gorge.

Je suis jaloux.

Moi.

Le mec qui baise à la chaîne sous projecteurs.

Je me sens ridicule et ça me rend encore plus excité.

Aušra me regarde pendant que Kylie pompe le type, et son regard est une gifle silencieuse. Elle voit tout. Elle voit la jalousie. Elle voit l’ego qui gonfle. Elle voit le mâle qui commence à perdre l’équilibre.

Elle s’approche, pose son verre sur la table avec une lenteur presque obscène, et me dit calmement : « Tu pensais être le centre ? »

Je souris comme un abruti.

« Je suis toujours le centre. »

Elle incline légèrement la tête, comme si elle venait d’entendre un enfant dire une connerie.

« Non. Tu es l’élément qu’on ajoute pour rendre la soirée plus intéressante. »

Cette phrase me traverse le bide comme un coup de poing.

Je sens mon arrogance vaciller.

Je ne suis pas indispensable.

Je suis décoratif.

Kylie revient vers nous, passe sa main dans mes cheveux comme si j’étais un putain de chien de luxe, puis me tourne le dos et repart vers la piste improvisée.

Elle me chauffe.

Elle me retire.

Elle me remet.

Je suis une pièce qu’on déplace.

Autour de nous, une femme s’agenouille pour ramasser son sac et un type en profite pour lui murmurer des horreurs dans le cou, elle se redresse en riant comme une salope qui adore qu’on la traite de pute, et moi je regarde tout ça avec l’impression d’être dans un cirque où la morale s’est pendue dans les toilettes.

Je bois encore.

L’alcool me rend plus con, plus arrogant, plus prêt à me vendre moi-même pour une dose d’adrénaline.

Kylie revient et m’embrasse au coin des lèvres, juste assez pour me donner envie de la plaquer contre un mur et la defoncer dans tous les sens, mais pas assez pour me rassurer.

Elle veut me garder instable.

Aušra glisse derrière moi, murmure dans mon oreille : « Tu te vois déjà nous posséder, pas vrai ? »

Je ris, mais mon rire est sale.

« J’ai l’habitude de posséder. »

Elle souffle presque.

« Non. Tu as l’habitude d’être utilisé. »

Et là, ça me frappe comme une gifle glacée.

Elle a raison.

Je suis payé pour jouer le désir des autres.

Je suis payé pour être la projection.

Je suis payé pour simuler l’intimité.

Et ce soir, je suis en train de le faire gratuitement.

Je suis un putain de produit en vitrine, et elles sont les clientes qui décident si je mérite l’étagère principale.

Kylie me regarde avec ce sourire de salope qui sait qu’elle a déjà gagné, et je sens que la laisse se resserre.

Je ne contrôle plus le rythme.

Je réagis.

Je cours derrière.

Je veux prouver.

Je veux impressionner.

Je veux redevenir le centre.

Et plus je m’agite, plus je deviens leur jouet.

La musique explose, les lumières clignotent, quelqu’un renverse un verre sur le sol et ça colle sous les semelles comme une métaphore de ma dignité en train de fondre.

Je me sens puissant.

Je me sens désiré.

Je me sens humilié.

Et cette combinaison me rend encore plus accro.

Je comprends que je ne suis pas dans une soirée.

Je suis dans un piège où le luxe sert de décor et où l’ego se fait découper en fines tranches.

Et le pire ?

Je reste.

Parce que je suis un con qui préfère se faire manipuler par deux déesses toxiques que de retourner à sa vie tiède.

Et pendant que Kylie rit et qu’Aušra me regarde comme un investissement intéressant, je comprends que je suis déjà à moitié à genoux sans même m’en rendre compte.

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