Chapitre 7

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L’aube ne pénétrait pas vraiment la cache.

Elle s’annonçait sans lumière, sans couleur, simplement par un changement presque imperceptible dans la densité de l’air, comme si l’obscurité elle-même se diluait lentement sans jamais disparaître. Les contours restaient flous, les murs toujours trop proches, le plafond toujours trop bas, et pourtant quelque chose avait changé.

Le moment était arrivé.

Apolline ouvrit les yeux sans transition.

Pas de réveil.
Pas d’hésitation.
Juste un passage net entre le repos et la conscience.

Elle resta immobile quelques secondes, non pas pour retarder quoi que ce soit, mais pour s’assurer que tout était en place. Son souffle était calme, régulier. Son corps ne portait aucune trace visible de fatigue, mais elle savait que ce n’était qu’une illusion fonctionnelle, une manière de maintenir son efficacité intacte malgré ce que la nuit n’avait pas réparé.

Aujourd’hui, rien ne devait interférer.

Son regard glissa lentement dans la pénombre.

Sira était tournée vers le mur.

Exactement comme la veille.

Sa posture n’avait presque pas changé, comme si le sommeil n’avait été qu’une parenthèse sans impact réel sur ce qui s’était brisé entre elles. Ses épaules montaient et descendaient lentement, mais quelque chose dans cette respiration manquait de relâchement, comme si même endormie, elle restait en tension.

Apolline la fixa une seconde de trop.

Puis détourna les yeux.

Maël, lui, était éveillé.

Elle le sut immédiatement, avant même de croiser son regard. Il n’y avait pas ce relâchement propre au sommeil, pas cette absence de contrôle. Il était assis près de la porte, comme souvent, le dos appuyé contre le bois renforcé, les jambes légèrement fléchies, les mains posées sur ses genoux.

Il la regardait déjà.

Depuis combien de temps, elle ne le savait pas.

Mais il n’avait pas bougé.

Un silence passa entre eux.
Un silence différent de ceux de la veille.

Plus simple.
Plus direct.

Il n’y avait plus rien à dire.

Apolline se redressa lentement, ses mouvements précis, contenus, sans le moindre bruit superflu. Ses doigts trouvèrent immédiatement la lanière de son sac, vérifiant presque machinalement son poids, son équilibre, la position des objets à l’intérieur.

Tout était là.

Le métal, dissimulé.
Les cordes.
Les outils.
Chaque élément à sa place exacte.

Rien n’avait été laissé au hasard.

Elle se leva.

Le sol froid ne provoqua aucune réaction.
Elle n’y prêta même pas attention.

Maël ne parla pas tout de suite.

Il la suivit du regard tandis qu’elle avançait vers la porte, chaque pas mesuré, chaque mouvement inscrit dans une logique déjà entièrement déroulée dans son esprit.

Elle posa la main sur la barre de bois.

S’arrêta.

Pas longtemps.

Juste assez pour sentir le moment.

Puis—

— Fais pas d’erreur.

La voix de Maël était basse.

Pas dure.
Pas froide.

Mais sans détour.

Apolline ne se retourna pas.

— Non.

Un mot.
Simple.
Net.

Et ça suffisait.

Elle souleva la barre, lentement pour éviter tout bruit inutile, puis ouvrit juste assez pour se glisser dehors. L’air extérieur la frappa immédiatement.

Plus humide.
Plus ouvert.
Plus réel.

Elle referma derrière elle sans un regard.

Et cette fois...

elle ne se retourna pas.

La ville n’était pas encore éveillée.

Pas complètement.

Elle existait dans cet état intermédiaire où les premiers mouvements apparaissent sans réellement former un rythme, où les bruits sont encore isolés, sans structure, sans continuité.

Les ruelles étaient vides.

Ou presque.

Quelques silhouettes se déplaçaient déjà, discrètes, pressées, comme si elles cherchaient à terminer quelque chose avant que le jour ne les expose davantage. L’eau stagnante dans les caniveaux reflétait une lumière terne, fragmentée, et les murs suintants semblaient absorber le peu de clarté disponible.

Apolline avança sans ralentir.

Ses pas étaient légers, mais assurés, parfaitement alignés avec les irrégularités du sol, évitant instinctivement les zones instables, les pierres mobiles, les surfaces trop humides.

Chaque mouvement était anticipé.

Chaque trajectoire calculée.

Mais quelque chose avait changé.

Elle le sentit immédiatement.

Ce n’était pas une erreur.
Pas encore.

C’était une sensation.

Diffuse.

Persistante.

Elle n’était pas seule.

Pas dans le sens habituel.

Pas comme les jours précédents.

Ce n’était pas une présence qui la suivait.

C’était autre chose.

Elle ralentit imperceptiblement.

Ses yeux balayèrent l’espace sans que sa tête ne bouge réellement, captant les reflets, les ombres, les variations de lumière sur les surfaces irrégulières.

Rien.

Et pourtant...

elle le sentait.

Elle tourna à l’angle d’une ruelle plus étroite, longea un mur effondré à moitié, puis prit appui sur une pierre saillante pour se hisser sur un premier rebord.

Le mouvement fut fluide.

Sans bruit.

Comme toujours.

Elle atteignit le toit bas d’un ancien entrepôt, puis continua, passant d’une surface à l’autre avec une précision mécanique, ses mains trouvant les prises avant même que ses yeux ne les identifient complètement.

Les toits étaient encore humides.

Glissants par endroits.

Mais cela ne la ralentissait pas.

Elle connaissait ce terrain.

Elle s’y déplaçait comme dans un espace qui lui appartenait.

Et pourtant...

elle s’arrêta.

Brusquement.

Pas à cause d’un bruit.

Pas à cause d’un mouvement visible.

À cause de ça.

Cette sensation.

Plus nette.

Plus proche.

Elle se redressa légèrement, adossée à une cheminée fissurée, son regard glissant lentement sur les lignes des toits environnants.

Rien.

Le vent passa.

Faisant vibrer légèrement une plaque de métal mal fixée.

Puis...

un détail.

À peine perceptible.

Une ombre qui n’était pas là une seconde plus tôt.

Sur un toit plus loin.

Immobile.

Apolline plissa légèrement les yeux.

La distance rendait les contours flous, mais ce n’était pas suffisant pour masquer l’évidence.

Quelqu’un était là.

Et il ne bougeait pas.

Il ne cherchait pas à se cacher.

Pas vraiment.

Il était simplement...

positionné.

Elle ne fit aucun geste brusque.

Ne changea pas immédiatement de trajectoire.

Mais son corps s’ajusta.

Légèrement.

Ses appuis devinrent plus prudents.

Ses mouvements plus espacés.

Elle reprit sa progression.

Mais cette fois...

elle savait.

Ce n’était pas une coïncidence.

Ce n’était pas une erreur de perception.

Quelqu’un était là.

Et ce quelqu’un ne la suivait pas.

Il l’observait.

Elle sauta sur un autre toit, plus élevé, puis se laissa glisser le long d’une pente douce pour atteindre un point plus bas, utilisant le relief pour briser les lignes de vue.

Quand elle releva les yeux, la silhouette n’était plus là.

Mais la sensation, elle...

n’avait pas disparu.

Elle avait changé.

Plus précise.

Plus ciblée.

Comme si, elle avait été validée.

Apolline inspira lentement.

Son cœur battait plus vite.
Pas de panique.

Pas encore.

Mais une alerte claire.

Elle continua.

Plus vite.

Pas pour fuir.

Pour avancer avant que le jeu ne change.

Parce qu’elle le sentait...

il avait déjà commencé.

Et cette fois...

elle n’était plus seulement en train de se déplacer vers le palais.

Elle entrait dans quelque chose d’autre.

Quelque chose qu’elle n’avait pas prévu.

Et quelque chose...

qui l’attendait déjà.

La sortie du quartier ne se fit pas d’un seul coup.

Elle s’effaça.

Les murs cessèrent progressivement de se refermer sur elle, les ruelles perdirent leur étroitesse étouffante, et l’air, sans devenir plus léger, changea subtilement de texture. Moins chargé de cendres, moins saturé d’humidité stagnante. À la place, quelque chose de plus structuré, de plus travaillé.

La ville ne disparaissait pas.

Elle se transformait.

Apolline ralentit légèrement, non par hésitation, mais pour laisser son regard s’ajuster. Ici, chaque détail comptait autrement. Ce n’était plus un endroit où l’on survivait dans le désordre — c’était un espace organisé, tenu, surveillé sans en avoir l’air.

Ses pas devinrent plus mesurés.

Moins instinctifs.

Plus calculés.

Elle passa une première rue plus large, bordée de façades mieux entretenues. Les pierres y étaient plus régulières, moins fissurées, comme si quelqu’un s’était donné la peine de les maintenir en état. Les portes étaient fermées, mais propres. Les encadrements droits. Même les ombres semblaient plus nettes.

Le silence, ici, n’était pas vide.

Il était contrôlé.

Un homme traversa la rue devant elle, portant une caisse qu’il tenait trop droite pour être réellement lourde. Il ne la regarda pas, mais son absence de regard était elle-même maîtrisée.

Rien n’était laissé au hasard.

Apolline ne changea pas de rythme.

Mais elle sentit immédiatement la différence.

Dans les bas-quartiers, on disparaissait dans le chaos.

Ici, on disparaissait dans la cohérence.

Et c’était plus difficile.

Le marché apparut sans transition.

Pas comme une explosion de bruit ou de mouvement, mais comme une continuité logique du reste : structuré, organisé, vivant, mais jamais désordonné.

Les étals étaient alignés.

Pas parfaitement — ce n’était pas un lieu riche — mais suffisamment pour créer des axes de circulation clairs. Les allées existaient, dessinées par l’usage, respectées presque inconsciemment par ceux qui les traversaient.

Les toiles tendues au-dessus filtraient la lumière, la rendant plus douce, plus diffuse. Elle ne tombait pas directement sur les visages, mais glissait sur les objets, sur les tissus, sur les surfaces polies par les mains.

Les odeurs étaient présentes.

Mais séparées.

Pain chaud.
Herbes fraîches.
Bois travaillé.
Un peu de cuir.

Rien ne dominait vraiment.

Tout était contenu.

Apolline s’arrêta une fraction de seconde à l’entrée.

Pas assez pour attirer l’attention.

Juste assez pour comprendre.

Ici, elle ne pouvait pas improviser.

Elle devait s’intégrer.

Elle entra.

Son pas changea immédiatement.

Elle s’aligna sur le rythme des autres.

Ni plus rapide, ni plus lente.

Ses épaules se relâchèrent légèrement, sa posture se redressa juste assez pour ne pas paraître sur la défensive. Son regard, lui, cessa de chercher activement.

Il observa autrement.

En périphérie.

Toujours en mouvement.

Un groupe passa à sa gauche, discutant à voix basse. Pas de tension dans leurs gestes. Pas de précipitation. Des habitués.

Un vendeur ajusta une rangée de pains avec une précision presque mécanique. Chaque geste identique au précédent.

Un enfant passa en courant.

Et immédiatement, quelqu’un le rappela.

Pas violemment.

Mais fermement.

Rien ne débordait.

Apolline comprit.

Ici, toute anomalie serait visible.

Elle passa entre deux étals.

Ses doigts effleurèrent un tissu — volontairement cette fois — juste assez pour donner l’impression d’un geste naturel, d’un intérêt banal. Elle ralentit d’un demi-pas.

Une réussite.

Elle devenait quelqu’un qui passait.

Pas quelqu’un qui traversait.

Mais...

trop longtemps.

Le vendeur leva les yeux.

Pas brusquement.

Mais précisément.

Le regard accrocha.

Une seconde.

Deux.

Erreur.

Apolline relâcha immédiatement le tissu, reprit son rythme sans accélérer, mais modifia légèrement sa trajectoire pour ne pas rester dans son axe direct.

Ne jamais fuir.

Toujours glisser.

Elle continua.

Le bruit du marché était particulier.

Pas fort.

Mais constant.

Un fond stable de voix, de pas, de petits gestes répétés.

Et dans ce fond…

elle le sentit.

Encore.

Ce décalage.

Un rythme qui ne correspondait pas.

Un silence qui ne s’intégrait pas.

Elle ne tourna pas la tête.

Mais ses sens se tendirent.

Quelqu’un.

Toujours.

Elle arriva au centre du marché.

Là où les allées se croisaient.

Point le plus exposé.

Point le plus dangereux.

Elle ne ralentit pas.

Mais elle ajusta son parcours pour éviter les axes directs. Elle coupa légèrement à travers un espace entre deux stands, longea une structure en bois, passa derrière une pile de caisses soigneusement alignées.

Chaque mouvement était calculé.

Et cette fois, propre.

Fluide.

Invisible.

Une réussite.

Puis, un son.

Très léger.

Métallique.

Pas un outil.
Pas une structure.

Un frottement.

Bref.

Mais distinct.

Apolline sentit son corps réagir avant même d’y penser.

Sa respiration se fit plus lente.
Ses gestes encore plus précis.

Elle continua.

Mais maintenantelle savait. Ce n’était plus une impression.

Elle atteignit enfin l’extrémité du marché.

Là où l’organisation commençait à se relâcher légèrement. Les étals moins rigides. Les espaces moins contrôlés.

La transition.

Parfaite pour disparaître.

Elle ralentit.

Comme quelqu’un qui hésite.

Qui cherche son chemin.

Qui n’est pas pressé.

Puis elle dévia.

Vers le mur.

Vers la grille.

Presque invisible sous l’angle.

Elle s’accroupit légèrement, comme pour ajuster sa chaussure.

Ses doigts trouvèrent le métal.

Froid.
Rugueux.

Elle tira.

Très doucement.

Un léger grincement.

Elle se figea.

Personne.

Elle continua.

L’ouverture céda.

Juste assez.

Sans attendre, elle se glissa à l’intérieur.

L’air la frappa.

Violent.

Dense.

Humide.

Rien à voir avec le marché.

Ici, tout était brut.

L’odeur monta immédiatement.

Eau stagnante.
Moisissure.
Fer.

Pas de séparation.

Tout était mélangé.

Elle descendit.

Ses bottes touchèrent une surface instable, légèrement immergée. Un bruit mou accompagna le contact.

Elle s’arrêta.

Écouta.

Le monde au-dessus s’était éteint.

Remplacé par autre chose.

Un silence vivant.

Des gouttes.
Des échos.
Des mouvements invisibles.

Elle avança.

Lentement.

Sa main glissa contre la paroi.

Glissante.

Froide.

Chaque pas devait être choisi.

Une erreur ici ne ferait pas de bruit visible.

Mais elle la ralentirait.

Et ralentir c’était mourir.

Puis, elle glissa.

Léger.Mais réel.

Son pied perdit prise sur une surface trop lisse.

Elle se rattrapa immédiatement.

Mais le bruit résonna.

Trop fort.

Elle se figea.

Respiration suspendue.

Silence.

Puis...

un autre son.

Derrière.

Pas une goutte.

Pas un écho.

Quelque chose qui s’était arrêté. Comme elle.

Le froid monta lentement dans sa nuque.

Pas une peur brutale.

Quelque chose de plus précis.

Plus dangereux.

Elle ne se retourna pas.

Pas encore.

Mais maintenant...

elle en était certaine.

Quelqu’un était descendu.

Et cette fois…

il ne la cherchait plus.

Il la suivait.

L’air ne changeait pas.

C’était ça, le problème.

Il restait le même à chaque pas, à chaque tournant, à chaque respiration. Toujours cette densité humide, cette odeur épaisse d’eau stagnante mêlée à quelque chose de plus ancien, de plus profond, comme si les murs eux-mêmes conservaient la mémoire de tout ce qui avait pourri ici.

Apolline avançait.

Mais elle ne progressait plus.

Les tunnels se ressemblaient trop.

Les parois, lisses par endroits, rongées ailleurs, les ouvertures basses, les conduits secondaires qui s’enfonçaient dans l’obscurité sans offrir la moindre indication. Rien ne marquait vraiment un passage, rien ne fixait un repère fiable.

Elle tourna à droite.

Ou peut-être à gauche.

Elle n’en était plus certaine.

Son esprit tenta de reconstruire le trajet. L’entrée. Les premiers mètres. Le moment où elle avait ralenti. Le glissement.

Puis…

rien de clair.

Juste une suite de décisions prises trop vite, dans un espace qui ne permettait pas l’erreur.

Elle s’arrêta.

Pas longtemps.

Mais assez pour sentir quelque chose changer.

Pas autour d’elle.

En elle.

Un décalage.

Elle inspira lentement, mais l’air refusa de remplir complètement ses poumons. Trop lourd. Trop chargé. Elle expira, puis recommença.

Calme.

Elle devait rester calme.

Ses doigts glissèrent contre le mur, cherchant une irrégularité, une aspérité qui aurait pu servir de repère.

Rien.

Tout était uniforme.

Elle avança encore.

L’eau montait légèrement.

Pas assez pour gêner franchement.
Mais assez pour ralentir.

Chaque pas produisait maintenant un bruit plus net, plus dense, comme si le sol lui-même retenait un instant ses mouvements avant de les relâcher.

Elle grimaça légèrement.

Trop sonore.

Elle tenta de modifier sa démarche.

Plus lente.
Plus glissée.

Mais le résultat restait imparfait.

Elle n’aimait pas ça.

Ne pas maîtriser le bruit, c’était perdre un avantage.

Et aujourd’hui, elle en avait déjà perdu un.

Ou plusieurs.

Un croisement.

Trois passages.

Un plus étroit.
Un légèrement incliné.
Un autre, presque totalement noyé dans l’ombre.

Elle s’arrêta.

Son regard passa de l’un à l’autre.

Analyse rapide.

L’incliné permettrait peut-être une sortie plus proche de la surface.

Le plus étroit ralentirait un poursuivant.

Le plus sombre…

inconnu.

Elle hésita.

Une seconde.

Deux.

Erreur.

Elle choisit.

Le passage incliné.

Mauvais choix.

Elle le comprit trop tard.

Le sol y était plus instable, couvert d’une fine couche de dépôt visqueux. Son pied accrocha mal, et elle dut s’appuyer contre le mur pour ne pas glisser complètement.

Le bruit résonna.

Court.

Mais trop fort.

Elle se figea immédiatement.

Son cœur battait plus vite.

Pas de panique.

Juste une alerte.

Elle écouta.

Silence.

Puis, un léger déplacement. Derrière. À peine perceptible.

Mais réel.

Son estomac se contracta.

Il était là. Toujours.

Plus proche maintenant.

Elle reprit sa marche.

Plus rapide.

Pas en fuite.

Mais en adaptation.

Ses pensées commencèrent à tourner.

Qui ?

Un garde ?

Possible.

Les rumeurs du marché.

Les patrouilles.

Mais un garde ne descendrait pas seul.

Pas ici.

Pas sans bruit.

Pas comme ça.

Alors...

un voleur.

Quelqu’un du réseau.
Quelqu’un qui connaissait ces passages.

Quelqu’un qu’elle aurait croisé sans le voir.

Ou...

un souvenir remonta.

Un objet volé.
Une erreur.
Un visage oublié.

Quelqu’un qui aurait attendu.

Longtemps.

Mais…

non.

Il y avait autre chose.

Quelque chose dans la manière dont cette présence se déplaçait.

Trop précis.

Trop silencieux.

Trop...

familier.

Elle serra légèrement les dents.

Impossible.

Un nouveau tournant.

Plus étroit.

Elle s’y engagea sans réfléchir.

Erreur encore.

Le passage se resserra davantage, forçant son corps à s’incliner légèrement. Son sac accrocha contre la paroi, produisant un frottement sec.

Elle jura intérieurement.

Trop de bruit.

Trop d’erreurs.

Elle avançait moins bien.

Et lui…

probablement mieux.

Puis, elle le vit.

Pas lui.

Pas directement.

Une trace.

Dans l’eau.

Fine.

Récente.

Un déplacement.

Quelqu’un était passé là.

Peu de temps avant.

Très peu.

Apolline s’arrêta net.

Son regard fixa la surface.

Les ondulations.

Les marques.

Ce n’était pas une vieille trace.

Pas quelque chose laissé par le courant.

C’était net.

Découpé.

Volontaire.

Elle sentit quelque chose glisser dans sa poitrine.

Pas une peur brutale.

Quelque chose de plus froid.

Plus précis.

Il ne la suivait pas au hasard.

Il passait avant elle.

Ou...

il choisissait les mêmes chemins.

Trop rapidement.

Elle recula d’un demi-pas.

Son esprit accéléra.

Recalcul.

Trajectoires.
Possibilités.

Si lui savait, alors elle devait changer.

Imprévisible.

Elle tourna brusquement dans un autre passage.

Sans analyser.

Sans optimiser.

Juste différemment.

Ses pas s’accélérèrent légèrement.

Le bruit aussi.

Mais elle n’avait plus le choix.

Elle devait casser le rythme.

Briser la logique.

Elle tourna encore.

Puis encore.

Un enchaînement.

Non planifié.

Risque élevé.

Mais nécessaire.

Elle s’arrêta.

Brutalement.

Silence.

Respiration contrôlée.

Une seconde.

Deux.

Puis, un décalage.

Très léger.

Un mouvement.

Pas synchronisé.

Mais proche.

Trop proche.

Elle ferma les yeux une fraction de seconde.

Pas pour se calmer.

Pour écouter.

Et dans ce silence, elle comprit.

Il ne courait pas.

Il ne se précipitait pas.

Il adaptait.

Comme elle.

Toujours une seconde après.

Toujours juste assez loin.

Apolline rouvrit les yeux.

L’obscurité lui sembla plus dense.

Plus vivante.

Elle reprit sa marche.

Mais maintenant...

chaque pas était une question.

Chaque tournant une décision sans certitude.

Chaque bruit un signal.

Son esprit tournait.

Encore.

Encore.

Un garde ?

Non.

Pas comme ça.

Un voleur ?

Peut-être.

Mais pourquoi elle ?

Quelqu’un du passé ?

Son estomac se noua.

Impossible.

Et pourtant, le doute resta.

Accroché.

Comme l’odeur.
Comme l’humidité.
Comme cette présence.

qui ne la lâchait pas.

Elle s’arrêta une dernière fois.

Main contre le mur.

Respiration lente.

Puis une pensée.

Simple.

Claire.

Froide.

Elle n’était plus en train de traverser les égouts.

Elle était en train d’être menée.

Quelqu’un la poussait.

Vers quelque chose.

Ou, loin de quelque chose.

Le silence retomba.

Mais cette fois, il n’était plus vide. Il attendait.

Et elle aussi.

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