Chapitre 25

13 minutes de lecture

Le silence ne se brisa pas immédiatement.

Il s’étira, lent, tendu, presque fragile, comme si le moindre mot risquait de fissurer quelque chose de plus profond que la simple incompréhension — quelque chose qui touchait à l’équilibre même de ce que ce lieu représentait.

Apolline n’avançait plus.

Elle fixait le cristal, sans le regarder réellement, consciente de sa présence, de sa lumière, de cette pulsation lente qui semblait trop régulière pour être naturelle, et pourtant trop vivante pour être simplement inerte.

Et surtout…

De cette distance.

Subtile.

Mais indéniable.

Elyndra, elle, ne quittait pas Apolline des yeux.

Pas le cristal.

Apolline.

Comme si la réaction — ou plutôt l’absence de réaction — comptait plus que l’objet lui-même.

« Regarde-le. »

Sa voix était plus douce.

Mais plus sérieuse aussi.

Apolline inspira légèrement, puis releva les yeux.

Pas complètement.

Juste assez.

« Tu ressens quelque chose. »

Ce n’était pas une question.

Apolline hésita.

Une fraction de seconde.

Puis, presque automatiquement :

« Non. »

Le mot sortit proprement.

Trop proprement.

Et pendant un instant…

Elyndra ne répondit pas.

Parce qu’elle venait de le voir.

Ce masque.

Pas encore parfait.

Pas encore totalement maîtrisé.

Mais déjà là.

Instinctif.

Presque… nécessaire.

« Tu mens mal. »

Dit-elle finalement, sans dureté.

Apolline serra légèrement la mâchoire.

« Je ne mens pas. »

« Tu simplifies. »

Corrigea Elyndra.

Puis, après un silence :

« Et tu caches. »

Le regard d’Apolline se détourna.

Légèrement.

Assez pour ne pas fuir.

Mais assez pour ne pas se livrer.

Elyndra soupira discrètement.

Puis se détourna à son tour, reportant son attention sur le cristal.

« Ce n’est pas grave. »

Ajouta-t-elle.

« Tu vas en avoir besoin. »

Apolline releva légèrement la tête.

« Besoin de quoi ? »

Elyndra la regarda à nouveau.

Plus frontalement.

« D’un masque. »

Le mot tomba simplement.

Sans détour.

Sans hésitation.

« Si tu veux survivre ici… tu ne peux pas être entièrement sincère. »

Un silence.

Puis :

« Pas avec eux. »

Apolline ne répondit pas.

Mais quelque chose en elle se figea.

Parce qu’au fond…

Elle le savait déjà.

« Tu dois contrôler ce que tu montres. »

Continua Elyndra.

« Ce que tu ressens. Ce que tu penses. Ce que tu laisses paraître. »

Un pas.

Lent.

Vers elle.

« Et surtout… tu dois apprendre à tenir ce masque même quand tu es en train de te fissurer. »

Le regard d’Apolline vacilla une seconde.

Puis se stabilisa.

Elle comprenait.

Pas totalement.

Mais assez.

« Et le cristal ? »

Demanda-t-elle finalement.

« Il voit à travers ça ? »

Cette fois, Elyndra ne répondit pas immédiatement.

Elle observa le cristal.

Longuement.

Comme si la réponse ne lui appartenait pas complètement.

« Oui. »

Dit-elle enfin.

« Et non. »

Apolline fronça légèrement les sourcils.

« C’est censé vouloir dire quoi ? »

Elyndra esquissa un très léger sourire.

Fatigué.

« Le cristal ne voit pas tes mots. »

Elle fit un geste lent, presque imperceptible, vers elle.

« Il ne voit pas non plus ce que tu montres. »

Un silence.

Puis, plus bas :

« Il réagit à ce qui reste quand tu n’as plus rien à montrer. »

Apolline sentit quelque chose se serrer dans sa poitrine.

« Donc le masque ne sert à rien. »

« Si. »

Répondit Elyndra immédiatement.

« Il sert à tout le reste. »

Leur regard se croisa.

« Le monde… »

Elle marqua une pause.

Cherchant ses mots.

Ou les choisissant avec trop de précision.

« Le monde ne fonctionne pas avec la vérité. »

Un silence.

« Il fonctionne avec ce qu’il accepte. »

Apolline resta immobile.

Puis :

« Et le cristal ? »

Elyndra inspira lentement.

« Le cristal… est la seule chose que le monde n’a pas réussi à corrompre. »

Elle s’éloigna légèrement, faisant lentement le tour de la pièce.

« Après les guerres de magie… »

Sa voix avait changé.

Plus narrative.

Plus ancrée.

« Les cités ont tenté d’interdire toute forme de pouvoir. »

Apolline suivait chacun de ses mots.

« Mais c’était impossible. »

Elyndra passa ses doigts le long d’une gravure ancienne sur le mur.

« Parce que la magie ne disparaissait pas. Elle se cachait. Elle revenait. Elle détruisait. »

Un regard vers elle.

« Alors ils ont cherché une solution. »

Elle désigna le cristal.

« Et ils ont trouvé… ça. »

Un silence.

« Ou plutôt… ils ont compris ce que c’était. »

Apolline plissa légèrement les yeux.

« Tu as dit qu’il avait absorbé toute la magie. »

« Oui. »

« Comment ? »

Elyndra hésita.

Rarement.

Mais cette fois…

Oui.

« Personne ne sait exactement. »

Elle releva les yeux vers le cristal.

« Certains disent qu’il a été créé pour ça. »

« D’autres… »

Un léger silence.

« Qu’il a simplement… pris. »

Apolline sentit un frisson.

« Pris ? »

« Comme un cœur prend le sang. »

Répondit Elyndra doucement.

« Comme une mer prend une rivière. »

Elle se tourna vers elle.

« La magie n’a pas disparu. »

Un battement.

« Elle a été rassemblée. »

Le regard d’Apolline se fixa sur le cristal.

Différemment, cette fois.

Pas comme un objet.

Comme quelque chose de… vivant.

Dangereux.

« Et les cités ont accepté ça ? »

« Elles n’avaient pas le choix. »

Répondit Elyndra.

« Parce que le cristal impose une règle. »

Elle s’approcha à nouveau.

Très légèrement.

« Il ne donne rien sans réaction. »

Un silence.

« Et surtout… »

Sa voix se fit plus basse.

« Il ne peut pas être utilisé librement. »

Apolline pencha légèrement la tête.

« Donc personne ne peut en abuser. »

« Exactement. »

Un regard.

Appuyé.

« C’est pour ça qu’il est la seule magie autorisée. »

Le silence revint.

Mais cette fois, il était différent.

Plus chargé de compréhension.

Plus lourd de conséquences.

Apolline observa le cristal encore une fois.

Puis :

« Et moi… je dois m’en servir pour convaincre tout un monde que je ne suis pas une menace. »

« Oui. »

Répondit Elyndra.

Sans détour.

Sans adoucir.

Apolline la regarda.

Longuement.

Puis esquissa un léger sourire.

Froid.

Calculé.

« Très bien. »

Elyndra plissa légèrement les yeux.

Quelque chose venait de changer.

« Alors apprends-moi. »

Un battement.

« À leur donner ce qu’ils veulent voir. »

Le masque.

Cette fois…

Tenait.

Mais au fond d’elle…

Le rejet du cristal…

Lui, n’avait pas disparu.

Et quelque part, dans l’ombre du palais...

Quelqu’un…

Attendait la suite.

La pièce n’avait pas changé.

Et pourtant…

Tout y semblait différent.

Le cristal flottait toujours au centre, immobile en apparence, traversé de ces pulsations lentes, régulières, presque apaisantes — mais ce calme, désormais, avait quelque chose de trompeur, comme une surface lisse dissimulant une profondeur que l’on ne pouvait pas mesurer sans s’y perdre.

Apolline se tenait à quelques pas seulement.

Sans avancer.

Sans reculer.

Son regard fixé sur lui, mais son corps… en retenue.

Elle avait remis le masque.

Sans même s’en rendre compte.

Ses épaules s’étaient redressées.

Sa respiration était redevenue lente, maîtrisée.

Son expression — neutre.

Trop neutre.

Comme si ce qui s’était fissuré un peu plus tôt avait déjà été recouvert, dissimulé, enfermé derrière quelque chose de plus solide, de plus froid, de plus… utile.

Elyndra l’observa en silence.

Elle reconnut immédiatement ce changement.

Et elle ne dit rien.

Pas tout de suite.

Parce que c’était nécessaire.

Parce que c’était dangereux.

Mais surtout…

Parce qu’elle ne savait pas encore dans quelle mesure cela allait poser problème.

« Bien. »

Sa voix résonna doucement dans la pièce circulaire.

« On ne va pas attendre. »

Apolline ne répondit pas.

Mais elle se redressa légèrement.

Prête.

Ou du moins…

En apparence.

Elyndra fit un pas vers le cristal.

Sans hésitation.

Sans tension.

Et comme à chaque fois qu’elle s’en approchait, la lumière sembla s’intensifier légèrement, les pulsations se stabiliser, comme si sa présence suffisait à créer une forme d’équilibre.

Apolline le remarqua.

Bien sûr qu’elle le remarqua.

Et quelque chose, au fond d’elle, se contracta.

Mais son visage n’en montra rien.

« Regarde bien. »

Dit Elyndra.

Puis elle leva lentement la main, paume tournée vers le cristal, sans le toucher.

Un instant.

Rien.

Puis...

La lumière changea.

Subtilement.

Les veines lumineuses s’illuminèrent davantage, leur rythme s’ajusta, et une chaleur douce sembla se diffuser dans la pièce, imperceptible mais réelle, comme une présence qui s’étendait sans jamais s’imposer.

« Il répond. »

Murmura Elyndra.

Pas pour se montrer.

Pour montrer.

Elle abaissa la main.

Et la lumière revint à son état initial.

« Ce n’est pas un ordre. »

Ajouta-t-elle.

« Ce n’est jamais un ordre. »

Apolline observa attentivement.

Chaque détail.

Chaque variation.

Chaque micro-changement.

Elle enregistrait tout.

Stratégiquement.

« C’est une relation. »

Continua Elyndra.

« Une interaction. »

Elle se tourna vers elle.

« Et plus tu cherches à le forcer… plus il résiste. »

Un silence.

Puis, plus doucement :

« À toi. »

Apolline ne bougea pas immédiatement.

Une seconde.

Puis deux.

Puis elle avança.

Un pas.

Puis un autre.

Lentement.

Avec contrôle.

Avec précision.

Comme si chaque mouvement devait être calculé.

Comme si s’approcher de ce cristal revenait à entrer dans un espace où le moindre faux geste pouvait avoir des conséquences.

Son regard resta fixé sur lui.

Mais cette fois…

Elle ne chercha pas à comprendre.

Elle chercha à… reproduire.

Ce qu’Elyndra avait fait.

Ce qu’elle avait montré.

Ce qui fonctionnait.

Le masque.

Toujours.

Elle leva la main.

Doucement.

Comme Elyndra.

Même angle.

Même distance.

Même respiration.

Un instant.

Rien.

Le cristal continua de pulser.

Calme.

Régulier.

Indifférent.

Apolline ne réagit pas.

Extérieurement.

Elle ajusta légèrement sa posture.

Respira.

Se concentra davantage.

Relation.

Interaction.

Elle relâcha un peu la tension dans ses épaules.

Tenta autre chose.

Quelque chose de plus… fluide.

Un instant.

Puis...

Un frisson.

Bref.

Presque imperceptible.

Mais réel.

La lumière vacilla.

Pas comme avec Elyndra.

Pas stable.

Pas douce.

Une irrégularité.

Comme une onde perturbée.

Elyndra se figea.

Elle ne bougea pas.

Mais son regard changea.

Apolline le sentit.

Elle le vit.

Mais elle ne s’arrêta pas.

Elle insista.

Légèrement.

Cherchant à stabiliser.

À corriger.

À contrôler.

Et c’est là...

Que ça bascula.

La lumière se contracta brusquement.

Pas violemment.

Mais suffisamment pour créer une rupture nette dans le rythme.

Une dissonance.

Et dans le même instant, une sensation.

Brutale.

Apolline retira sa main comme si elle venait de toucher quelque chose de trop froid.

Ou de trop… vide.

Son souffle se coupa une fraction de seconde.

Invisible pour la plupart.

Mais pas pour Elyndra.

Pas pour elle.

Un silence.

Lourd.

Immobile.

Apolline recula d’un pas.

Puis se redressa immédiatement.

Masque.

Tenue.

Contrôle.

« C’est instable. »

Dit-elle simplement.

Comme une observation.

Comme si cela ne la concernait pas.

Comme si ce n’était qu’un problème technique.

Elyndra ne répondit pas.

Pas tout de suite.

Elle s’approcha lentement.

Son regard fixé sur le cristal.

Puis sur Apolline.

Puis à nouveau sur le cristal.

Elle leva la main à son tour.

Et immédiatement...

La lumière se stabilisa.

Douce.

Régulière.

Sans la moindre hésitation.

Le contraste était évident.

Trop évident.

Le silence s’alourdit encore.

« Ça n’est pas instable. »

Dit finalement Elyndra.

Calmement.

Sans accusation.

Mais sans détour.

Apolline soutint son regard.

Sans ciller.

« Alors explique-moi. »

Elyndra la fixa un instant.

Puis abaissa lentement la main.

La lumière revint à son état initial.

« Le cristal ne réagit pas comme ça. »

Un silence.

Puis, plus bas :

« Jamais. »

Apolline haussa légèrement les épaules.

Un geste maîtrisé.

Minime.

« Il a hésité. »

« Non. »

Répondit Elyndra immédiatement.

« Il a réagi. »

Le regard d’Apolline se durcit légèrement.

« À quoi ? »

Un battement.

Elyndra hésita.

Encore.

Puis :

« À toi. »

Le silence tomba.

Plus lourd que tous les précédents.

Apolline ne répondit pas immédiatement.

Elle détourna légèrement le regard.

Vers le cristal.

Puis revint.

« Donc c’est moi le problème. »

Ce n’était pas une question.

Pas vraiment.

Elyndra la fixa.

Longuement.

Puis secoua très légèrement la tête.

« Ce n’est pas aussi simple. »

Mais sa voix…

N’était plus totalement assurée.

Et Apolline le vit.

Elle le comprit.

Et elle le rangea.

Quelque part.

Derrière le masque.

« Alors quoi ? »

Insista-t-elle.

Elyndra inspira lentement.

« Le cristal ne rejette pas. »

Un silence.

« Il révèle. »

Le regard d’Apolline ne bougea pas.

Mais quelque chose, à l’intérieur…

Se referma.

« Je ne vois rien. »

Répondit-elle froidement.

Elyndra ne répondit pas.

Parce que ce n’était pas vrai.

Et parce qu’elle savait…

Qu’Apolline savait.

Mais qu’elle avait choisi.

De ne rien montrer.

De ne rien reconnaître.

Le masque.

Déjà.

Parfait.

Ou presque.

« On recommencera. »

Dit finalement Elyndra.

Plus posément.

« Pas aujourd’hui. »

Apolline hocha légèrement la tête.

Sans discuter.

Sans insister.

Mais en se détournant du cristal…

Elle sentit encore cette sensation.

Ce vide.

Cette résistance.

Comme si quelque chose en elle…

Et quelque chose en lui…

Refusaient encore de se rencontrer.

Et pour la première fois...

Une pensée, brève, tranchante, traversa son esprit.

Et si ce n’était pas lui… qui devait changer ?

Dans l’ombre, loin des regards ;

Quelqu’un souriait déjà.

Le silence qui suivit leur sortie de la salle du cristal ne ressemblait à aucun autre.

Ce n’était pas celui, pesant et observé, de la cour.

Ni celui, chargé de vérité contenue, de la pièce circulaire.

C’était un silence… creux.

Comme si quelque chose avait été retiré.

Ou refusé.

Apolline marchait légèrement en avance.

Pas assez pour fuir.

Mais assez pour ne pas être à hauteur.

Ses pas étaient réguliers.

Maîtrisés.

Son dos droit.

Son regard fixé devant elle.

Et pourtant...

À l’intérieur, tout était encore en déséquilibre.

Pas à cause de l’échec.

Pas exactement.

Mais à cause de cette sensation.

Ce vide brutal.

Ce refus.

Ce non-lien.

Elle n’avait jamais ressenti ça.

Avec rien.

Avec personne.

Et surtout...

Elle n’arrivait pas à le comprendre.

Alors elle fit ce qu’elle savait faire.

Elle le rangea.

Derrière le masque.

Elyndra ne parla pas immédiatement.

Elle laissa la distance.

Elle laissa le temps.

Parce qu’elle savait.

Qu’à cet instant précis, pousser serait inutile.

Voire dangereux.

Alors elles marchèrent.

Longuement.

Jusqu’à ce que—

« Tu n’as rien ressenti. »

La voix.

Elle ne venait pas d’Elyndra.

Elle ne venait pas non plus d’un endroit précis.

Elle était… là.

Partout à la fois.

Et pourtant, parfaitement distincte.

Apolline s’arrêta net.

Son corps se tendit.

Mais son visage ;

Ne changea pas.

Pas immédiatement.

Elle tourna légèrement la tête.

Sans chercher.

Sans montrer.

« Sors de l’ombre. »

Sa voix était calme.

Trop calme.

Un léger souffle.

Puis ;

Une silhouette se détacha lentement du mur, comme si elle en faisait partie depuis le début, comme si elle n’avait jamais eu besoin d’apparaître avant cet instant précis.

Nerin.

Toujours aussi immobile.

Toujours aussi… présent.

Ses yeux se posèrent directement sur Apolline.

Pas sur Elyndra.

Pas sur l’espace.

Sur elle.

Uniquement.

« Intéressant. »

Murmura-t-il.

Apolline croisa les bras.

Lentement.

Contrôlée.

« Tu observes beaucoup. »

« C’est mon rôle. »

Répondit-il simplement.

Un silence.

Puis :

« Tu as essayé de reproduire. »

Apolline ne répondit pas.

Mais son regard ne bougea pas.

« Mauvaise approche. »

Ajouta-t-il.

Presque doucement.

« Tu crois que tu sais mieux ? »

Lâcha-t-elle.

Un peu plus sec.

Un peu plus tranchant.

Nerin inclina légèrement la tête.

« Non. »

Un battement.

« Je sais que tu fais semblant. »

Le mot tomba.

Brut.

Précis.

Elyndra se raidit légèrement.

Mais n’intervint pas.

Pas encore.

Apolline, elle ;

Ne bougea pas.

Son expression resta intacte.

Son regard stable.

« Tout le monde fait semblant ici. »

Répondit-elle.

« Ce n’est pas une information. »

Un léger sourire passa sur les lèvres de Nerin.

« Oui. »

Un silence.

« Mais pas avec lui. »

Ses yeux glissèrent légèrement.

Vers la direction de la salle du cristal.

Puis revinrent.

« Et c’est là que ça devient intéressant. »

Apolline sentit quelque chose se tendre en elle.

Mais elle ne le montra pas.

« Tu parles beaucoup pour quelqu’un qui ne dit rien. »

« Je dis exactement ce qu’il faut. »

Répondit-il.

Puis, après un silence :

« Tu ne ressens rien parce que tu refuses de ressentir. »

Apolline lâcha un léger rire.

Bref.

Froid.

« Tu ne me connais pas. »

« Si. »

Le mot tomba sans hésitation.

Sans détour.

Et cette fois...

Quelque chose bougea.

À peine.

Mais suffisamment.

« Non. »

Répondit-elle immédiatement.

Trop vite.

Nerin ne détourna pas le regard.

« Tu as appris à couper. »

Sa voix se fit plus basse.

« À compartimenter. À effacer ce qui dérange. »

Un pas.

Lent.

Vers elle.

« C’est efficace. »

Un autre.

« Mais incomplet. »

Elyndra fronça légèrement les sourcils.

Elle n’aimait pas ça.

Pas la manière.

Pas le ton.

Pas ce qu’il insinuait.

Mais elle attendit.

Encore.

Apolline, elle, ne recula pas.

Elle tint.

« Et tu tiens ça d’où ? »

Demanda-t-elle.

Nerin pencha légèrement la tête.

Comme s’il réfléchissait.

Ou comme s’il choisissait.

« De ce que tu ne dis pas. »

Un silence.

Puis ;

« De ce que tu caches. »

Apolline serra légèrement les dents.

Mais son visage...

Toujours lisse.

Toujours maîtrisé.

« Tu devrais arrêter de parler. »

« Tu devrais arrêter de fuir. »

Le choc fut discret.

Mais réel.

Un battement de trop.

Un silence de trop.

Et dans ce silence...

Nerin ajouta, presque distraitement :

« Surtout quand ça concerne ta famille. »

Le monde sembla se figer.

Pas entièrement.

Pas extérieurement.

Mais pour Apolline ;

Oui.

Quelque chose s’arrêta.

Net.

Son regard se fixa.

« Je n’ai pas de famille. »

La réponse fut immédiate.

Tranchante.

Contrôlée.

Mais cette fois...

Le masque avait une faille.

Infime.

Invisible pour beaucoup.

Mais pas pour lui.

Nerin ne bougea pas.

« Intéressant. »

Murmura-t-il.

Encore.

Mais cette fois ;

Différemment.

« Parce que ce que j’ai vu… »

Un léger silence.

« Ne correspond pas à ça. »

Elyndra se tendit.

« Nerin— »

Mais il leva légèrement la main.

Sans la regarder.

Sans vraiment l’interrompre.

Juste assez pour continuer.

« Un souvenir fragmenté. »

Dit-il.

Calmement.

« Une présence. »

Un battement.

« Masculine. »

Le cœur d’Apolline se serra.

Brutalement.

Mais elle ne bougea pas.

Elle ne cilla pas.

Elle ne respira même pas plus fort.

« Tu te trompes. »

Sa voix était froide.

Parfaite.

« Peut-être. »

Répondit-il.

Puis, très légèrement :

« Ou peut-être que tu refuses. »

Le silence devint insupportable.

Dense.

Lourd.

Et dans ce silence...

Apolline fit un choix.

Pas conscient.

Pas réfléchi.

Instinctif.

« Je n’ai jamais eu de frère. »

Les mots sortirent.

Clairs.

Nets.

Définitifs.

Et dès qu’ils furent prononcés ;

Quelque chose changea.

Pas autour.

Pas dans la pièce.

Mais en elle.

Comme une fermeture.

Comme une porte qu’on claque trop fort.

Nerin l’observa.

Longuement.

Puis acquiesça lentement.

« Bien. »

Dit-il simplement.

Puis son regard glissa légèrement.

Vers Elyndra.

Puis revint.

« Alors le problème n’est pas là. »

Un silence.

Puis :

« Il est ailleurs. »

Apolline ne répondit pas.

Elle ne voulait plus parler.

Plus maintenant.

Plus avec lui.

« Tu veux une réponse ? »

Ajouta-t-il.

« Le cristal ne te rejette pas. »

Un battement.

« Tu refuses d’être reconnue. »

Le regard d’Apolline se durcit.

« Ça ne veut rien dire. »

« Si. »

Un pas en arrière.

Lent.

Presque invisible.

Comme s’il retournait déjà à l’ombre.

« Mais pas encore pour toi. »

Et puis ;

Il disparut.

Pas brutalement.

Pas spectaculairement.

Juste…

Plus là.

Le silence retomba.

Mais cette fois...

Il n’était plus vide.

Il était plein.

Trop plein.

Elyndra observa Apolline.

Longuement.

« Tu n’as pas de frère ? »

La question était douce.

Presque neutre.

Mais elle portait trop.

Apolline détourna le regard.

Légèrement.

Puis :

« Non. »

Simple.

Clair.

Fermé.

Le masque.

Toujours.

Parfait.

Et pourtant ;

Quelque part, très profondément...

Quelque chose venait d’être touché.

Et ça…

Le cristal ne l’avait pas encore oublié.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Hecate19 ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0