Chapitre 26
Le silence mit du temps à se refermer après le départ de Nerin.
Pas un silence vide.
Pas un silence reposant.
Mais un silence qui restait chargé de ce qui venait d’être dit, de ce qui avait été suggéré, et surtout… de ce qui avait été nié.
Apolline ne bougea pas immédiatement.
Elle resta là, immobile au milieu du couloir, le regard fixé dans une direction qui n’avait plus rien à voir avec l’endroit où Nerin se tenait quelques instants plus tôt, comme si elle tentait encore de rattacher quelque chose de tangible à cette présence qui, pourtant, semblait toujours planer.
Puis, lentement, elle inspira.
Et le masque revint.
Pas brutalement.
Pas comme une coupure.
Mais comme une reconstruction.
Ses épaules se redressèrent légèrement.
Son regard retrouva sa netteté.
Sa respiration se régula.
Et tout ce qui venait de trembler… fut repoussé.
« Je ne le reconnais plus. »
Sa voix était basse.
Mais stable.
Elyndra ne répondit pas immédiatement.
Elle attendit.
Parce qu’elle sentait que ce n’était pas terminé.
Parce qu’elle savait que pousser maintenant risquait de briser quelque chose qui, au contraire, commençait à s’ouvrir.
Apolline continua.
« Il n’était pas comme ça. »
Elle tourna légèrement la tête, sans vraiment regarder Elyndra.
« Pas avant. »
Un léger silence.
Puis :
« Il était… »
Elle s’interrompit.
Cherchant un mot.
Ou hésitant à le prononcer.
« Différent. »
Elyndra croisa lentement les bras.
« Différent comment ? »
Apolline eut un très léger rire.
Pas moqueur.
Pas amusé.
Un rire… presque étranger.
« Humain. »
Le mot resta suspendu entre elles.
« Sensible. »
Ajouta-t-elle.
Puis, après une courte pause :
« Chaleureux. »
Elyndra l’observa attentivement.
Chaque mot comptait.
Pas seulement pour ce qu’il disait.
Mais pour ce qu’il révélait.
« Et maintenant ? »
Demanda-t-elle doucement.
Apolline inspira.
Plus profondément cette fois.
Comme si répondre demandait plus d’effort que tout ce qu’elle avait dit jusque-là.
« Maintenant… »
Son regard se perdit légèrement.
Pas loin.
Mais ailleurs.
« C’est comme s’il avait… »
Elle hésita.
Encore.
Puis lâcha :
« …tout retourné contre lui. »
Un silence.
« Ou contre les autres. »
Elyndra plissa légèrement les yeux.
« Depuis quand ? »
La question était simple.
Mais précise.
Apolline la sentit.
Bien sûr qu’elle la sentit.
Et pendant une seconde,
Une seule...
Elle envisagea de répondre vraiment.
Puis, Le masque.
Encore.
« Depuis que je suis partie. »
La réponse tomba.
Clair.
Net.
Sans détail.
Sans profondeur.
Sans ouverture.
Elyndra ne la contredit pas.
Mais elle ne la valida pas non plus.
« Partie d’où ? »
Apolline ne répondit pas immédiatement.
Son regard glissa légèrement sur les murs.
Sur les torches.
Sur tout sauf Elyndra.
« Kareth. »
Le mot sortit enfin.
Et avec lui...
Une tension différente.
Plus ancienne.
Plus ancrée.
Elyndra hocha lentement la tête.
Comme si elle notait.
Pas seulement l’information.
La manière.
« Et tu penses que ton départ a changé quelque chose chez lui ? »
Un léger silence.
Apolline haussa à peine les épaules.
« Je ne pense pas. »
Un battement.
« Je le vois. »
Cette fois, Elyndra ne dit rien.
Parce que cette réponse-là…
Était plus honnête.
Mais aussi plus dangereuse.
Elles reprirent leur marche.
Lentement.
Sans se presser.
Le palais semblait plus silencieux qu’à l’accoutumée, comme si les événements récents avaient laissé une trace invisible dans l’air, une tension que même les serviteurs n’osaient troubler.
Apolline marchait à côté d’Elyndra, mais une distance s’était installée.
Pas physique.
Autre chose.
Quelque chose de plus subtil.
De plus difficile à nommer.
« Tu ne l’as pas contredit. »
Dit soudain Elyndra.
Apolline tourna légèrement la tête.
« Qui ? »
« Nerin. »
Un silence.
Puis :
« Sur ce qu’il a dit. »
Apolline soutint son regard.
« Je n’avais rien à contredire. »
« Il a parlé d’un souvenir. »
Insista Elyndra.
« D’une présence. »
Un battement.
« D’un frère. »
Le mot resta.
Suspendu.
Apolline ne cilla pas.
Pas cette fois.
« Il s’est trompé. »
Réponse immédiate.
Fermée.
Parfaite.
Elyndra la fixa quelques secondes de plus.
Puis détourna légèrement le regard.
Pas convaincue.
Mais pas prête à forcer.
Pas encore.
Elles arrivèrent finalement devant une porte plus intime, plus discrète que les autres.
La chambre d’Elyndra.
Elle l’ouvrit sans cérémonie.
Et entra.
Apolline suivit.
La pièce contrastait avec le reste du palais.
Moins imposante.
Moins froide.
Plus… habitée.
Des tissus plus souples, des lumières plus chaudes, des objets personnels — rares, mais présents.
Un lieu où le pouvoir se retirait légèrement.
Sans disparaître.
Elyndra referma la porte derrière elles.
Le déclic résonna.
Clair.
Net.
Comme une séparation.
Avec le reste du monde.
« Assieds-toi. »
Dit-elle simplement.
Apolline obéit.
Sans discuter.
Elle s’installa sur le bord du lit, droite, attentive.
Prête.
Toujours.
Elyndra resta debout quelques instants.
Puis s’approcha.
« Tu veux comprendre le cristal ? »
Demanda-t-elle.
Apolline hocha légèrement la tête.
« Alors tu dois comprendre ses règles. »
Un silence.
Puis :
« Il y en a treize. »
Apolline releva légèrement les yeux.
Intéressée.
Malgré tout.
Elyndra s’appuya légèrement contre une table.
« La première… »
Sa voix se fit plus posée.
Plus ancrée.
« Le cristal ne ment pas. »
Apolline ne réagit pas.
Mais elle écoutait.
« La deuxième… »
« Il ne donne rien sans réaction. »
Un battement.
« La troisième… »
« Il ne peut pas être forcé. »
Elyndra marqua une pause.
Observant Apolline.
« La quatrième… »
« Il amplifie ce que tu es, pas ce que tu veux être. »
Un léger silence.
Puis :
« La cinquième… »
« Il ne distingue pas le bien du mal. »
Le regard d’Apolline changea légèrement.
« Seulement la cohérence. »
Ajouta Elyndra.
« La sixième… »
« Il réagit à ce que tu refuses autant qu’à ce que tu acceptes. »
Un battement.
Plus lourd.
« La septième… »
« Il peut protéger… comme il peut détruire. »
« La huitième… »
« Plus tu le comprends, moins tu peux le contrôler. »
Apolline fronça légèrement les sourcils.
Mais ne coupa pas.
« La neuvième… »
« Il crée un lien. »
« La dixième… »
« Ce lien est irréversible. »
Un silence.
Puis :
« La onzième… »
« Il se souvient. »
Apolline releva légèrement la tête.
« La douzième… »
« Il reconnaît. »
Un battement.
Plus lent.
Plus lourd.
« Et la treizième… »
Elyndra s’arrêta.
Vraiment.
Cette fois.
Son regard se posa directement sur Apolline.
« Il ne choisit jamais au hasard. »
Le silence qui suivit fut total.
Complet.
Inévitable.
Apolline resta immobile.
Mais quelque chose, en elle, venait de se déplacer.
Lentement.
Profondément.
« Donc si… »
Elle s’arrêta.
Puis reprit.
« Si ça ne fonctionne pas… »
Elyndra ne répondit pas tout de suite.
Parce qu’elle savait.
Ce que cette question impliquait.
« Ce n’est pas le cristal. »
Dit-elle finalement.
Doucement.
Mais sans détour.
Le regard d’Apolline se figea.
Une seconde.
Puis ;
Le masque.
Encore.
Toujours.
« Alors on trouvera une solution. »
Sa voix était calme.
Parfaite.
Maîtrisée.
Mais cette fois...
Elyndra le vit.
Complètement.
Ce masque.
Cette barrière.
Ce refus.
Et quelque chose, en elle, se resserra.
« Apolline. »
Sa voix était plus basse.
Plus proche.
« Qu’est-ce que tu ne me dis pas ? »
Le silence.
Encore.
Mais différent.
Apolline ne répondit pas.
Pas tout de suite.
Son regard resta fixe.
Puis elle détourna légèrement les yeux.
Comme si la question ;
Était trop proche.
Et derrière ce silence...
Quelque chose attendait.
D’être dit.
Ou d’être enterré.
La nuit n’était plus en train de tomber.
Elle était là.
Complètement installée, posée contre les vitres comme une surface opaque, sans profondeur, sans reflet du monde extérieur — seulement celui de la pièce, de leurs silhouettes, de leurs regards.
Apolline s’était redressée sans même s’en rendre compte.
Plus pour tenir que pour paraître.
Ses épaules n’étaient plus rigides comme avant, mais elles n’étaient pas détendues non plus. C’était autre chose. Une tension plus intérieure, moins visible, mais plus difficile à contrôler.
Elyndra ne la quittait pas des yeux.
Pas comme une souveraine.
Pas comme quelqu’un qui jauge.
Mais comme quelqu’un qui attend.
Et cette attente…
Était plus difficile à soutenir que n’importe quelle pression.
Apolline finit par détourner légèrement la tête.
« Arrête de me regarder comme ça. »
Ce n’était pas agressif.
Mais pas neutre non plus.
Elyndra haussa à peine un sourcil.
« Comme quoi ? »
Apolline hésita.
Puis lâcha, plus bas :
« Comme si tu savais déjà. »
Un léger silence.
Puis Elyndra répondit simplement :
« Je sais que tu caches quelque chose. Pas ce que c’est. »
Apolline eut un souffle bref.
Presque un rire.
« C’est déjà beaucoup. »
Elyndra ne répondit pas.
Elle attendit.
Encore.
Et cette fois...
Apolline céda.
Pas complètement.
Mais assez.
« Il avait six ans de moins que moi. »
Elle ne regardait plus Elyndra.
Ses yeux étaient posés ailleurs, quelque part dans la pièce, mais clairement pas ici.
« Il était… insupportable. »
Un très léger sourire passa.
Vrai.
Minuscule.
« Toujours derrière moi. Toujours à poser des questions. Toujours à vouloir comprendre des choses qui ne le concernaient pas encore. »
Elle inspira doucement.
« Il détestait le silence. »
Un battement.
« Moi, j’en avais besoin. »
Ses doigts se resserrèrent légèrement.
« Alors il parlait pour deux. »
Le souvenir sembla la traverser plus fort que prévu.
Elle cligna une fois des yeux.
Puis reprit.
« Il avait cette manière de s’accrocher… pas physiquement, pas tout le temps, mais… » elle chercha ses mots, « …comme s’il refusait que je devienne quelqu’un d’autre sans lui. »
Elyndra observa sans interrompre.
Pas un mot.
Pas un geste.
Apolline continua.
Plus lentement.
« Et puis un jour… »
Elle s’arrêta.
Pas parce qu’elle ne savait pas quoi dire.
Parce qu’elle savait trop bien.
« Ils sont venus. »
Le ton changea.
Net.
Plus froid.
Plus tranchant.
« Pas pour lui. »
Un silence.
« Pour moi. »
Ses yeux se fermèrent brièvement.
Pas pour pleurer.
Pour tenir.
« Je n’ai pas compris tout de suite. »
Sa voix se fit plus basse.
« Je pensais que c’était temporaire. Une erreur. Un déplacement. N’importe quoi de logique. »
Un battement.
« Lui a compris avant moi. »
Elyndra pencha légèrement la tête.
Apolline rouvrit les yeux.
« Il ne voulait pas lâcher. »
Ses mains se crispèrent.
« Et moi… »
Un léger vide.
Puis :
« Moi je lui ai dit que ça allait aller. »
Un souffle.
Presque invisible.
« Que je reviendrais. »
Elle fixa le sol.
« J’ai menti sans le savoir. »
Le silence qui suivit n’avait rien de théâtral.
Rien de construit.
C’était juste… ce qu’il restait quand on avait été honnête trop vite.
Elyndra parla enfin.
« Tu n’as pas choisi de partir. »
Apolline releva les yeux.
Directement.
« Pour lui, ça ne change rien. »
La réponse était immédiate.
Claire.
Et elle frappa juste.
Elyndra ne chercha pas à la contredire.
Parce qu’elle savait que c’était vrai.
Un enfant ne comprend pas les nuances.
Seulement les absences.
Apolline passa une main dans ses cheveux, geste inhabituel, presque nerveux.
« Je ne sais pas s’il est encore en vie. »
Elle ne tremblait pas.
Mais elle ne contrôlait plus totalement.
« Je ne sais pas s’il a grandi normalement. »
Un battement.
« Je ne sais même pas… s’il se souvient de moi autrement que comme quelqu’un qui est partie. »
Elyndra s’approcha.
Pas beaucoup.
Juste assez pour réduire la distance sans l’envahir.
« Tu veux le retrouver. »
Ce n’était pas une question.
Apolline hocha légèrement la tête.
Puis ajouta, plus bas :
« Je dois le retrouver. »
Cette fois, il n’y avait plus de masque dans la phrase.
Seulement une nécessité.
Pure.
Brute.
Elle releva le regard.
« Si je deviens ce que tu veux que je sois ici… »
Elle marqua une pause.
« Est-ce que tu m’aideras ? »
Elyndra ne répondit pas immédiatement.
Elle prit le temps.
Pas pour hésiter.
Pour mesurer.
« Oui. »
Le mot fut simple.
Mais plein.
« Je t’aiderai à le retrouver. »
Apolline ne bougea pas.
Mais quelque chose en elle céda.
Très légèrement.
« Et à le ramener. »
Ajouta Elyndra.
Un silence.
Puis :
« Mais pas maintenant. »
Apolline ferma brièvement les yeux.
Pas surprise.
Juste… fatiguée.
« Le mariage. »
Dit-elle.
Elyndra hocha la tête.
« Et le peuple. »
Un battement.
« Tu dois être reconnue. Pas tolérée. »
Apolline souffla légèrement.
« Donc je dois jouer leur jeu. »
« Tu dois survivre dans le leur. »
Corrigea Elyndra.
Leurs regards se croisèrent.
Plus longtemps cette fois.
Plus franchement.
« Et après ? »
Demanda Apolline.
Elyndra répondit sans détour.
« Après, je t’aiderai à le retrouver. Peu importe où il est. »
Un silence.
Puis, plus bas :
« Mais si tu veux le protéger… tu dois d’abord te stabiliser ici. »
Apolline détourna légèrement le regard.
Pas pour fuir.
Pour réfléchir.
Puis elle hocha lentement la tête.
Pas entièrement convaincue.
Mais décidée.
« D’accord. »
Le mot n’était pas soumis.
C’était un choix.
Et cette fois...
Le masque revint.
Mais différent.
Moins rigide.
Plus maîtrisé.
Comme si, pour la première fois, elle ne l’utilisait pas seulement pour se cacher…
Mais pour avancer.
La salle n’attendait pas.
Elle jugeait déjà.
Avant même que les portes ne s’ouvrent complètement, les murmures étaient là, installés, ancrés, presque confortables dans leur certitude.
« C’est elle. »
« La voleuse. »
« Celle du palais. »
« Celle qui a été prise… puis gardée. »
Un rire étouffé.
« Gardée, oui… mais pour combien de temps ? »
Les regards ne se levèrent pas par curiosité.
Ils se levèrent avec une idée déjà formée.
Apolline entra dedans.
Dans cette hostilité feutrée.
Dans ce rejet poli.
Et elle le sentit immédiatement.
Pas comme une surprise.
Comme une confirmation.
Mais cette fois, elle était prête.
Son pas resta régulier.
Ni plus lent.
Ni plus rapide.
Elle ne cherchait pas à convaincre.
Pas encore.
Elle cherchait à ne pas céder.
À côté d’elle, Elyndra avançait avec une maîtrise parfaite, mais quelque chose dans son silence était plus tendu que d’habitude.
Parce qu’elle savait.
Que cette assemblée n’était pas neutre.
Qu’elle ne l’avait jamais été.
Quand elles atteignirent le centre, un murmure plus distinct s’éleva :
« Regardez-la… »
« Elle joue bien son rôle. »
« Trop bien. »
« Le cristal ne se trompera pas, lui. »
Un homme, bras croisés, murmura sans même se cacher :
« Si elle ment, on le verra. »
Elyndra leva la main.
Le silence se fit.
Mais pas totalement.
Pas aussi facilement que d’habitude.
« Vous êtes ici pour observer. »
Sa voix était ferme.
Mais elle portait moins loin qu’à l’accoutumée.
Parce que les esprits n’étaient déjà plus ouverts.
« Vous avez déjà vu. »
Répondit une femme, sans agressivité, mais sans respect non plus.
« Nous attendons simplement la confirmation. »
Un léger frisson parcourut la salle.
Elyndra ne réagit pas immédiatement.
Puis :
« Alors regardez correctement. »
Son ton n’avait pas changé.
Mais quelque chose dans son regard, s’était durci.
Elle fit un pas en arrière.
L’invitation.
Le test.
Apolline avança.
Elle sentit les regards s’accrocher.
Pas curieux.
Pas hésitants.
Tranchants.
Déjà convaincus.
Une mèche rousse glissa devant ses yeux.
Elle ne la repoussa pas.
Elle la laissa là.
Comme une ligne fine entre elle et eux.
Comme un filtre.
Ou une barrière.
Le cristal flottait devant elle.
Sa lumière baignait son visage.
Mais cette fois, elle ne semblait pas l’accueillir.
Elle semblait l’examiner.
Apolline leva la main.
Lentement.
Un murmure monta immédiatement.
« Ça commence. »
« On va voir. »
« Enfin. »
Un battement.
Puis...
Le cristal clignota.
Brusquement.
Un souffle traversa la salle.
« Vous avez vu ? »
« Il a hésité. »
« Non… il a réagi. »
« Mal. »
Apolline ne bougea pas.
Mais elle sentit...
Le vide.
Plus rapide que la dernière fois.
Plus violent.
Comme si le cristal n’attendait plus.
Comme s’il allait directement à l’essentiel.
Sa lumière vacilla à nouveau.
Plus instable.
Plus terne.
Un homme lâcha, à voix basse mais distincte :
« Il ne l’accepte pas. »
Un autre répondit :
« Ou il la vide. »
Un frisson.
Plus réel cette fois.
Apolline tenta de stabiliser sa respiration.
Mais son corps... Ne suivait déjà plus.
Le vide s’étendait.
Comme si quelque chose en elle était aspiré sans qu’elle puisse l’arrêter.
Ses doigts tremblèrent.
Visiblement.
Cette fois, personne ne doutait.
« Regardez ses mains. »
« Elle perd le contrôle. »
« C’était prévisible. »
Le cristal perdit encore en lumière.
Subtilement.
Mais suffisamment.
Comme si leur déséquilibre...
S’influençait mutuellement.
Apolline vacilla.
Un pas.
Mal assuré.
Le sol sembla s’éloigner.
Le bruit devint lointain.
Flou.
Un murmure monta.
Plus fort.
Plus affirmé.
« Elle tombe. »
« C’est fini. »
« Voilà la vérité. »
Ses jambes cédèrent.
Presque.
Elyndra la rattrapa immédiatement.
Son geste fut rapide.
Précis.
Protecteur.
« Ça suffit. »
Sa voix claqua.
Cette fois ;
Sans discussion possible.
Le silence tomba.
Brutal.
Mais chargé.
« L’audience est levée. »
Un homme protesta :
« Votre Altesse, nous avons vu— »
« Justement. »
Coupa Elyndra.
Son regard se posa sur lui.
Froid.
Net.
« Vous avez vu suffisamment. »
Un autre murmura, sans chercher à se cacher :
« Le cristal a parlé. »
« Oui. »
Ajouta quelqu’un.
« Et il n’a pas menti. »
Elyndra ne répondit pas.
Mais sa mâchoire se crispa légèrement.
Elle soutint Apolline.
Dont le corps était désormais presque entièrement relâché.
Vidée.
Sa tête reposait contre elle, sans résistance.
« Évacuez la salle. »
Ordonna-t-elle.
Et cette fois...
Même les plus sceptiques ne discutèrent pas.
Mais leurs regards…
Restèrent.
Lourds.
Satisfaits.
Confirmés.
Le trajet fut silencieux.
Pas apaisant.
Silencieux comme après une chute.
Apolline ne réagissait plus.
Son corps n’était plus qu’un poids léger.
Trop léger.
Comme si ce qui la maintenait...
N’était plus là.
Quand Elyndra la déposa sur le lit, elle tenta immédiatement :
« Apolline. »
Aucune réponse.
Elle posa une main sur son visage.
Chaud.
Mais vide.
« Apolline. »
Rien.
Ses paupières restaient closes.
Son souffle régulier.
Mais profond.
Trop profond.
Comme un sommeil imposé.
Elyndra se redressa lentement.
Son regard se posa dans le vide.
Mais son esprit...
Était ailleurs.
Sur la salle.
Sur les regards.
Sur les mots.
Sur le cristal.
Et surtout ;
Sur ce qu’il venait de faire.
Ou de révéler.
Un murmure résonna encore dans sa mémoire :
« Le cristal ne ment pas. »
Et pour la première fois...
Ce n’était plus la cour qu’elle craignait.
C’était ce que cela pouvait signifier.
Vraiment.

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