La nuit perdue
La nuit est encore noire lorsque je me reveille brusquement.
Pendant quelques secondes, je reste immobile dans mon lit, le souffle court, essayant de comprendre ce qui m'a tirée du sommeil.
Puis j'entends. Un hennissement lointain. Puissant. Affolé.
Je me redresse immédiatement, puis un autre bruit suivit. Des sabots. Rapide. Trop rapides.
Je quitte rapidement ma couverture et mets mes bottes rapidement avant d'ouvrir la porte du bastion des domestiques. Le vent le vent froid de la nuit me fouette aussitôt le visage.
Les torches le long des remparts vacillent sous les bourrasques.
Puis je la vois.
Une silhouette équine galopant à travers les plaines sombres au-delà des portes encore entrouvertes des écuries royales.
Le cheval du roi.
Mon ventre se noue immédiatement.
- Non... Nivacrin...
Je descends les marches en courant.
Les gardes de nuit semblent encore désorganisés. Personne n'a compris comment l'étalon royal a réussi à sortir.
Mais moi je sais une chose.
Si Nivacrin disparait dans les plaines du Rohan avant l'aube... Il serait presque impossible à retrouver.
La panique me saisit, le cheval du roi a disparu. Et si quelque chose lui arrivait...
Je pousse brusquement les petites portes à l'arrière des écuries.
Les chevaux sont nerveux, certains tournent dans leurs box tandis que d'autres soufflent bruyamment, perturbés par l'agitation de la nuit.
Je regarde autour de moi, complètement perdue.
Dois-je prendre un cheval d'un noble de la cour? Au risque d'être considérée comme une voleuse?
Je regarde autour de moi et je ne vois personne, les gardes cherchent sûrement déjà dans les plaines.
Mais quelque chose me dit d'y aller, car plus le temps passe, plus le danger augmente pour le cheval du roi.
Je passe nerveusement une main dans mes cheveux avant de faire quelque pas dans l'écurie.
Puis un bruit attire mon attention, un léger petit hennissement grave, doux. Je tourne lentement la tête vers le fond des écuries.
L'étalon du prince me regarde déjà, immobile dans son box, les oreilles sont pointées vers moi et ses naseaux vibres doucement dans l'obscurité.
Je sens mon ventre immédiatemment se nouer.
- Non...
Le chef des écuries m'a interdit de l'approcher.
Et pourtant...
Le cheval continue de me fixer, comme s'il attend quelque chose.
Je fais un pas hésitant dans sa direction.
L'étalon s'approche aussitôt de la porte de son box, son regard va sur l'équipement à proximité et il donne un léger coup de tête contre la porte.
Comme une invitation.
Je le regarde, troubleé.
- Tu veux... venir avec moi?
L'étalon gratte doucement le sol de son sabot.
Mon coeur bat toujours à toute vitesse. C'est une mauvaise idée, une idée stupide.
Mais au fond de moi, quelque chose me dis qu'il pouvait retrouver Nivacrin. Mieux que n'importe qui.
Je m'approche finalement du box, mes mains tremblent quand je l'ouvre.
Mais l'étalon ne bouge pas brutalement, au contraire, il baisse légèrement la tête vers moi et souffle doucement contre mes cheveux comme pour me rassuré.
Et étrangement... ma panique diminue un peu.
- D'accord... D'accord...
Je déglutis difficilement avant de prendre la selle elfique posée près du mur. Mes gestes sont maladroits sous le stress.
Mais l'étalon reste parfaitement calme. Comme s'il comprend, comme s'il sait exactement ce que nous allons faire.
Quand je pose finalement la selle sur son dos, il tourne légèrement la tête vers moi et pousse un petit hennissement grave. Pas impatient. Déterminé.
A cet instant précis, j'eus l'impression qu'il me disait:
" Monte"
Quelques minutes plus tard, j'étais dehors.
Le vent nocturne fait voler mes cheveux tandis que l'étalon frappe nerveusement le sol sous moi, prêt à partir.
Et pourtant... Quelque chose me semble naturel. Comme un souvenir enfoui profondémment en moi.
Je serre légèrement les rênes.
- Trouvons le...
L'étalon part immédiatement. Rapide. Silencieux.
Le paysage du Rohan défile sous la lumière pâle de la lune. Les grandes plaines ondulent sous le vent comme une mer sombre et infinie. Au loin, les montagnes dessinent des ombres immenses sous le ciel nocturne.
Le souflle puissant de l'étalon résonne sous moi tandis qu'il galope avec une aisance irréelle.
Je n'ai jamais monté un cheval pareil. Il semble comprendre chacun de mes mouvements avant même que je ne les fasse. Comme s'il sait exactement où nous devons aller.
Le froid me mord mes joues, mes mains, mais je continue d'avancer.
Les oreilles de l'étalon se dressent brusquement et commence à ralentir de lui-même.
Je lève les yeux et au sommet d'une petite colline balayée par le vent, une sihouette se dessine sous la lune.
Nivacrin.
L'étalon du roi soufflait lourdement, nerveux, agité par la nuit.
Je descends lentement d'Aeglos et m'approche en douceur.
- Doucement...
Nivacrin relève brusquement la tête.
Mais avant qu'il ne puisse fuir, l'étalon du prince pousse un hennissement grave derrière moi.
Le cheval du roi hésite. Puis finalement... Il se calme lentement.
J'ai sentie un petit sourire apparaître malgré moi.
- Merci...
L'aube commence à peine à éclaircir les plaines du Rohan d'Edoras s'ouvirent de nouveau.
Dans la cour royale, l'agitaion régne depuis plusieurs heures déjà.
Des gardes vont et viennent nerveusement tandis que plusieurs palefreniers fouillent encore les alentours des écuries.
Le chef des écuries, livide de stress, passe une main tremblante dans ses cheveux.
- Le roi va nous faire pendre si son cheval n'est pas retrouvé...
Hama garde le silence, inquiet.
Non loin, les elfes observent la scène avec calme, bien plus silencieux que les hommes du Rohan.
Thalion se tient près du prince, les bras croisés.
Et le prince...
Le prince regarde les plaines. Immobile. Comme si il attend quelque chose.
Quand soudain, un garde cri depuis les remparts.
- Des cavaliers!
Tous les regards se lèvent immédiatement.
Deux silhouettes apparaissent au loin dans la lumière pâle du matin.
Un cheval blanc galope librement, puissant, le cheval du roi, Nivacrin.
Et derrière lui un autre cheval blanc celui-ci monter.
Un silence brutal tombe dans toute la cour.
Plus les chevaux approchaient...
Plus les regards devinnent incrédules.
Le chef des écuries pâlit complètement.
- Non...
Hama ouvrit de grands yeux.
- Flore...?
Mes cheveux défaits volent sous le vent froid tandis que le cheval ralentit calmement à l'étrée de la cour.
Contrairement à la veille, l'étalon elfique n'avait rien de menaçant, il avance avec calme. Fier. Presque majestueux.
Je descends maladroitement de son dos, encore essoufflée par la checauchée nocturne.
A peine le pied possé au sol j'entends.
- FLORE!
Le chef des écuries traverse la cour d'un pas furieux.
- Est-ce que tu as perdu complètement la tête?!
Je sursaute.
- Le cheval du roi s'était échappé je...
- Et tu as décidé de voler le cheval d'un prince elfique?!
Toute la cour observe la scène en silence.
Je baisse légèrement les yeux.
- Je voulais juste ramener Nivacrin...
- Tu aurais pu mourir!
Sa colère semble plus nourrie pas la peur. Il désigne brutalement l'étalon du prince elfe derrière moi.
- Ce cheval manque d'arracher le bras des hommes qui s'approchent de lui!
Comme pour lui répondre, l'étalon souffle doucement contre mes cheveux.
Le silence dans la cour devient presque irréel.
Même le chef des écuries se fige.
Hama reste bouche bée.
Et parmi les elfes... Plus personne ne parlent.
Le regard azur du prince est fixé sur moi depuis mon arrivée. Immobile. Intense. Presque troublé.
Puis lentement...
Je passe une mèche de cheveux derrière mon oreille pour dégager mon visage.
Et pendant une seconde, le regard du prince change. Très légèrement.
Mais Thalion le remarque immédiatement.
Le prince vient de voir mes oreilles pointues.
Le silence semble soudain plus lourd encore.
Le chef ddes écuries reprens difficilement contenance en voyant le regard des elfes sur mes oreilles, et parle d'une voix plus basse.
- Nous ignorons d'où elle vient... On l'a trouvée enfant dans les plaines il y a des années...
Le regard du prince ne quitte plus mon visage. Comme si il cherchait quelque chose dans ma mémoire à travers moi.
Puis finalement... Le roi Théoden s'avance.
Le roi regarde d'abord Nivacrin. Puis moi. Puis le cheval du prince et enfin les elfes.
- Mon cheval est revenu sain et sauf.
Sa voix grave résonne calmement dans la cour.
- C'est tout ce qui importe.
Le chef des écuries baisse immédiatement la tête.
- Oui, mon roi...
Théoden s'approche alors lentement de moi.
Je baisse aussitôt les yeux par respect. Mais contre toute attente, sa voix reste douce.
- Tu es allée seule dan les plaines en pleine nuit pour ramener mon cheval?
J'hésite avant de répondre timidement.
- Oui... mon roi...
Un lèger silence suivit.
Puis Théoden observe le cheval du prince derrière moi.
L'étalon elfique n'a pas quitté ma proximité depuis mon retour.
Le roi échange alors un regard discret avec le prince.Un regard lourd de questions. Puis finalement, Théoden déclare calmement.
- Tu as pris un risque inconsidéré....
Mais il ajoute aussitôt.
- ... mais tu as fait preuce de courage.
Le prince continue de me regarder en silence. Comme si il venait de retrouver un souvenir depuis très longtemps.
Le roi Théoden fait signe à tout le monde le suivre
- Entrons. Nous serons mieux à l'intérieur.
Presonne ne proteste.
Après plusieurs heures d'inquiètude et de recherches, le retour de Nivacrin a fait retomber une partie de la tension.
Je conduis les deux étalons vers les écuries royales.
Derrière moi, j'entends les pas du roi, du prince, de son capitaine de la garde royale elfique, du chef des écuries et d'Hama.
Une fois à l'intérieur, l'odeur familière du foin et du cuir m'apaise immédiatement.
Nivacrin pousse un hennissement grave en retrouvant son box.
Je souris malgré moi.
- Tu es content d'être rentré, toi...
J'ouvre la porte de son box.
L'étalon blanc du roi entre aussitôt et se dirige vers son abreuvoir comme si rien rien se s'était passé.
Pendant ce temps, Théoden observe la scène. Puis il se tourne vers Hama.
- Maintenant... explique-moi comment mon cheval à pu quitter les écuries.
Hama baisse immédiatement les yeux.
- Mon roi...
Sa voix trahit sa nervosité.
- Je pense que c'est ma faute.
Le chef des écuries ferme les yeux.
- Hama...
- J'ai dû mal fermer le verrou du box hier soir.
Un silence gêné se fait sentir.
- Je suis profondément désolé.
Théoden reste silencieux quelques secondes, puis il hoche la tête.
- Les erreurs arrivent.
Le soulagement se lit immédiatement sur le visage d'Hama.
Pendant ce temps, je conduis le cheval du prince jusqu'à son box.
L'étalon entre sans diffilculté, contrairement à la veille, il montrait aucun signe d'agressivité.
Le prince observe avecc attention.
Moi, je ne remarque rien.
Je retire simplement les rênes par dessus l'encolure et les coinces à mon bras et commence à desserrer la sangle de la selle.
- Flore.
Je tourne légèrement la tête vers le roi.
- Oui, majesté?
- Raconte moi ce qu'il s'est passé.
Je retire avec soin la selle avant de répondre.
- Cette nuit, j'ai entendu de bruit dans les écuries.
La lourde selle elfique quitta finalement le dos de l'étalon et je la dépose soigneusement sur la porte du box.
- Quand je suis arrivée, Nivacrin avait disparu.
Le roi m'écoute attentivement.
- Alors tu es partie à sa recherche?
- Oui.
Je détache ensuite la sous-gorge de la bride.
- Seule?
J'hésite. Puis mon regard glisse vers l'étalon du prince.
- Pas exactement.
Le silence retombe a nouveau.
Même le chef des écuries relève les yeux.
- Explique-toi.
Je passe une main dans mes cheveux.
- Je ne sais pas vraiment comment le dire.
L'étalon baisse légèrement la tête pendant que je lui retire la bride.
- J'étais paniquée.
Je caresse machinalement son chanfrein.
- Et lui semblait savoir que quelque chose n'allair pas.
Le prince ne me quitte plus des yeux.
Le roi me demande.
- Il s'est laissé seller?
- Oui.
Cette simple réponse provoque un silence immédiat.
Je ne comprenais pas pourquoi. Pour moi, cela me semble évident.
Je continue simplement de vérifier les membres de l'étalon et il reste parfaitement immobile, ses oreilles tournées vers moi. Attentives. Calmes.
Lorsque je passe ma main sur son encolure, il souffle doucement contre mon épaule.
Comme un cheval qui cherche simplement la présence d'une personne familière.
Le chef des écuries resta bouche bée.
- C'est impossible...
Hama acquiesce lentement.
- Hier il essayait encore de nous arracher la tête.
Je relève les yeux mal à l'aise.
Thalion observe alors le prince. Et ce qu'il voit le trouble d'avantage.
Le prince ne regardait plus seulement son cheval. Il observait chacun de mes gestes. Comme s'il essayait de comprendre quelque chose. Comme s'il cherchait une répose cachée sous ses yeux depuis le début.
Théoden remarque lui aussi ce regard.
Le vieux roi croise les bras. Pensif. Puis il déclare calmement.
- Je crois que cette histoire mérite qu'on s'y intéresse de plus près. Flore si le prince Drannor accepte à partir d'aujourd'hui tu t'occuperas de son étalon.
Le prince hocha simplement la tête, le regard toujours posé sur mes gestes.
- J'accepte. Aeglos sera sous tes soins pendant notre séjour ici.
Dans le silence qui en suit, Thalion comprit qu'unne décision venait déjà d'être prise. Et que rien ne sera plus tout à fait pareil après cette nuit-là.

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